vendredi 24 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2500397 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | THEBAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 janvier 2025, Mme D G A B et M. C F, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs et de l'enfant dont ils ont la charge, représentés par Me Thébault, demandent au juge des référés :
1°) de leur accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de les orienter avec leurs enfants vers un hébergement d'urgence, ou à défaut dans une structure hôtelière, dans un délai de quarante-huit heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Ils soutiennent que :
- l'urgence est caractérisée : ils sont parents de jumeaux âgés de seize mois, Madame a également à sa charge deux autres enfants, une fille née d'une précédente union ainsi que le fils de sa sœur, respectivement âgés de huit ans et cinq ans ; ils vivent dans des conditions précaires, n'étant hébergés que la nuit dans l'école où sont scolarisés les deux aînés alors que les conditions météorologiques sont particulièrement dégradées ;
- le préfet porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence et au droit à la dignité : dès lors que Madame est en séjour régulier, la famille n'a pas à justifier de circonstances exceptionnelles ; en tout état de cause, il existe des circonstances exceptionnelles en raison de la présence d'enfants âgés de moins de trois ans ; la situation contrevient aux dispositions de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant et aucune proposition d'hébergement ne leur a été faite alors qu'ils ont contacté régulièrement le 115.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2025, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les requérants ne se trouvent pas en situation de vulnérabilité particulière et la situation d'urgence qu'ils invoquent est imputable à leur comportement : ils ont bénéficié d'un hébergement stable dans le Val d'Oise qu'ils ont volontairement quittés, aucune vulnérabilité médicale n'a été signalée ni invoquée ;
- il n'existe aucune carence caractérisée de l'État en Ille-et-Vilaine dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence eu égard aux moyens dont il dispose : au-delà de la mise en œuvre de nombreux dispositifs de veille sociale, des places supplémentaires d'hébergement d'urgence ont été créées avec un taux d'équipement par rapport à la population supérieur à la moyenne nationale ; en dépit de ces efforts accrus, le dispositif d'hébergement d'urgence en Ille-et-Vilaine est saturé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 janvier 2025 :
- le rapport de Mme Plumerault ;
- les observations de Me Vaillant, substituant Me Thébault, représentant Mme A B et M. F, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, expose le parcours des intéressés, souligne qu'ils sont actuellement hébergés uniquement la nuit dans l'école des enfants ainés, que cet hébergement est rudimentaire et qu'ils ont des jumeaux âgées d'un peu plus d'un an ;
- les observations de M. E, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, souligne que M. F est sous le coup d'une obligation de quitter le territoire édictée en 2023, qu'il n'est pas établi par les pièces du dossier que les requérants auraient été contraints de quitter le département du Val d'Oise où ils étaient installés depuis plusieurs années, qu'ils ne sont pas dépourvus d'hébergement pendant la nuit et sont plutôt dans une situation moins défavorable que d'autres personnes, insiste sur le fait qu'il n'existe aucune atteinte manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence au regard des moyens dont dispose l'État, moyens qui se sont fortement accrus depuis 2019 ;
- et les explications de Mme A B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
2. Il y a lieu, sur le fondement de ces dispositions, d'admettre Mme A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
4. Aux termes de l'article L. 121-7 du code de l'action sociale et des familles : " Sont à la charge de l'État au titre de l'aide sociale : () / 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ". Aux termes de son article L. 345-2 : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'État, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état () ". Aux termes de son article L. 342-2-2 : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. / Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine et garantissant la sécurité des biens et des personnes, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. () ". Aux termes de son article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
5. Il appartient aux autorités de l'État de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
6. Il résulte de l'instruction et des explications orales apportées à l'audience que Mme A B, ressortissante congolaise née le 14 avril 1991, est entrée sur le territoire métropolitain en 2013 et que M. F y est entré, quant à lui, le 26 mars 2016. De leur relation sont nés le 7 septembre 2023 des jumeaux, Mme A B étant également mère d'une fille née le 28 octobre 2016 d'une précédente relation et ayant la garde du fils de sa sœur né le 15 août 2019. La famille a bénéficié d'un hébergement en région parisienne jusqu'en février 2023 et a pu être hébergée par le 115 une semaine en mars 2023. Les requérants soutiennent, sans être sérieusement contestés, qu'ils n'ont pas pu rester dans leur hébergement parisien et qu'une de leur connaissance leur aurait alors proposer de venir sur Rennes. Si la famille, après s'être installée quelques semaines sous une tente au parc de la Touche, bénéficie depuis le 2 octobre 2024 d'une mise à l'abri au sein de l'école où les enfants ainés sont scolarisés, ce logement est précaire et il est constant que leur prise en charge est limitée à un accueil de nuit entre 18 h 45 et 7 h 30. Eu égard à la situation particulière de cette famille, en particulier en raison de la présence de deux très jeunes enfants âgés de seulement seize mois, qui la place parmi les plus vulnérables, l'absence de toute proposition d'hébergement d'urgence en dépit des nombreuses sollicitations faites au 115, révèle, particulièrement en période hivernale, une carence caractérisée dans l'accomplissement de la mission confiée à l'État. Par suite, et alors même que le préfet d'Ille-et-Vilaine se prévaut des contraintes extrêmement fortes qui caractérisent le dispositif d'hébergement d'urgence dans le département d'Ille-et-Vilaine en dépit des moyens accrus alloués, les circonstances particulières de l'espèce font apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ainsi qu'une situation d'urgence.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine d'orienter Mme A B et M. F vers un dispositif d'hébergement d'urgence susceptible de les accueillir, avec leurs enfants, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme que Mme A B et M. F demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine d'orienter Mme A B et M. F vers un lieu d'hébergement d'urgence susceptible de les accueillir dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D G A B et M. C F, à Me Thébault et au ministre de l'intérieur.
Copie de la présente ordonnance sera adressée au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Fait à Rennes, le 24 janvier 2025.
Le juge des référés,
signé
F. PlumeraultLa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026