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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2404425

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2404425

mardi 23 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2404425
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL ARES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a annulé l'arrêté du 14 février 2024 par lequel le maire de Beaussais-sur-Mer a refusé un permis d'aménager à la SARL Atalys, ainsi que le rejet de son recours gracieux. La juridiction a retenu un vice de forme, l'arrêté ne permettant pas d'identifier clairement le signataire en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. La substitution de motifs sollicitée par la commune n'a pas été jugée de nature à régulariser ce vice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 juillet 2024 et 6 novembre 2025, la SARL Atalys, représentée par Mes Bonnat et Costard (SELARL Avoxa Rennes), demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 14 février 2024 par lequel le maire de Beaussais-sur-Mer a refusé de lui délivrer un permis d’aménager portant lotissement en dix lots, dont un macro-lot, d’un terrain cadastré section AK n° 62p situé rue de Dinan à Ploubalay, ensemble la décision du 23 mai 2024 par laquelle son recours gracieux a été rejeté ;

2°) d’enjoindre au maire de Beaussais-sur-Mer de lui délivrer le permis de d’aménager sollicité, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Beaussais-sur-Mer la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’un vice de forme en méconnaissance de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- il est entaché d’incompétence, faute pour son signataire, à supposer qu’il s’agisse du maire délégué, de disposer d’une délégation de compétence ;
- la demande de pièces manquantes adressée par courrier du 14 décembre 2023 est irrégulière dès lors, d’une part, qu’elle ne lui a pas été adressée dans le délai d’un mois imparti par l’article R. 422-22 du code de l’urbanisme et dès lors, d’autre part, qu’elle portait sur des pièces déjà produites ou sur des informations qui ne sont pas exigées par le code de l’urbanisme ;
- l’illégalité de la demande de pièces manquantes entache d’illégalité l’arrêté attaqué ;
- la demande de pièces manquantes n’ayant pas produit d’effet, l’arrêté attaqué doit être regardé comme ayant procédé au retrait d’un permis d’aménager tacite né le 16 février 2024 et est par conséquent entaché d’un vice de procédure en méconnaissance de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- l’arrêté attaqué fait une inexacte application des articles L. 111-11 et L. 332-15 du code de l’urbanisme ;
- il fait une inexacte application des articles 1 AU3 et UB 3 du règlement du plan local d’urbanisme de Ploubalay ;
- le motif que la commune de Beaussais-sur-Mer souhaite substituer aux motifs de son arrêté n’est pas fondé.


Par deux mémoires, enregistrés les 15 septembre et 3 novembre 2025, la commune de Beaussais-sur-Mer, représentée par Me Le Derf-Daniel (SELARL Ares), conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la SARL Atalys au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- le moyen tiré du vice de procédure commis en méconnaissance de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration est inopérant dès lors qu’il n’est pas contesté que l’arrêté attaqué a été notifié au plus tard le 16 février 2024 et qu’aucun permis d’aménager tacite n’était donc encore intervenu ;
- les autres moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés ;
- le cas échéant, le motif tiré de la méconnaissance de la servitude de mixité sociale de 30 % imposée au terrain d’assiette du projet peut être substitué aux motifs de l’arrêté contesté.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Desbourdes ;
- les conclusions de M. Martin, rapporteur public ;
- et les observations de Me Bonnat, représentant la SARL Atalys, et de Me Hipeau, représentant la commune de Beaussais-sur-Mer.



Considérant ce qui suit :

La SARL Atalys a déposé le 16 novembre 2023 une demande de permis d’aménager un lotissement en dix lots, dont un macro-lot, d’un terrain cadastré section AK n° 62p situé rue de Dinan à Ploubalay (commune de Beaussais-sur-Mer). Elle demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 14 février 2024 par lequel le maire de Beaussais-sur-Mer a refusé de lui délivrer le permis d’aménager sollicité, ensemble la décision du 23 mai 2024 par laquelle son recours gracieux a été rejeté.

Aux termes de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. (…) ».

L’arrêté attaqué comporte une unique signature assortie de l’indication « Le Maire », en caractère imprimé, un premier tampon « LE MAIRE / Eugène CARO » à proximité immédiate de la signature et un second tampon « Le Maire délégué / Mikaël BONENFANT » en plus petit caractère et plus éloigné de la signature que le premier tampon. L’arrêté ne vise aucune délégation de signature et ne fait pas précéder l’une ou l’autre des mentions « Le Maire » de la précision selon laquelle la signature aurait été faite « pour » lui. L’arrêté recèle ainsi une ambiguïté qui ne permettait pas à la société pétitionnaire d’identifier, parmi les deux personnes mentionnées par leurs noms et prénoms, laquelle a effectivement signé l’arrêté contesté. Dans ces conditions, la société Atalys est fondée à soutenir que l’arrêté attaqué est entaché d’illégalité pour vice de forme en méconnaissance de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration.

Il résulte de ce qui précède, la substitution de motifs soulevée par la commune ne pouvant régulariser un vice de forme, que l’arrêté du 14 février 2024 doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, la décision du 23 mai 2024 par laquelle le maire de Beaussais-sur-Mer a rejeté le recours gracieux de la SARL Atalys.

Pour l’application de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, ni les moyens d’incompétence et de vice de procédure ne sont propres à fonder cette annulation, ni les moyens de légalité interne dès lors, pour ce qui concerne ces derniers, qu’il résulte de l’instruction que le motif fondé sur l’article L. 111-11 du code de l’urbanisme et le préambule du règlement de la zone 1 AU du plan local d’urbanisme de Ploubalay, tiré de l’absence de desserte du terrain d’assiette du lotissement par le réseau d’eau potable, de l’absence de volonté de la commune de financer les travaux d’extension de ce réseau et de l’impossibilité de les faire financer par la société pétitionnaire, était propre à fonder à lui seul le refus de permis d’aménager attaqué.

Le présent jugement implique seulement qu’il soit enjoint au maire de Beaussais-sur-Mer de réexaminer la demande de permis d’aménager de la société Atalys dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il soit besoin d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la SARL Atalys au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la SARL Atalys, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse à la commune de Beaussais-sur-Mer la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.





DÉCIDE :


Article 1er : L’arrêté du 14 février 2024 du maire de Beaussais-sur-Mer portant refus de permis d’aménager ainsi que la décision du 23 mai 2024 par laquelle il a rejeté le recours gracieux de la SARL Atalys sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Beaussais-sur-Mer de réexaminer la demande de permis d’aménager de la SARL Atalys dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Beaussais-sur-Mer au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Atalys et à la commune de Beaussais-sur-Mer.



Délibéré après l’audience du 11 décembre 2025 à laquelle siégeaient :

M. Vennéguès, président,
Mme Pellerin, première conseillère,
M. Desbourdes, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2025.



Le rapporteur,
signé
W. Desbourdes
Le président,
signé
P. Vennéguès

La greffière,
signé
I. Le Vaillant




La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d’Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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