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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305639

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305639

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305639
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationVice-président Contentieux sociaux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes s'est prononcé sur la contestation par Mme B des décisions de la CAF des Côtes-d'Armor lui accordant des remises partielles sur des indus d'APL et de prestations familiales. Le tribunal s'est déclaré incompétent pour connaître des conclusions relatives aux indus d'allocations familiales, de complément familial et d'allocation d'éducation de l'enfant handicapé, relevant du contentieux de la sécurité sociale, et a transmis cette partie du dossier au tribunal judiciaire de Saint-Brieuc. S'agissant de l'indu d'APL, le tribunal a rejeté la requête de Mme B, estimant que sa situation de précarité et sa bonne foi ne justifiaient pas une remise plus importante que celle déjà accordée. La décision s'appuie sur les articles L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire, L. 142-1 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale, ainsi que sur l'article 32 du décret du 27 février 2015.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 octobre 2023, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 septembre 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) des Côtes-d'Armor ne lui a accordé qu'une remise partielle, à hauteur de 124,84 euros, d'un indu d'aide personnalisée au logement (APL) d'un montant de 499,37 euros ;

2°) d'annuler la décision du 27 septembre 2023 par laquelle la CAF des Côtes-d'Armor ne lui a accordé qu'une remise partielle, à hauteur de 1 213,97 euros, d'un trop-perçu d'allocations familiales, de complément familial et d'allocation d'éducation de l'enfant handicapé d'un montant total de 4 855,68 euros.

Elle soutient qu'elle est de bonne foi et n'est pas en mesure de rembourser sa dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2024, la CAF des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le tribunal n'est pas compétent pour statuer sur les conclusions de la requête relatives aux indus d'allocations familiales, de complément familial et d'allocation d'éducation de l'enfant handicapé ;

- les conclusions relatives à l'indu d'APL sont irrecevables dès lors que Mme B ne conteste pas explicitement la décision du 6 septembre 2023 ;

- l'origine de cet indu et la situation de l'intéressée ne justifient pas qu'une remise plus importante lui soit accordée, cette créance étant soldée en tout état de cause.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015 relatif au tribunal des conflits et aux questions préjudicielles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,

- et les observations de Mme C, représentant la caisse d'allocations familiales des Côtes-d'Armor.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B demande l'annulation des deux décisions des 6 septembre 2023 et 27 septembre 2023 par lesquelles la CAF des Côtes-d'Armor ne lui a accordé que des remises partielles, à hauteur respectivement de 124,84 euros et de 931,37 euros, d'un indu d'APL d'un montant de 499,37 euros et d'un trop-perçu d'allocations familiales, de complément familial et d'allocation d'éducation de l'enfant handicapé d'un montant total de 4 855,68 euros.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : 1° Des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, à l'exception de ceux mentionnés au 7° du même article L. 142-1 () ". Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : 1° À l'application des législations et réglementations de sécurité sociale () ; ". Aux termes de l'article L. 142-8 du même code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Les prestations familiales comprennent : () / 2°) les allocations familiales ; () / 3°) le complément familial ; / () / 5°) l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé ; () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 32 du décret du 27 février 2015 relatif au tribunal des conflits et aux questions préjudicielles : " Lorsqu'une juridiction de l'ordre judiciaire ou de l'ordre administratif décline la compétence de l'ordre de juridiction auquel elle appartient au motif que le litige ne ressortit pas à cet ordre, elle renvoie les parties à saisir la juridiction compétente de l'autre ordre de juridiction. Toutefois, lorsque la juridiction est saisie d'un contentieux relatif à l'admission à l'aide sociale tel que défini par le code de l'action sociale et des familles ou par le code de la sécurité sociale, elle transmet le dossier de la procédure, sans préjuger de la recevabilité de la demande, à la juridiction de l'autre ordre de juridiction qu'elle estime compétente par une ordonnance qui n'est susceptible d'aucun recours. () ". L'article R. 142-10 du code de la sécurité sociale prévoit, en ce qui concerne la procédure applicable aux litiges mentionnés à l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire précité que : " Le tribunal judiciaire territorialement compétent est celui dans le ressort duquel demeure le demandeur. () ". Par suite, il convient de transmettre le dossier de la requête de Mme B, en tant qu'elle concerne des indus d'allocation d'éducation de l'enfant handicapé, d'allocations familiales et de complément familial, au tribunal judiciaire de Saint-Brieuc en vertu des dispositions de l'article D. 211-10-3 du code de l'organisation judiciaire et du tableau VIII-III qui y est annexé à ce code.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, applicable en vertu de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation au recouvrement des sommes indument versées au titre de l'aide personnalisée au logement : " () la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvres frauduleuses ou de fausses déclarations. () ".

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'indu d'APL en litige est désormais soldé et que les conclusions de la requête s'y rapportant sont en conséquence sans objet. Au surplus, Mme B n'a produit aucun élément matériel en dépit de la lettre du 26 juin 2024, dont elle a accusé réception le 28 juin suivant, par laquelle le tribunal l'a invitée à produire les justificatifs de ses ressources et de ses charges.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête relatives aux indus d'allocation d'éducation de l'enfant handicapé, d'allocations familiales et de complément familial sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le dossier requête de Mme B est transmis au tribunal judiciaire de

Saint-Brieuc en tant qu'elle concerne ces indus.

Article 3 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives à l'indu d'aide personnalisée au logement.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à la caisse d'allocations familiales des Côtes-d'Armor.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

G. DescombesLa greffière,

signé

E. Le Magoariec

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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