Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305023

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305023
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 septembre 2023 et 7 novembre 2024, M. A... B... demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 13 juillet 2023 par lequel le ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse a annulé sa candidature à la session 2023 du concours interne d’accès à l’échelle de rémunération des professeurs certifiés (CAPES-CAER), section éducation musicale et chant choral, et l’a radié de la liste d’admission de ce même concours ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’éducation nationale de prononcer sa réintégration en qualité de maître contractuel à titre provisoire à compter du 1er septembre 2023.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- le ministre, qui n’a pas procédé à la vérification des conditions requises pour concourir à la date de publication des résultats d’admissibilité au concours, a ainsi méconnu l’article 9 du décret du 4 juillet 1972 ;
- l’arrêté attaqué aurait dû intervenir au plus tard le 10 juillet 2023, date de signature de son contrat d’engagement provisoire ; il a néanmoins été édicté le 13 juillet suivant, en méconnaissance des dispositions de l’article L. 325-7 du code général de la fonction publique ;
- il entaché d’une erreur de droit, les dispositions qui en constituent le fondement ne permettant pas de déclarer irrecevable sa candidature au concours ;
- il est entaché d’inexactitude matérielle des faits, dès lors qu’il justifie détenir un diplôme d’un niveau équivalent à une licence, conforme aux conditions exigées pour se présenter au concours.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2024, la ministre de l’éducation nationale conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’éducation ;
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n°72-581 du 4 juillet 1972 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Le Bonniec ;
- les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique ;
- et les observations de M. B....


Considérant ce qui suit :

1. M. B..., enseignant contractuel en éducation musicale et chant choral, a été admis à la session 2023 du concours interne d’accès à l’échelle de rémunération des professeurs certifiés. Par un contrat d’enseignement provisoire signé le 10 juillet 2023, M. B... a été recruté en qualité de maître contractuel à titre provisoire et a été affecté aux collèges Sainte‑Croix à Châteaugiron et Saint-Paul à Saint-Erblon, en Ille-et-Vilaine. Par un arrêté du 13 juillet 2023, la ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse a annulé sa candidature et l’a radié de la liste des admis au motif qu’il ne remplissait pas, à la date de publication des résultats d’admissibilité, les conditions de diplôme fixées par les dispositions du décret du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs certifiés. Le recours gracieux qu’il a formé le 25 juillet 2023 contre cette décision a été rejeté le 14 août suivant. Par la présente requête, M. B... sollicite l’annulation de cet arrêté ainsi que sa réintégration en qualité de maître contractuel à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. D’une part, aux termes de l’article R. 914-24 du code de l’éducation : « Des concours d’accès aux échelles de rémunération d’enseignants correspondant aux différents concours internes de recrutement de l’enseignement public sont organisés pour les maîtres des établissements d’enseignement privés sous contrat. / Les conditions de candidature sont les mêmes que celles qui sont requises des candidats aux concours internes correspondants de l’enseignement public. (…) ». Aux termes de l’article 9 du décret du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs certifiés, dans sa version alors applicable : « (...) Pour se présenter au concours interne, les candidats doivent justifier de la détention d’une licence ou d’un titre ou diplôme reconnu équivalent par le ministre chargé de l’éducation. Les conditions fixées au présent article s’apprécient à la date de publication des résultats d’admissibilité au concours. ». Aux termes de l’article R. 914-32 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : « Les candidats admis qui remplissent les conditions exigées pour la nomination des lauréats des concours correspondants de l’enseignement public accomplissent un stage d’une durée d’un an, avec l’accord du chef de l’établissement dans lequel ils sont affectés. (…) ». Enfin, l’article R. 914-33 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que : « L’année de stage prévue à l’article R. 914-32 donne lieu à un contrat provisoire signé par le recteur d’académie. (…) ».

3. Il résulte de l’application combinée des dispositions précitées que les candidats admis au concours d’accès aux échelles de rémunération d’enseignants sont nommés, en vertu d’un contrat qui prend effet dès sa signature par le recteur d’académie, en qualité de maître contractuel à titre provisoire pour une période de stage d’un an.

4. D’autre part, aux termes de l’article L. 325-37 du code général de la fonction publique : « Les nominations à l’issue d’un concours sont prononcées dans l’ordre d’inscription sur la liste principale, puis dans l’ordre d’inscription sur la liste complémentaire. / S’il apparaît, lors de la vérification des conditions requises pour concourir, qui doit intervenir au plus tard à la date de la nomination, qu’un ou plusieurs candidats déclarés aptes par le jury ne réunissent pas ces conditions, il peut être fait appel, le cas échéant, aux candidats figurant sur la liste complémentaire. ». Aux termes de l’article 9 du décret n°72-581 du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs certifiés, dans sa rédaction applicable au litige : « Peuvent se présenter au concours interne : / (…) / 2° Les enseignants non titulaires des établissements d’enseignement publics ou privés sous contrat d’association, (…) / Pour se présenter au concours interne, les candidats doivent justifier de la détention d’une licence ou d’un titre ou diplôme reconnu équivalent par le ministre chargé de l’éducation. / Les conditions fixées au présent article s’apprécient à la date de publication des résultats d’admissibilité au concours. ».

5. Il résulte des dispositions de l’article L. 325-37 du code général de la fonction publique que, d’une part, la circonstance qu’un candidat a participé aux épreuves d’un concours ne suffit pas à elle seule à révéler l’existence d’une décision de l’autorité administrative reconnaissant qu’il remplit les conditions requises pour concourir, que, d’autre part, la vérification des conditions requises pour participer à un concours peut intervenir à tous les stades de la procédure de recrutement, jusqu’à la date de la nomination du ou des candidats déclarés aptes par le jury.

6. En premier lieu, eu égard à ce qui vient d’être dit, M. B... n’est pas fondé à faire grief au recteur de l’académie de Rennes de ne pas avoir procédé à l’évaluation du niveau de son équivalence de diplôme au stade de l’admissibilité, le 3 février 2023 ou, au plus tard, avant l’épreuve d’admission du 23 avril 2023, dès lors que le recteur de l’académie de Rennes pouvait y procéder jusqu’à sa date de nomination.

7. En deuxième lieu, si M. B... soutient que ni l’article R. 914-32 ni l’article R. 914‑33 du code de l’éducation, n’autorisent l’administration à annuler sa candidature à la session 2023 du concours interne d’accès à l’échelle de rémunération des professeurs certifiés (CAPES-CAER) et à le radier de la liste d’admission de ce même concours, un tel moyen est inopérant dès lors que la décision est fondée sur l’article R. 914-24 du même code.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier qu’après sa réussite à la session 2023 du concours d’accès à l’échelle de rémunération des professeurs certifiés, M. B... a été recruté, par un contrat d’enseignement provisoire daté du 10 juillet 2023 prenant effet au 1er septembre 2023, en qualité de maître contractuel, à titre provisoire, pour une durée d’un an. Eu égard à ce qui a été précédemment exposé, il doit par là-même être regardé comme ayant été nommé à cette date. Il s’ensuit que le recteur de l’académie de Rennes pouvait légalement annuler la candidature de M. B... et le radier de la liste des admis au concours le 13 juillet 2023, dès lors que cette décision est intervenue avant le 1er septembre 2023, sans qu’ait d’incidence la circonstance que ce contrat aurait ensuite été exécuté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 325-37 du code de l’éducation doit être écarté.

9. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier qu’à l’appui de sa candidature, M. B... a produit un « diplôme d’Etat d’enseignement du théâtre », de niveau 5, correspondant à un bac + 2, qui n’a pas fait l’objet d’une inscription au répertoire national des certifications professionnelles, et n’a pas été reconnu par le ministère chargé de l’éducation nationale comme un titre équivalent à la licence (niveau 6). En outre, le certificat de récompense produit par le requérant à l’instance, ne saurait être assimilé à un diplôme ou un titre. Si M. B... fait valoir qu’il a été intégré à une formation dédiée aux stagiaires lauréats du concours interne CAPES-CAER, section éduction musicale, dispensée par l’Institut supérieur de formation de l’Enseignement catholique de Rennes à compter de septembre 2023, cette circonstance, postérieure à la décision en litige, est sans incidence sur la légalité de celle-ci, et ne saurait conférer la qualité de titulaire stagiaire au requérant. Il en va de même de l’avis favorable donné par l’université de Rennes le 4 octobre 2023 à sa demande de validation des acquis de l’expérience (VAE) par le diplôme Master « métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation, parcours musique » intervenue postérieurement à la décision attaquée. Dans ces conditions, M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d’inexactitude matérielle des faits, dès lors qu’il ne justifie pas avoir détenu un diplôme d’un niveau équivalent à une licence à la date de sa nomination.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête de M. B... doivent être rejetées, ainsi que celles, par voie de conséquence, à fin d’injonction.




D E C I D E :




Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au ministre de l’éducation nationale.




Délibéré après l’audience du 17 septembre 2026 à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Le Bonniec, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.




Le rapporteur,


signé


J. Le Bonniec
Le président,


signé


T. Jouno


La greffière,


signé


S. Guillou



La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.