jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2406055 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 octobre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à M. A B de libérer le logement qu'il occupe dépendant de l'association Coallia, situé 55 rue Notre-Dame à Redon (35 600), dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile (HUDA) ;
2°) de l'autoriser à recourir à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux et à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du lieu d'hébergement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. B à défaut pour lui de les avoir emportés.
Il soutient que :
- en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le juge des référés est compétent pour prononcer une injonction de quitter les lieux à l'encontre de l'occupant irrégulier d'un lieu d'hébergement mentionné à l'article L. 552-1 du même code, ce qui est le cas en l'espèce ;
- il a qualité pour introduire la présente requête sur le fondement de ces mêmes dispositions ;
- la mesure sollicitée revêt un caractère urgent : M. B s'est vu reproché plusieurs manquements au règlement intérieur et des comportements inappropriés ;
- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse : l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) lui a retiré le volet hébergement de ses conditions matérielles d'accueil le 10 septembre 2024.
La procédure a été communiquée à M. B, qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Tronel, président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Tronel ;
- les observations de M. C, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine.
M. B n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. /La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Aux termes de l'article R. 552-16 de ce code : " Pour l'application du deuxième alinéa de l'article L. 552-15, les actes contraires à l'ordre public sont constatés par le préfet du département dans lequel est domiciliée la personne hébergée () ".
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Lorsque le juge des référés est saisi par l'administration, sur le fondement des dispositions précitées, d'une demande d'expulsion d'un centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et si la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
4. M. B, de nationalité ivoirienne, a déposé une demande d'asile auprès de l'OFPRA et bénéficie à ce titre, depuis le 22 février 2024, d'un logement mis à disposition par l'association Coallia, situé 55 rue Notre-Dame à Redon. Il résulte de l'instruction, d'une part, que par décision du 10 septembre 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à l'hébergement de M. B en raison de son comportement rendant impossible le maintien dans la structure. Ainsi, M. B se maintenant irrégulièrement dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, la demande du préfet d'Ille-et-Vilaine ne se heurte à aucune contestation sérieuse. D'autre part, le comportement de M. B a donné lieu : à une lettre d'avertissement de la cheffe de service de l'HUDA le 6 mai 2024 à raison de dommages matériels des locaux, un volume élevé de sa musique et on non-respect des règles de propreté et de cohabitation ; à une plainte d'une intervenante sociale déposée le 23 septembre 2024 pour des comportements inappropriés de M. B à son égard et à l'égard d'une collègue les 12 août, 9 et 16 septembre 2024 ; à des fiches d'incident pour des comportements de même nature les 20 et 21 août 2024, , ayant fait l'objet de fiches d'incident les 12 août 2024, 9 et 16 septembre 2024. Or l'intéressé, qui ne s'est pas présenté à l'audience du 24 octobre 2024 et n'a produit aucune observation en défense, ne conteste pas ces faits et ne fait donc valoir aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à son expulsion. Ainsi, M. B se maintenant dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors qu'il s'y rend auteur de manquements graves au règlement de ce lieu, la demande du préfet d'Ille-et-Vilaine présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit aux conclusions du préfet d'Ille-et-Vilaine tendant à ce que soit enjoint la libération par M. B et tous occupants de son chef du logement qu'il occupe 55 rue Notre-Dame à Redon. Faute pour les intéressés et toute personne les accompagnant ou en dépendant d'avoir libéré les lieux, l'autorité préfectorale est autorisée à faire procéder à son expulsion, au besoin avec le concours de la force publique passé un délai qu'il y a lieu de fixer à deux semaines à compter de la notification de la présente ordonnance. Cette autorité est également autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. B, à défaut pour lui d'avoir emporté ses effets personnels.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. B et à tous occupants de son chef de libérer le logement Cada-Huda qu'ils occupent, situé 55 rue Notre-Dame à Redon et d'évacuer leurs biens.
Article 2 : À défaut pour M. B de déférer à l'injonction prononcée à l'article 1er, le préfet d'Ille-et-Vilaine pourra faire procéder d'office à son expulsion et, en cas de besoin, requérir le concours de la force publique en vue d'assurer l'exécution de la présente ordonnance, passé un délai de deux semaines à compter de la notification de cette ordonnance.
Article 3 : Le préfet d'Ille-et-Vilaine est autorisé à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du Cada, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. B, à défaut pour lui d'avoir emporté ses effets personnels.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et à M. A B.
Copie en sera adressée au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Fait à Rennes, le 24 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé
N. Tronel
La greffière,
Signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026