vendredi 3 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2305882 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | THEBAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2023, Mme C E et M. B F, représentés par Me Thébault, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de les orienter, ainsi que leurs enfants, dans un centre d'hébergement d'urgence, ou à défaut dans une structure hôtelière, dans un délai de 48 h à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à leur avocate contre sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Ils soutiennent que :
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite : la prise en charge dont ils bénéficiaient au titre de l'hébergement d'urgence a pris fin en septembre 2023 ; ils vivent désormais dans un campement à Maurepas, avec leurs trois enfants, dont leur fille A âgée de 6 ans qui souffre d'un diabète de type 1 nécessitant une insulinothérapie et un traitement par insuline conservé dans un réfrigérateur, ce qui n'est pas compatible avec les conditions précaires dans lesquelles elle vit ; ils sont placés dans une situation d'extrême vulnérabilité et précarité ; ils ont vainement sollicité le 115 ;
- le refus de les héberger révèle une carence de l'État dans la mise en œuvre du dispositif de veille sociale prévu par les articles L. 345-2, L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles, qui porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence des personnes en situation de détresse médicale, psychique ou sociale ;
- ils ont déposé une demande de titre de séjour en tant qu'accompagnant d'un enfant malade et et ne séjournant donc pas irrégulièrement sur le territoire ils n'ont pas à justifier de circonstances exceptionnelles ;
- ils justifient cependant de circonstances exceptionnelles médicalement dès lors que la pathologie de leur fille nécessite un traitement avec de l'insuline qui doit être conservé dans un réfrigérateur et risque des complications graves avec mise en jeu du pronostic vital en cas d'arrêt du traitement ; la mise en œuvre d'un traitement approprié à son état est conditionnée à la disposition d'un logement et justifie ainsi que leur prise en charge soit ordonnée ;
- ils ont vainement sollicité les autorités préfectorales ainsi que le dispositif de veille sociale ; leurs trois enfants sont scolarisé en classe de CP, CM1 et CM2 et doivent également pouvoir disposer d'un environnement stabilisé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le dispositif d'hébergement d'urgence et de veille sociale est saturé ;
- les requérants se maintiennent sur le territoire malgré le rejet de leur demande d'asile et de la demande de titre de séjour présentée en raison de l'état de santé leur fille A ; ils ont refusé l'aide au retour et ont quitté le département du Morbihan pour rejoindre en août 2023 le département d'Ille-et-Vilaine où ils n'ont aucun lien et sont restés sans contact avec le service médical ou les services du " point santé " contribuant ainsi par leur comportement à la situation dans laquelle ils se trouvent.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Radureau, président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 novembre 2023 :
- le rapport de M. Radureau ;
- les observations de Me Thébault, substituée par Me Vaillant, représentant Mme E et M. F, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe ;
- les observations de M. D, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui persiste dans ses conclusions écrites, par les mêmes arguments.
La clôture de l'instruction a été reportée à 18 heures.
Une pièce produite par le préfet d'Ille-et-Vilaine, a été enregistrée avant la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. Mme E et M. F justifient avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle chacun.
2. Pour autant, ces deux demandes ont été déposées pour l'enregistrement d'une seule requête, tendant à ce que soit examinée par le juge des référés la situation d'un même couple. Ces deux demandes font ainsi doublon et ne sauraient donner lieu à deux décisions d'admission provisoire au titre de l'aide juridictionnelle.
3. Dans ces circonstances, il y a lieu de ne prononcer l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle que de Mme E.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
5. Aux termes de l'article L. 121-7 du code de l'action sociale et des familles : " Sont à la charge de l'État au titre de l'aide sociale : () / 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ". Aux termes de son article L. 345-2 : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'État, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation, dans les conditions définies par la convention conclue avec le représentant de l'État dans le département prévue à l'article L. 345-2-4. / Ce dispositif fonctionne sans interruption et peut être saisi par toute personne, organisme ou collectivité ". Aux termes de son article L. 342-2-2 : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. / Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine et garantissant la sécurité des biens et des personnes, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. () ". Aux termes de son article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
6. Il appartient aux autorités de l'État de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
7. Cependant, les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ayant pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence, une carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne saurait être caractérisée, à l'issue de la période strictement nécessaire à la mise en œuvre de leur départ volontaire, qu'en cas de circonstances exceptionnelles.
8. Il résulte de l'instruction que les demandes d'asile de Mme E et M. F ont été rejetées par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 15 décembre 2022 et que les intéressés ont fait l'objet le 10 mars 2023 de deux arrêtés préfectoraux portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Si les intéressés mentionnent la demande de titre de séjour présentée au nom de leur fille A en raison de son état de santé qui serait en cours d'examen, il est constant que l'arrêté du 10 mars 2023 pris au nom de M. F, se fondant sur l'avis des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 24 février 2023, a rejeté cette demande de titre de séjour. Leurs recours contre ces arrêtés ont également été rejetés. Par suite Mme E et M. F ne justifient ainsi d'aucun droit au séjour sur le territoire français et n'ont, dès lors, pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence qu'en cas de circonstances exceptionnelles au sens du point précédent.
9. Il résulte à cet égard de l'instruction que les intéressés ont quitté le logement qui avait été mis à leur disposition au sein d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile le 31 juillet 2023 et qu'ils ont ensuite, avec leurs trois enfants nés le 1er mai 2013, le 3 mars 2014 et le 18 juillet 2017, rejoint du campement des Gayeulles dont ils ont été expulsés et dirigés vers le 115 de Lorient, où cette famille n'a été hébergée que pour 5 nuits. Sans proposition de relogement cette famille s'est installée au parc de Maurepas, abritée seulement par une tente, malgré les conditions météorologiques déjà largement dégradées et depuis le passage de la tempête Ciaran elle ne dispose même plus de cet abri qui a été emporté. Il n'est pas contesté que dans ce campement les conditions sanitaires sont particulièrement précaires et insalubres ne disposant pas d'électricité, pas de douches et d'infrastructures sanitaires insuffisantes et dégradées. Il résulte également de l'instruction et des pieces médicales versées au dossier que leur fille la plus jeune A âgée de 6 ans souffre d'un diabète de type 1 nécessitant une insulinothérapie et un traitement par insuline conservé dans un réfrigérateur. Elle doit également suivre un régime alimentaire équilibré et adapté dont elle ne peut bénéficier dans ce campement. Dans ces conditions Mme E et M. F doivent être regardés comme justifiant de circonstances exceptionnelles au sens du point 7. Eu égard à la situation particulière de cette famille, l'absence d'hébergement d'urgence constitue une carence caractérisée dans l'accomplissement de la mission confiée à l'État qui peut entraîner, notamment en cette période de l'année, où les conditions climatiques, notamment la nuit, ne sont pas clémentes, des conséquences graves pour leur fille A. Dans les circonstances de l'espèce, cette situation fait ainsi apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, qu'il y a urgence à faire cesser, à très bref délai. Le préfet d'Ille-et-Vilaine invoque la saturation du dispositif d'hébergement d'urgence dans le département en détaillant les caractéristiques générales du dispositif d'accueil, le nombre de places d'hébergement créées et les moyens déployés depuis plusieurs années et le nombre de personnes hébergées sur les années 2022 et 2023, sans pour étant établir, une impossibilité de prendre en charge une famille de cinq personnes.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine d'orienter Mme E et M. F vers un lieu susceptible de les héberger, avec leurs trois enfants, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme E est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de proposer à Mme E et M. F un lieu d'hébergement susceptible de les accueillir avec leurs trois enfants, dans un délai de 48 heures à compter de la présente ordonnance.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C E et M. B F, à Me Thébault et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise pour information au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Fait à Rennes, le 3 novembre 2023.
Le juge des référés,
signé
C. RadureauLa greffière d'audience,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026