mercredi 7 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2306851 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 14 et 31 décembre 2023 et 1er février 2024, M. B demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'ordonner au préfet du Morbihan ou à tout préfet au choix du tribunal, en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui délivrer une carte de résident ;
2°) de condamner l'État à lui verser une indemnité compensatrice, d'un montant de 200 euros par jour, à compter du 20 novembre 2023 et jusqu'à délivrance de sa carte de résident.
Il soutient que :
- il réside et travaille en France depuis octobre 2019 ; il est actuellement en arrêt maladie et son état de santé et celui de sa compagne se dégradent du fait des agissements de la préfecture, qui bloque l'examen de sa situation administrative ; il est maintenu sous récépissé, dont il doit solliciter le renouvellement régulièrement ; cette situation le place dans une situation de grande précarité et de stress intense ;
- la préfecture exige sans cesse de nouveaux documents ; il lui est réclamé une autorisation de travail et un test de niveau A2, alors que son parcours universitaire et professionnel est essentiellement en français ; une telle exigence est humiliante ;
- il y a urgence à faire cesser cette situation ; il travaille dans un secteur très sensible, de distribution de l'eau potable et la moindre erreur professionnelle peut avoir de lourdes conséquences ;
- la préfecture du Morbihan fait mention de faits erronés dans sa situation, s'agissant notamment de la durée de sa présence en France et en Tunisie ; il peut justifier avoir travaillé en France, durant les périodes où le préfet indique qu'il était en Tunisie ;
- il a exposé des frais conséquents pour obtenir l'attestation de maîtrise de la langue française ; il a été contraint de changer d'employeur ; l'autorisation de travail exigée ne devrait pas l'être, dès lors qu'il dispose d'un récépissé l'autorisant à travailler ;
- la préfecture du Morbihan lui oppose finalement les dispositions de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après avoir refusé de traiter et instruire son dossier.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- M. A est arrivé en France le 10 octobre 2019, muni d'un visa valable du 7 octobre 2019 au 7 octobre 2020 ; il est retourné brièvement en Tunisie puis est revenu en France sous couvert d'un visa valable du 31 août 2020 au 31 août 2021 ; il est retourné en Tunisie, puis s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire, valable du 25 janvier 2022 au 24 janvier 2023 ;
- l'intéressé ne satisfait pas aux conditions de délivrance d'une carte de résident sur le fondement de l'accord franco-tunisien, ne justifiant pas d'une résidence régulière et continue de plus de trois ans ;
- s'agissant de la délivrance d'un titre salarié, il doit au préalable transmettre un contrat de travail visé par l'autorité compétente ; une demande d'autorisation de travail a été demandée, mais il ne justifie pas l'avoir encore obtenue ;
- au surplus, l'intéressé se prévaut d'une adresse en Loire-Atlantique, de sorte que l'instruction de son dossier relève a priori de la préfecture de la Loire-Atlantique.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
2. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, notamment sous forme d'injonctions adressées tant à des personnes privées que, le cas échéant, à l'administration, à condition que ces mesures soient utiles, justifiées par l'urgence, ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et ne fassent pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
3. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention " salarié ". / Après trois ans de séjour régulier en France, les ressortissants tunisiens visés à l'alinéa précédent peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er sont applicables pour le renouvellement du titre de séjour après dix ans. / Les autres ressortissants tunisiens ne relevant pas de l'article 1er du présent Accord et titulaires d'un titre de séjour peuvent également obtenir un titre de séjour d'une durée de dix ans s'ils justifient d'une résidence régulière en France de trois années. Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence professionnels ou non, dont ils peuvent faire état et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. / Ces titres de séjour confèrent à leurs titulaires le droit d'exercer en France la profession de leur choix. Ils sont renouvelables de plein droit ".
4. Aux termes par ailleurs de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'exception prévue à l'article R. 426-3, le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence et, à Paris, par le préfet de police ".
5. Il ressort en l'espèce des pièces du dossier que M. A réside, depuis novembre 2023, à Saint-Nazaire, de sorte que l'instruction de sa demande de délivrance d'une carte de résident ou d'un titre de séjour relève, en application des dispositions citées au point précédent, de la compétence exclusive du préfet de la Loire-Atlantique. Dans ces circonstances, et dès lors qu'il n'entre pas dans l'office et la compétence du juge des référés du tribunal administratif de Rennes d'enjoindre à un préfet autre que ceux d'Ille-et-Vilaine, du Morbihan, des Côtes-d'Armor et du Finistère, d'enregistrer, instruire et statuer sur une demande de titre de séjour, les conclusions de la requête de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet du Morbihan ou à tout préfet au choix du tribunal, en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui délivrer une carte de résident ou, à tout le moins, un titre de séjour en application de l'accord franco-tunisien, se heurtent à une contestation sérieuse. Elles ne peuvent, par suite et en l'état de l'instruction, qu'être rejetées, ce qui ne fait pas obstacle à ce que l'intéressé demande le transfert de son dossier de demande de titre de séjour aux services compétents de la préfecture dont il relève et leur transmette l'autorisation de travail qu'il a obtenue le 29 janvier 2024.
6. Il n'entre par ailleurs pas dans l'office du juge des référés de se prononcer sur des conclusions à caractère indemnitaire tendant au versement de sommes d'argent, y compris en accordant une provision sur les sommes éventuellement dues.
7. Il résulte ce que qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Morbihan et au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Rennes, le 7 février 2024.
Le juge des référés,
signé
O. Thielen
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
4
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026