mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2407005 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS CORNET VINCENT SEGUREL (CVS) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2024, M. A et Mme D B, représentés par Me Baron, demandent au juge des référés :
1°) d'enjoindre au conseil départemental des Côtes-d'Armor, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de prendre toutes les mesures nécessaires afin d'assurer le transport scolaire adapté de leur fille C, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge du département des Côtes-d'Armor la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur fille, C, née le 25 décembre 2011, bénéficie d'une orientation vers une unité localisée pour l'inclusion scolaire (ULIS), valable jusqu'au 31 juillet 2027 ; elle est actuellement scolarisée en classe de 5ème, au sein du collège Louis Guilloux de Plémet (22210), mais ne peut effectivement être scolarisée, le conseil départemental des Côtes-d'Armor ayant mis fin au transport scolaire adapté aux termes d'une décision du 1er juillet 2024, confirmée le 21 août suivant ;
- le règlement départemental pour le transport adapté des étudiants en situation de handicap dispose que lorsqu'un enfant n'est pas reconnu apte à prendre les transports en commun et que ses parents ne peuvent utiliser leur véhicule personnel, le département met en place un transport adapté collectif ;
- le département oppose une décision aux termes de laquelle leur fille aurait été reconnue médicalement apte à prendre les transports en commun, dont ils n'ont jamais eu connaissance ;
- leur fille est déscolarisée, dès lors qu'ils ne peuvent assurer les déplacements vers le collège ; M. B travaille de nuit et Mme B est en situation de handicap et n'a pas le permis de conduire, qu'aucune ligne de transport en commun n'assure les trajets de Laurenan à Plémet et que même si cette ligne existait, leur fille ne serait pas en mesure de faire les trajets ;
- la décision du conseil départemental porte un atteinte grave et manifestement illégale au droit de leur fille à être scolarisée dans des conditions et selon des modalités adaptées à ses besoins et son handicap ;
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, eu égard à la persistance et l'actualité de l'atteinte portée aux droits de leur enfant ; il n'est pas envisageable de la scolariser en milieu ordinaire ; l'ensemble des progrès réalisés l'année dernière sont en train de disparaître.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2024, le département des Côtes-d'Armor, représenté par la Selarl Cornet Vincent Ségurel, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la maison départementale pour les personnes handicapées a rendu, le 28 juin 2024, un avis défavorable à la demande de prise en charge du transport scolaire de l'enfant C, valable jusqu'au 31 juillet 2027 ; ce refus est fondé sur l'aptitude médicale de l'enfant à prendre les transports en commun ;
- le refus en cause ne méconnaît pas les dispositions du règlement départemental pour le transport adapté des élèves et étudiants en situation de handicap, approuvé par délibération de la commission permanente du 21 mai 2024 ; C ne souffre pas d'un handicap faisant obstacle à ce qu'elle utilise les transports en commun ; le certificat médical transmis à l'appui de la demande présentée en juin 2024 ne mentionne pas un besoin d'aide en ce qui concerne la mobilité et les capacités motrices, pas davantage que les capacités cognitives ; le nouveau certificat médical n'est pas étayé ; le bilan GEVA-Sco ne fait mention que de difficultés d'apprentissage, mais pas en termes de relations et interactions sociales, pas davantage qu'en terme de participation aux activités et sorties scolaires ;
- la question de l'absence de transport en commun direct est sans incidence ;
- il semble qu'Élisa soit de nouveau scolarisée ;
- la région est compétente pour la mise en œuvre de ce transport scolaire de droit commun, hors situation de handicap ; elle n'a pas souhaité créer d'arrêt sur la commune de Laurenan.
Par un mémoire, enregistré le 29 novembre 2024, le recteur de l'académie de Rennes expose qu'Élisa est scolarisée en 5ème au sein du collège Louis Guilloux à Plémet, dans le cadre du dispositif ULIS et qu'elle a cumulé, depuis la rentrée de septembre 2024, 45 demi-journées d'absence justifiée par des problèmes de transport, ce qui affecte significativement sa situation et ses apprentissages.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution et notamment son préambule ;
- le code de l'éducation ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 novembre 2024 :
- le rapport de Mme Thielen ;
- les observations de Me Seradin, représentant M. et Mme B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens, et précise notamment que :
* la prise en charge C s'impose au département, en application des dispositions du règlement départemental pour le transport adapté des étudiants en situation de handicap ;
* l'avis défavorable de la MDPH n'est pas circonstancié et ne fait suite à aucun examen médical ;
* la seule circonstance qu'Élisa ne souffre d'aucun handicap moteur ne saurait suffire à établir qu'elle est apte médicalement à prendre les transports en commun seule ;
* elle a bénéficié d'un transport social adapté l'année précédente et aucune évolution favorable de son état de santé ne justifie le refus de prise en charge en litige ;
* elle est de fait presque déscolarisée, ne pouvant que ponctuellement se rendre au collège ; cela affecte son état de santé, sa motivation, ses apprentissages et leur continuité, dans la mesure où elle ne peut investir de travaux sur plusieurs jours avec ses camarades, ne sachant jamais d'un jour sur l'autre si elle pourra venir en cours ;
- les observations de Me Guillou, représentant le département des Côtes-d'Armor, qui persiste dans ses conclusions écrites, par les mêmes arguments, et fait notamment valoir que :
* la MDPH a rendu son avis sur la base des renseignements et certificats transmis par le médecin traitant et l'équipe pédagogique ;
* le certificat médical renseigné ne fait pas mention de difficultés relationnelles ou en termes d'interactions, pas davantage que de problèmes de mobilité ou d'orientation ; C participe sans difficulté aux sorties scolaires et les différents bilans GEVA-Sco confirment l'existence de seules difficultés d'apprentissage ;
* le certificat médical établi le 11 juillet 2024 n'est pas suffisamment circonstancié pour remettre en cause l'appréciation portée par la MDPH ;
* la prise en charge des transports scolaires C relève de la compétence de la région, à l'instar de la prise en charge de son grand frère ; il semblerait que la région refuse au motif qu'elle n'est pas scolarisée dans son collège de secteur, ce qui ne peut être puisque son collège de secteur ne comprend pas de dispositif ULIS ;
- les observations de M. E, représentant le recteur de l'académie de Rennes, qui indique ne pas prendre position quant à la répartition des compétences et de la prise en charge C entre le département et la région et qui confirme que l'enfant a été absente 45 demi-journées depuis la rentrée de septembre, ce qui affecte significativement ses apprentissages ;
- les explications de Mme B, qui expose, d'une part, que sa fille souffre d'angoisses majeures, qui font obstacle à ce qu'elle soit seule dans un environnement qu'elle ne connaît pas sans adulte de référence avec elle, d'autre part, que le taxi scolaire qui assure le transport scolaire de son fils vers le collège de Loudéac pourrait être mutualisé dès lors qu'il transite nécessairement par Plémet.
La procédure a été communiquée, à l'issue de l'audience, à la région Bretagne et les parties ont été régulièrement averties d'une nouvelle audience.
Par un mémoire, enregistré le 2 décembre 2024, M. et Mme B, représentés par Me Baron, demandent, dans le dernier état de leurs conclusions :
1°) d'enjoindre, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, à titre principal, au conseil départemental des Côtes-d'Armor et, à titre subsidiaire, à la région Bretagne, de prendre toutes les mesures nécessaires afin d'assurer le transport scolaire adapté de leur fille C, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge, à titre principal du département des Côtes-d'Armor et, à titre subsidiaire, de la région Bretagne, la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que leur fille C est partiellement déscolarisée, au seul motif d'une absence de transport scolaire, alors même qu'elle pourrait bénéficier du transport scolaire adapté mis en place par la région Bretagne, pour son frère, scolarisé en 3ème SEGPA au collège des Livaudières à Loudéac.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 décembre 2024, la région Bretagne conclut au rejet des conclusions tendant à ce que les mesures éventuellement ordonnées soient assorties d'une astreinte.
Elle fait valoir que les transports scolaires C relèvent effectivement de sa compétence, qu'elle n'a pas connaissance de demandes présentées par M. et Mme B et qu'elle s'est rapprochée du département des Côtes-d'Armor, de la MDPH et du rectorat pour que soit mutualisé le taxi scolaire dont bénéficie son grand frère.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 décembre 2024 :
- le rapport de Mme Thielen,
- les observations de Me Seradin représentant M. et Mme B, qui précise maintenir la demande d'astreinte, compte tenu de l'urgence de la situation,
- les observations de Me Guillou, représentant le département des Côtes-d'Armor,
- les observations de M. E, représentant le recteur de l'académie de Rennes,
- les explications de Mme B, qui indique avoir sollicité une prise en charge auprès de la région Bretagne, le 21 août et le 5 novembre 2024, à laquelle il a été répondu par la négative.
La région Bretagne n'était pas représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
2. L'égal accès à l'instruction, garanti par le treizième alinéa du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, auquel se réfère celui de la Constitution du 4 octobre 1958, ainsi que par l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est également rappelé à l'article L. 111-1 du code de l'éducation, aux termes duquel : " () Le droit à l'éducation est garanti à chacun () ", ainsi qu'à son article L. 111-2, aux termes duquel : " Tout enfant a droit à une formation scolaire qui, complétant l'action de sa famille, concourt à son éducation. / () / Pour favoriser l'égalité des chances, des dispositions appropriées rendent possible l'accès de chacun, en fonction de ses aptitudes et de ses besoins particuliers, aux différents types ou niveaux de la formation scolaire. / () ".
3. La privation pour un enfant, notamment s'il souffre d'un handicap ou d'un trouble de la santé invalidant, de la possibilité de bénéficier d'une scolarisation ou d'une formation scolaire adaptée, selon les modalités que le législateur a définies afin d'assurer le respect de l'exigence constitutionnelle d'égal accès à l'instruction, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale pouvant justifier l'intervention du juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, sous réserve qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures. En outre, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte, d'une part de l'âge de l'enfant, d'autre part des diligences accomplies par l'autorité administrative compétente, au regard des moyens dont elle dispose.
4. Il résulte de l'instruction qu'Élisa B, née le 25 décembre 2011 et résidant à Laurenan, est scolarisée en classe de 5ème au sein du collège Louis Guilloux à Plémet (Côtes-d'Armor), dans le cadre du dispositif ULIS (unité localisée pour l'inclusion scolaire), sans bénéficier, depuis la rentrée 2024, du transport adapté aux élèves en situation de handicap mis en œuvre par le département, motif pris de l'avis rendu par la MDPH le 28 juin 2024, la considérant apte médicalement à prendre les transports en commun. Il résulte également de l'instruction que M. et Mme B ne peuvent, compte tenu de leur situation professionnelle et personnelle respective, assurer eux-mêmes ces trajets quotidiennement et que la région Bretagne, saisie par eux d'une demande de prise en charge des transports scolaires C, a opposé un refus par courriels des 21 août et 5 novembre 2024. S'il est constant que cette absence de prise en charge des transports scolaires C selon des modalités adaptées à sa situation de santé fait obstacle à sa scolarisation continue, le rectorat indiquant qu'elle comptabilise 45 demi-journées d'absence depuis la rentrée de septembre liées à ces difficultés de transport, et porte ainsi une atteinte significative à son droit à la scolarisation selon des modalités et dans des conditions adaptées à son handicap, il résulte de l'instruction que la région Bretagne a, en cours d'instance, admis que la prise en charge des transports scolaires C relevait de sa compétence et indiqué rechercher une solution, en coordination avec le département des Côtes-d'Armor, la MDPH et le rectorat, notamment de mutualisation du taxi scolaire dont bénéficie son frère aîné, scolarisé en classe de 3ème SEGPA à Loudéac.
5. Dans ces circonstances et à la date de la présente ordonnance, compte tenu des diligences, mêmes tardives, accomplies par la région Bretagne, la condition particulière tenant à l'urgence ne peut être regardée comme satisfaite.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative et, subséquemment, celles présentées au titre de son article L. 761-1, doivent être rejetées, ce qui ne fait pas obstacle à ce que M. et Mme B saisissent de nouveau le juge des référés, dans l'hypothèse où la solution annoncée par la région Bretagne n'était pas mise en place dans un délai qu'ils estiment raisonnable, aux fins qu'il l'ordonne.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A et Mme D B, au département des Côtes-d'Armor, à la région Bretagne et à la ministre de l'éducation nationale.
Copie en sera transmise, pour information, au recteur de l'académie de Rennes.
Fait à Rennes, le 4 décembre 2024.
Le juge des référés,
signé
O. ThielenLa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026