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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2400429

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2400429

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2400429
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationVice-président de la 5 ème chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LANNUZEL MUNOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2024, M. A D, représenté par Me Munos, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 novembre 2023 par laquelle le ministre chargé du budget a suspendu le montant de sa pension de retraite à compter du 1er janvier 2022 à concurrence d'un montant annuel brut de 19 953,23 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une personne n'ayant pas compétence ;

- la décision de suspension attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- et les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, premier maitre de l'armée, a été admis à la retraite par arrêté du 30 décembre 2019 à compter du 1er novembre 2019 après avoir effectué vingt-cinq années de services. Dès le 1er novembre 2019, M. D a souscrit un contrat d'engagement auprès des armées en tant que technicien supérieur en études et fabrication des armées. Le ministre chargé du budget a suspendu la pension militaire de retraite de M. D au titre de l'année 2022 par décision du 28 novembre 2023 au motif que ses revenus d'activité (34 622 euros) ont excédé la limite de traitement autorisée de 14 668 euros pour cette même année. M. D demande l'annulation du certificat de suspension du 28 novembre 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le signataire de la décision, Mme C B, avait reçu, par arrêté du 14 septembre 2023, régulièrement publié, délégation de signature de la part du directeur général des finances publiques à l'effet de signer, au nom du ministre chargé du budget, tous actes, à l'exclusion des décrets, dans la limite des attributions du bureau " mission relation usagers, offre de service et réseaux ". Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit donc être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 79 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " () Les militaires autorisés à contracter un engagement voient suspendre pendant la durée de ce dernier la pension dont ils pourraient être titulaires. Elle est éventuellement révisée au moment de la radiation définitive des contrôles, compte tenu des nouveaux services accomplis () ". Aux termes de l'article L. 80 du même code : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 79, le versement de la pension des retraités militaires présents sous les drapeaux en temps de paix pour une durée continue, égale ou supérieure à un mois, est suspendu pendant toute la durée de cette présence () ". Aux termes de l'article L. 84 du même code : " () Si, à compter de la mise en paiement d'une pension civile ou militaire, son titulaire perçoit des revenus d'activité de l'un des employeurs mentionnés à l'article L. 86-1, ou de tout autre employeur pour les fonctionnaires civils, il peut cumuler sa pension dans les conditions fixées aux articles L. 85, L. 86 et L. 86-1 () ". Aux termes du II de l'article L. 86 du même code dans sa rédaction alors applicable et par dérogation au premier alinéa de l'article L. 161-22 du code de la sécurité sociale, ainsi qu'aux dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 84 et de l'article L. 85 : " () peuvent cumuler intégralement le montant de leur pension avec des revenus d'activité : () / 2° Les titulaires de pensions militaires non officiers rémunérant moins de vingt-cinq ans de services et les titulaires de pensions militaires atteignant la limite d'âge du grade qu'ils détenaient en activité ou la limite de durée de services qui leur était applicable en activité, même dans le cas où ces pensions se trouveraient modifiées à la suite de services nouveaux effectués pendant un rappel à l'activité donnant lieu à promotion de grade () ". Aux termes de l'article L. 86-1 du même code : " Les employeurs mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 84 sont les suivants : / 1° Les administrations de l'État et leurs établissements publics ne présentant pas un caractère industriel ou commercial ; / 2° Les collectivités territoriales et les établissements publics ne présentant pas un caractère industriel ou commercial qui leur sont rattachés ; / 3° Les établissements énumérés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière () ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour cumuler intégralement une pension de retraite servie par l'État avec une rémunération d'activité, le fonctionnaire doit avoir atteint la limite d'âge de son ancien grade ou être titulaire d'une pension de non officier rémunérant moins de 25 ans de services. Si l'une de ces conditions n'est pas remplie, le fonctionnaire peut toutefois percevoir intégralement sa pension, si ses revenus bruts d'activité sont inférieurs par année civile à un plafond légal fixé par décret augmenté du tiers de sa pension brute. Si ces revenus bruts d'activité sont supérieurs à ce plafond, seul l'excédent est déduit de sa pension. Si toutefois cet excédent est supérieur au montant de la pension, son paiement est alors suspendu en totalité.

5. M. D fait valoir que les dispositions précitées du 2° du II de l'article L. 86 du code des pensions civiles et militaires de retraite autorisent le cumul du montant de sa pension avec des revenus d'activité dès lors qu'il totalise seulement vingt-quatre ans, onze mois et vingt-et-un jours de services n'ayant été incorporé non pas le 1er novembre 1994 mais le 10 novembre 1994.

6. Toutefois, dès lors que le titre de pension de M. D concédé par arrêté du 30 décembre 2019 fait état d'une durée de service de vingt-cinq ans, qu'il n'en a pas contesté le bien-fondé dans le délai de recours contentieux et qu'il n'est pas recevable à exciper de son illégalité, les moyens tirés de ce que le ministre chargé du budget aurait commis une erreur de fait en estimant que sa pension rémunère vingt-cinq années de service et une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire application des dispositions du 2° du II de l'article L. 86 du code des pensions civiles et militaires de retraite doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée au directeur régional des finances publiques de Bretagne et d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.

Le vice-président désigné,

signé

F. E

La greffière d'audience,

signé

I. Loury

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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