Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306376

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306376
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS MARTIN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 novembre 2023 et 16 juin 2024, la SCI la Dolmen, représentée par Me Mézin, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 2 juin 2023 par lequel le maire de Dol-de-Bretagne a délivré à la SNC 2A un permis de construire pour la réalisation de trois bâtiments comportant au total cinquante-huit logements sur un terrain situé rue Gilles Tézé ainsi que la décision du 25 septembre 2023 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Dol-de-Bretagne la somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’un vice de procédure en ce qu’il méconnaît l’article R. 423-50 du code de l’urbanisme ;
- le dossier de demande de permis de construire présente des insuffisances dès lors que, d’une part, l’article R. 431-24 du code de l’urbanisme n’a pas été respecté et que, d’autre part, les parcelles AK 86 et AK 87 n’existent pas au cadastre ;
- le réseau électrique est insuffisant au regard de l’ampleur du projet et l’arrêté attaqué méconnaît, ainsi, les articles L. 111-11 et L. 332-15 du code de l’urbanisme ;
- l’arrêté attaqué est entaché d’illégalité dans la mesure où il ne comprend pas d’autorisation de lotir ;
- le dossier de demande du permis de construire est entaché d’une fraude ;

- l’autorité administrative aurait dû examiner le dossier de demande du permis de construire attaqué avec un autre projet autorisé par un arrêté du 4 mars 2024 ;
- il méconnaît l’article 5 du chapitre I.1 du titre B du règlement du plan local d’urbanisme (PLU) de la commune de Dol-de-Bretagne applicable à la zone U ;
- il méconnaît l’article 6 du chapitre I.1 du titre B du même règlement applicable à la zone U ;
- il méconnaît l’article 7 du chapitre I.1 du titre B du même règlement applicable à la zone U ;
- il méconnaît l’article 11 du chapitre I.1 du titre B du même règlement applicable à la zone U ;
- il méconnaît l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme ;
- il méconnaît l’article 12 du chapitre I.1 du titre B du même règlement applicable à la zone U ;
- il méconnaît l’article 13 du chapitre I.1 du titre B du même règlement applicable à la zone U ;
- il méconnaît l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme.


Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2025, la commune de Dol-de-Bretagne, représentée par Me Donias du cabinet Martin Avocats, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu’il soit fait application des dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l’urbanisme et, en outre, à ce qu’une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.


Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 avril 2024 et 2 avril 2025, la SNC 2A, représentée par Me Le Derf-Daniel de la SELARL Ares, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Le Berre ;
- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public ;
- et les observations de Me Mezin pour la SCI La Dolmen, de Me Lahaye pour la commune de Dol-de-Bretagne et de Me Cadic pour la SNC 2A.





Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 2 juin 2023, modifié par un arrêté du 28 mai 2024, le maire de Dol-de-Bretagne a délivré à la SNC 2A un permis de construire pour la réalisation de trois bâtiments comportant au total cinquante-huit logements sur un terrain situé rue Gilles Tézé. La SCI la Dolmen a formé un recours gracieux contre l’arrêté du 2 juin 2023, qui a été rejeté par une décision du 25 septembre 2023. Par la présente requête, la SCI la Dolmen demande au tribunal d’annuler les arrêtés des 2 juin 2023 et 28 mai 2024 ainsi que la décision rejetant son recours gracieux.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne le vice de procédure :

2. Aux termes de l’article R. 423-50 du code de l’urbanisme : « L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur. ».

3. Dans sa requête, la SCI la Dolmen soutient que les gestionnaires de réseaux d’eau et d’électricité n’ont pas été consultés préalablement à la délivrance de l’autorisation de construire. Toutefois, les seules dispositions de l’article R. 423-50 du code de l’urbanisme ne constituent pas une obligation de saisine des gestionnaires de réseaux par le maire. Dès lors, le moyen est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne l’incomplétude du dossier de demande de permis de construire :

4. En premier lieu, aux termes de l’article R. 431-24 du code de l’urbanisme : « Lorsque les travaux projetés portent sur la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette comprenant une ou plusieurs unités foncières contiguës, doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance avant l'achèvement de l'ensemble du projet, le dossier présenté à l'appui de la demande est complété par un plan de division et, lorsque des voies ou espaces communs sont prévus, le projet de constitution d'une association syndicale des acquéreurs à laquelle seront dévolus la propriété, la gestion et l'entretien de ces voies et espaces communs à moins que l'ensemble soit soumis au statut de la copropriété ou que le demandeur justifie de la conclusion avec la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent d'une convention prévoyant le transfert dans leur domaine de la totalité des voies et espaces communs une fois les travaux achevés. ».

5. En l’espèce, le dossier de demande de permis de construire initial comportait bien un plan de division. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le lot détaché de l’unité foncière d’origine comporterait des équipements communs avec le projet litigieux. Par conséquent, un projet de constitution d’une association syndicale libre ne pouvait être exigé par l’autorité administrative. Il s’ensuit que la première branche du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article R. 431-24 du code de l’urbanisme doit être écarté.

6. En deuxième lieu, le dossier de demande de permis de construire modificatif comporte un plan de situation sur lequel les numéros des parcelles concernées par le projet ont été actualisés. Par conséquent, à supposer que le dossier de demande de permis de construire initial ait comporté une erreur sur ce point, celle-ci a fait l’objet d’une régularisation. La seconde branche du moyen, soulevé à l’encontre des dispositions de l’article R. 431-24 du code de l’urbanisme et tiré de l’incomplétude du dossier de demande de permis de construire, doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne la desserte du terrain d’assiette du projet par le réseau public de distribution d’électricité :

7. Aux termes de l’article L. 111‑11 du code de l’urbanisme : « Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. ». En outre, en vertu des dispositions de l’article L. 332-6 du code de l’urbanisme, les bénéficiaires d’autorisations de construire peuvent être tenus de réaliser et de financer les équipements propres à l’opération autorisée mentionnés à l’article L. 332-15 du même code, aux termes duquel : « L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, d'aménager, ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité, les réseaux de télécommunication, l'évacuation et le traitement des eaux et matières usées, l'éclairage, les aires de stationnement, les espaces collectifs, les aires de jeux et les espaces plantés. Les obligations imposées par l'alinéa ci-dessus s'étendent au branchement des équipements propres à l'opération sur les équipements publics qui existent au droit du terrain sur lequel ils sont implantés et notamment aux opérations réalisées à cet effet en empruntant des voies privées ou en usant de servitudes. (…) L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures. (…) ».

8. Ces dispositions poursuivent notamment le but d’intérêt général d’éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d’être contraints, par le seul effet d’une initiative privée, de réaliser des travaux d’extension ou de renforcement des réseaux publics de distribution d’eau, d’assainissement ou d’électricité et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, en prenant en compte les perspectives d’urbanisation et de développement de la collectivité. Il en résulte qu’un permis de construire doit être refusé lorsque, d’une part, des travaux d’extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, que d’autre part, l’autorité compétente n’est pas en mesure d’indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

9. En l’espèce, il résulte de l’avis du gestionnaire du réseau d’électricité, Enedis, daté du 19 janvier 2023, que le projet litigieux nécessite une extension du réseau d’électricité de 210 mètres en dehors du terrain d’assiette du projet. A ce titre, l’arrêté du 2 juin 2023 indique, explicitement, que l’extension du réseau électrique sera à la charge du pétitionnaire et l’avis d’Enedis, recueilli par le maire dans le cadre de l’instruction de la demande de permis de construire attaqué, précise que le délai des travaux sera de quatre à six mois après réception d’un ordre de service. Au regard de ces éléments, le moyen être écarté.

En ce qui concerne l’absence d’autorisation de lotir :

10. Aux termes de l’article R. 442-1 du code de l’urbanisme : « Ne constituent pas des lotissements au sens du présent titre et ne sont soumis ni à déclaration préalable ni à permis d'aménager : (…) d) Les divisions de terrains effectuées conformément à un permis de construire prévu à l'article R*431-24 ; e) Les détachements de terrains supportant des bâtiments qui ne sont pas destinés à être démolis ; (…). ».

11. Il ressort des pièces du dossier que, dans le cadre de la réalisation du projet litigieux, la SNC 2A a cédé une partie du terrain d’assiette du projet sur lequel est implanté le bâtiment de l’école qui sera conservé. Cette division ne constitue pas un lotissement au sens des d) et e) de l’article R. 442-1 du code de l’urbanisme dans la mesure où la demande de permis de construire comprend un plan de division et que, par ailleurs, la SNC 2A a détaché de son unité foncière un lot de bâtiments qui a, pour l’essentiel, vocation à être démoli. Par conséquent, il n’était pas nécessaire pour le pétitionnaire de solliciter un permis d’aménager ou de déposer une déclaration préalable de division préalablement à l’obtention du permis de construire litigieux.

En ce qui concerne l’existence d’une fraude :

12. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l’administration sur la réalité du projet dans le but d’échapper à l’application d’une règle d’urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s’étant livré à l’occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l’administration.

13. En premier lieu, comme il a été dit au point 6, le dossier de permis de construire modificatif comporte, de manière actualisée, le numéro des parcelles concernées par la construction. En deuxième lieu, si la SCI la Dolmen affirme que le projet litigieux dispose d’une voie piétonne ainsi que d’un stationnement commun avec un autre projet de construction, elle n’apporte aucun élément de nature à étayer ces allégations. De manière générale, il ne ressort d’aucune pièce du dossier que la société SNC 2A a œuvré, de manière intentionnelle, à tromper l’appréciation de l’administration sur le projet querellé. Par conséquent, le moyen tiré de l’existence d’une fraude doit être écarté.

Sur la nécessité d’un permis de construire unique :

14. Aux termes de l’article L. 421-6 du code de l’urbanisme : « Le permis de construire ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux normes de fond résultant des dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords. ». Il résulte de ces dispositions qu’une construction constituée de plusieurs éléments formant, en raison des liens physiques ou fonctionnels entre eux, un ensemble immobilier unique, doit en principe faire l’objet d’un seul permis de construire. Toutefois, lorsque deux constructions sont distinctes, la seule circonstance que l’une ne pourrait fonctionner ou être exploitée sans l’autre, au regard de considérations d’ordre technique ou économique et non au regard des règles d’urbanisme, ne suffit pas à caractériser un ensemble immobilier unique.

15. La SCI la Dolmen soutient que le projet de construction autorisé par l’arrêté du 2 juin 2023 aurait dû faire l’objet d’une instruction commune avec un autre projet, autorisé le 4 mars 2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le seul lien entre les deux projets réside dans une liaison piétonne entre les constructions, laquelle ne traduit pas un lien fonctionnel de nature à caractériser un ensemble immobilier unique. Dès lors, la requérante n’est pas fondée à soutenir qu’un seul permis de construire, englobant un autre projet autorisé le 4 mars 2024, aurait dû être délivré.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 5 du chapitre I.1 du titre B du règlement du PLU de la commune de Dol-de-Bretagne applicable à la zone U :

16. Aux termes de l’article 5 du chapitre I.1 du titre B du règlement du PLU de la commune de Dol-de-Bretagne applicable à la zone U : « (…). 5.2. Stationnement des véhicules à quatre roues. Prescriptions générales : 5.2.1. Le nombre de places doit être en rapport avec l’utilisation envisagée, sauf en cas d’impossibilité avérée. (…) ». Aux termes de l’article L. 151-36 du code de l’urbanisme, dans sa version applicable au litige : « Pour les constructions destinées à l'habitation, autres que celles mentionnées aux 1° à 3° de l'article L. 151-34, situées à moins de cinq cents mètres d'une gare ou d'une station de transport public guidé ou de transport collectif en site propre et dès lors que la qualité de la desserte le permet, il ne peut, nonobstant toute disposition du plan local d'urbanisme, être exigé la réalisation de plus d'une aire de stationnement par logement. ».

17. Le projet attaqué prévoit la création de soixante-dix-neuf places de stationnement pour cinquante-huit logements. Si la SCI la Dolmen soutient que ce nombre de places serait insuffisant, elle n’assortit cette allégation d’aucun élément probant, les calculs qu’elle produit à l’appui de ses écritures n’établissant pas une telle insuffisance. Au demeurant, les dispositions précitées du règlement du PLU n’imposent pas de nombre précis de places de stationnement, mais seulement un rapport avec l’utilisation envisagée du projet. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le projet, situé à moins de 500 mètres d’une gare ferroviaire, entre dans le champ d’application des dispositions précitées de l'article L. 151-6 du code de l’urbanisme, qui limitent à une place par logement le nombre d’aires de stationnement pouvant être exigé, soit cinquante-huit places en l’espèce. Le nombre de soixante-dix-neuf places, prévu par le projet, excède ainsi largement cette exigence. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du règlement du PLU doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 6 du chapitre I.1 du titre B du règlement du PLU de la commune de Dol-de-Bretagne applicable à la zone U :

18. Aux termes de l’article 6 du chapitre I.1 du titre B du règlement du PLU de la commune de Dol-de-Bretagne applicable à la zone U : « Implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques. (…). 6.2. Dans le sous-secteur UCf et en l’absence de prescription portée au règlement graphique ou dans les OAP du PLU, un point des constructions doit être implanté à l’alignement des voies et emprises publiques existantes, à modifier ou à créer, avec une tolérance de 0 à 3 m en retrait de l’alignement, sans parallélisme obligé. Règles alternatives : 6.3. Des implantations différentes peuvent être autorisées dans les cas suivants : (…). Pour les parcelles situées en retrait ou n’offrant qu’un accès carrossable sur l’alignement (P. ex. parcelle en drapeau, cœur d’îlot, etc.), un élément de construction ou de corps de bâtiment (P. ex. mur, portail, auvent, carport, etc.) doit assurer la continuité du tissu bâti sur rue, dans le prolongement des constructions avoisinantes, s’il y a. (…) ». Dans la définition des termes utilisés pour l’application des règles, le règlement du PLU de Dol-de-Bretagne précise que l’alignement « définit la limite séparative entre les emprises publiques et fonds privés. ».

19. En l’espèce, le terrain d’assiette du projet, qui n’offre qu’un accès carrossable sur l’alignement de la rue Gilles Tézé, relève de la règle alternative prévue au point 6.3 précité. Il ressort du plan de masse et du règlement graphique qu’un muret sera implanté entre la construction projetée et la construction voisine, assurant ainsi la continuité du tissu bâti sur rue. Les conditions prévues par le point 6.3 étant ainsi satisfaites, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 6 doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 7 du chapitre I.1 du titre B du règlement du PLU de la commune de Dol-de-Bretagne applicable à la zone U :

20. Aux termes de l’article 7 du chapitre I.1 du titre B du règlement du PLU de la commune de Dol-de-Bretagne applicable à la zone U : « Implantation des constructions par rapport aux limites séparatives. Prescriptions générales : (…). 7.2. Lorsque les parcelles présentent un linéaire supérieur à 8 m, les constructions doivent être au moins implantées sur une limite séparative latérale. En zone UCf, et pour les seules constructions de plus de 300 m² d’emprise au sol, l’implantation sur une limite séparative latérale d’une façade, pourra se constater que pour ¼ de sa longueur. (…) Prescriptions particulières : 7.5 Les prescriptions générales peuvent ne pas s’appliquer : (...) – en raison d’impératifs architecturaux ou urbanistiques, comme la création d’une venelle, d’une cour ou la mise en valeur d’une façade patrimoniale, il peut être autorisé ou imposé une implantation à 1 m minimum de la limite séparative. (…) ».

21. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d’assiette du projet présente une configuration particulière, tenant à sa forme, à l’existence de murs de pierres qui le ceinturent, à la présence d’un bâtiment existant datant du XVIIIe siècle formant un « L », ainsi qu’à sa situation en cœur d’îlot qui le rend presque enclavé. Afin de tenir compte de cette configuration, le pétitionnaire a indiqué, dans la notice du projet architectural, que les constructions seraient implantées en peigne, et non en limite séparative. Cette implantation à distance des limites séparatives vise notamment à éviter un effet de masse sur les constructions avoisinantes et à permettre la création de venelles assurant la desserte des différents bâtiments ainsi que leur liaison avec les rues Gilles Tézé et Pierre Flaux. Ces éléments caractérisent, eu égard à la configuration du site et aux caractéristiques du projet, des impératifs architecturaux et urbanistiques de nature à justifier l’application des prescriptions particulières prévues par l’article 7.5 du chapitre I.1 du titre B du règlement du PLU de la commune de Dol-de-Bretagne, permettant une implantation à distance des limites séparatives. Les requérants se bornent, pour leur part, à soutenir qu’aucune des constructions projetées ne sera implantée en limite séparative, sans contester les éléments particuliers du site et du projet justifiant le recours à ces prescriptions. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 7 précité doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 11 du chapitre I.1 du titre B du règlement du PLU de la commune de Dol-de-Bretagne applicable à la zone U :

22. En premier lieu, aux termes de l’article 11 du chapitre I.1 du titre B du même règlement applicable à la zone U : « Qualité urbaine, architecturale, environnementale et paysagère. 11.1. Tout type de constructions : Prescriptions générales : (…). 11.1.2. Des dispositions différentes peuvent néanmoins être admises au-delà des prescriptions particulières suivantes, lorsqu’un projet de composition démontre une qualité architecturale garante d’une insertion paysagère harmonieuse ou lorsqu’il s’agit de constructions et installations nécessaires aux services publics, d’intérêt collectif ou d’habitat collectif (…). Prescriptions particulières : Les volumétries : (…) 11.1.8. : La longueur de la façade est limitée à 18 m maximum en suivant le rythme de plusieurs travées. Pour les bâtiments nécessitants plus de surface, il convient de prévoir des décrochements d’au moins 1 m des murs gouttereaux comme des hauteurs des faîtages. (…) ».

23. En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux, s’il ne comporte pas de décrochements verticaux des hauteurs de faîtage, prévoit en revanche des décrochements architecturaux des murs gouttereaux d’au moins un mètre, l’absence de décrochement vertical répondant à un parti architectural délibéré visant à éviter l’effet « barre » du bâtiment. Un tel choix de composition, de nature à garantir une insertion paysagère harmonieuse au sens du paragraphe 11.1.2 précité, justifie qu’il soit dérogé à la prescription particulière relative aux décrochements prévue au 11.1.8. Par conséquent, la première branche du moyen, tirée de la méconnaissance des règles de volumétrie applicables aux façades, doit être écartée.

24. En deuxième lieu, selon le même article 11 du même chapitre du même titre du même PLU : « Ouvertures et lucarnes (…) 11. 1. 14. Pour l’éclairage des combles – si nécessaire – concevoir des lucarnes passantes ou rampantes (p. ex. de type gerbière ou meunière) proportionnées au reste des ouvertures. Des solutions différentes peuvent être autorisées pour des impératifs architecturaux justifiés et liés à la nature de la construction existante (p. ex. lucarne à pignon, à guitare, rentrantes, etc.). 11.1.15. Pour l’éclairage des combles – si nécessaire – les châssis encastrés peuvent toutefois être autorisés sur les parties de toitures non visibles depuis l’espace public. Leurs profilés sont alors de teinte sombre, identique à celle du matériau de couverture. Dans la seule zone UCf, les châssis de toiture seront autorisés s’ils sont positionnés dans le tiers inférieur du pan de toiture, si leur nombre est limité (pour rester en proportion avec la toiture et s’intégrer dans la trame des ouvertures de la façade), s’ils sont disposés en pleine toiture sans saillie par rapport au toit (tout système compris) et si leur dimension est réduite (forme rectangulaire plus haute que large d’une surface inférieure à 0,8 m2). Seront formellement interdits : la surélévation des fenêtres de toit, la pose sous la ligne de brisis des toits à la Mansart et la pose de caisson extérieur de volet roulant. (…) ».

25. Il ressort des pièces du dossier et, plus spécifiquement, du document graphique, que les châssis prévus dans le projet querellé seront positionnés sur un bâtiment qui ne sera pas visible depuis l’espace public. Par ailleurs, l’arrêté comporte une prescription sur les dimensions des châssis afin de s’assurer du respect des dimensions prévues par le PLU. Le moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme :

26. Aux termes de l’article R. 111-27 : « Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ».

27. Pour rechercher l’existence d’une atteinte à un site ou un paysage propre à fonder le refus opposé à une demande d’autorisation de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de cette autorisation, il appartient à l’autorité administrative, sous le contrôle du juge, d’apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d’évaluer, dans un second temps, l’impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur ce site.

28. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d’assiette du projet se situe dans un quartier majoritairement pavillonnaire de la commune de Dol-de-Bretagne. Plusieurs maisons individuelles d’époques et d’architectures variées se trouvent à proximité du site ainsi qu’une ancienne école, datée de 1728, qui sera en partie conservée ou encore des bâtiments et immeubles en R+1+Combles. Le projet litigieux qui prévoit la construction de trois bâtiments et de cinquante-huit logements en R+2+Combles présente une hauteur légèrement supérieure au bâti existant mais qui est justifiée par le caractère étendu de la parcelle. De même, les matériaux et teintes utilisés, sobres, tendent à rappeler la présence de la pierre dans le quartier. La circonstance que le collège qui jouxte le terrain d’assiette du projet soit cité, à plusieurs reprises, dans l’œuvre de Chateaubriand « Mémoires d’outre-tombe », ne serait remettre en cause l’insertion du projet, de manière générale, dans son environnement. Il s’ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 12 du chapitre I.1 du titre B du règlement du PLU de la commune de Dol-de-Bretagne applicable à la zone U :

29. Aux termes de l’article 12 du chapitre I.1 du titre B du règlement du PLU de la commune de Dol-de-Bretagne applicable à la zone U : « Traitement environnemental et paysager des espaces non bâtis et abords des constructions. (…). Urbanisation sous forme d’opération d’aménagement : (…). 12.8. Dans la limite des possibilités offertes par la configuration des terrains, les surfaces non construites des terrains constructibles doivent être plantées à raison d’un arbre de haute tige par tranche de 170 m2. (…) ».

30. En l’espèce, le plan de masse du dossier de permis de construire a mis à même le service instructeur de mesurer les surfaces libres et d’appréhender ainsi le nombre d’arbres plantés. Le respect des dispositions de l’article 12 du chapitre I.1 du titre B du règlement du PLU de la commune de Dol-de-Bretagne applicable à la zone U peut ainsi être vérifié et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du règlement du PLU doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 13 du chapitre I.1 du titre B du règlement du PLU de la commune de Dol-de-Bretagne applicable à la zone U et de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme :

31. Aux termes de l’article 13 du chapitre I.1 du titre B du règlement du PLU de la commune de Dol-de-Bretagne applicable à la zone U : « Desserte par les voies publiques ou privées (…). Prescriptions particulières : (…). 13.4. Les caractéristiques des accès des véhicules et des voies carrossables doivent être adaptées à la nature et à l’importance des usages qu’ils supportent et des opérations qu’ils desservent. Ils doivent être aménagés en conséquence, la réalisation de voies privées ou de tout autre aménagement particulier nécessaire au respect des « prescriptions générales » mentionnées à l’alinéa ci-dessus pouvant être imposée. (…) ». Aux termes de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme : « Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ».

32. Il ressort des pièces du dossier que le projet querellé est desservi par la rue Gilles Tézé qui est une voie publique à double sens puis se décline en deux voies à sens unique. Ainsi, il apparaît que cette voie de circulation présente des caractéristiques suffisantes pour supporter le flux de véhicules généré par le projet. Enfin, le plan de masse du projet indique la création de trois aires de retournement permettant la circulation et la manœuvre des véhicules de secours et d’incendie. Par conséquent, les dispositions de l’article 13 du chapitre I.1 du titre B du règlement du PLU de la commune de Dol-de-Bretagne applicable à la zone U n’ont pas été méconnues et l’autorité administrative n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme en délivrant l’autorisation de construire.

33. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par la SCI la Dolmen doivent être rejetées.


Sur les frais liés à l’instance :

34. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Dol-de-Bretagne et la société SNC 2A, qui n’ont pas la qualité de partie perdante, versent à la requérante la somme que celle-ci demande au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

35. 12. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la SCI la Dolmen les sommes demandées au titre des mêmes dispositions, d’une part, par la commune de Dol-de-Bretagne et, d’autre part, par la SNC 2A.












D É C I D E :












Article 1er : La requête de la SCI la Dolmen est rejetée.


Article 2 : Les conclusions de la commune de Dol-de-Bretagne et de la société SNC 2A, présentées au titre de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative, sont rejetées.



Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI la Dolmen, à la SNC 2A ainsi qu’à la commune de Dol-de-Bretagne.

Une copie du présent jugement sera adressée au préfet de la région Bretagne.



Délibéré après l’audience du 10 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

M. Martin, premier conseiller faisant fonction de président,
Mme Le Berre, première conseillère,
Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.



La rapporteure,


signé


A. Le Berre

Le premier conseiller faisant fonction
de président,

signé


F. Martin

La greffière,


signé


I. Le Vaillant



La République mande et ordonne à la préfète d’Ille-et-Vilaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.