Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2304033

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2304033
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantROLLIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :


I. - Par une requête enregistrée sous le n° 2304033 le 25 juillet 2023, et deux mémoires enregistrés les 27 juillet 2023 et 15 mai 2024, M. A... B..., représenté par Me Rollin, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 7 avril 2023 par lequel le préfet des Côtes-d’Armor a édicté à son encontre une interdiction temporaire d’exercer les fonctions mentionnées à l’article L. 212-1 du code du sport, selon la procédure d’urgence prévue à l’article L. 212-13 du même code ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision préfectorale a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire, en l’absence d’urgence au sens de l’article L. 212-13 du code du sport ;
- en tant qu’éducateur sportif bénévole, il n’entre pas dans les prévisions de l’article L. 212-13 du code du sport, de sorte que la décision est entachée d’une erreur de droit ;
- la mesure d’interdiction à titre provisoire est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2023, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

II. - Par une requête enregistrée sous le n° 2306591 le 5 décembre 2023, et un mémoire enregistré le 15 mai 2024, M. A... B..., représenté par Me Rollin, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 4 octobre 2023 par lequel le préfet des Côtes-d’Armor lui a fait interdiction d’exercer pendant un an toutes fonctions mentionnées aux articles L. 212-1, L. 223-1 ou L. 322-7 du code du sport ou d’intervenir au sein des établissements d’activités physiques et sportives mentionnés à l’article L. 322-1 de ce même code ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision est entachée d’un défaut de motivation et d’une erreur d’appréciation des faits de l’espèce ;
- elle a été prise à l’issue d’une procédure viciée, en l’absence de respect du principe du contradictoire et des droits de la défense, en méconnaissance de l’article L. 311-3 du code des relations entre le public et l’administration, et en violation du droit à ne pas s’auto-incriminer ;
- elle est entachée d’une erreur de droit dans l’application de l’article L. 212-13 du code du sport ;
- la mesure d’interdiction temporaire d’exercice des fonctions prévues aux articles L. 212-1, L. 223-1 ou L. 322-7 du code du sport est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par des ordonnances du 22 juin 2026, la clôture d’instruction a été fixée au 8 juillet 2026.

M. B... a produit un mémoire le 16 septembre 2026, dans les deux instances, postérieurement à la clôture d’instruction, qui n’a pas été communiqué.


Vu les autres pièces des dossiers.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code du sport ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Le Bonniec,
- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :

1. M. B..., éducateur sportif bénévole au sein de l’amicale laïque Trébeurden Handball (Côtes-d'Armor), en charge alors de l’équipe féminine des U15, a fait l’objet le 22 février 2023 d’un signalement le mettant en cause, émanant du collège de Pleumeur-Bodou où étaient scolarisées des joueuses de cette équipe, auprès du club en question. Dès le lendemain, le président du club a informé M. B... de sa mise en retrait de toute fonction au sein de l’association et a convoqué un conseil d’administration extraordinaire le 27 février, à l’issue duquel la mesure de suspension de toute fonction a été confirmée jusqu’à nouvel ordre, et une fiche de signalement a été adressée aux services de l’Etat. En parallèle, la principale du collège de Pleumeur-Bodou a adressé un signalement aux services de l’éducation nationale relatant les propos des collégiennes. Par un arrêté du 7 avril 2023, pris à titre conservatoire, le préfet des Côtes-d'Armor a prononcé à l’encontre de M. B... une interdiction temporaire d’exercer les fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport, selon la procédure d’urgence prévue à l’article L. 212-13 du même code, pour une durée de six mois. Par sa requête n° 2304033, M. B... demande l’annulation de cette décision.

2. Puis, le 11 avril 2023, le service départemental à la jeunesse, à l’engagement et aux sports de la direction académique des services départementaux de l’éducation nationale des Côtes-d’Armor a informé M. B... de l’ouverture d’une procédure d'information préalable à une mesure d’interdiction. En outre, le 24 mai 2023, la commission nationale de discipline de la Fédération française de handball a décidé à l’unanimité, au motif de manquements aux règles éthiques et déontologiques du handball, la suspension de la licence de M. B... pour une durée de six mois, assortie d’une période probatoire de deux ans. En parallèle, une enquête administrative a été conduite, permettant l’audition de témoins, puis, le 16 juin 2023, de M. B.... Le 29 septembre 2023, la formation spécialisée du conseil départemental de la jeunesse, des sports et de la vie associative (CDJSVA) des Côtes-d'Armor, chargée de donner les avis prévus à l'article L. 212-13 du code du sport, s’est réunie et a remis un avis favorable au prononcé d’une interdiction d’exercice de M. B... pour une durée d’un an. Par un arrêté du 4 octobre 2023, le préfet des Côtes-d'Armor a pris un nouvel arrêté interdisant à M. B..., pour une durée d’un an, l’exercice de toutes les fonctions mentionnées aux articles L. 212-1, L. 223-1 ou L. 322-7 du code du sport ou d'intervenir au sein des établissements d'activités physiques et sportives mentionnés à l'article L. 322-1 du même code. Par sa requête n° 2306591, M. B... demande l’annulation de cet arrêté.

3. Les requêtes n° 2304033 et n° 2306591 concernent la situation d’un même requérant et présentent à juger des questions de fait et de droit connexes. Il y a par suite lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d’annulation des requêtes n° 2304033 et 2306591 :

En ce qui concerne le cadre juridique du litige :

4. D’une part, aux termes de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 (…) sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ». Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° (…) constituent une mesure de police ; (…) ». Aux termes de son article L. 122-1 : « Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ».

5. D’autre part, aux termes de l’article L. 212-1 du code du sport : « I. Seuls peuvent, contre rémunération, enseigner, animer ou encadrer une activité physique ou sportive ou entraîner ses pratiquants, à titre d'occupation principale ou secondaire, de façon habituelle, saisonnière ou occasionnelle, sous réserve des dispositions du quatrième alinéa du présent article et de l'article L. 212-2 du présent code, les titulaires d'un diplôme, titre à finalité professionnelle ou certificat de qualification professionnelle (…) ». Aux termes de l’article L. 212-13 du code du sport : « L'autorité administrative peut, par arrêté motivé, prononcer à l'encontre de toute personne dont le maintien en activité constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants l'interdiction d'exercer, à titre temporaire ou définitif, tout ou partie des fonctions mentionnées aux articles L. 212-1, L. 223-1 ou L. 322-7 ou d'intervenir auprès de mineurs au sein des établissements d'activités physiques et sportives mentionnés à l'article L. 322-1. L'autorité administrative peut, dans les mêmes formes, enjoindre à toute personne exerçant en méconnaissance des dispositions du I de l'article L. 212-1 et des articles L. 212-2 et L. 322-7 de cesser son activité dans un délai déterminé. Cet arrêté est pris après avis d'une commission comprenant des représentants de l'Etat, du mouvement sportif et des différentes catégories de personnes intéressées. Toutefois, en cas d'urgence, l'autorité administrative peut, sans consultation de la commission, prononcer une interdiction temporaire d'exercice limitée à six mois. Dans le cas où l'intéressé fait l'objet de poursuites pénales, la mesure d'interdiction temporaire d'exercer auprès de mineurs s'applique jusqu'à l'intervention d'une décision définitive rendue par la juridiction compétente ». Aux termes de l’article D. 212‑95 du même code : « Les conseils départementaux de la jeunesse, des sports et de la vie associative institués par l'article 28 du décret n° 2006-665 du 7 juin 2006 relatif à la réduction du nombre et à la simplification de la composition de diverses commissions administratives exercent les fonctions de la commission mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 212-13. ».

6. Il résulte de ces dispositions, d’une part, que pour assurer la protection des pratiquants d’une activité physique ou sportive, l’autorité administrative peut interdire à une personne d'exercer, à titre rémunéré comme à titre bénévole, une activité d’enseignement, d’animation ou d’encadrement d’une telle activité, une mission arbitrale, une activité de surveillance de baignade ou de piscine ouverte au public, ou d’exploiter un établissement dans lequel sont pratiquées des activités physiques ou sportives, lorsque son maintien en activité constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants. Une telle interdiction, à finalité préventive, constitue une mesure de police. D’autre part, il résulte des dispositions précitées de l’article L. 212-13 du code du sport et des dispositions des articles L. 121‑1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l’administration qu’en cas d’urgence, l’autorité administrative peut se dispenser de toute formalité préalable au prononcé d’une interdiction temporaire d’exercice limitée à six mois, laquelle constitue une mesure de police conservatoire.

En ce qui concerne la légalité de l’arrêté du 7 avril 2023 :

7. En premier lieu, s’il est constant que la décision d’interdiction temporaire contestée n’a pas été précédée d’une procédure contradictoire, le préfet a fondé cette décision sur l’urgence. Il ressort des pièces du dossier qu’à partir de la fin février 2023, les services de l’Etat ont été saisis de signalements émanant du club de handball où exerçait M. B..., ainsi que du collège où étaient scolarisées certaines des sportives appartenant à l’équipe qu’il encadrait, pour des faits consistant à avoir, de façon répétée, adressé des messages par les réseaux sociaux WhatsApp et Instagram à des jeunes adolescentes de l’équipe, et principalement à l’une d’entre elles, âgée de 13 ans, qui ne présentaient pas de lien avec l’activité sportive, mais qui ne visaient qu’à établir un lien affectif et personnel avec cette jeune adolescente, caractérisé par l’invitation insistante à l’appeler à n’importe quel moment de la journée, ou à la conduire à la plage, et l’usage répété d’« émoticônes » symbolisant le registre de la séduction mais non dénués de toute connotation sexuelle, associés notamment à des photographies de la jeune fille en question en maillot de bain, issues de la « story » de l’intéressée. Ces éléments caractérisaient ainsi une situation d’urgence afin de prévenir tout risque pour la santé et la sécurité physique ou morale des joueuses du club de handball en question. Dès lors, le préfet des Côtes-d'Armor a pu, sans mise en demeure préalable et sans engager préalablement une procédure contradictoire, prendre légalement l’arrêté contesté d’interdiction temporaire des fonctions de M. B....

8. En tout état de cause, l’urgence à prononcer une mesure d’interdiction pour une durée limitée à six mois s’apprécie non au regard du délai pris par l’autorité administrative compétente pour édicter une telle mesure mais au regard de l’existence d’une situation de danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants au sens des dispositions précitées de l’article L. 212‑13 du code du sport. Par suite, M. B... ne peut utilement se prévaloir de la circonstance que l’interdiction d’exercer temporairement toute activité d’enseignement, d’animation ou d’encadrement d’une activité physique ou sportive n’est intervenue que le 7 avril 2023, alors que le signalement dont a été saisie l’administration remontait à fin février. Dès lors, contrairement à ce que soutient M. B..., il existait bien, à la date de l’arrêté en litige, une situation d’urgence caractérisée de nature à dispenser l’autorité préfectorale de toute formalité préalable avant l’édiction de l’interdiction temporaire d’exercer toutes fonctions d’enseignement, d’animation ou d’encadrement d’une activité physique ou sportive. Il suit de là que le vice de procédure allégué tiré de l’absence d’urgence doit être écarté.

9. En deuxième lieu, ainsi qu’il a été dit au point 5, et contrairement à ce que soutient M. B..., l’article L. 212-13 du code du sport, en renvoyant notamment aux fonctions mentionnées à l’article L. 212-1 du même code, c’est-à-dire celles d’enseignant, d’animateur, d’encadrant et d’entraîneur dans le cadre d’une activité physique ou sportive, n’a pas entendu limiter la possibilité d’interdiction d’exercer ces fonctions, à titre temporaire ou définitif, aux seules personnes les exerçant contre rémunération. Par suite, M. B... entrait bien dans les prévisions de l’article L. 212-13 précité et pouvait donc faire l’objet d’une interdiction d’exercice fondée sur ces dispositions, bien qu’entraînant à titre bénévole. Il suit de là que le moyen tiré d’une erreur de droit en méconnaissance de l’article L. 212-13 du code du sport doit être écarté.

10. En troisième et dernier lieu, lorsqu’il examine, dans le cadre du contrôle de proportionnalité, la légalité d’une mesure portant atteinte aux droits fondamentaux des personnes, le juge de l’excès de pouvoir examine successivement si la mesure en cause est adaptée, nécessaire et proportionnée à la finalité qu’elle poursuit.

11. D’une part, ainsi qu’il a été dit précédemment, l’interdiction d’exercice, à titre temporaire, provisoire ou définitif revêt une finalité préventive. Il suit de là que la circonstance que les faits seraient circonscrits à une brève période, ou qu’il aurait cessé spontanément d’adresser de nouveaux messages sur le réseau social WhatsApp à l’intéressée bien avant les interdictions d’exercice prises à son encontre, est sans incidence sur la légalité de l’arrêté en litige. D’autre part, il ressort des pièces du dossier que les éléments transmis aux services de l’Etat en février 2023 présentaient un caractère suffisamment vraisemblable et inquiétant pour que le préfet estime que le maintien en activité de l’intéressé représentait un danger pour la santé et la sécurité physique et morale des pratiquants, et décide en conséquence d’ouvrir une procédure d’information préalable à une mesure d’interdiction d’exercer toutes les fonctions mentionnées aux articles L. 212-1, L. 223-1 ou L. 322-7 du code du sport ou d’intervenir au sein des établissements d’activités physiques et sportives mentionnés à l’article L. 322-1 de ce même code. Dans ces conditions, en prenant à l’encontre de M. B... l’arrêté du 7 avril 2023, le préfet des Côtes-d'Armor n’a pas entaché sa décision d’une erreur d’appréciation dans son principe, comme dans son quantum, de la mesure d’interdiction en question.

12. Il s’ensuit que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté préfectoral du 7 avril 2023.

En ce qui concerne la légalité de l’arrêté du 4 octobre 2023 :

13. En premier lieu, le préfet des Côtes-d'Armor a visé dans l’arrêté attaqué les textes dont il a fait application, à savoir les articles L. 212-1, L. 212-13, L. 212-14, L. 223-1, L. 322-1 et R. 212-86 du code du sport, ainsi que les articles L. 121-1, L. 121-2, L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, il a indiqué les faits constituant le fondement de son arrêté, en rappelant avoir été destinataire d’un signalement reçu fin février 2023 par le service départemental à la jeunesse, à l’engagement et aux sports de la direction académique des services départementaux de l’éducation nationale des Côtes-d’Armor, mettant en cause le requérant, éducateur sportif bénévole à l’amicale laïque Trébeurden Handball, pour des discussions privées sur les réseaux sociaux avec des mineures et des demandes d’invitation de rencontres sans lien avec l’activité de handball proposée par l’amicale et démontrant, à l’égard d’une des mineures en particulier, âgée de 13 ans, un jeu de séduction inapproprié dépassant le cadre normal d’une relation entre un éducateur sportif et une adolescente, agissements de nature à porter atteinte à la santé physique ou morale d’une mineure. La décision précise également que sous couvert de la relation « entraîneur-entraînée », de la poursuite d’objectifs sportifs, M. B..., sans se soucier de l’équilibre psychologique d’une jeune pratiquante qu’il encadrait, a usé de ses fonctions d’éducateur sportif pour s’en approcher affectivement. La décision indique également que son statut d’entraîneur lui conférait une autorité de fait qui l’a conduit à imposer ce jeu de séduction à cette pratiquante mineure, ce qui est incompatible avec les garanties de sécurité et de protection qu’il lui appartenait de mettre en œuvre dans l’exercice de ses missions, ainsi qu’avec les valeurs éducatives et pédagogiques attachées aux fonctions d’éducateur sportif. En outre, le préfet a également rappelé qu’eu égard à ses qualifications, M. B... était susceptible d’exercer à tout moment auprès de tout public, qu’il soit mineur ou majeur, une fonction d’encadrement. Enfin, le préfet des Côtes-d'Armor a indiqué qu’il estimait qu’au regard de la nature des faits qui lui sont reprochés, et des éléments suffisamment précis et vraisemblables recueillis au cours de la présente enquête, le maintien en activité de l’intéressé présentait manifestement des risques pour la santé physique ou morale des pratiquantes. Dans ces conditions, les termes de l’arrêté attaqué sont suffisamment précis pour que le requérant puisse comprendre sans ambigüité la portée des interdictions d’exercice prononcées à son encontre. Il suit de là que M. B... a été en mesure de comprendre les motifs des décisions attaquées. Le moyen tiré de l’insuffisance de motivation en fait dont serait entaché l’arrêté en litige, doit être écarté.

14. En deuxième lieu, M. B... soutient que le principe du contradictoire et des droits de la défense aurait été méconnu par l’administration. Il fait à cet égard valoir qu’il n’a pas été mis en mesure de prendre connaissance de l’intégralité des pièces de son dossier administratif, que la procédure suivie devant la CDJSVA a méconnu le principe du contradictoire à plusieurs reprises, que son avis ne lui a pas été communiqué en amont de l’édiction de l’arrêté en litige, et que l’administration ne l’a pas informé du droit qui est le sien de ne pas s’auto-incriminer. Enfin, M. B... soutient que le préfet aurait entaché sa décision d’une méconnaissance de l’article L. 311-3 du code des relations entre le public et l’administration.

15. Toutefois, premièrement, si, en application des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l’administration, la mesure prise à l’égard de M. B..., qui constitue une mesure de police ainsi qu’il a été dit, ne pouvait être prise sans que l’intéressé ait été mis à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales, elle n’impliquait pas, dès lors qu’elle ne revêt pas un caractère disciplinaire ni ne constitue une mesure prise en considération de la personne constitutive d’une sanction, que l’administration invite l’intéressé à consulter son dossier administratif. Ainsi, la circonstance que le requérant n’aurait pas été destinataire de l’ensemble des pièces composant celui-ci est sans incidence sur la régularité de la procédure. Il est, par ailleurs, constant que M. B... a pu présenter des observations dans le cadre d’une audition, en présence de son conseil, le 16 juin 2023 et qu’il a été entendu par la formation spécialisée du CDJSVA des Côtes-d’Armor le 29 septembre 2023, où il a pu présenter utilement ses observations comme cela est mentionné dans le procès-verbal de la séance. Dès lors, la branche du moyen tiré de la violation du principe du contradictoire et du respect des droits de la défense ne peut qu’être écartée.

16. Deuxièmement, dès lors que, ainsi qu’il a été dit précédemment, M. B... a été mis à même de présenter effectivement les observations qu’il jugeait utiles à sa défense lors de la séance de la formation spécialisée du CDJSVA, dont le déroulé n’est encadré par aucun texte prescriptif, l’intéressé n’est pas fondé à se prévaloir de la circonstance qu’il n’a pu être invité à entrer dans la salle, avec son conseil, qu’à partir de 9 heures 20 minutes, à l’issue de la lecture du rapport de l’inspecteur de la jeunesse et des sports, débutée à 8 heures et 45 minutes, exposé auquel ils n’ont pas pu assister, ni répondre. Pour la même raison, les circonstances que le témoin qu’il avait invité a été auditionné à huis clos, hors sa présence et celle de son conseil, ou qu’il n’a pu prendre la parole en dernier, avant le délibéré de la formation spécialisée, sont sans incidence sur la régularité de la procédure.

17. Troisièmement, si M. B... fait grief au préfet de ne pas lui avoir communiqué l’avis émis par la formation spécialisée du CDJSVA le 29 septembre 2023, avant d’édicter à son encontre la décision d’interdiction temporaire d’exercer du 4 octobre 2023, il ne résulte d’aucun texte que cet avis doive être communiqué aux personnes sur la situation desquelles le CDJSVA est amené à se prononcer, en amont de la décision administrative. Enfin, le requérant ne saurait pas davantage invoquer utilement la méconnaissance des dispositions de l’article L. 311-3 du code des relations entre le public et l’administration dès lors qu’il ne résulte pas de l’instruction que l’administration aurait refusé, sur sa demande, de lui communiquer certaines pièces de son dossier.

18. Quatrièmement, aux termes de l’article 9 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 : « Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable, s'il est jugé indispensable de l'arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi ». Ainsi que l’a jugé le Conseil constitutionnel par ses décisions n° 2023-1074 QPC du 8 décembre 2023, n° 2024-1097 QPC du 26 juin 2024 et n° 2024-1105 QPC du 4 octobre 2024, il résulte de ces dispositions le principe selon lequel nul n’est tenu de s’accuser, dont découle le droit de se taire. Elles impliquent que la personne poursuivie ne puisse être entendue sur les manquements qui lui sont reprochés sans qu’elle soit préalablement informée du droit qu’elle a de se taire. Ces exigences s’appliquent non seulement aux peines prononcées par les juridictions répressives mais aussi à toute sanction ayant le caractère d’une punition. En l’espèce, dès lors que l’arrêté en litige ne constitue pas une sanction ayant le caractère d’une punition mais une mesure de police, M. B... ne peut utilement soutenir que l’arrêté contesté aurait été pris en méconnaissance de son droit de se taire, ou en méconnaissance de l’article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

19. Il suit de là que les différentes branches du moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense doivent être écartées.

20. En troisième lieu, d’une part, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, M. B... n’est pas fondé à soutenir qu’en tant que bénévole il n’entrait pas dans les prévisions de l’article L. 212-13 du code du sport.

21. D’autre part, M. B... soutient que, par l’arrêté du 4 octobre 2023, le préfet des Côtes-d'Armor a entendu, en réalité, le sanctionner, au prix d’un détournement de la procédure prévue à l’article L. 212-13 du code du sport. Pour étayer son argumentaire, il fait valoir que les faits reprochés avaient plus d’un an et qu’il avait cessé, spontanément et depuis de longs mois, tout échange électronique avec la jeune adolescente en question ; qu’à la date de l’arrêté attaqué, il était déjà affecté par la décision de la commission nationale de discipline de la Fédération française de handball ayant suspendu sa licence pendant six mois, du 24 avril 2023 au 23 octobre 2023, l’assortissant d’une période probatoire complémentaire d’une durée de deux ans ; que l’expression « en tout état de cause » mentionnée dans l’arrêté en litige illustre avec évidence que l’intention de l’administration était bien que de le sanctionner pour un « positionnement éthique » inadapté, indépendamment de tout risque réel et actuel pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants, ce qui est contraire au droit ; qu’il se dégage de la lecture de l’avis de la formation spécialisée du CDJSVA que celui-ci a été fondé, non sur une prise en compte d’un risque réel et actuel, mais sur une volonté de le sanctionner pour « un manquement grave à l’éthique professionnelle et aux obligations déontologiques attendues d’un éducateur sportif », sans même évoquer ou rechercher l’existence d’un risque pour la santé et la sécurité physique et morale des pratiquants.

22. Toutefois, les mesures d’interdiction prises sur le fondement de l’article L. 212-13 du code du sport, ainsi qu’il a été dit, tendent à assurer le respect de l'ordre public et répondent à la nécessité de prévenir des risques pour la santé et la sécurité des personnes, et ne constituent pas une sanction ayant le caractère de punition mais des mesures de police administrative. Par ailleurs, il n’apparaît pas davantage que l’arrêté en litige résulterait d’une volonté délibérée de l’autorité administrative de sanctionner M. B... en ce qu’il aurait eu pour objet de punir son comportement passé, ni qu’il aurait été pris dans un autre but que celui de protéger l’ordre public. Par suite, le moyen tiré du détournement de la procédure prévue par l’article L. 212-13 précité doit être écarté.

23. En quatrième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que l’enquête administrative ouverte à la suite du signalement mettant en cause M. B... a permis d’établir les faits qui lui sont reprochés, à savoir, ainsi qu’il a été dit au point 7, d’avoir utilisé sa fonction d’encadrant d’équipe féminine de handball, et l’autorité qu’elle confère, pour adresser, de façon répétée, des messages à une jeune adolescente âgée de 13 ans, joueuse de l’équipe de handball dont il avait la charge, qui ne présentent pas de lien avec l'activité sportive, mais qui ne visent qu’à établir un lien affectif et personnel avec cette adolescente caractérisé par l’invitation insistante à l’appeler à n’importe quel moment ou à aller à la plage, et l’usage d’icônes tirés du registre de la séduction, sans être exempt de connotation sexuelle, lorsqu’ils sont associés à des photographies de la jeune fille en question en maillot de bain, issues de la « story » de l’intéressée. Au demeurant, il ressort également des pièces du dossier que lors de son audition ultérieure par la commission de discipline de la Fédération française de handball, puis par l’autorité administrative, le 16 juin 2023, et enfin par la formation spécialisée de la CDJSVA, M. B... a reconnu avoir commis une faute.

24. Pour contester la décision en litige, M. B... fait valoir que les faits qui lui sont reprochés avaient cessé depuis plusieurs mois au moment de l’arrêté dont il demande l’annulation, dès lors qu’il avait arrêté tout contact avec les sportives qu’il entraînait et était affecté par une mesure de suspension de sa licence prise par la Fédération française de handball. Il se prévaut également du fait que ni l’enquête menée par les services sociaux, ni l’enquête menée par l’administration, ni l’enquête menée au sein du club, malgré le large appel à signalement qui avait été effectué par son président, n’ont suscité la révélation du moindre fait complémentaire. Par ailleurs, M. B... fait valoir que les reproches qui lui sont formulés sont uniquement de nature « éthique », sans être susceptibles de constituer un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants, au sens des dispositions de l’article L. 212-13 du code du sport. En outre, M. B... explique qu’après avoir été suspendu à titre conservatoire par son club dès février 2023, puis par l’arrêté préfectoral du 7 avril 2023 pour une durée de six mois, le dernier arrêté préfectoral pris à son encontre le 4 octobre 2023 aboutit à l’empêcher d’exercer de février 2023 à octobre 2024, soit durant environ vingt mois. Enfin, M. B... fait valoir que l’arrêté en litige l’a privé de la possibilité d’exercer son activité auprès de tout public, y compris adulte, le privant de l’opportunité de reprendre la responsabilité d’une équipe à partir du mois de septembre 2024, au sein de son club.

25. Toutefois, ainsi qu’il a été dit précédemment, les faits reprochés à M. B... ont été reconnus comme établis par le CDJSVA puis par le préfet, et l’intéressé a lui-même reconnu sa faute à plusieurs reprises lors des différentes auditions menées. Il ressort également des pièces du dossier que ces faits sont aggravés par la circonstance que M. B... a utilisé sa fonction d’éducateur sportif et l’autorité qu’elle confère, pour prendre contact avec la jeune adolescente concernée, et entrer avec elle dans une démarche de séduction non dénuée de connotation sexuelle. Par ailleurs, l’interdiction d’exercice revêtant une finalité préventive, la circonstance que les faits seraient circonscrits à une brève période, que le requérant aurait cessé spontanément d’adresser de nouveaux messages à l’intéressée avant les interdictions d’exercice prises à son encontre, sont sans incidence. De plus, contrairement à ce que soutient M. B..., les faits qui lui sont reprochés ne sont pas de nature uniquement éthique, mais également d’ordre déontologique, et révèlent, ainsi que l’indique le préfet dans sa décision, un comportement inadapté de la part d’un éducateur sportif, susceptible de constituer un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants, au sens des dispositions de l’article L. 212-13 du code du sport. Enfin, eu égard aux faits reprochés, révélant un problème majeur de positionnement de M. B... dans sa relation avec les personnes sous sa responsabilité, susceptibles de se reproduire à l’égard de tout sportif sur lequel M. B... exerce une position d’autorité, le préfet pouvait décider de lui interdire l’exercice de ses fonctions sur tout public, y compris adulte. Au demeurant, la circonstance, non établie, que son ancien club, l’amicale laïque Trébeurden Handball, aurait entendu lui confier une nouvelle équipe en tant qu’entraîneur bénévole, à l’égard d’adultes, à partir du mois de septembre 2024, reste sans incidence. Par suite, alors qu’il ressort également des pièces du dossier, et notamment du compte-rendu de l’audition de M. B... par la formation spécialisée du CDJSVA, que ce dernier n’a pas pleinement pris conscience de la gravité et du caractère inapproprié de ses agissements, en estimant que le maintien en activité de l’intéressé représentait un danger pour la santé et la sécurité physique et morale des pratiquants et en décidant en conséquence de lui interdire pour une durée d’un an d’exercer toutes les fonctions mentionnées aux articles L. 212-1, L. 223-1 ou L. 322-7 du code du sport ou d’intervenir au sein des établissements d’activités physiques et sportives mentionnés à l’article L. 322-1 de ce même code, le préfet des Côtes-d'Armor n’a pas entaché sa décision d’une erreur d’appréciation.

26. Il s’ensuit que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 4 octobre 2023.

27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation des requêtes n° 2304033 et 2306591 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : Les requêtes n° 2304033 et 2306591 de M. B... sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à la ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative.

Copie en sera adressée au préfet des Côtes-d'Armor.


Délibéré après l'audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Le Bonniec, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.


Le rapporteur,


signé


J. Le Bonniec
Le président,


signé


T. Jouno

La greffière,


signé


S. Guillou


La République mande et ordonne à la ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.