lundi 2 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2404743 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | POTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 27 août 2024, M. B A, représenté par Me Potin, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du directeur du lycée agricole privé Le Nivot de Lopérec du 9 juillet 2024 portant affectation de ses heures d'enseignement et rejet de sa demande de passage à temps complet ;
2°) d'enjoindre au directeur du lycée agricole privé Le Nivot de faire droit à sa demande de passage à temps complet à compter de la rentrée scolaire 2024/2025, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- la requête est recevable : il justifie de la réception de sa demande de passage à temps complet le 15 janvier 2024, pour l'année 2024/2025, transmise conformément à la procédure prescrite ; il a également transmis un courriel, le 1er avril 2024, réitérant sa demande et les motifs de celle-ci ; sa demande a nécessairement été transmise par le chef d'établissement, puisque son dossier a été examiné par la commission de l'emploi et de la mobilité du ministère de l'agriculture au cours de sa séance du 19 juin 2024 ; le document du 9 juillet 2024 portant affectation horaire à temps partiel, à hauteur de 8,64 heures / semaine révèle nécessairement un refus de faire droit à sa demande de temps complet ; cette décision a des conséquences sur sa situation et sa rémunération et ne constitue donc pas une mesure d'ordre intérieur ;
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation financière et professionnelle ; elle le maintient à mi-temps, avec une rémunération amoindrie, alors que son contrat initial était à temps complet et fait obstacle à l'amélioration de sa situation ; il perçoit une rémunération de 1 045 euros nets, quand ses charges incompressibles s'élèvent à 1 287 euros, hors dépenses courantes, notamment alimentaires ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :
* à titre principal, elle est entachée d'erreur de droit : en application des dispositions de l'article 3 du décret n° 89-406 du 20 juin 1989, les chefs d'établissement ont l'obligation de compléter le service des enseignants à temps partiel, à leur demande, lorsqu'ils disposent d'un quota d'heures disponibles ; il a sollicité son passage à temps complet dès le 4 février 2022, réitéré les 16 janvier 2023 et 8 janvier 2024 ; l'établissement a publié une annonce pour le recrutement d'un professeur en informatique pour la rentrée 2024/2025 ; ces heures auraient dû lui être attribuées ;
* à titre subsidiaire, elle est entachée d'une défaut de motivation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 août 2024, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable, dès lors que :
* elle est tardive : M. A n'établit pas avoir demandé à exercer ses fonctions à temps complet pour les années 2023/2024 et 2024/2025, ne justifiant que d'une demande en ce sens du 4 février 2022, reçue le 8 courant et implicitement rejetée le 8 avril 2022 ; les demandes dont il se prévaut des 16 janvier 2023 et 8 janvier 2024 ne comportent pas le visa du chef d'établissement justifiant de leur bonne réception ; le délai raisonnable de recours contre la décision implicite du 8 avril 2022, dont M. A a eu connaissance au plus tard en septembre 2022, lorsque les cours ont commencé, était expiré à la date d'enregistrement de la requête en annulation ;
* le tableau des heures d'enseignement que conteste M. A ne matérialise pas le refus du chef d'établissement de faire droit à une demande de passer à temps complet, qu'il n'a précisément pas présentée ; l'acte attaqué ne lui fait ainsi pas grief ;
- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite : M. A a demandé son passage à temps complet en février 2022 et n'a pas contesté le refus qui lui a été opposé ; aucune nouvelle demande n'a, depuis, été présentée ; la précarité financière de l'intéressé, à la supposer établie, lui est strictement imputable ; son maintien à demi-service pour l'année 2024/2025 ne dégrade pas sa situation financière ;
- M. A ne soulève aucun moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ; en particulier :
* M. A n'établit pas avoir présenté une demande de passage à temps complet pour l'année 2024/2025, de sorte qu'aucun refus soumis à exigence de motivation n'existe ; à supposer la demande du 8 janvier 2024, dont il se prévaut, effectivement présentée, celle-ci aurait été implicitement rejetée et l'intéressé n'établit pas avoir demandé la communication de ses motifs ;
* si les dispositions de l'article 3 du décret n° 89-406 du 20 juin 1989 et la note de service n° SG/SRH/SDCAR/2024-76 du 2 février 2024 obligent les chefs d'établissement à proposer les heures disponibles d'enseignement aux agents en service à temps partiel, c'est à la condition qu'ils en aient fait la demande, ce que n'a précisément pas fait M. A.
Vu :
- la requête au fond n° 2404662, enregistrée le 6 août 2024 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le décret n° 89-406 du 20 juin 1989 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 août 2024 :
- le rapport de Mme Thielen ;
- les observations de Me Potin, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens, et précise notamment que :
* il n'est pas sérieusement contestable que les demandes de passage à temps complet ont été reçues, notamment pour l'année 2024-2025 ; la commission d'emploi compétente a au demeurant examiné sa demande ;
* la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dans la mesure où il a été recruté à temps complet, qu'il demande à repasser à temps complet depuis son licenciement de ses fonctions de directeur adjoint de l'établissement et que sa situation financière est significativement affectée par son maintien à temps partiel ; il ne peut compléter ses revenus et ne peut davantage trouver un autre emploi, compte tenu du contentieux prud'homal qui continue de l'opposer à l'établissement ; le dossier est pendant devant la cour d'appel ;
* les heures disponibles doivent lui être proposées et il ne peut légalement lui être opposé le fait que les enseignements sont en informatique, puisqu'il s'agit de l'une des matières, associées, qu'il enseigne, outre la physique-chimie en discipline principale ;
- les observations de M. C, représentant le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, qui persiste dans ses conclusions écrites, par les mêmes arguments, et fait notamment valoir que la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite, dès lors que la situation de M. A est inchangée depuis 2022 et que les charges dont il justifie sont assumées depuis cette date.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A exerce les fonctions d'enseignant en physique-chimie et informatique au sein du lycée agricole privé Le Nivot, aux termes d'un contrat à durée indéterminée conclu le 1er septembre 2002. Il a exercé les fonctions de directeur adjoint de cet établissement à compter du 1er septembre 2015 et la quotité d'heures travaillées a été réduite, pour l'exercice de cette fonction, par avenant du même jour.
2. Anticipant son licenciement de ses fonctions d'encadrement, survenu le 11 avril 2022, M. A a sollicité, le 4 février 2022, une augmentation de son volume horaire et un retour à temps complet pour l'année 2022/2023, qui a été implicitement rejeté. Il a réitéré sa demande le 16 janvier 2023, pour l'année 2023/2024, puis le 8 janvier 2024, pour l'année 2024/2025.
3. M. A a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre la décision portant rejet de sa demande, révélée au plus tard par le document portant affectation des heures d'enseignement pour l'année 2024/2025 et dont il résulte que ne lui sont attribuées que 8,64 heures hebdomadaires d'enseignement, et, dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
4. Le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire fait valoir en défense, d'une part, que M. A n'établit pas avoir demandé à exercer ses fonctions à temps complet pour les années 2023/2024 et 2024/2025, ne justifiant que d'une demande en ce sens du 4 février 2022, reçu le 8 courant et implicitement rejetée le 8 avril 2022 et à l'encontre de laquelle le délai raisonnable de recours était expiré à la date d'enregistrement de la requête en annulation et, d'autre part, que le tableau des heures d'enseignement que conteste M. A ne matérialise pas le refus du chef d'établissement de faire droit à une demande de passer à temps complet, qu'il n'a précisément pas présentée, de sorte que la requête est dirigée contre un acte ne faisant pas grief.
5. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A justifie avoir transmis une demande d'augmentation de son volume d'heures d'enseignement, notamment par l'attribution d'heures d'enseignement en informatique, pour parvenir à un temps complet, pour l'année scolaire 2024/2025 et que cette demande a au demeurant été examinée par la commission de l'emploi du ministère de l'agriculture lors de sa séance du 19 juin 2024. Il en ressort également que le tableau récapitulatif des heures d'enseignement de M. A au titre de l'année scolaire à venir, qui maintient le volume de ses heures à l'équivalent d'un mi-temps, révèle nécessairement un refus de faire droit à sa demande d'attribution d'heures d'enseignement complémentaires en informatique et de passage à temps complet. Cette décision de refus constitue une décision individuelle défavorable, de sorte que la fin de non-recevoir tirée de l'absence de décision faisant grief ne peut qu'être écartée. La requête est bien dirigée contre cette décision, révélée le 9 juillet 2024 et portant effet au titre de l'année scolaire 2024/2025, de sorte que la fin de non-recevoir tirée de l'expiration du délai raisonnable de recours contre la décision défavorable du 8 avril 2022 et de la tardiveté subséquente de la requête ne peut également qu'être écartée, comme sans incidence sur la recevabilité de la requête.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
7. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
8. Pour établir l'urgence à suspendre l'exécution de la décision portant refus d'attribution d'heures d'enseignement en informatique, permettant son passage à temps complet, révélée le 9 juillet 2024, M. A expose qu'elle préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation financière et professionnelle, faisant obstacle à ce qu'il bénéficie des termes du contrat initialement conclu, à ce qu'il assume ses charges mensuelles incompressibles, s'élevant à 1 287 euros hors dépenses alimentaires, quand son salaire s'élève à 1 045 euros nets et à ce que sa situation financière s'améliore.
9. Si M. A justifie de ses charges, dans leur réalité et leur montant, il ressort des pièces du dossier que sa situation professionnelle reste inchangée depuis 2022. À cet égard, l'intéressé n'établit pas, ni même n'allègue, que la décision en litige engendrerait une dégradation significative de sa situation financière et qu'il ne pourrait désormais plus assumer les charges dont il s'acquittait antérieurement, avec le même salaire. En l'état des pièces du dossier et de son argumentation, M. A n'établit ainsi pas que la décision en litige préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation professionnelle et financière pour que la condition tenant à l'urgence soit regardée comme satisfaite.
10. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension de l'exécution d'une décision administrative n'est pas remplie. Les conclusions de M. A tendant à la suspension de l'exécution de la décision portant refus d'attribution d'heures d'enseignement en informatique et de passage à temps complet ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
11. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
13. Par ailleurs, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. A au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Fait à Rennes, le 2 septembre 2024.
Le juge des référés,
signé
O. ThielenLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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