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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2407213

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2407213

mercredi 11 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2407213
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantTHEBAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2024, Mme C et M. A B, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de leurs trois enfants mineurs, représentés par Me Thébault, demandent au juge des référés:

1°) de leur accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de les orienter avec leurs enfants vers un hébergement d'urgence, ou à défaut dans une structure hôtelière, dans un délai de quarante-huit heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Ils soutiennent que :

- l'urgence est caractérisée : ils ont deux très jeunes enfants et ils ne peuvent pas demeurer dans le campement où ils résident où les conditions de vie sont inacceptables pour de jeunes enfants ;

- le préfet porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence et au droit à la dignité : il existe des circonstances exceptionnelles en raison de la présence de deux jeunes enfants âgés de moins de trois ans et aucune proposition d'hébergement ne leur a été faite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'État a répondu à la demande de mise à l'abri du ménage depuis le 18 octobre 2023 jusqu'au 31 octobre 2024 et la situation actuelle des requérants n'est pas de nature à établir un degré de vulnérabilité telle qu'ils doivent être regardés comme prioritaires sur les autres familles en attente d'un hébergement ;

- des dispositifs de veille sociale existent sur l'ensemble du territoire bretillien et, en dépit d'efforts accrus de création de places supplémentaires, le dispositif d'hébergement d'urgence en Ille-et-Vilaine est saturé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 décembre 2024 :

- le rapport de Mme Plumerault ;

- les observations de Me Thébault, représentant M. et Mme B, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe ;

- et les observations de M. D, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, souligne que les requérants vivent désormais dans un gymnase.

La clôture de l'instruction a été différée à l'issue de l'audience au mercredi 11 décembre à 12 heures.

Par un mémoire, enregistré le 11 décembre à 10 h 56, M. et Mme B concluent aux mêmes fins que précédemment par les mêmes moyens.

Ils soutiennent en outre que les conditions d'existence dans le gymnase où ils vivent sont extrêmement précaires.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

2. M. B justifiant avoir déposé le 6 décembre 2024 une demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu, par suite, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

4. Aux termes de l'article L. 121-7 du code de l'action sociale et des familles : " Sont à la charge de l'État au titre de l'aide sociale : () / 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ". Aux termes de son article L. 345-2 : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'État, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état () ". Aux termes de son article L. 342-2-2 : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. / Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine et garantissant la sécurité des biens et des personnes, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. () ". Aux termes de son article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

5. Il appartient aux autorités de l'État de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

6. Les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ayant pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence, une carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne saurait être caractérisée, à l'issue de la période strictement nécessaire à la mise en œuvre de leur départ volontaire, qu'en cas de circonstances exceptionnelles.

7. Il résulte de l'instruction que M. et Mme B, ressortissants albanais nés respectivement en 1987 et 2004, sont entrés en France selon leurs déclarations au mois de septembre 2023 accompagnés de leurs deux enfants nés le 13 juillet 2020 et le 8 mars 2023. Ils ont sollicité leur admission au séjour au titre de l'asile et ont bénéficié, à ce titre d'un logement au sein du dispositif d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) à compter du 18 octobre 2023 et jusqu'au 31 octobre 2024. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par décisions des 26 janvier 2024 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmées par décisions du 30 juillet 2024 de la Cour nationale du droit d'asile. Par arrêtés du 21 août 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Les intéressés, qui ne justifient ainsi d'aucun droit au séjour sur le territoire français, n'ont, par suite, vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence qu'en cas de circonstances exceptionnelles au sens du point précédent.

8. Il résulte de l'instruction qu'à la date de la présente ordonnance, les requérants sont accueillis, avec d'autres familles, dans un gymnase chauffé équipé de sanitaires et de douches et qu'une cuisine a été installée à l'extérieur sous un barnum équipée de deux gazinières. Si Mme B a donné naissance à un troisième enfant le 22 juillet 2024 et si les requérants soutiennent que le chauffage est constitué d'une soufflerie très bruyante, qui ne permet pas de maintenir une température constante à l'intérieur du gymnase et font état du risque de surpopulation si le nombre de personnes amenées à s'installer dans le gymnase venait à s'accroître, le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ne peut, compte tenu du cadre temporel dans lequel il se prononce, ordonner que des mesures utiles en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises. Par suite, en l'état de l'instruction et eu égard à l'office du juge des référés, il résulte de ce qui précède que le refus du préfet d'Ille-et-Vilaine de procurer un hébergement d'urgence à M. et Mme B et leurs enfants, en dépit de la présence d'un nourrisson, ne caractérise pas, en l'espèce dans un contexte de saturation des hébergements d'urgence dans le département d'Ille-et-Vilaine en dépit des efforts accrus de l'État et en l'absence de circonstances exceptionnelles, une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de la requête ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse aux requérants la somme qu'ils demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions présentées par M. et Mme B sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C et M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie de la présente ordonnance sera adressée au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Fait à Rennes, le 11 décembre 2024.

Le juge des référés,

signé

F. PlumeraultLa greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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