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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2407473

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2407473

mardi 7 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2407473
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS FLAMIA PRIGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 et 31 décembre 2024, la commune de Glomel, représentée par la SELARL ACM, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre à Mme A et à tous occupants de son chef, en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de procéder à l'évacuation du terrain de camping sis Etang du Corong à Glomel, correspondant aux parcelles cadastrées section E n°667, n°668, n°778 et n°746, ainsi qu'à l'évacuation de tous les meubles, appareils, véhicules et autres objets qui se trouveraient dans ces lieux, sous astreinte de 1 500 euros par jour de retard, jusqu'à la date à laquelle ladite décision aura reçu exécution ;

2°) de les autoriser à requérir le concours de la force publique pour faire procéder d'office à l'expulsion, à défaut d'exécution volontaire ;

3°) de mettre à la charge de Mme A la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le conseil municipal a autorisé le maire à ester en justice ;

- à l'origine, le terrain de camping, entièrement équipé et aménagé pour l'accueil de campeurs, était exploité en régie ; un bail d'une durée d'un an, renouvelé une fois, puis un bail commercial ont été conclus avec Mme A pour l'exploitation du camping ; constatant une perte de qualité des services offerts par le camping et l'édification de constructions sans autorisation, il lui a été donné congé sans renouvellement du bail commercial à compter du 1er juin 2024 ; malgré une mise en demeure, Mme A n'a pas quitté les lieux ;

- le terrain de camping, dont elle est propriétaire, qui est affecté à un service public et a été spécialement aménagé à cet effet, relève du domaine public communal ; Mme A continue de l'occuper sans droit ni titre ; elle ne saurait se prévaloir d'aucun titre résultant du bail commercial précédemment conclu, qui, en tant qu'il porte sur une dépendance du domaine public, est affecté de nullité ; la décision de non-renouvellement du bail n'a pas été contestée et est devenue définitive ; la mesure sollicitée ne se heurte donc à aucune difficulté sérieuse ;

- la mesure sollicitée est utile et urgente : Mme A se maintient sans droit ni titre sur le terrain de camping qui se trouve dans un état d'entretien et de salubrité dégradé et qui est le siège de constructions non autorisées ; la libération des lieux est indispensable au bon fonctionnement du service public du camping.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2024, Mme A conclut au rejet de la requête, ou subsidiairement à ce qu'un délai de trois mois lui soit accordé pour libérer les lieux, et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Glomel sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, à défaut de délibération du conseil municipal autorisant le maire à agir ;

- l'urgence n'est pas caractérisée : le congé sans offre de renouvellement du bail commercial ne constituait qu'un moyen de modifier les relations contractuelles pour la gestion du camping ; aucune démarche particulière n'est engagée pour assurer la gestion du camping pour la saison 2025 ; elle entend continuer à assurer cette gestion ; les allégations relatives à l'état de salubrité du camping et à la présence de constructions irrégulières ne sont pas établies ;

- la mesure sollicitée se heurte à une contestation sérieuse en raison du bail commercial et du droit au maintien dans les lieux qui en résulte : elle a bénéficié d'un bail commercial du 1er juin 2015 au 31 mai 2024 ; en vertu de l'article L. 145-28 du code du commerce, elle bénéficie du droit de se maintenir dans les lieux tant que l'indemnité d'éviction ne lui a pas été versée ; en outre, le congé sans offre de renouvellement signifié par la commune n'est pas définitif, en ce qu'elle pourrait y renoncer par application de l'article L. 145-58 du code du commerce ; la nullité du bail commercial n'a jamais été prononcée ;

- subsidiairement, elle sollicite un délai de trois mois pour libérer les lieux et notamment procéder au retrait des mobiles-homes et diverses installations qu'elle a mises en œuvre.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code du commerce ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouju, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 décembre 2024 :

- le rapport de M. Bouju ;

- les observations de Me Metais-Mouries, représentant la commune de Glomel qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens qu'elle développe, et précise en outre qu'aucun accord n'a pu être trouvée quant à une éventuelle indemnité au profit de Mme A, qu'elle entend exercer la gestion en régie du camping dont la réouverture est prévue en avril 2025, réouverture qui est conditionnée par la réalisation de travaux de remise en état et de rénovation des installations.

- les observations de Me Simon, représentant Mme A qui conclut aux mêmes fins que précédemment par les mêmes moyens qu'elle développe, demande que le délai qu'elle sollicite, à titre subsidiaire, pour évacuer les lieux soit porté à 6 mois, et soutient, en outre, que le bail commercial qui lui a été accordé a entrainé le déclassement du terrain du domaine public, qu'elle est en droit d'obtenir une indemnité d'éviction et de se maintenir dans les lieux jusqu'au versement de celle-ci, que la commune a commis une faute en lui accordant un bail commercial, et que les caravanes et mobil-homes installés peuvent tous être déplacés sans difficulté.

La clôture de l'instruction a été différée à l'issue de l'audience au vendredi 3 janvier 2025 à 18 heures.

Par un mémoire, enregistré au greffe le 3 janvier 2025 à 14 h 42, la commune de Glomel conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

1. Lorsque les dispositions ou stipulations applicables à une personne morale subordonnent à une habilitation par un de ses organes la possibilité pour son représentant légal d'exercer en son nom une action en justice, le représentant qui engage une action devant une juridiction administrative doit produire cette habilitation, au besoin après y avoir été invité par le juge. Toutefois, cette obligation ne s'applique pas, eu égard aux contraintes qui leur sont propres, aux actions en référé soumises, en vertu des dispositions applicables, à une condition d'urgence ou à de très brefs délais. Tel est le cas de l'action en référé prévue à l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

2. En tout état de cause, la commune de Glomel a produit la délibération de son conseil municipal du 6 avril 2024 autorisant le maire à exercer toute action en justice nécessaire dans le cadre de l'affaire l'opposant à Mme A.

3. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que le maire de Glomel n'aurait pas été autorisé par le conseil municipal à introduire la présente action doit être écartée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement des dispositions précitées, d'une demande d'expulsion d'un occupant sans droit ni titre du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

5. Propriétaire d'un terrain aménagé pour l'activité de camping qu'elle exploitait en régie, la commune de Glomel l'a loué à Mme A, d'abord en vertu d'un contrat de bail dérogeant au statut des baux commerciaux, conclu pour la période du 1er juin 2013 au 31 mai 2014, et renouvelé jusqu'au 31 mai 2015, ensuite en vertu d'un contrat de bail commercial, conclu le 9 juillet 2015 pour la période du 1er juin 2015 au 31 mai 2024. Le 21 novembre 2023, la commune a signifié à Mme A un acte de congé sans offre de renouvellement du bail commercial à son terme, avec proposition d'une indemnité d'éviction. Mme A a sollicité, par courrier du 26 juin 2024, le versement de 130 000 euros au titre de cette indemnité d'éviction, indiquant qu'elle se maintiendrait dans les lieux jusqu'au règlement de celle-ci. Le 24 juillet 2024, la commune a refusé de faire droit à cette demande et a mis en demeure Mme A de quitter les lieux sous 15 jours. Mme A n'ayant pas donné suite, la commune sollicite qu'il lui soit ordonné d'évacuer les lieux.

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le terrain litigieux, propriété de la commune de Glomel, a, de longue date, été aménagé et affecté à l'activité de camping, activité exploitée directement par la commune jusqu'à ce que ce terrain de camping soit loué, dans les conditions rappelées au point précédent, à Mme A qui en a poursuivi l'exploitation. Affecté à l'activité de camping municipal et comportant les aménagements indispensables à cette activité de service public (notamment emplacements délimités, local d'accueil, locaux sanitaires, aire de jeux et parking à destination des usagers), ce terrain de camping n'a cessé de constituer une dépendance du domaine public communal, la circonstance qu'il ait été donné en location en vertu d'un contrat dénommé de bail commercial étant sans incidence sur son statut au regard du régime de la domanialité publique.

7. Si le contrat conclu le 9 juillet 2015 a pu valoir titre d'occupation du domaine public jusqu'à son terme au-delà duquel la commune a décidé de ne pas le renouveler, il ne pouvait légalement avoir le caractère d'un bail commercial en tant que celui-ci comporte des clauses incompatibles avec la domanialité publique. Ainsi qu'il a été dit au point 5, la commune a signifié à Mme A, le 21 novembre 2023, l'acte par lequel elle lui donnait congé et ne renouvelait pas ce contrat à l'arrivée de son terme, le 31 mai 2024. Dès lors, Mme A, qui n'a pas contesté l'acte ainsi signifié, occupe le terrain litigieux sans droit ni titre depuis le 1er juin 2024 et ne saurait utilement se prévaloir du caractère de bail commercial du contrat conclu le 9 juillet 2015, ni du droit au maintien dans les lieux qui en résulterait en application de l'article L. 145-28 du code de commerce. Par suite, et indépendamment de la possibilité pour Mme A de rechercher l'indemnisation de son préjudice, la demande d'expulsion présentée par la commune de Glomel ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

8. En deuxième lieu, d'une part Mme A, qui se maintient dans les lieux sans droit ni titre depuis le 1er juin 2024, et ce malgré la mise en demeure de quitter le lieu du 24 juillet 2024, a manifesté la volonté de continuer de s'y maintenir et d'exploiter le terrain de camping. D'autre part, il résulte de l'instruction que les équipements destinés aux usagers du camping se trouvent dans un état d'entretien et de salubrité dégradé et ne sont pas adaptés à l'accueil des personnes à mobilité réduite. Suite au constat d'une importante fuite d'eau au niveau des canalisations souterraines du camping, la commune a dû solliciter l'intervention d'un plombier en juillet 2024. En outre, le maire de Glomel a récemment dressé un procès-verbal d'infractions au code de l'urbanisme suite au constat d'installations de caravanes et de mobil-homes dans des conditions qu'il a jugées irrégulières. Dans ces conditions, et dès lors que la commune de Glomel a expliqué lors de l'audience qu'elle entendait exploiter le camping en régie et entreprendre dès que possible les travaux nécessaires à la remise en état des installations en vue de son ouverture à compter du mois d'avril 2025, l'expulsion de Mme A présente un caractère d'utilité et d'urgence.

9. En troisième lieu, eu égard à l'urgence justifiant la mesure d'expulsion demandée, il n'y a lieu d'accorder à Mme A qu'un délai d'un mois pour libérer les lieux.

10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à Mme A ainsi qu'à tous occupants de son chef de quitter le terrain de camping situé au lieu-dit Etang du Corong à Glomel et de procéder à l'évacuation de tous biens lui appartenant, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé ce délai. En revanche, il n'entre pas dans l'office du juge administratif d'autoriser la commune à demander à l'Etat, sur le fondement des dispositions du code des procédures civiles d'exécution, le concours de la force publique pour l'exécution de la présente décision.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Glomel tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la commune de Glomel, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme A, ainsi qu'à tous occupants de son chef, de quitter le terrain de camping situé au lieu-dit Etang du Corong à Glomel et de procéder à l'évacuation de tous biens lui appartenant, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et sous astreinte de 50 euros par jours de retard passé ce délai.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Glomel et à Mme B A.

Fait à Rennes, le 7 janvier 2025.

Le juge des référés,

signé

D. Bouju

La greffière d'audience,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet des Côtes d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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