vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2405669 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | DOLLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2024, Mme A C et M. D, représentés par Me Dollé, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de les orienter, ainsi que leurs enfants, vers un centre d'hébergement ou d'insertion sociale dans un délai de 24 h à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à leur avocat contre sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Ils soutiennent que :
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite : ils vivent dans leur voiture depuis le 7 août 2024 et ont bénéficié très ponctuellement, depuis cette date, du dispositif de veille sociale, pour quelques nuits, avec leurs trois enfants, dont l'âge et la fragilité sont incompatibles avec une vie dans la rue ; ils sont placés dans une situation d'extrêmes vulnérabilité et précarité ; ils sollicitent régulièrement, et très souvent vainement, le 115 ;
- le refus de les héberger révèle une carence de l'État à mettre en œuvre le dispositif de veille sociale prévu par les articles L. 345-2 et L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, qui porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence des personnes en situation de détresse médicale, psychique ou sociale ; leur demande d'admission au séjour en qualité de parents d'un enfant malade est en cours d'instruction.
Le préfet des Côtes-d'Armor, régulièrement informé de la requête et de l'audience publique, n'a produit aucune observation écrite en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 septembre 2024 :
le rapport de Mme Thielen ;
les observations de Me Dollé, représentant Mme C et M. B, qui reprend les termes de ses écritures, qu'il développe ;
les explications de M. B.
Le préfet des Côtes-d'Armor n'était pas présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré a été produite par le préfet des Côtes-d'Armor, enregistrée le 27 septembre 2024 à 14 h 29.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. Mme C justifie avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle. Il y a par suite lieu de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
3. Aux termes de l'article L. 121-7 du code de l'action sociale et des familles : " Sont à la charge de l'État au titre de l'aide sociale : () / 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ". Aux termes de son article L. 345-2 : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'État, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation, dans les conditions définies par la convention conclue avec le représentant de l'État dans le département prévue à l'article L. 345-2-4. / Ce dispositif fonctionne sans interruption et peut être saisi par toute personne, organisme ou collectivité ". Aux termes de son article L. 342-2-2 : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. / Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine et garantissant la sécurité des biens et des personnes, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. () ". Aux termes de son article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
4. Il appartient aux autorités de l'État de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
5. Cependant, les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ayant pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence, une carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne saurait être caractérisée, à l'issue de la période strictement nécessaire à la mise en œuvre de leur départ volontaire, qu'en cas de circonstances exceptionnelles. Constitue une telle circonstance, en particulier lorsque, notamment du fait de leur très jeune âge, une solution appropriée ne pourrait être trouvée dans leur prise en charge hors de leur milieu de vie habituel par le service de l'aide sociale à l'enfance, l'existence d'un risque grave pour la santé ou la sécurité d'enfants mineurs, dont l'intérêt supérieur doit être une considération primordiale dans les décisions les concernant.
6. Il résulte de l'instruction que les demandes d'asile de M. B et Mme C, ressortissants géorgiens nés, respectivement, le 5 novembre 1984 et le 16 septembre 1986 et entrés en France le 12 août 2022 ont été rejetées par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 25 novembre 2022, confirmées par décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 17 mai 2023. Ils ont fait l'objet de deux arrêtés préfectoraux portant refus d'admission au séjour obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, du 6 mars 2024, dont la légalité a été confirmée par le jugement du tribunal nos 2402355-2402356 du 4 juillet 2024.
7. Si les intéressés justifient avoir déposé une nouvelle demande d'admission au séjour en qualité d'ascendant d'un enfant malade, celle-ci n'est, à ce stade, que pré-enregistrée, de sorte qu'elle n'emporte, par elle-même, ni droit au séjour ni abrogation de la mesure d'éloignement dont ils font l'objet, ainsi que cela ressort au demeurant des attestations de dépôt jointes au dossier. Ils ne justifient ainsi, à la date de la présente ordonnance, d'aucun droit au séjour sur le territoire français et n'ont, par suite, vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence qu'en cas de circonstances exceptionnelles au sens du point précédent.
8. Il résulte à cet égard de l'instruction que M. B et Mme C ont quitté le logement qui avait été mis à leur disposition au sein d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile et qu'ils ont ensuite bénéficié d'une prise en charge par le dispositif de veille sociale, jusqu'au 7 août 2024 et, depuis cette date, pour quelques nuits ponctuelles dont, la dernière, le 20 septembre 2024. S'il est exact que la situation d'urgence dans laquelle les intéressés se trouvent placés résulte principalement de leur refus de bénéficier de l'aide au retour en Géorgie et de leur maintien sur le territoire français, il résulte toutefois de l'instruction que le couple a trois enfants dont une petite fille, née le 22 janvier 2022, souffrant d'une microphtalmie bilatérale asymétrique sévère, appareillée par prothèse à gauche, l'œil droit présentant une acuité visuelle de 0,5/10, nécessitant un suivi médical spécialisé très régulier, compte tenu, notamment, du risque infectieux de la prothèse, ainsi que cela a été le cas le 13 septembre 2024. Il résulte également de l'instruction que cette famille de cinq personnes vit, malgré ses appels réitérés au service intégré d'accueil et d'orientation des Côtes-d'Armor, dans une voiture, dans des conditions sanitaires particulièrement précaires et inadaptées, les intéressés ne disposant ni d'électricité, ni d'un point d'accès proche à l'eau potable, ni de sanitaires. Compte tenu du jeune âge de leur dernière fille et de son état de santé fragilisé, M. B et Mme C doivent être regardés comme justifiant de circonstances exceptionnelles au sens du point 6. Eu égard à la situation particulière de cette famille, l'absence d'hébergement d'urgence constitue une carence caractérisée dans l'accomplissement de la mission confiée à l'État, qui peut entraîner des conséquences graves pour leurs enfants, notamment le plus jeune d'entre eux. Dans les circonstances de l'espèce, cette situation fait ainsi apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, qu'il y a urgence à faire cesser, à très bref délai, le préfet des Côtes-d'Armor, qui n'a pas produit d'observations en défense avant l'audience ni au cours de celle-ci, n'établissant aucune impossibilité de prendre en charge cette famille de cinq personnes.
9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor d'orienter M. B et Mme C vers un lieu susceptible de les héberger, avec leurs trois enfants, dans un délai de 72 heures à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Côtes-d'Armor de proposer à M. B et Mme C un lieu d'hébergement susceptible de les accueillir avec leurs trois enfants, dans un délai de 72 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D et Mme A C, à Me Dollé et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera transmise pour information au préfet des Côtes-d'Armor.
Fait à Rennes, le 27 septembre 2024.
Le juge des référés,
signé
O. ThielenLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026