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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2304451

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2304451

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2304451
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCAILLOCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 août 2023, la société Malleret Cornède Ménard (MCM Architectes), représentée par Me Pierre Cailloce, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Saint-Aubin d'Aubigné à lui verser la somme de 39 720,69 euros toutes taxes comprises (TTC) en règlement du solde du marché de maîtrise d'œuvre qui lui a été attribué en vue de l'extension et de la réhabilitation du restaurant scolaire municipal, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Aubin d'Aubigné une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- le décompte général du marché de maîtrise d'œuvre qui lui a été confié doit être rectifié et arrêté à la somme de 191 333,87 euros TTC, hors révision, en faveur du groupement qu'elle représente ;

- aucune faute ne saurait lui être imputée s'agissant d'une livraison tardive de l'ouvrage, les titulaires des marchés de travaux disposant d'un délai s'étendant jusqu'au 17 janvier 2022 pour achever les travaux ;

- la réception des travaux ayant été prononcée sans réserve à la date du 13 janvier 2022, le décompte général du marché retient, à tort, la somme de 18 415,02 euros au titre d'une prétendue livraison tardive ;

- la commune ne peut se prévaloir de la date du 1er août 2021 comme date contractuelle d'achèvement des travaux, compte tenu de la prolongation des délais d'exécution des travaux et du projet, d'au moins 5 mois et 15 jours, résultant d'évènements extérieurs au maître d'œuvre ;

- les pénalités appliquées reposent sur le manquement à une obligation qui ne relève pas du périmètre contractuel des obligations lui incombant, et notamment à raison d'un retard au titre des prestations d'étude de maîtrise d'œuvre dont elle était chargée ;

- les prestations qui lui ont été confiées étant intervenues pendant la période d'état d'urgence sanitaire, les dispositions de l'article 6 de l'ordonnance n° 2020-319 du 25 mars 2020 font obstacle à l'application de pénalités de retard ;

- la somme de 17 100 euros retenue à titre de pénalités pour retard dans la transmission des dossiers exécutés ne repose sur aucun fondement, l'article 4.3 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché ne prévoyant pas l'application de telles pénalités ;

- aucune obligation de résultat ne pèse sur le maître d'œuvre concernant la transmission des documents permettant de constituer le dossier des ouvrages exécutés (DOE) ;

- le décompte général du marché retient irrégulièrement la somme de 1 233,96 euros à titre de pénalités de retard concernant le dépôt tardif du dossier de demande de permis de construire, alors qu'en vertu de l'article 4.1 du CCAP du marché, seule la date de validation de l'avant-projet définitif (APD) permet de déclencher le délai de deux semaines qui lui était imparti et que la date de remise des pièces du dossier de demande de permis de construire marque la date d'achèvement des prestations de maîtrise d'œuvre ;

- le décompte général n'intègre pas l'intégralité des prestations réalisées en exécution du marché de maîtrise d'œuvre ;

- la prolongation de la durée des travaux, en particulier en raison de la crise sanitaire, implique un surcoût de 5 446,10 euros hors taxes (HT), à intégrer au décompte ;

- le groupement de maîtrise d'œuvre a réalisé des études complémentaires pour l'intégration d'un local poubelle au sein du restaurant scolaire, représentant une prestation supplémentaire de 1 440 euros HT ;

- le décompte général qui lui a été notifié ne tient pas compte des intérêts moratoires, dus en raison du retard dans le paiement de la facture du 23 mars 2023 d'un montant de 22 185,53 euros TTC, soit un montant à intégrer de 748,83 euros, auquel s'ajoute l'indemnité forfaitaire de 40 euros ;

- le décompte général ne tient pas compte des frais supplémentaires exposés rendus nécessaires pour la contestation en justice du titre exécutoire et des pénalités infligées, s'élevant à 1 800 euros HT.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2024, la commune de Saint-Aubin d'Aubigné, représentée par Me Gaël Collet (Selarl ARES), conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société MCM Architectes la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la société requérante se méprend sur la réalité de ses obligations contractuelles en invoquant le délai d'achèvement des travaux fixé au mois de janvier 2022, qui résulte non de son propre contrat mais de ceux des entreprises chargées des travaux ;

- le marché de maîtrise d'œuvre impartissait une obligation de résultat au maître d'œuvre concernant la livraison des travaux au plus tard le 1er août 2021 ;

- la société MCM Architectes, qui était chargée de la direction de l'exécution du chantier, n'est pas fondée à soutenir que les retards ne lui sont pas imputables ;

- la société requérante qui est directement à l'origine de la modification du calendrier des travaux, décalant la livraison de l'ouvrage du 1er août 2021 au 8 novembre 2021, n'explique pas le dérapage des délais entre le 8 novembre 2021 et le 13 janvier 2022 ;

- les causes extérieures alléguées ne sont assorties d'aucune précision permettant de les regarder comme sérieuses ;

- la société MCM Architectes n'établit pas avoir sollicité un délai complémentaire, ainsi que le prévoient les dispositions de l'article 6 de l'ordonnance n° 2020-319 du 25 mars 2020 ;

- la société MCM Architectes lui a soumis un nouveau calendrier d'exécution au mois de septembre 2021, bien après la période de crise sanitaire, de sorte qu'il n'existe pas de lien entre la période pénalisée et la période du contrat affectée par les conséquences de la crise sanitaire ;

- l'obligation contractuelle de transmission des DOE dans un délai déterminé résulte des stipulations de l'article 4.1 du CCAP du marché ;

- la maîtrise d'œuvre disposait, en vertu de l'article 4.1 du CCAP du marché, d'un délai de deux semaines, courant à compter de la validation de l'APD, pour transmettre à la commune le dossier de demande de permis de construire ;

- les demandes de paiement complémentaires de la société MCM Architectes sont irrecevables, compte tenu du caractère indivisible et intangible du décompte du marché ;

- les demandes complémentaires présentées par la société MCM Architectes, non inscrites dans le projet de décompte final qu'elle a transmis le 24 mars 2023, bien que relevant de la relation contractuelle entre les parties, sont irrecevables ;

- les demandes de paiement complémentaires de la société MCM Architectes sont, en tout état de cause, infondées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-319 du 25 mars 2020 portant diverses mesures d'adaptation des règles de passation, de procédure ou d'exécution des contrats soumis au code de la commande publique et des contrats publics qui n'en relèvent pas pendant la crise sanitaire née de l'épidémie de Covid-19 ;

- le code de la commande publique ;

- l'arrêté du 16 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de prestations intellectuelles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thalabard,

- les conclusions de M. Martin, rapporteur public,

- et les observations de Me Collet, représentant la commune de Saint-Aubin d'Aubigné.

Considérant ce qui suit :

1. En 2019, la commune de Saint-Aubin d'Aubigné (Ille-et-Vilaine) a décidé d'entreprendre la réhabilitation et l'extension de son restaurant scolaire. La maîtrise d'œuvre de l'opération a été confiée, par acte d'engagement du 24 septembre 2019, à un groupement de six entreprises dont la société MCM Architectes était le mandataire. Les délais d'exécution fixés au marché prévoyaient le démarrage des travaux au plus tard le 1er septembre 2020 afin de permettre à la collectivité de disposer de l'ouvrage pour la rentrée de l'année scolaire 2021-2022. La réception de l'ouvrage a été prononcée sans réserve le 13 janvier 2022. Le 24 mars 2023, à l'expiration de sa mission, après expiration du délai de garantie de parfait achèvement, la société MCM Architectes a adressé au maire de la commune son projet de décompte du marché, portant sur un montant total de 152 196,67 euros TTC, avec un solde restant dû de 22 185,53 euros TTC. Le 11 avril 2023, le pouvoir adjudicateur a arrêté le décompte du marché à la somme de 119 392,31 euros TTC, compte tenu de pénalités s'élevant à 36 748,98 euros. Il en résulte un solde débiteur de 7 684,92 euros TTC. La société MCM Architectes a, le 15 mai 2023, contesté ce décompte général, en ce qu'il mettait à la charge du groupement de maîtrise d'œuvre des pénalités et en ce qu'il ne tenait pas compte des prestations et études supplémentaires réalisées, ainsi que de frais divers. Sa réclamation préalable ayant été rejetée, la société MCM Architectes demande de condamner la commune de Saint-Aubin d'Aubigné à lui verser la somme de 39 720,69 euros TTC, correspondant au solde du marché après rectification du décompte général pour le porter à la somme totale de 191 333,87 euros TTC.

Sur le règlement du marché :

En ce qui concerne les pénalités de retard :

2. Les pénalités de retard prévues par les clauses d'un marché public ont pour objet de réparer forfaitairement le préjudice qu'est susceptible de causer au pouvoir adjudicateur le non-respect, par le titulaire du marché, des délais d'exécution contractuellement prévus. Elles sont applicables au seul motif qu'un retard dans l'exécution du marché est constaté et alors même que le pouvoir adjudicateur n'aurait subi aucun préjudice ou que le montant des pénalités mises à la charge du titulaire du marché qui résulte de leur application serait supérieur au préjudice subi.

S'agissant des délais d'exécution du marché :

3. Il résulte de l'instruction, et notamment de la rubrique B5 de l'acte d'engagement, que la durée d'exécution de chaque élément de mission confié au groupement de maîtrise d'œuvre est fixée à l'article 4.1 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché en tenant compte des contraintes tenant à la validation des études d'avant-projet définitif au début du mois de décembre 2019, aux fins d'obtention du permis de construire requis pour l'opération, au démarrage des travaux au plus tard le 1er septembre 2020 et à la livraison des travaux au plus tard le 1er août 2021. L'article 4.3 de ce cahier stipule, en outre, qu'en cas de livraison tardive des travaux, entendue comme la réception permettant l'exploitation du bâtiment dans sa destination, " le maître d'œuvre subit sur ses créances () [une] pénalité égale à 1% par jour de retard de la valeur des missions : (80 %(DET+OPC)+AOR) .".

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction qu'en cours d'exécution du marché, la commune de Saint-Aubin d'Aubigné a admis que les travaux ne pourraient être achevés à la date initialement fixée du 1er août 2021. Elle a ainsi conclu le 28 juillet 2021 un avenant au marché, visant à augmenter le forfait de rémunération du groupement de maîtrise d'œuvre pour tenir compte de l'allongement du chantier et a demandé au maître d'œuvre, par courrier du 6 septembre 2021, de mettre à jour le calendrier d'exécution des travaux. Le 21 septembre 2021, la commune a accepté le calendrier actualisé transmis par la société MCM Architectes comportant une date de réception des travaux fixée au 15 novembre 2021, et des opérations préalables à la réception fixée au 8 novembre 2021. Dans ces conditions, la société requérante ne saurait utilement se prévaloir du délai de dix-huit mois d'exécution du chantier, qui résulte des ordres de service de démarrage des travaux qu'elle a notifiés aux entreprises attributaires des lots du marché de travaux, pour soutenir que l'ouvrage, qui a été réceptionné le 13 janvier 2022, a été livré dans les délais impartis et contester la réalité du retard au regard de ses propres obligations contractuelles.

5. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient la société MCM Architectes, il résulte de l'instruction que le retard n'a pas été constaté à partir de la date de livraison de l'ouvrage initialement fixée au 1er août 2021 mais à partir de la date du 8 novembre 2021, fixée dans le dernier état du calendrier d'exécution des travaux pour les opérations préalables à la réception de l'ouvrage. Le pouvoir adjudicateur a retenu un retard de livraison de 66 jours entre le 8 novembre 2021 et le 13 janvier 2022 et a décidé de plafonner les pénalités appliquées à 47 jours, correspondant à une somme de 18 415,02 euros. La société requérante ne se prévalant d'aucun motif justifiant que le calendrier qu'elle a elle-même proposé au mois de septembre 2021 n'a pu être respecté, elle ne saurait soutenir que le retard dans l'exécution des travaux ne lui est pas imputable. Elle ne saurait davantage reprocher au maître d'ouvrage de ne pas avoir tenu compte d'un délai d'au moins cinq mois et quinze jours de prolongation des délais d'exécution des travaux.

6. En troisième lieu, il résulte des pièces du marché que la société MCM Architectes était chargée d'une mission de base de maîtrise d'œuvre, telle que définie par l'article R. 2431-4 du code de la commande publique, incluant notamment la direction de l'exécution des marchés publics de travaux nécessaires à la réalisation de l'ouvrage commandé ainsi que l'assistance apportée au maître d'ouvrage lors des opérations de réception. Elle était, de surcroît, chargée d'une mission complémentaire d'ordonnancement, de pilotage et de coordination (OPC) du chantier. Elle n'est dès lors pas fondée à soutenir que les pénalités appliquées à raison de la livraison tardive de l'ouvrage ne relèvent pas du périmètre de ses obligations contractuelles.

7. En quatrième lieu, si les pénalités de retard en matière de contrats publics ont bénéficié de mesures d'adaptation pour tenir compte des effets de la crise sanitaire née de l'épidémie de Covid-19, notamment en application de l'article 6 de l'ordonnance n° 2020-319 du 25 mars 2020 édictant diverses mesures d'adaptation des règles de passation, de procédure ou d'exécution des contrats soumis au code de la commande publique, la société MCM Architectes ne justifie pas avoir saisi le pouvoir adjudicateur, ainsi que ces dispositions le prévoient, avant l'expiration du délai contractuel dont elle disposait, d'une demande tendant à en obtenir la prolongation. En tout état de cause, il résulte de l'instruction, ainsi qu'exposé précédemment, que le délai d'achèvement des travaux, qui ont débuté le 17 juillet 2020, a été modifié en cours d'exécution du marché et reporté à la date du 15 novembre 2021, conformément à la date proposée par la société requérante au maître d'ouvrage. Il lui était alors loisible de tenir compte des contraintes résultant de la crise sanitaire pour actualiser le calendrier d'exécution des travaux. Par suite, la société MCM Architectes n'est pas fondée à se prévaloir d'une méconnaissance de l'article 6 de l'ordonnance n° 2020-319 du 25 mars 2020.

S'agissant des pénalités concernant les DOE :

8. Il résulte de la lecture de l'article 4.1. du CCAP du marché de maîtrise d'œuvre en litige que les délais impartis au groupement attributaire pour exécuter la mission d'assistance au maître d'ouvrage lors des opérations de réception (AOR), incluant la remise du dossier des ouvrages exécutés (DOE), étaient de deux semaines à compter de la date de réception des travaux. L'article 4.3 de ce même cahier stipule que le maître d'œuvre subira " une pénalité de 50,00 € HT par jour de retard dans la transmission des documents suivants : () dossier des ouvrages exécutés. ".

9. Il résulte de l'instruction que la commune de Saint-Aubin d'Aubigné a constaté que le maître d'œuvre ne lui a remis le dossier des ouvrages exécutés que le 5 janvier 2023, soit avec un retard de 342 jours par rapport au délai de deux semaines imparti par les clauses contractuelles, et lui a, en conséquence, infligé une pénalité s'élevant à 17 100 euros. Au regard des stipulations expresses du CCAP du marché, la société MCM Architectes n'est pas fondée à soutenir que cette pénalité est dépourvue de fondement contractuel. Sa contestation manque en fait et doit être écartée.

S'agissant des pénalités pour dépôt tardif du dossier de demande de permis de construire :

10. Selon l'article 4.3. du CCAP du marché de maîtrise d'œuvre en litige, " le maître d'œuvre subit sur ses créances, des pénalités en cas de retard de délais " et notamment une " pénalité en cas de dépôt tardif du permis de construire, au plus tard 2 semaines après la validation de l'APD ". Il est précisé que cette pénalité est égale à 1 % par jour de retard de la mission de la valeur de la mission, soit " 20 % APD ".

11. Il résulte de l'instruction que la commune a constaté un retard de trente et un jours dans l'exécution de la mission de remise du dossier de demande de permis de construire, compte tenu d'une validation de l'avant-projet définitif (APD) intervenue le 16 décembre 2019 et d'un dépôt du dossier de demande de permis de construire, le 30 janvier 2020, et a appliqué une pénalité d'un montant de 1 233,96 euros. Toutefois, le maître d'ouvrage n'établit pas, par la seule production de l'ordre de service n° 3 daté du 9 janvier 2020 mentionnant que " la commune, après avoir validé l'APD, demande au cabinet d'engager la phase PRO/DCE à compter du 16 décembre 2019 ", que le maître d'œuvre aurait eu connaissance de cette validation avant que cet ordre de service ne lui soit effectivement notifié, le 13 janvier 2020. La collectivité ne saurait davantage invoquer les stipulations de l'article 3.8.2 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés de prestations intellectuelles (CCAG-PI), dans la version à laquelle les pièces du marché se réfèrent, qui limitent à quinze jours le délai pour formuler des observations sur un ordre de service, pour conférer un quelconque effet probant aux mentions de cet ordre de service dépourvues de précisions suffisantes. La délibération du 16 décembre 2019 du conseil municipal de la commune, bien que faisant état d'un exposé fait par le maître d'œuvre avant que l'APD ne soit soumis au vote des élus, ne peut davantage attester d'une connaissance acquise à la date de cette séance, compte tenu notamment des mentions peu explicites de l'article 1er de cette délibération. Alors que la commune reconnaît que la phase APD a été validée dans les délais impartis et que les travaux ont démarré, ainsi que le prévoyaient les termes de l'acte d'engagement, avant le 1er septembre 2020, elle ne justifie pas suffisamment du retard qu'elle entend imputer à la société MCM Architectes s'agissant du délai dans lequel le dossier de demande de permis de construire a été remis. Par suite, la pénalité de 1 233,96 euros infligée pour ce motif à la société requérante n'est pas fondée.

12. Il résulte de ce qui précède que la société MCM Architectes est seulement fondée à soutenir que la pénalité de 1 233,96 euros, pour dépôt tardif du dossier de demande de permis de construire, n'est pas fondée. Le surplus de sa contestation des pénalités de retard doit être rejeté.

En ce qui concerne la demande de rémunération complémentaire :

13. Aux termes de l'article L. 2432-1 du code de la commande publique : " Le marché public de maîtrise d'œuvre privée prévoit une rémunération forfaitaire du titulaire qui tient compte de l'étendue de la mission, de son degré de complexité et du coût prévisionnel des travaux. () ".

14. Le titulaire d'un contrat de maîtrise d'œuvre est rémunéré par un prix forfaitaire couvrant l'ensemble de ses charges et missions, ainsi que le bénéfice qu'il en escompte, et que seules une modification de programme ou une modification de prestations décidées par le maître de l'ouvrage peuvent donner lieu à une adaptation et, le cas échéant, à une augmentation de sa rémunération. La prolongation de la mission de la maîtrise d'œuvre n'est de nature à justifier une rémunération supplémentaire du maître d'œuvre que si elle a donné lieu à des modifications de programme ou de prestations décidées par le maître d'ouvrage. En outre, le maître d'œuvre ayant effectué des missions ou prestations non prévues au marché de maîtrise d'œuvre et qui n'ont pas été décidées par le maître d'ouvrage a droit à être rémunéré de ces missions ou prestations, nonobstant le caractère forfaitaire du prix fixé par le marché si, d'une part, elles ont été indispensables à la réalisation de l'ouvrage selon les règles de l'art, ou si, d'autre part, le maître d'œuvre a été confronté dans l'exécution du marché à des sujétions imprévues présentant un caractère exceptionnel et imprévisible, dont la cause est extérieure aux parties et qui ont pour effet de bouleverser l'économie du contrat.

15. En premier lieu, la société MCM Architectes fait valoir que la prolongation de la durée d'exécution des travaux a eu pour effet de prolonger d'autant les prestations de suivi des travaux dont le groupement de maîtrise d'œuvre avait la charge, ce qui justifie une rémunération complémentaire de 5 446,10 euros HT, calculée sur la base d'un montant unitaire de 990,20 euros HT, à intégrer dans le décompte du marché. Toutefois, ces seules allégations, qui ne sont assorties d'aucune pièce, sont insuffisantes pour démontrer le bien-fondé des prétentions indemnitaires de la société requérante.

16. En deuxième lieu, la société MCM Architectes ne démontre pas, par la production de plans modificatifs et de vues 3D intégrant un local poubelle attenant au restaurant scolaire, avoir été effectivement saisie par la commune de Saint-Aubin d'Aubigné d'une demande de réalisation d'études complémentaires, justifiant une augmentation de sa rémunération forfaitaire de 1 440 euros hors taxe. En outre, elle ne produit aucun élément susceptible de justifier les modalités de détermination de la somme ainsi réclamée.

17. En troisième lieu, si la société MCM Architectes sollicite le paiement d'une somme de 748,83 euros au titre des intérêts moratoires pour le paiement tardif d'une facture du 23 mars 2023 portant sur un montant de 22 185,53 euros TTC, ainsi que le versement de l'indemnité forfaitaire de 40 euros, elle ne produit aucun justificatif du retard invoqué, permettant au tribunal d'apprécier le bien-fondé de sa demande.

18. En dernier lieu, les frais exposés par le groupement de maîtrise d'œuvre au titre des frais de représentation en justice pour contester le titre exécutoire émis par le pouvoir adjudicateur en cours d'exécution du marché qui lui a été confié et des frais de conseil juridique concernant les pénalités qui lui ont été appliquées n'ont pas vocation à intégrer le décompte général du marché.

19. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense et alors qu'en tout état de cause, la société MCM Architectes a fait précéder ses conclusions indemnitaires d'un mémoire en réclamation, conformément aux stipulations de l'article 37 du CCAG-PI, sa demande d'intégration de sommes supplémentaires au décompte du marché doit être rejetée.

Sur le solde du marché :

20. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a seulement lieu, conformément à ce qui a été développé aux points 11 et 12, de réduire le montant des pénalités appliquées de 1 233,96 euros et de corriger à due proportion le solde du marché restant dû, par conséquent fixé à la somme de 6 450,96 euros TTC au débit du groupement de maîtrise d'œuvre.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

21. Le présent jugement implique seulement que le pouvoir adjudicateur déduise la pénalité de 1 233,96 euros pour dépôt tardif du dossier de demande de permis de construire du montant total des pénalités infligées au groupement de maîtrise d'œuvre et réduise à due proportion le montant du solde débiteur du décompte général du marché. Il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à la commune de Saint-Aubin d'Aubigné d'y procéder dans un délai de deux mois. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les dépens :

22. La société MCM Architectes ne justifie pas avoir exposé des dépens dans le cadre de la présente instance. Ainsi, ses conclusions tendant à ce que les dépens de l'instance soient mis à la charge de la commune de Saint-Aubin d'Aubigné sont dépourvues d'objet et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions présentées par les parties sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Le solde du marché est fixé à la somme de 6 450,96 euros TTC au débit du groupement de maîtrise d'œuvre.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Saint-Aubin d'Aubigné de procéder à la rectification du décompte général du marché conformément à l'article 1er dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la société MCM Architectes est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Aubin d'Aubigné au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société MCM Architectes et à la commune de Saint-Aubin d'Aubigné.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,

Mme Thalabard, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2025.

La rapporteure,

signé

M. Thalabard

Le président,

signé

E. BerthonLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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