mardi 10 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2407392 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS COUDRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 décembre 2024 et 5 mai 2025, Mme A C, représentée par Me Boulais de la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Skor Avocats, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, la commune de Rennes à lui verser une provision d'un montant de 17 796 euros à valoir sur l'indemnisation définitive des préjudices subis du fait d'un accident de service et d'une rechute de celui-ci dont elle a été victime respectivement le 17 janvier 2020 et le 18 mai 2022 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Rennes le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- adjointe technique territoriale titulaire au sein de la commune de Rennes affectée à un emploi d'agente d'entretien et de restauration dans les écoles, elle s'est tordue la cheville droite alors qu'elle passait l'aspirateur dans une salle de classe le 17 janvier 2020, accident à l'origine d'arrachements osseux ayant nécessité la réalisation de deux interventions chirurgicales ; suite à la seconde intervention, la plaie a présenté un aspect inflammatoire et un petit écoulement le 18 mai 2022, affection constituant une rechute de l'accident de service ;
- l'accident et la rechute ayant été respectivement reconnus imputables au service par des arrêtés de la maire de la commune de Rennes des 27 novembre 2020 et 6 février 2023, de sorte que la responsabilité sans faute de cette commune est engagée concernant les conséquences dommageables personnelles de cet accident et de cette rechute ;
- le montant de ses préjudices subis en raison de son accident de service et de sa rechute s'élève à la somme globale de 17 796 euros se décomposant comme suit :
* 1 436 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
* 2 000 euros au titre des souffrances endurées ;
* 3 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
* 9 360 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
* 2 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;
- ses préjudices ne trouvent pas leur origine dans un état antérieur ;
- les conclusions du médecin agréé ont été rendues au contradictoire de la commune défenderesse dès lors qu'elle est à l'origine de sa désignation et qu'elle a défini la mission d'expertise qui lui a été confiée.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 février 2025, la commune de Rennes, représentée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme C le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requérante présentait, au moment de l'accident, un état antérieur potentiellement à l'origine en partie du dommage qu'elle a subi ;
- aucune expertise judiciaire réalisée contradictoirement à son égard ne s'est prononcée sur le quantum des préjudices subis de sorte qu'ils sont sérieusement contestables.
La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) d'Ille-et-Vilaine qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, adjointe technique territoriale titulaire au sein de la commune de Rennes affectée à un emploi d'agente d'entretien et de restauration dans les écoles communales, s'est tordue la cheville droite alors qu'elle passait l'aspirateur dans une salle de classe le 17 janvier 2020. Elle a été placée en arrêt de travail à compter du lendemain et une radiographie du même jour a permis de diagnostiquer un arrachement osseux de l'extrémité distale de la fabula et un arrachement osseux de l'extrémité distale du tibia ayant nécessité l'immobilisation de la cheville. En raison d'un maintien de la douleur et d'un gonflement de la cheville, une échographie a été effectuée le 15 avril suivant et a permis de diagnostiquer notamment une rupture du ligament talo-fibulaire antérieur ayant nécessité la réalisation d'une ligamentoplastie et d'une synovectomie tibio-talienne le 10 novembre 2020. Par un arrêté du 27 novembre 2020, la maire de la commune de Rennes a reconnu l'imputabilité au service de l'accident du 17 janvier 2020. En raison toutefois du maintien de douleurs et d'un nouveau gonflement de la cheville, malgré des soins locaux prodigués, une infiltration a été réalisée le 30 novembre 2021, puis une ablation du matériel d'ostéosynthèse et une tenosynovectomie des tendons fibulaires le 3 mai 2022. Le 18 mai suivant cependant, la cicatrice était inflammatoire et présentait un écoulement, impliquant la réalisation d'une antibiothérapie. Le 2 juin 2022, un certificat médical relevait la disparition de l'inflammation et de l'écoulement. Par un arrêté du 6 février 2023, la maire de la commune de Rennes a reconnu l'existence d'une rechute de l'accident de service le 18 mai 2022 et a reconnu son imputabilité au service. Par un courrier du 12 août 2024, reçu le 19 août suivant, Mme C a présenté auprès de la commune de Rennes une demande indemnitaire préalable tendant à l'indemnisation de ses préjudices personnels issus de son accident de service et de la rechute de celui-ci. Par la requête visée ci-dessus, elle demande au juge des référés de condamner la commune à lui verser une provision à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices.
Sur la provision :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à établir l'existence d'une créance avec un degré suffisant de certitude. Le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.
3. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre cette personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.
4. Le droit des agents publics à bénéficier d'une prise en charge par l'administration à raison d'un accident ou d'une maladie reconnus imputables au service est constitué à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie a été diagnostiquée. Ce droit inclut celui de bénéficier à nouveau d'une telle prise en charge en cas de rechute, c'est-à-dire d'une modification de l'état de l'agent constatée médicalement postérieurement à la date de consolidation de la blessure ou de guérison apparente et constituant une conséquence exclusive de l'accident ou de la maladie d'origine.
5. Il est constant que l'accident du 17 janvier 2020 subi par Mme C a été reconnu comme un accident imputable au service par un arrêté du 27 novembre 2020. Il est en outre constant que les signes infectieux relevés le 18 mai 2022 ont été reconnus comme une rechute de cet accident elle-même imputable au service par un arrêté du 6 février 2023. Dès lors, l'obligation dont se prévaut la requérante, non remise en cause en défense, au titre de la responsabilité sans faute de la commune du fait des conséquences personnelles de son accident de service et de la rechute ainsi reconnue n'apparaît pas, dans son principe, sérieusement contestable.
6. Cependant, ainsi que le fait valoir la commune de Rennes en défense, il résulte de l'instruction, à savoir du rapport du Dr B, médecin agréé, du 9 juin 2022, non remis en cause par le compte-rendu du passage aux urgences du 18 janvier 2020 non suffisamment circonstancié, que préalablement à l'accident du 17 janvier 2020, Mme C a subi trois entorses importantes de la cheville droite dont la dernière, datée de 2018 et intervenue hors du service, a seulement fait l'objet d'une mise au plâtre pendant trois semaines sans examen paraclinique. En outre, était relevé, au cours de la radiographie réalisée le lendemain de l'accident, l'existence d'un arrachement osseux de l'extrémité distale du tibia potentiellement ancienne. Eu égard à ces éléments médicaux, la commune défenderesse est fondée à se prévaloir de l'existence d'un état antérieur ayant potentiellement contribué à la réalisation du dommage subi par la requérante. En l'absence, en l'état de l'instruction, de tout autre élément médical de nature à permettre de déterminer la part certaine des préjudices de Mme C imputable aux seuls accident et rechute, la créance dont elle se prévaut apparaît sérieusement contestable. La requérante n'est en conséquence pas fondée à obtenir le versement d'une provision et les conclusions qu'elle présente en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacles à ce que soit mis à la charge de la commune de Rennes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une quelconque somme au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.
8. Il n'y a en outre pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C le versement d'une quelconque somme à la commune de Rennes sur le fondement de ces dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Rennes sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine et à la commune de Rennes.
Fait à Rennes, le 10 juin 2025.
Le président,
signé
A. Poujade
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026