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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2304283

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2304283

vendredi 8 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2304283
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 août 2023, Mme B A, épouse C, représentée par Me Matel, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre au centre communal d'action sociale (CCAS) de Guéméné-sur-Scorff, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de reprendre l'instruction du processus de son licenciement pour inaptitude définitive et absolue, dans un délai de dix jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge du centre communal d'action sociale de Guéméné-sur-Scorff le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite, que la mesure sollicitée est utile et ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative : elle est sans rémunération depuis le 1er mai 2019, elle a épuisé l'ensemble de ses droits à congés et n'est pas placée dans une position statutaire régulière ; après l'entretien préalable au licenciement qui s'est déroulé le 10 mars 2020, le CCAS de Guéméné-sur-Scorff n'a pris aucune décision tendant à effectivement prononcer son licenciement ; elle est privée de tous droits, même celui de solliciter le bénéfice d'une allocation chômage, faute pour le CCAS d'avoir achevé le processus de licenciement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, le centre communal d'action sociale de Guéméné-sur-Scorff, représenté par Me Rouhaud, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme C le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la mesure sollicitée fait obstacle à l'exécution de la décision implicite par laquelle il a refusé le licenciement de la requérante, sa volonté étant de la reclasser ;

- l'urgence financière n'est pas justifiée : la requérante exerçait son activité à temps non complet et a fait une demande d'autorisation de cumul d'activités accessoires, elle n'a fourni aucun justificatif d'arrêt de travail depuis le 31 décembre 2020 en dépit d'une demande en ce sens ; la situation d'urgence invoquée résulte des refus de reclassements successifs de la requérante et de sa propre inaction suite au refus de la collectivité de faire droit à sa demande de licenciement adressée au mois de mai 2022 ;

- la demande ne revêt aucun caractère d'utilité : il a engagé une procédure de médiation avec Mme C au mois de juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 septembre 2023 :

- le rapport de Mme Plumerault,

- les observations de Me Matel, représentant Mme C, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, souligne que la requérante n'a jamais repris le travail depuis 2015 et qu'elle ne peut pas faire l'intégralité des heures qu'elle souhaiterait dans le secteur privé, à défaut d'avoir été licenciée par le CCAS de Guéméné-sur-Scorff, que la situation de Mme C est bloquée depuis le mois de mai 2019, qu'elle ne bénéficie plus d'aucune rémunération,ni de droit à avancement ni de droits à retraite ;

- Me Messéant, représentant le centre communal d'action sociale de Guéméné-sur-Scorff, qui insiste sur le fait que la mesure sollicitée par Mme C fait obstacle à l'exécution d'un refus implicite de licenciement, souligne que Mme C n'est pas dépourvue de ressources et que le CCAS souhaite mettre en place une médiation avec la requérante ;

- les explications de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été recrutée par le centre communal d'action sociale (CCAS) de la commune de Guéméné-sur-Scorff à compter du 18 avril 1992, d'abord sous forme de contrats successifs, avant d'être titularisée en 2008 dans le grade d'agent social principal de deuxième classe à temps non complet. Elle a été victime d'un accident du travail le 4 janvier 2015 et a été jugée inapte définitivement à ses fonctions mais pas inapte à toutes fonctions. Par un avis du comité médical départemental du 7 septembre 2018, elle a été placée en congé de grave maladie à compter du 8 avril 2018 pour une durée de six mois, puis sous le régime de la disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 8 octobre 2018. Par un courrier du 10 janvier 2019, Mme C a sollicité un reclassement professionnel en raison de son état de santé. Par courrier du 30 juillet 2019, le CCAS, après avoir procédé à une recherche de reclassement, l'a informée qu'aucun reclassement n'était possible et que par conséquent son licenciement était envisagé. Mme C a été convoquée à un entretien préalable à son licenciement le 10 mars 2020. En l'absence de toute décision prononçant son licenciement à la suite de cet entretien, elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au CCAS de reprendre l'instruction du processus de son licenciement pour inaptitude définitive et absolue.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de sa compétence, le juge des référés peut prescrire toutes mesures que l'urgence justifie à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse, et sous réserve qu'elles ne fassent pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'entretien préalable de licenciement de Mme C, qui s'est tenue le 10 mars 2020, le CCAS a poursuivi ses recherches en vue de la reclasser et lui a fait, les 17 août 2020 et 10 septembre 2020, deux propositions de reclassement que Mme C a refusées. Il résulte de l'instruction qu'étant sans nouvelles du CCAS à la suite de ses refus, Mme C a mis ce dernier en demeure, par un courrier du 31 mai 2022, reçu en mairie le 2 juin 2022, de prononcer son licenciement dans les deux mois de sa réception. En l'absence de réponse à cette demande, une décision implicite de rejet est née. Dès lors, la mesure sollicitée par la requérante fait obstacle à l'exécution de cette décision administrative. Par suite, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CCAS de Guéméné-sur-Scorff, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le CCAS de Guéméné-sur-Scorff au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du CCAS de Guéméné-sur-Scorff présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, épouse C, au centre communal d'action sociale de Guéméné-sur-Scorff et à la commune de Guéméné-sur-Scorff.

Fait à Rennes, le 8 septembre 2023.

Le juge des référés,

signé

F. Plumerault La greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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