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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2304095

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2304095

vendredi 26 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2304095
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEXCAP

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de M. et Mme A... qui demandaient l'annulation de la décision du président de Quimperlé communauté refusant de reclasser leur longère de la zone Nr (naturelle à risques) en zone Nl (naturelle libre). Le tribunal a jugé que le classement en zone Nr n'était pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation, car il résultait d'une application cohérente des règles du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) visant à préserver les espaces naturels et à prévenir les risques, conformément aux articles L. 121-23, L. 151-9 et R. 151-24 du code de l'urbanisme. La solution retenue est le rejet des conclusions à fin d'annulation et d'injonction, ainsi que le rejet des demandes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2023 et un mémoire non communiqué enregistré le 24 avril 2025, M. et Mme C... et B... A..., représentés par Me Labonnelie, demandent au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 2 juin 2023 par laquelle le président de Quimperlé communauté a refusé de procéder à une modification du plan local d’urbanisme intercommunal afin d’inclure leur longère dans la zone Nl au lieu de l’actuelle zone Nr ;

2°) d’enjoindre au même président de modifier, dans un délai de trois mois, le classement de leur longère ;

3°) de mettre à la charge de Quimperlé communauté la somme de 5 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- la décision classant la longère en zone Nr est entachée d’erreur manifeste d'appréciation et correspond à un oubli datant du plan local d'urbanisme précédent ;
- l’illégalité de la construction existante ne peut lui être opposée pour justifier l’absence de classement en zone Nl alors que la longère est une construction légale, antérieure à l’année 1943 et qui accueille au moins partiellement une habitation.


Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2025, la communauté d’agglomération Quimperlé Communauté, représentée par Me Rouhaud, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- la décision litigieuse du 2 juin 2023 ne fait pas grief dès lors qu’elle est une réponse d’attente ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Terras,
- les conclusions de M. Blanchard, rapporteur public,
- et les observations de Me Guégan, représentant la communauté d’agglomération Quimperlé communauté.


Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A... sont propriétaires d’un ensemble immobilier composé d’une ferme et d’une longère sur la commune de Riec-sur-Bélon (Finistère) cadastrée YO n° 116, classées par le plan local d'urbanisme approuvé en 2020 en zone Nh pour la ferme et en zone Ns pour le reste de la parcelle, dont la longère. Le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi), adopté par Quimperlé Communauté le 9 février 2023, a classé la longère pour partie en zone Nr et pour une autre partie, très majoritaire, en zone Nl, reprenant en cela le classement issu du précédent PLU ainsi que le découpage de la zone. Par un courrier du 26 avril 2023, M. et Mme A... ont demandé au président de Quimperlé Communauté de procéder au classement de la longère en zone Nl. Par la présente requête, ils demandent au tribunal d’annuler la décision du 2 juin 2023 par laquelle le président de Quimperlé Communauté a rejeté leur demande en proposant que celle-ci soit étudiée dans le cadre de la prochaine procédure d’évolution du PLUi envisagée en 2024.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l’erreur d’appréciation :

2. Aux termes de l’article L. 121-23 du code de l’urbanisme : « Les documents et décisions relatifs à la vocation des zones ou à l'occupation et à l'utilisation des sols préservent les espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral, et les milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques. / Un décret fixe la liste des espaces et milieux à préserver, comportant notamment, en fonction de l'intérêt écologique qu'ils présentent, les dunes et les landes côtières, les plages et lidos, les forêts et zones boisées côtières, les îlots inhabités, les parties naturelles des estuaires, des rias ou abers et des caps, les marais, les vasières, les zones humides et milieux temporairement immergés ainsi que les zones de repos, de nidification et de gagnage de l'avifaune désignée par la directive 79/409 CEE du 2 avril 1979 concernant la conservation des oiseaux sauvages ». Aux termes de l’article L. 151-9 du même code : « Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées. ». Aux termes de l’article R. 151-24 de ce code : « Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues.».

3. Aux termes du plan local d'urbanisme intercommunal de Quimperlé communauté : « En secteur Nr et conformément à l’article R. 121-5 du code de l’urbanisme :Sont interdits tous les aménagements autres que ceux cités ci-après à condition que leur localisation et leur aspect ne dénaturent pas le caractère des sites, ne compromettent pas leur qualité architectural et paysagère et ne portent pas atteinte à la préservation des milieux : 1. Des aménagements légers peuvent être implantés dans ces espaces et milieux lorsqu’ils sont nécessaires à leur gestion, à leur mise en valeur notamment économique ou, le cas échéant, à leur ouverture au public. Ces projets d’aménagement sont soumis, préalablement à leur autorisation, à enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l’environnement dans les cas visés au 1° du I de l’article L. 123-2 du code de l’environnement. Dans les autres cas, ils sont soumis à une mise à disposition du public pendant une durée d’au moins quinze jours, dans des conditions permettant à celui-ci de formuler ses observations. 2. Lorsqu’ils sont nécessaires à la gestion ou à l’ouverture au public de ces espaces ou milieux, les cheminements piétonniers et/ou cyclables et les sentes équestres, ni cimentés ni bitumés, les objets mobiliers destinés à l’accueil ou à l’information du public, les postes d’observation de la faune ainsi que les équipements démontables liés à l’hygiène et à la sécurité tels que les sanitaires et les postes de secours lorsque leur localisation dans ces espaces est rendue indispensable par l’importance de la fréquentation du public. 3. Les aires de stationnement indispensables à la maîtrise de la fréquentation automobile et à la prévention de la dégradation de ces espaces par la résorption du stationnement irrégulier, sans qu’il en résulte un accroissement des capacités effectives de stationnement, à condition que ces aires ne soient ni cimentées, ni bitumées et qu’aucune autre implantation ne soit possible. 4. La réfection des bâtiments existants et l’extension limitée des bâtiments et installations nécessaires à l’exercice d’activités économiques sous réserve d’être conçus de manière à permettre un retour du site à l’état naturel ; 5. À l’exclusion de toute forme d’hébergement et à condition qu’ils soient en harmonie avec le site et les constructions existantes : a. Les aménagements nécessaires à l’exercice des activités agricoles, pastorales et forestières dont à la fois la surface de plancher et l’emprise au sol au sens de l’article R. 420-1 n’excèdent pas cinquante mètres carrés de surface de plancher et d’emprise au sol. b. Dans les zones de pêche, de cultures marines ou lacustres, de conchyliculture, de saliculture et d’élevage d’ovins de prés salés, les constructions et aménagements exigeant la proximité immédiate de l’eau liés aux activités traditionnellement implantées dans ces zones, à la condition que leur localisation soit rendue indispensable par des nécessités techniques. c. À la condition que leur localisation dans ces espaces corresponde à des nécessités techniques, les canalisations nécessaires aux services publics ou aux activités économiques, dès lors qu’elles sont enfouies et qu’elles laissent le site dans son état naturel après enfouissement, et que l’emprise au sol des aménagements réalisés n’excède pas cinq mètres carrés. 6. Les aménagements nécessaires à la gestion et à la remise en état d’éléments de patrimoine bâti reconnus par un classement au titre de la loi du 31 décembre 1913 ou localisés dans un site inscrit ou classé au titre des articles L. 341-1 et L. 341-2 du code de l’environnement. 7. Les équipements d’intérêt général nécessaires à la sécurité des populations et à la préservation des espaces et milieux. Les aménagements mentionnés aux 2. 3. et 5. doivent être conçus de manière à permettre un retour du site à l’état naturel. Peuvent également être autorisées, en application et sous réserve du respect des conditions définies à l’article L. 121-25 du code de l’urbanisme, l’atterrage des canalisations du réseau public de transport ou de distribution d’électricité et leurs jonctions, lorsque ces canalisations et jonctions sont nécessaires à l’exercice des missions de service public définies à l’article L. 121-4 du code de l’énergie ou à l’établissement des réseaux ouverts au public de communications électroniques. »

4. Aux termes de l’article Nl du même plan local d'urbanisme intercommunal : « « En secteur Nl : Outre les constructions et utilisations des sols admises pour l’ensemble de la zone, l’occupation et l’utilisation du sol pour toute construction autre que celles citées dans les articles suivants est interdite :• Article L. 121-5 du code de l’urbanisme, • Article L. 121-6 du code de l’urbanisme, • Article L. 121-10 du code de l’urbanisme, • Article L. 121-11 du code de l’urbanisme, • Article L. 121-12 du code de l’urbanisme. Changement de destination : Le changement de destination de bâtiments repérés au plan de zonage au titre de l’article L. 151-11 du code de l’urbanisme est autorisé dès lors que ce changement de destination ne compromet pas l’activité agricole ou la qualité paysagère du site. Ce changement de destination pourra conduire à la création de logements. Ce changement de destination est soumis, à l’avis conforme de la Commission départementale de la nature, des paysages et des sites (CDNPS). Les extensions des constructions à destination d’habitation pour les tiers : Sous réserve de ne pas compromettre l’activité agricole ou la qualité paysagère du site, et à condition d’assurer le maintien du caractère naturel, agricole ou forestier de la zone et de ne pas conduire à la création d’un nouveau logement, sont autorisées : • L’extension des habitations existantes à la date d’approbation du PLUi, dans la limite de 30% de l’emprise au sol existant à la date d’approbation du PLUi, à condition que cette emprise au sol existant à la date d’approbation du PLUi soit supérieure à 60 m² ou plus et que l’emprise au sol totale de la construction après extension n’excède pas 250 m². • La création d’annexes aux habitations existantes, sous réserve que ces annexes soient implantées à l’intérieur, d’une enveloppe de 20 m autour du bâtiment principal de l’habitation dont elles dépendent, dans la limite de 30 m² de surface de plancher et d’emprise au sol (total des annexes hors piscine). • La superficie d’un bassin de piscine est limitée à 50 m². Une dérogation à la règle sur l’extension limitée est autorisée pour les bâtiments exceptionnels de type châteaux, manoirs d’une emprise au sol de plus de 250m². Cette dérogation pourra être délivrée sous réserve de la démonstration d’une impossibilité technique de procéder autrement que par une extension du bâtiment. »

5. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur l'application des dispositions du code de l'urbanisme en vertu desquelles les documents et décisions relatifs à la vocation des zones ou à l'occupation et à l'utilisation des sols préservent les espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral, et les milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des extraits du projet d’aménagement et de développement durables (PADD), que les auteurs du plan local d'urbanisme ont souhaité construire en préservant les espaces agricoles et naturels et, à ce titre, ont prévu de préserver les milieux naturels et les continuités écologiques à travers une trame bleue. Dans la mise en œuvre de ces objectifs, ils ont délimité des zones naturelles (N) en vue de la protection des milieux, sites et paysages, et ont distingué les zones naturelles en commune littorale et en commune non littorale. Plus spécifiquement, au sein des communes littorales, la zone naturelle a été divisée en deux sous-secteurs, le secteur Nl qui désigne la zone naturelle des communes littorales et le secteur Nr qui correspond aux zones naturelles remarquables, qui délimite au titre de l’article L. 121-23 du code de l’urbanisme, les espaces terrestres et maritimes, les sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral. Il ressort ainsi du rapport de présentation, qu’au sein des espaces proches du rivage, les espaces pouvant répondre à la définition des espaces remarquables ont été classés en zone Nr, tandis que les zones comportant des « bâtis à vocation habitations existants » ont été classées en zone Nl.

7. En l’espèce, il est constant que la parcelle YO n° 116 s’insère dans un vaste espace agricole et naturel s’ouvrant au sud sur le rivage du Bélon, c’est-à-dire sur le littoral lui-même, inclus dans le périmètre du site inscrit des rives de l’Aven et du Bélon, les parties naturelles des sites inscrits étant présumées constituer des espaces remarquables du littoral. La longère en litige est située dans un espace délimité par une haie boisée qui entoure les bâtiments de l’ancienne ferme de Kervadec et se prolonge dans un réseau de talus boisés qui quadrille les rives du Bélon, en pleine unité paysagère avec l’espace remarquable au sein duquel elle se trouve. Elle a été classée pour partie en zone Nl qui, selon le règlement écrit, correspond à un « secteur naturel situé en commune soumise à la Loi Littoral », et pour partie en zone Nr qui correspond à un « Secteur naturel lié aux espaces remarquables ».

8. Dans ces conditions, compte-tenu du secteur dans lequel s’insère la partie sud-ouest de la parcelle et des objectifs des auteurs du PLUi, le classement de cette partie de la parcelle et de la longère en zone Nr et non en zone Nl n’est pas entaché d’erreur d’appréciation.

En ce qui concerne le moyen tiré de ce que la longère est une construction régulièrement édifiée :

9. Les requérants soutiennent que la longère est une construction régulièrement édifiée, présente depuis au moins deux cents ans, soit bien avant l’adoption du plan local d'urbanisme, et que son illégalité ne peut être opposée pour justifier l’absence de classement en zone Nl.

10. Toutefois, si le bâtiment qualifié de longère constitué d’un corps de ferme contenant une remise, une étable et une habitation d’ouvrier agricole, semble effectivement avoir été construit avant 1943, sans constituer une habitation au sens du PLUi ni une annexe de la maison, cette circonstance est sans incidence sur la justification du classement retenu par les auteurs du PLUi.

11. Il résulte de l’ensemble de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d’annulation de M. et Mme A... doivent être rejetées.


Sur les conclusions à fin d’injonction :

12. Le rejet des conclusions à fin d’annulation n’impliquant aucune mesure d’exécution, les conclusions à fin d’injonction doivent également être rejetées.


Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la communauté d’agglomération Quimperlé Communauté, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse à M. et Mme A... la somme demandée au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.


14. Il y a lieu de mettre à la charge de M. et Mme A... la somme de 1 500 euros à verser à la communauté d’agglomération Quimperlé Communauté au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.


D É C I DE :


Article 1er : La requête de M. et Mme A... est rejetée.

Article 2 : M. et Mme A... verseront à la communauté d’agglomération Quimperlé Communauté la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C... et Mme B... A... et à la communauté d’agglomération Quimperlé Communauté.


Délibéré après l’audience du 12 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Bouchardon, président,
M. Terras, premier conseiller,
M. Louvel, premier conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2025.


Le rapporteur,


signé


F. Terras
Le président,


signé


L. Bouchardon

La greffière,


signé


P. Lecompte


La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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