lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2405722 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | VAILLANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 septembre 2024, M. B C, représenté par Me Vaillant, demande au juge des référés :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de l'orienter vers un hébergement d'urgence, ou à défaut dans une structure hôtelière, dans un délai de quarante-huit heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'urgence est caractérisée : l'autorité préfectorale va prochainement procéder à son expulsion du logement qu'il occupe au sein d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile et il va être contraint de vivre à la rue malgré un état de santé très inquiétant ;
- le préfet porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence et au droit à la dignité ; il est titulaire d'une attestation de demande d'asile valable jusqu'au 24 décembre 2024 et n'a pas à justifier de circonstances exceptionnelles, il souffre d'une pathologie sévère et suit un traitement médicamenteux lourd et en cas de rupture d'hébergement, son état de santé va s'aggraver, aucune proposition de relogement n'a été faite par l'autorité préfectorale, il justifie avoir contacté régulièrement le 115 sans succès.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que M. C n'a pas encore été expulsé du logement qu'il occupe au sein d'un centre d'accueil pour demandeur d'asile ;
- aucune atteinte grave au droit à l'hébergement d'urgence n'a été commise : aucune solution d'hébergement alternative n'avait à être proposée à M. C dès lors qu'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour, la demande de logement du requérant n'est pas prioritaire dans un contexte de saturation du dispositif d'accueil d'urgence et alors que les certificats médicaux produits sont anciens ; M. C peut éventuellement en tout état de cause solliciter son hospitalisation afin de bénéficier d'une prise en charge adaptée à son état de santé ; le requérant n'a pas cherché à appeler le 115 depuis le 10 septembre 2024, ni ne démontre avoir sollicité un rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; enfin, les services de la DDTES ont été saisi dès le 26 septembre 2024 pour envisager son relogement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 septembre 2024 :
- le rapport de Mme Plumerault ;
- les observations de Me Vaillant, représentant M. C, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, expose que le requérant n'a pas encore eu de réponse à sa demande de titre de séjour pour raisons médicales ni à sa demande de réexamen de sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), souligne que son état de santé est particulièrement inquiétant et qu'il a besoin de stabilité pour que sa pathologie ne s'aggrave pas, que le rétablissement des conditions matérielles d'accueil lui a été refusé, qu'il contacte le 115 régulièrement ;
- les observations de M. A, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, souligne que M. C sait qu'il doit quitter son logement depuis le 13 mars 2024 et n'a effectué aucune démarche depuis cette date, qu'il pouvait solliciter le rétablissement des conditions matérielles d'accueil lorsque sa demande de réexamen de sa demande d'asile a été déclarée recevable par l'OFPRA, expose que le dispositif d'accueil d'urgence est saturé et que les pathologies psychiatriques ne sont pas prioritaires, que la priorité est donnée aux familles.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré, présentée pour le préfet d'Ille-et-Vilaine, a été enregistrée le 28 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
2. M. C justifiant avoir déposé le 26 septembre 2024 une demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu, par suite, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
4. Aux termes de l'article L. 121-7 du code de l'action sociale et des familles : " Sont à la charge de l'État au titre de l'aide sociale : () / 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ". Aux termes de son article L. 345-2 : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'État, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état () ". Aux termes de son article L. 342-2-2 : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. / Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine et garantissant la sécurité des biens et des personnes, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. () ". Aux termes de son article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
5. Il appartient aux autorités de l'État de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
6. M. C, ressortissant congolais né le 17 novembre 1990, déclare être entré sur le territoire français le 23 février 2020. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile et a bénéficié, à ce titre, à compter du 8 avril 2020 d'un hébergement au sein d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par décision du 23 novembre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par décision du 20 février 2024 de la Cour nationale du droit d'asile. Par une ordonnance du 18 juillet 2024, le juge des référés lui a enjoint de libérer le logement qu'il occupe. M. C, dont la demande d'asile est en cours de réexamen, demande au juge des référés d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui désigner, dans un délai de quarante-huit heures, un lieu d'hébergement d'urgence ou une structure hôtelière susceptible de l'accueillir.
7. M. C fait valoir qu'il se trouve en situation de grande vulnérabilité et de détresse sociale, dès lors qu'il présente un état psychiatrique " chronique sévère non stabilisé " selon les termes d'un certificat médical du 4 juin 2024 établi par un médecin psychiatre, pour lequel il a sollicité son admission au séjour pour raisons de santé. Toutefois, en se bornant à faire état du suivi psychiatrique dont il fait l'objet ainsi que des difficultés psychologiques que risque d'entraîner l'absence d'hébergement, M. C n'apporte pas d'éléments justifiant d'un état de santé le rendant particulièrement vulnérable et prioritaire, alors qu'il est constant que les capacités d'hébergement d'urgence dans le département d'Ille-et-Vilaine sont saturées de telle sorte que l'ensemble des besoins les plus urgents, en constante augmentation, ne peut être satisfait. Il s'ensuit que, en l'état de l'instruction et eu égard à l'office du juge des référés, l'absence de toute proposition d'hébergement d'urgence pour M. C ne caractérise pas, compte-tenu de la présence de personnes encore plus vulnérables, notamment des familles avec enfants, dans un contexte de saturation des hébergements d'urgence, une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales qu'il invoque et notamment au droit à l'hébergement d'urgence.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de la requête ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au requérant la somme qu'il demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions présentées par M. C sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et au ministre de l'intérieur.
Copie de la présente ordonnance sera adressée au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Fait à Rennes, le 30 septembre 2024.
Le juge des référés,
signé
F. PlumeraultLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026