Cette ordonnance du tribunal administratif de Rennes concerne une demande de référé-liberté présentée par Mme B..., ressortissante ukrainienne sans domicile fixe depuis septembre 2025, qui sollicitait une injonction d’orientation vers un hébergement d’urgence sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative. Après avoir obtenu une prise en charge par les services de l’État le 18 novembre 2025, la requérante s’est désistée de ses conclusions principales, et le tribunal lui a donné acte de ce désistement pur et simple. Le juge a également prononcé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle, mais a rejeté la demande de frais d’instance, estimant qu’il n’y avait pas lieu de les mettre à la charge de l’État.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée 18 novembre 2025 à 14h23, Mme A... B..., représentée par Me Caroline Guil, demande au juge des référés :
1°) d’enjoindre au préfet du Finistère, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, de l’orienter vers une structure d’hébergement d’urgence, dès la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
3°) de mettre à la charge de l’État le versement au profit de son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- Sur l’urgence :
- elle a été hébergée successivement à Gouesnou, puis à Pont-L’Abbé depuis son arrivée en France en 2022, dans le cadre du dispositif d’accueil mis en place pour les ressortissants ukrainiens, puis une solution d’hébergement temporaire lui a été proposée au sein de l’EHPAD Coat Kerhuel de Quimper à partir du 31 mars 2025 ;
- elle se trouve sans domicile fixe depuis le mois de septembre 2025 et dépourvue de toute solution d’hébergement et de ressources depuis le 12 novembre 2025 ;
- Sur l’atteinte manifestement grave et illégale au droit à l’hébergement d’urgence :
- l’hébergement d’urgence est un droit qu’il appartient au préfet du Finistère de faire respecter et de mettre en œuvre dans le cadre du dispositif de veille sociale, compte tenu de la situation de détresse médicale et sociale dont elle justifie ;
- sa situation est alarmante et elle ne peut, compte tenu de son âge et de son état de santé général extrêmement fragile, passer plusieurs nuits de suite sans hébergement et sans perspective de solution stable ;
- la carence de l’État dans la mise en œuvre de son droit à l’hébergement d’urgence doit être regardée comme caractérisée, compte tenu de son état de santé et de la gravité des conséquences résultant de la situation actuelle, et constitue une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
Par un mémoire, enregistré le 19 novembre 2025, Mme B..., représentée par Me Guil, a déclaré se désister de ses conclusions aux fins d’injonction, tout en maintenant les conclusions présentées au titre des frais de l’instance.
Elle fait valoir que les services de l’État l’ont informée, le 18 novembre 2025, d’une décision lui accordant une prise en charge au titre de l’hébergement d’urgence et qu’en conséquence, son recours en référé a perdu son objet, mais qu’elle a été contrainte d’engager cette procédure pour être orientée vers une structure d’hébergement d’urgence, ce qui justifie le maintien de sa demande au titre des frais de l’instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Vu la lettre informant les parties de la radiation de l’affaire du rôle de l’audience publique du 19 novembre 2025 à 14h15.
Le président du tribunal a désigné Mme Thalabard, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur l’aide juridictionnelle à titre provisoire :
1. D’une part, aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence, (…) l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président (…) ».
2. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, de prononcer l’admission provisoire de Mme B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ».
4. Lorsque le juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, a estimé, au vu de la requête dont il est saisi, qu'il y avait lieu, non de la rejeter en l'état pour l'un des motifs mentionnés à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, mais d’engager la procédure prévue à l’article L. 522-1 de ce code, il lui incombe de poursuivre cette procédure et, notamment, de tenir une audience publique.
5. Il en va cependant différemment lorsque, après que cette procédure a été engagée, intervient un désistement ou un évènement rendant sans objet la requête. Dans ce cas, le juge des référés peut, dans le cadre de son office, donner acte du désistement ou constater un non-lieu sans tenir d’audience.
6. Postérieurement à l’enregistrement de sa requête, Mme B... a déclaré se désister de ses conclusions aux fins d’injonction sous astreinte. Ce désistement étant pur et simple, rien ne s’oppose à ce qu’il en soit donné acte.
Sur les frais liés au litige :
7. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État la somme que Mme B... demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : Mme B... est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est donné acte du désistement des conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte de la requête de Mme B....
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B..., à Me Caroline Guil, et au ministre de l’intérieur.
Une copie de la présente ordonnance sera transmise, pour information, au préfet du Finistère.
Fait à Rennes, le 19 novembre 2025.
La juge des référés,
Signé
M. Thalabard
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.