vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2402289 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LAUDRAIN ET GICQUEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 avril 2024, M. A B, représenté par la SCP Gicquel-Desprez, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'administration a rejeté sa contestation, datée du 29 décembre 2023, dirigée contre une mise en demeure de payer datée du
15 novembre 2023 ;
2°) d'annuler cette mise en demeure de payer ;
3°) d'enjoindre, par voie de conséquence, à l'administration de procéder à la mainlevée de la saisie administrative à tiers détenteur notifiée le 2 février 2024 et de rembourser les fonds prélevés ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Il soutient que les sommes faisant l'objet de la mise en demeure ne sont pas exigibles dès lors que la maison située au 27 rue du Tumulus à Carnac a constitué sa résidence principale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le livre des procédures fiscales et le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative / () / 5° statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens / () / 7° rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. () ".
2. Aux termes de l'article L. 257 du livre des procédures fiscales : " Les comptables publics peuvent notifier au redevable une mise en demeure de payer pour le recouvrement des créances dont ils ont la charge. / La notification de la mise en demeure de payer interrompt la prescription de l'action en recouvrement. / La mise en demeure de payer peut être contestée dans les conditions prévues à l'article L. 281 du présent livre. / () ".
3. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 ; / () ". Aux termes de l'article L. 199 du même livre : " En matière d'impôts directs (), les décisions rendues par l'administration sur les réclamations contentieuses et qui ne donnent pas entière satisfaction aux intéressés peuvent être portées devant le tribunal administratif. () / En matière de droits d'enregistrement, (), le tribunal compétent est le tribunal judiciaire. () ".
4. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale (service chargé de l'assiette) a notifié à M. B des suppléments d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2020 assortis de pénalités ainsi que des rappels de droits d'enregistrement, au titre de l'année 2019, assortis, également, de pénalités, pour un montant total de 118 213 euros. Par une mise en demeure valant commandement de payer du 15 novembre 2023, le comptable chargé du recouvrement a invité M. B, qui n'avait pas réglé ces droits et pénalités, à régulariser sa situation dans un délai de 30 jours. Par un courrier du 29 décembre 2023, M. B a entendu contester cette mise en demeure selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales.
5. Par ses conclusions visées aux points 1°) à 3°) ci-dessus, M. B n'a pas demandé au tribunal de le décharger des impositions et pénalités précitées. Autrement dit, il n'a pas présenté de conclusions relevant du contentieux de l'assiette. Il doit être regardé comme s'étant borné à demander au tribunal la décharge de l'obligation de payer la somme de 118 213 euros mentionnée dans la mise en demeure de payer. En d'autres termes, il a présenté des conclusions relevant du contentieux du recouvrement, par lesquelles il conteste non pas la régularité en la forme de la mise en demeure de payer mais uniquement l'obligation de paiement.
6. Or, d'une part, en tant que la requête porte sur l'obligation de payer des droits d'enregistrement et les pénalités y afférentes, elle est portée devant une juridiction incompétente pour en connaître, le tribunal compétent en cette matière étant le tribunal judiciaire, en vertu des dispositions combinées du a) du 2 de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, d'une part, et de l'article L. 199 du même livre, d'autre part.
7. D'autre part, pour contester l'obligation de payer les impôts directs et les pénalités y afférentes, dont le recouvrement a été poursuivi par la mise en demeure précitée, le requérant soutient, en premier lieu, que la maison située au 27 rue du Tumulus à Carnac constituait sa résidence principale à la date de sa cession. Toutefois, par un tel moyen, il conteste le bien-fondé de l'imposition mise à sa charge et non l'obligation de payer celle-ci. Or il résulte des termes mêmes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales qu'un tel moyen est inopérant en contentieux du recouvrement. En second lieu, si le requérant soutient que la créance mentionnée dans la mise en demeure de payer n'est pas exigible, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. A cet égard, il confond d'ailleurs manifestement l'exigibilité de la créance fiscale, dont la contestation relève du contentieux du recouvrement, et son bien-fondé, dont la contestation relève du contentieux de l'assiette. Il suit de là que les conclusions de la requête tendant à la décharge de l'obligation de payer les impôts directs et les pénalités y afférentes mentionnés dans la mise en demeure valant commandement de payer du
15 novembre 2023 doivent être rejetées sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
8. Enfin, les conclusions accessoires présentées au titre des frais d'instance, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet des conclusions principales, sur le fondement du 5° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au directeur départemental des finances publiques du Morbihan.
Fait à Rennes, le 25 octobre 2024.
Le président de la 2ème chambre,
signé
T. Jouno
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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