lundi 17 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2500914 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | THEBAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 février 2025, Mme I E, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de ses enfants mineurs, C, D, B et A G, représentée par Me Thébault, demande au juge des référés :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au département d'Ille-et-Vilaine et, à défaut au préfet d'Ille-et-Vilaine, de l'orienter avec ses enfants vers un centre d'hébergement d'urgence, ou à défaut dans une structure hôtelière, dans un délai de quarante-huit heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département d'Ille-et-Vilaine ou à défaut de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisée : elle risque de se retrouver de façon imminente à la rue avec ses quatre enfants âgés de 11, 8, 6 ans et 21 mois car elle ne peut pas s'acquitter du montant demandé par l'hôtel où elle loge actuellement de 90 euros par nuit ; elle n'est pas à l'origine de sa propre situation dès lors qu'elle n'a jamais eu de logement social à la Réunion mais a été mise à l'abri par le 115 ; le dernier hôtel où elle a été hébergée ne permettait pas le maintien de la scolarité de ses enfants, ce qui l'a contrainte à le quitter, un signalement pour absentéisme ayant été réalisé par l'école ;
- l'absence de proposition d'hébergement porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence et au droit à la dignité : elle est mère isolée avec quatre enfants, dont l'un est âgé de moins de trois ans, elle est en séjour régulier sur le territoire, ses enfants étant de nationalité française et se retrouve dans une situation de détresse sociale manifeste ; la situation contrevient aux dispositions de l'article 3-1 de la convention de New-York et à l'intérêt supérieur de ses enfants ; elle est prête à participer financièrement à sa propre mise à l'abri à condition de trouver un endroit compatible avec sa situation financière.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2025, le département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : la prise en charge d'une mère isolée avec un enfant de moins de trois ans n'inclut pas systématiquement un accueil physique à partir du moment où des moyens autres permettent de répondre au besoin de soutien matériel ; en l'espèce, Mme E et ses enfants sont hébergés à l'hôtel et aucun élément ne vient étayer le fait qu'elle serait mise à la rue de façon imminente, alors qu'il a obtenu de l'hôtelier une baisse de son tarif d'hébergement le 24 janvier 2025 et qu'elle conservera cet hébergement à la condition qu'elle s'acquitte de ses factures ; la requérante bénéficie également d'un accompagnement renforcé et elle ne fait état d'aucun motif particulier justifiant son choix de quitter la Réunion où elle disposait d'un logement social ; en outre, les dispositifs d'hébergement d'urgence sont saturés et moins de 20 % des demandes sont satisfaites et, malgré cette saturation, le 115 ainsi que le département ont pu trouver l'hébergement dans lequel l'intéressée se trouve actuellement ;
- le département a mis en œuvre tous les moyens dont il dispose pour répondre à son obligation compte tenu de la saturation des dispositifs d'hébergement en apportant à Mme E ainsi qu'à ses enfants une aide : elle dispose d'un hébergement, de prestations familiales, d'un relogement social, elle bénéficie d'une aide financière supplémentaire de 1 380 euros en complément de ses prestations sociales et est régulièrement suivie par un assistant social.
La requête a été communiquée au préfet d'Ille-et-Vilaine, qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 février 2025 :
- le rapport de Mme Plumerault ;
- les observations de Me Vaillant, substituant Me Thébault, représentant Mme E, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, rappelle la chronologie de l'arrivée de la requérante sur Rennes, les hébergements dont elle a pu bénéficier à la Réunion, souligne que cette dernière a accepté de verser une participation financière pour pouvoir être logée mais n'est pas en capacité de payer l'intégralité du coût du logement qu'elle occupe, soutient que si elle a reçu une aide exceptionnelle de 1 380 euros, il ne s'agit que d'une aide ponctuelle, qui ne lui permettra que de payer quelques nuitées d'hôtel supplémentaires, qu'elle a effectué des recherches mais ne parvient pas à se loger et que, pour bénéficier d'un hébergement d'urgence, elle n'a pas à justifier de circonstances exceptionnelles dès lors qu'elle est en situation régulière sur le territoire français ;
- les observations de M. F, représentant le département d'Ille-et-Vilaine, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, insiste sur le fait que le département remplit ses obligations et que Mme E bénéficie d'un accompagnement et d'un soutien constant, insiste sur le fait que l'intéressée disposait bien d'un logement social à la Réunion qu'elle a volontairement quitté, qu'elle s'était engagée au départ à financer seule ses besoins avec les prestations sociales qu'elle perçoit, qu'elle ne s'est pas acquittée de ses factures pas même à hauteur de ses moyens et que la somme de 1 380 euros qui lui a été versée est destinée à purger ses dettes et à bénéficier de deux semaines d'hébergement supplémentaires dans l'hôtel où elle est actuellement accueillie ;
- les observations de M. H, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui fait valoir que Mme E est arrivée à Rennes sans lien avec le territoire et sans que des violences intrafamiliales ne soient alléguées, qu'elle dispose de moyens financiers constants qui lui permettent de trouver une solution d'hébergement dans le secteur privé et qu'elle ne démontre pas avoir accompli des démarches pour trouver une solution d'hébergement dans ce cadre, qu'elle bénéficiait d'un logement social à la Réunion, qu'elle peut bénéficier d'une solution de relogement social prioritaire et ne fait état d'aucune vulnérabilité médicale particulière.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
2. Il y a lieu, sur le fondement de ces dispositions, d'admettre Mme E au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre le département d'Ille-et-Vilaine :
4. Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social () ". Aux termes de l'article L. 222-5 : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : / () 4 ° Les femmes enceintes et les mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile () ". Il résulte de ces dispositions que la prise en charge, qui inclut l'hébergement, le cas échéant en urgence, des femmes enceintes et des mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile, incombe au département. À ce titre, une carence caractérisée dans l'accomplissement de la mission dévolue au département de la mission qui lui incombe en application de ces dispositions peut faire apparaitre, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraine des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
5. Il résulte de l'instruction que Mme E, ressortissante comorienne, mère de quatre enfants de nationalité française, depuis son arrivée à Rennes le 13 octobre 2024 après avoir quitté la Réunion où il n'est pas sérieusement contesté qu'elle bénéficiait d'un logement social, est suivie par deux assistants sociaux du département. Sa dernière fille âgée de 21 mois bénéficie, quant à elle, d'un suivi par la protection maternelle et infantile. Mme E est également actuellement hébergée dans un hôtel avec ses enfants et elle a sollicité, en lien avec les services sociaux du département, un relogement social prioritaire, son dossier devant être examiné en commission le 25 février 2025. Il est en outre constant qu'étant en situation régulière, elle bénéficie de prestations de la caisse d'allocations familiales depuis décembre 2024, à hauteur de 1 702,47 euros par mois, ce qui lui permet de financer, pour plusieurs semaines, son hébergement à l'hôtel et qu'elle a également bénéficié d'une aide financière supplémentaire le 13 février 2025 à hauteur de 1 380 euros, destinée à couvrir le reliquat du coût de son hébergement et deux semaines d'hébergement supplémentaires. Au regard de l'ensemble de ces éléments et des perspectives d'obtention d'un logement pérenne, la seule précarité de la situation de la famille de Mme E, actuellement à l'abri et qui bénéficie d'un soutien matériel et psychologique adéquat, ne saurait révéler une carence caractérisée du département d'Ille-et-Vilaine faisant apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre le département d'Ille-et-Vilaine ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre le préfet d'Ille-et-Vilaine :
6. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'État, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse () ". L'article L. 345-2-2 du même code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 de ce code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ".
7. Si toute personne peut s'adresser au service intégré d'accueil et d'orientation prévu par l'article L. 345-2 du même code et si l'État ne pourrait légalement refuser à une mère isolée avec un enfant de moins de trois ans un hébergement d'urgence au seul motif qu'il incombe en principe au département d'assurer leur prise en charge, l'intervention de l'État ne revêt qu'un caractère supplétif, dans l'hypothèse où le département n'aurait pas accompli les diligences qui lui reviennent. Comme il a été dit précédemment, le département d'Ille-et-Vilaine assure la prise en charge de Mme E et de ses enfants. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre le préfet d'Ille-et-Vilaine doivent être rejetées.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de la requête ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le département d'Ille-et-Vilaine ou l'Etat, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, verse à la requérante la somme qu'elle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions présentées par Mme E sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme E est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme E est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme I E, au département d'Ille-et-Vilaine et au ministre de l'intérieur.
Copie de la présente ordonnance sera adressée au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Fait à Rennes, le 17 février 2025.
Le juge des référés,
signé
F. PlumeraultLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026