mardi 28 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2306370 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 novembre 2023, M. B demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, sous astreinte de 4 semaines calendaires, de lui délivrer une carte de résident ;
2°) d'enjoindre à son employeur, la société " Travaux Spéciaux Mournes ", située 10 rue Nicolas Appert à La Chevrolière, de régulariser sa situation auprès de tous les organismes ;
3°) de décider, en application des dispositions de l'article R. 522-13 du code de justice administrative, que l'ordonnance sera exécutoire aussitôt qu'elle aura été notifiée.
Il soutient que :
- il réside et travaille en France depuis octobre 2019 ; il justifie de ses revenus, en moyenne supérieurs à 3 500 euros mensuels ; il est actuellement en arrêt maladie et son état de santé se dégrade du fait directement des agissements de la préfecture, qui bloque l'examen de sa situation administrative ;
- il n'a obtenu qu'un titre de séjour en quatre ans et est maintenu sous récépissé ; cette situation le place dans une situation de précarité et de stress intense ; les rendez-vous pour renouveler son récépissé sont systématiquement fixés le jour de l'échéance de celui qu'il détient ;
- cette situation perturbe également la situation personnelle et professionnelle de son épouse ;
- la préfecture exige sans cesse de nouveaux documents ; il lui est réclamé un test de niveau A2, alors que son parcours universitaire et professionnel est essentiellement en français ; une telle exigence est humiliante ;
- le comportement de la préfecture porte une atteinte grave à sa vie, sa liberté, son droit de travailler, son droit au respect de sa vie privée et familiale et son droit de posséder et jouir paisiblement de ses biens ;
- cette atteinte est manifestement illégale ; il n'est pas en mesure de solliciter l'autorisation de travail requise ; il risque d'être licencié et expulsé du territoire ;
- il y a urgence à faire cesser cette situation ; il travaille dans un secteur très sensible, de distribution de l'eau potable et la moindre erreur professionnelle peut avoir de lourdes conséquences.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de son article L. 522-1 : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de son article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. À cet égard, la seule circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale, portée par une mesure administrative, serait avérée, n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une situation d'urgence au sens de ces dispositions. Il appartient au juge des référés d'apprécier objectivement, au vu des éléments que lui soumet le requérant comme de l'ensemble des circonstances de l'espèce, si la condition d'urgence particulière est satisfaite, en prenant en compte la situation du requérant et les intérêts qu'il entend défendre mais aussi l'intérêt public qui s'attache à l'exécution des mesures prises par l'administration.
3. Il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions concordantes des autorisations provisoires de séjour produites par M. A que celui-ci, né le 14 décembre 1990 et de nationalité tunisienne, est entré en France le 12 septembre 2020 et s'est vu délivrer un titre de séjour par le préfet de l'Aube, arrivé à expiration le 24 janvier 2023. Il ressort également de ces pièces que l'intéressé en a sollicité le renouvellement en préfecture des Alpes-Maritimes et s'est vu délivrer, à ce titre, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'au 23 novembre 2023. Une nouvelle autorisation provisoire de séjour, l'autorisant également à travailler, valable jusqu'au 22 février 2024, lui a été délivrée par le préfet du Morbihan, à l'issue de son rendez-vous du 23 novembre 2023. Il ne ressort à cet égard d'aucune des pièces du dossier que M. A aurait sollicité la délivrance d'une carte de résident, les éléments transmis dans la requête ne portant que sur une demande de renouvellement d'un titre de séjour, d'un an, de sorte qu'aucune carence des services compétents à lui délivrer un tel document de séjour ne saurait, en l'état de l'instruction, être regardée comme caractérisée. Par ailleurs, à supposer même que les pièces demandées par le service instructeur de la préfecture du Morbihan, auquel vient d'être transmis son dossier administratif, ne soient pas requises, M. A n'établit pas, pas l'argumentation qu'il développe, l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une quelconque liberté fondamentale qu'il y aurait urgence à faire cesser à quarante-huit heures, alors même qu'il dispose d'une autorisation provisoire de séjour, l'autorisant à travailler, valable jusqu'en février 2024, et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier l'existence d'une carence manifeste des services préfectoraux à instruire son dossier de renouvellement de titre de séjour, déposé en novembre 2022 et enregistré initialement en préfecture des Alpes-Maritimes.
4. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B.
Copie en sera transmise pour information au préfet du Morbihan.
Fait à Rennes, le 28 novembre 2023.
Le juge des référés,
signé
O. Thielen
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