mercredi 5 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2402585 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS PEQUIGNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Péquignot, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 107 459,76 euros au titre du préjudice tiré de l'atteinte au principe d'égalité de traitement dans la fixation et la progression de sa rémunération et au titre du préjudice moral, qu'elle estime avoir subis, et d'assortir les sommes dues des intérêts au taux légal à compter de la réception de la demande indemnitaire préalable ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le rectorat a commis, en rejetant sa demande indemnitaire préalable, une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat dès lors que l'application des dispositions du décret n° 62-379 du 3 avril 1962 a eu pour effet d'instituer une inégalité de traitement en termes de fixation et de progression de sa rémunération avec les contractuels régis par le décret n° 2016-1171 du 29 août 2016 ;
- compte tenu de son ancienneté de service de 27 années, elle aurait pu atteindre l'indice brut 662 si elle avait pu bénéficier des dispositions du décret précité du 29 août 2016 au lieu de plafonner à l'indice brut 521 ;
- elle a subi un préjudice financier à hauteur de la somme de 102 459,76 euros ;
- son préjudice moral sera réparé par l'octroi de la somme de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2024, le recteur de l'académie de Rennes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 62-379 du 3 avril 1962 ;
- le décret n° 2016-1171 du 29 août 2016 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ambert,
- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,
- et les observations de Me Péquignot, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été recrutée le 10 mars 1995 en qualité de maître auxiliaire garantie d'emploi et a signé le 19 juillet 2006 un contrat de travail à durée indéterminée l'engageant en qualité de maître auxiliaire de 2ème catégorie. Ce contrat précise qu'elle perçoit à titre de rémunération celle afférente à l'indice brut 412. Par un avenant du 16 juillet 2018, sa rémunération a été portée à celle afférente à l'indice brut 521. Le 1er décembre 2022, Mme B a quitté ses fonctions enseignantes et a bénéficié d'une indemnité de rupture conventionnelle d'un montant de 22 003 euros. Par un courrier du 29 décembre 2023, reçu le 3 janvier 2024, Mme B a adressé au recteur de l'académie de Rennes une demande indemnitaire préalable de réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 107 459,76 euros en réparation de ces préjudices.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier. Ces modalités de mise en œuvre du principe d'égalité sont applicables à l'édiction de normes régissant la situation d'agents publics qui, en raison de leur contenu, ne sont pas limitées à un même corps ou à un même cadre d'emplois de fonctionnaires.
3. Mme B soutient que l'application des dispositions du décret n° 62-379 du 3 avril 1962 fixant les dispositions applicables aux maîtres auxiliaires des écoles normales primaires, des lycées classiques, modernes et techniques et des collèges d'enseignement technique et aux maîtres d'éducation physique relevant du haut-commissariat à la jeunesse et aux sports, prévue par son contrat de travail à durée indéterminée, a eu pour effet d'instituer une inégalité de traitement en termes de fixation et de progression de sa rémunération avec les contractuels régis par le décret n° 2016-1171 du 29 août 2016 relatif aux agents contractuels recrutés pour exercer des fonctions d'enseignement, d'éducation et d'orientation dans les écoles, les établissements publics d'enseignement du second degré ou les services relevant du ministre chargé de l'éducation nationale dès lors que l'indice sommital d'un maître auxiliaire de 2ème catégorie correspond à l'indice brut 521 alors que l'indice sommital d'un agent contractuel de 2ème catégorie, régi par le décret précité du 29 août 2016, correspond, en application de l'arrêté du 1er août 2016 portant application du 1er alinéa de l'article 8 du décret n° 2016-1171 du 29 août 2016, à l'indice brut 791. Elle soutient qu'elle aurait pu atteindre, compte tenu de son ancienneté de service de 27 années, l'indice brut 662 si elle avait pu bénéficier des dispositions du décret précité du 29 août 2016 au lieu de plafonner à l'indice brut 521.
4. Toutefois, les maîtres auxiliaires garantis d'emploi, régis par le décret du 3 avril 1962 précité, ne sont pas placés dans la même situation juridique que les contractuels régis par le décret précité du 29 août 2016. Les rémunérations des maîtres auxiliaires sont fixées par référence à des indices bruts par le décret du 3 avril 1962. Les modalités de fixation et de progression de leur rémunération leur sont propres et n'ont ni pour objet ni pour effet de les placer dans la même situation que celle des contractuels régis par le décret du 29 août 2016. Le principe d'égalité ne s'oppose ainsi pas à ce que les décrets précités des 3 avril 1962 et 29 août 2016 règlent de façon différente les situations respectives de ces agents. Le recteur de l'académie de Rennes n'a ainsi pas commis d'illégalité fautive en rejetant la demande indemnitaire préalable de Mme B.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Copie en sera délivrée pour information au recteur de l'académie de Rennes.
Délibéré après l'audience du 22 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Ambert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2025.
Le rapporteur,
signé
A. AmbertLe président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026