Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2304848
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2304848 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | MATEL |
Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. - Par une requête, enregistrée sous le n° 2304848, le 6 septembre 2023, Mme B... A..., représentée par Me Matel, demande au tribunal :
1°) d’annuler les quatre décisions du 20 mars 2023 par lesquelles le préfet du Morbihan :
- l’a mise en demeure de mettre fin dans un délai d’un mois à son activité d’exploitation d’établissement d’activités physiques et sportives, au sein de l’établissement « Ecole d’équitation de Ploeren : Les écuries des cinq chênes », situé à Ploeren (Morbihan), et, le cas échéant, au sein de tout autre établissement d’activités physiques et sportives, et de restituer sa carte professionnelle ;
- l’a mise en demeure de cesser immédiatement son activité professionnelle au sein de cet établissement et, le cas échéant, au sein de tout autre établissement d’activités physiques et sportives et de restituer sa carte professionnelle ;
- l’a mise en demeure de mettre fin dans un délai d’un mois à son activité d’exploitation d’établissement d’activités physiques et sportives, au sein de l’établissement « Centre équestre de Belle-Ile : domaine des chevaliers » situé à Bangor (Morbihan), et, le cas échéant, au sein de tout autre établissement d’activités physiques et sportives, et de restituer sa carte professionnelle ;
- l’a mise en demeure de cesser immédiatement son activité professionnelle au sein de cet établissement et, le cas échéant, au sein de tout autre établissement d’activités physiques et sportives et de restituer sa carte professionnelle ;
2°) d’annuler la décision implicite de rejet née du silence conservé sur son recours gracieux ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions ont été prises à l’issue d’une procédure viciée, en méconnaissance du principe du contradictoire prévu aux articles L. 122-1 et suivants du code des relations entre le public et l’administration ;
- le préfet n’était pas en situation de compétence liée, le jugement du tribunal correctionnel de Vannes rendu le 10 février 2022 n’ayant prononcé aucune interdiction d’exercer une fonction, ni de posséder une carte professionnelle ;
- les sanctions sont disproportionnées.
La procédure a été communiquée au préfet du Morbihan, qui n’a pas produit de mémoire en défense.
II. - Par une requête, enregistrée sous le n° 2504620, le 3 juillet 2025, Mme B... A..., représentée par Me Matel, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 11 juin 2025 par lequel le préfet du Morbihan a décidé de fermer définitivement l’établissement dénommé « Les écuries des cinq chênes », situé à Ploeren, et celui dénommé le « Centre équestre de Belle-Ile : domaine des chevaliers », situé à Bangor, sous peine des sanctions prévues à l’article L. 322-4 du code du sport ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l’issue d’une procédure viciée, en méconnaissance du principe du contradictoire prévu aux articles L. 122-1 et suivants du code des relations entre le public et l’administration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2025, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.
Vu :
- l’ordonnance n° 2504733 du juge des référés du tribunal administratif de Rennes, en date du 30 juillet 2025 ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code pénal ;
- le code du sport ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Le Bonniec,
- les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Matel, pour Mme A....
Considérant ce qui suit :
1. Mme A... exploitait deux centres d’équitation situés sur les communes de Ploeren et Bangor, dans le Morbihan. La requérante exerçait également des fonctions d’enseignement, d’animation, d’encadrement d’une activité physique ou sportive, en l’occurrence l’équitation, dans ces centres. Elle a été condamnée le 10 février 2022 par le tribunal correctionnel de Vannes à une peine de deux ans et six mois d’emprisonnement avec sursis pour des faits d’agression sexuelle imposée à une mineure de 15 ans du 1er janvier 1994 au 28 avril 1997. Tirant les conséquences de ce jugement, le préfet du Morbihan, par quatre décisions en date du 20 mars 2023, a mis en demeure Mme A... de cesser, d’une part, d’exploiter chacun de ses deux centres d’équitation dans un délai d’un mois et, d’autre part, d’y exercer des fonctions d’enseignement, d’animation, ou d’encadrement d’une activité physique ou sportive, et lui a fait obligation de restituer sa carte professionnelle. Ces décisions précisaient à l’intéressée que la poursuite illégale de ses activités entraînerait un signalement au procureur de la République et une fermeture administrative de ses centres. Par sa requête n° 2304848, Mme A... demande au tribunal d’annuler les quatre décisions précitées ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux.
2. Après avoir constaté administrativement la poursuite par Mme A... de ses activités d’enseignement et d’exploitation de ses deux établissements en dépit des décisions du 20 mars 2023, par un arrêté du 11 juin 2025, le préfet du Morbihan a prononcé la fermeture administrative à titre définitif des centres d’équitation « Les écuries des cinq chênes » à Ploeren et « Centre équestre de Belle-Ile : domaine des chevaliers » à Bangor. Par sa requête n° 2504620, Mme A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
3. Ces deux requêtes présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu d’y statuer par un seul et même jugement.
Sur les conclusions à fin d’annulation présentées dans la requête no 2304848 :
4. D’une part, aux termes de l’article L. 212-9 du code du sport : « I. – Nul ne peut exercer les fonctions mentionnées au premier alinéa de l’article L. 212-1 à titre rémunéré ou bénévole, ou aux articles L. 223-1 et L. 322-7, ni intervenir auprès de mineurs au sein des établissements d’activités physiques et sportives mentionnés à l’article L. 322-1 s’il a fait l’objet d’une condamnation pour crime ou pour l’un des délits prévus : / 1° Au chapitre Ier du titre II du livre II du code pénal (…) ; 2° Au chapitre II du même titre II, à l’exception du premier alinéa de l’article 222-19 ; (…) ».
5. D’autre part, aux termes de l’article L. 322-1 du même code : « Nul ne peut exploiter soit directement, soit par l'intermédiaire d'un tiers, un établissement dans lequel sont pratiquées des activités physiques ou sportives s'il a fait l'objet d'une condamnation prévue à l'article L. 212‑9. ». Aux termes de l’article L. 322-5 de ce code : « L'autorité administrative peut s'opposer à l'ouverture ou prononcer la fermeture temporaire ou définitive d'un établissement qui ne présenterait pas les garanties prévues aux articles L. 322-1 et L. 322-2 et ne remplirait pas les obligations d'assurance mentionnées à l'article L. 321-7. (…) ».
6. Il ressort des pièces du dossier que la condamnation prononcée par le tribunal correctionnel de Vannes le 10 février 2022 à l’encontre de Mme A..., rappelée au point 1, est fondée sur les articles 222-29 et suivants du code pénal, qui figurent au chapitre II du titre II du livre II de ce code. Ainsi, conformément aux dispositions précitées de l’article L. 212-9 du code du sport, et contrairement à ce que soutient Mme A..., le préfet se trouvait en situation de compétence liée pour interdire à la personne condamnée l’exercice des fonctions d’enseignement, animation et encadrement d’une activité sportive, et, par voie de conséquence, de mettre cette personne, si elle exploite un établissement où sont pratiquées des activités physiques ou sportives, en demeure de cesser cette exploitation. Dès lors, eu égard à la situation de compétence liée dans laquelle il se trouvait, les moyens soulevés à l’encontre de ces quatre décisions, relatifs à la méconnaissance du principe du contradictoire et à leur caractère disproportionné, doivent être écartés comme inopérants.
Sur les conclusions à fin d’annulation présentées dans la requête n° 2504620 :
7. Aux termes de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l’article L. 211-2 (…) sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d’une procédure contradictoire préalable ». Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° (…) constituent une mesure de police ; (…) ».
8. Aux termes de son article L. 122-1 : « Les décisions mentionnées à l’article L. 211-2 n’interviennent qu’après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. L’administration n’est pas tenue de satisfaire les demandes d’audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ».
9. En premier lieu, l’arrêté attaqué vise les dispositions pertinentes du code du sport dont il fait application, notamment les articles L. 212-9, L. 322-1, L. 322-4, et L. 322-5 de ce code, et précise les motifs de faits sur lesquels le préfet s’est fondé pour décider de prononce la fermeture administrative, à titre définitif, des centres d’équitation « Les écuries des cinq chênes » à Ploeren et « Centre équestre de Belle-Ile : domaine des chevaliers » à Bangor. En outre, le préfet, après avoir rappelé la mesure d’interdiction d’exercer les fonctions d’enseignement, d’animation ou d’encadrement d’une activité physique ou sportive ou d’entraîner des pratiquants prise à l’encontre de Mme A..., le 20 mars 2023 et les mises en demeure du même jour de cesser l’exploitation de ses établissements, s’est appuyé sur la circonstance que, lors d’un contrôle réalisé par les services départementaux de l’Etat, le 4 juin 2025 au sein de l’établissement « Les écuries des cinq chênes » implanté sur la commune de Ploeren, il a été constaté que l’intéressée accueillait des publics pour des leçons d’équitation. Le préfet a également mentionné que la requérante a reconnu, durant ce contrôle, poursuivre l’exploitation des deux centres équestres, et poursuivre son activité d’enseignement et d’encadrement au sein de ces deux établissements. Il s’ensuit que l’arrêté du 11 juin 2025, qui énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation manque en fait.
10. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A..., dûment mise en demeure et informée, dès la notification des décisions initiales du 20 mars 2023, que le maintien illégal de ses activités entraînerait, d’une part, s’agissant de la poursuite des activités d’exploitation, la fermeture administrative de ses centres équestres en application des dispositions de l’article L. 322-5 du code du sport, et, d’autre part, s’agissant de la poursuite de ses activités d’enseignement, d’animation et d’encadrement, un signalement au procureur de la République sur le fondement de l’article L. 212-10 du code du sport, a pu faire valoir ses observations écrites, par son recours gracieux daté du 9 mai 2023, qui a fait l’objet d’une décision implicite de rejet. Elle ne pouvait alors ignorer qu’elle s’exposait à la mesure de fermeture administrative, décidée le 11 juin 2025 par le préfet, ni l’interdiction d’exploiter un établissement d’activités physiques ou sportives dont elle faisait l’objet en raison de sa condamnation pénale. Néanmoins, elle a poursuivi ses activités, ainsi que l’ont constaté, à deux reprises, les services de l’Etat dans le Morbihan lors de contrôles sur place menés en avril et juin 2025. Or, d’une part, lors de ces opérations de contrôle, les conséquences de cette poursuite irrégulière de son activité, pour elle et son établissement, n’ont pu que lui être exposées. D’autre part, elle a nécessairement pu faire valoir devant les agents chargés des contrôles tout élément, écrit ou oral, de nature à faire obstacle, selon elle, à la fermeture administrative de ses établissements. Ainsi, le moyen tiré de ce que l’arrêté du 11 juin 2025, portant fermeture définitive des établissements en cause, n’aurait pas été précédé de la procédure contradictoire prévue à l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration doit être écarté. Par ailleurs, l’arrêté du 11 juin 2025 n’ayant pas le caractère d’une sanction, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 122‑2 du code précité est inopérant.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées dans les requêtes nos 2304848 et 2504620 de Mme A... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des frais d’instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes nos 2304848 et 2504620 de Mme A... sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à la ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative et au ministre de l’éducation nationale.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Morbihan.
Délibéré après l’audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Le Bonniec, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
Le rapporteur,
signé
J. Le Bonniec
Le président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne à la ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative, et au ministre de l’éducation nationale, en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
I. - Par une requête, enregistrée sous le n° 2304848, le 6 septembre 2023, Mme B... A..., représentée par Me Matel, demande au tribunal :
1°) d’annuler les quatre décisions du 20 mars 2023 par lesquelles le préfet du Morbihan :
- l’a mise en demeure de mettre fin dans un délai d’un mois à son activité d’exploitation d’établissement d’activités physiques et sportives, au sein de l’établissement « Ecole d’équitation de Ploeren : Les écuries des cinq chênes », situé à Ploeren (Morbihan), et, le cas échéant, au sein de tout autre établissement d’activités physiques et sportives, et de restituer sa carte professionnelle ;
- l’a mise en demeure de cesser immédiatement son activité professionnelle au sein de cet établissement et, le cas échéant, au sein de tout autre établissement d’activités physiques et sportives et de restituer sa carte professionnelle ;
- l’a mise en demeure de mettre fin dans un délai d’un mois à son activité d’exploitation d’établissement d’activités physiques et sportives, au sein de l’établissement « Centre équestre de Belle-Ile : domaine des chevaliers » situé à Bangor (Morbihan), et, le cas échéant, au sein de tout autre établissement d’activités physiques et sportives, et de restituer sa carte professionnelle ;
- l’a mise en demeure de cesser immédiatement son activité professionnelle au sein de cet établissement et, le cas échéant, au sein de tout autre établissement d’activités physiques et sportives et de restituer sa carte professionnelle ;
2°) d’annuler la décision implicite de rejet née du silence conservé sur son recours gracieux ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions ont été prises à l’issue d’une procédure viciée, en méconnaissance du principe du contradictoire prévu aux articles L. 122-1 et suivants du code des relations entre le public et l’administration ;
- le préfet n’était pas en situation de compétence liée, le jugement du tribunal correctionnel de Vannes rendu le 10 février 2022 n’ayant prononcé aucune interdiction d’exercer une fonction, ni de posséder une carte professionnelle ;
- les sanctions sont disproportionnées.
La procédure a été communiquée au préfet du Morbihan, qui n’a pas produit de mémoire en défense.
II. - Par une requête, enregistrée sous le n° 2504620, le 3 juillet 2025, Mme B... A..., représentée par Me Matel, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 11 juin 2025 par lequel le préfet du Morbihan a décidé de fermer définitivement l’établissement dénommé « Les écuries des cinq chênes », situé à Ploeren, et celui dénommé le « Centre équestre de Belle-Ile : domaine des chevaliers », situé à Bangor, sous peine des sanctions prévues à l’article L. 322-4 du code du sport ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l’issue d’une procédure viciée, en méconnaissance du principe du contradictoire prévu aux articles L. 122-1 et suivants du code des relations entre le public et l’administration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2025, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.
Vu :
- l’ordonnance n° 2504733 du juge des référés du tribunal administratif de Rennes, en date du 30 juillet 2025 ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code pénal ;
- le code du sport ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Le Bonniec,
- les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Matel, pour Mme A....
Considérant ce qui suit :
1. Mme A... exploitait deux centres d’équitation situés sur les communes de Ploeren et Bangor, dans le Morbihan. La requérante exerçait également des fonctions d’enseignement, d’animation, d’encadrement d’une activité physique ou sportive, en l’occurrence l’équitation, dans ces centres. Elle a été condamnée le 10 février 2022 par le tribunal correctionnel de Vannes à une peine de deux ans et six mois d’emprisonnement avec sursis pour des faits d’agression sexuelle imposée à une mineure de 15 ans du 1er janvier 1994 au 28 avril 1997. Tirant les conséquences de ce jugement, le préfet du Morbihan, par quatre décisions en date du 20 mars 2023, a mis en demeure Mme A... de cesser, d’une part, d’exploiter chacun de ses deux centres d’équitation dans un délai d’un mois et, d’autre part, d’y exercer des fonctions d’enseignement, d’animation, ou d’encadrement d’une activité physique ou sportive, et lui a fait obligation de restituer sa carte professionnelle. Ces décisions précisaient à l’intéressée que la poursuite illégale de ses activités entraînerait un signalement au procureur de la République et une fermeture administrative de ses centres. Par sa requête n° 2304848, Mme A... demande au tribunal d’annuler les quatre décisions précitées ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux.
2. Après avoir constaté administrativement la poursuite par Mme A... de ses activités d’enseignement et d’exploitation de ses deux établissements en dépit des décisions du 20 mars 2023, par un arrêté du 11 juin 2025, le préfet du Morbihan a prononcé la fermeture administrative à titre définitif des centres d’équitation « Les écuries des cinq chênes » à Ploeren et « Centre équestre de Belle-Ile : domaine des chevaliers » à Bangor. Par sa requête n° 2504620, Mme A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
3. Ces deux requêtes présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu d’y statuer par un seul et même jugement.
Sur les conclusions à fin d’annulation présentées dans la requête no 2304848 :
4. D’une part, aux termes de l’article L. 212-9 du code du sport : « I. – Nul ne peut exercer les fonctions mentionnées au premier alinéa de l’article L. 212-1 à titre rémunéré ou bénévole, ou aux articles L. 223-1 et L. 322-7, ni intervenir auprès de mineurs au sein des établissements d’activités physiques et sportives mentionnés à l’article L. 322-1 s’il a fait l’objet d’une condamnation pour crime ou pour l’un des délits prévus : / 1° Au chapitre Ier du titre II du livre II du code pénal (…) ; 2° Au chapitre II du même titre II, à l’exception du premier alinéa de l’article 222-19 ; (…) ».
5. D’autre part, aux termes de l’article L. 322-1 du même code : « Nul ne peut exploiter soit directement, soit par l'intermédiaire d'un tiers, un établissement dans lequel sont pratiquées des activités physiques ou sportives s'il a fait l'objet d'une condamnation prévue à l'article L. 212‑9. ». Aux termes de l’article L. 322-5 de ce code : « L'autorité administrative peut s'opposer à l'ouverture ou prononcer la fermeture temporaire ou définitive d'un établissement qui ne présenterait pas les garanties prévues aux articles L. 322-1 et L. 322-2 et ne remplirait pas les obligations d'assurance mentionnées à l'article L. 321-7. (…) ».
6. Il ressort des pièces du dossier que la condamnation prononcée par le tribunal correctionnel de Vannes le 10 février 2022 à l’encontre de Mme A..., rappelée au point 1, est fondée sur les articles 222-29 et suivants du code pénal, qui figurent au chapitre II du titre II du livre II de ce code. Ainsi, conformément aux dispositions précitées de l’article L. 212-9 du code du sport, et contrairement à ce que soutient Mme A..., le préfet se trouvait en situation de compétence liée pour interdire à la personne condamnée l’exercice des fonctions d’enseignement, animation et encadrement d’une activité sportive, et, par voie de conséquence, de mettre cette personne, si elle exploite un établissement où sont pratiquées des activités physiques ou sportives, en demeure de cesser cette exploitation. Dès lors, eu égard à la situation de compétence liée dans laquelle il se trouvait, les moyens soulevés à l’encontre de ces quatre décisions, relatifs à la méconnaissance du principe du contradictoire et à leur caractère disproportionné, doivent être écartés comme inopérants.
Sur les conclusions à fin d’annulation présentées dans la requête n° 2504620 :
7. Aux termes de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l’article L. 211-2 (…) sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d’une procédure contradictoire préalable ». Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° (…) constituent une mesure de police ; (…) ».
8. Aux termes de son article L. 122-1 : « Les décisions mentionnées à l’article L. 211-2 n’interviennent qu’après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. L’administration n’est pas tenue de satisfaire les demandes d’audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ».
9. En premier lieu, l’arrêté attaqué vise les dispositions pertinentes du code du sport dont il fait application, notamment les articles L. 212-9, L. 322-1, L. 322-4, et L. 322-5 de ce code, et précise les motifs de faits sur lesquels le préfet s’est fondé pour décider de prononce la fermeture administrative, à titre définitif, des centres d’équitation « Les écuries des cinq chênes » à Ploeren et « Centre équestre de Belle-Ile : domaine des chevaliers » à Bangor. En outre, le préfet, après avoir rappelé la mesure d’interdiction d’exercer les fonctions d’enseignement, d’animation ou d’encadrement d’une activité physique ou sportive ou d’entraîner des pratiquants prise à l’encontre de Mme A..., le 20 mars 2023 et les mises en demeure du même jour de cesser l’exploitation de ses établissements, s’est appuyé sur la circonstance que, lors d’un contrôle réalisé par les services départementaux de l’Etat, le 4 juin 2025 au sein de l’établissement « Les écuries des cinq chênes » implanté sur la commune de Ploeren, il a été constaté que l’intéressée accueillait des publics pour des leçons d’équitation. Le préfet a également mentionné que la requérante a reconnu, durant ce contrôle, poursuivre l’exploitation des deux centres équestres, et poursuivre son activité d’enseignement et d’encadrement au sein de ces deux établissements. Il s’ensuit que l’arrêté du 11 juin 2025, qui énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation manque en fait.
10. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A..., dûment mise en demeure et informée, dès la notification des décisions initiales du 20 mars 2023, que le maintien illégal de ses activités entraînerait, d’une part, s’agissant de la poursuite des activités d’exploitation, la fermeture administrative de ses centres équestres en application des dispositions de l’article L. 322-5 du code du sport, et, d’autre part, s’agissant de la poursuite de ses activités d’enseignement, d’animation et d’encadrement, un signalement au procureur de la République sur le fondement de l’article L. 212-10 du code du sport, a pu faire valoir ses observations écrites, par son recours gracieux daté du 9 mai 2023, qui a fait l’objet d’une décision implicite de rejet. Elle ne pouvait alors ignorer qu’elle s’exposait à la mesure de fermeture administrative, décidée le 11 juin 2025 par le préfet, ni l’interdiction d’exploiter un établissement d’activités physiques ou sportives dont elle faisait l’objet en raison de sa condamnation pénale. Néanmoins, elle a poursuivi ses activités, ainsi que l’ont constaté, à deux reprises, les services de l’Etat dans le Morbihan lors de contrôles sur place menés en avril et juin 2025. Or, d’une part, lors de ces opérations de contrôle, les conséquences de cette poursuite irrégulière de son activité, pour elle et son établissement, n’ont pu que lui être exposées. D’autre part, elle a nécessairement pu faire valoir devant les agents chargés des contrôles tout élément, écrit ou oral, de nature à faire obstacle, selon elle, à la fermeture administrative de ses établissements. Ainsi, le moyen tiré de ce que l’arrêté du 11 juin 2025, portant fermeture définitive des établissements en cause, n’aurait pas été précédé de la procédure contradictoire prévue à l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration doit être écarté. Par ailleurs, l’arrêté du 11 juin 2025 n’ayant pas le caractère d’une sanction, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 122‑2 du code précité est inopérant.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées dans les requêtes nos 2304848 et 2504620 de Mme A... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des frais d’instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes nos 2304848 et 2504620 de Mme A... sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à la ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative et au ministre de l’éducation nationale.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Morbihan.
Délibéré après l’audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Le Bonniec, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
Le rapporteur,
signé
J. Le Bonniec
Le président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne à la ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative, et au ministre de l’éducation nationale, en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
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01/10/2026
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2603832
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