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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2508552

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2508552

vendredi 2 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2508552
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement urgent
Avocat requérantDOLLE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de Mme A... contre l'arrêté du préfet des Côtes-d'Armor du 12 décembre 2025 prolongeant son assignation à résidence pour 45 jours. La décision a été jugée suffisamment motivée et prise après un examen particulier de sa situation. Le tribunal a estimé que les moyens soulevés, notamment l'absence de base légale et l'erreur manifeste d'appréciation, n'étaient pas fondés, car ils contestaient en réalité la décision d'éloignement sous-jacente, déjà validée par un précédent jugement. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux assignations à résidence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 19, 29 et 30 décembre 2025, Mme B... A..., assistée d’une interprète en langue albanaise et représentée par Me Dollé, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 12 décembre 2025 par lequel le préfet des Cotes-d'Armor a prolongé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jour avec une obligation de pointage quotidien et obligation de présence au domicile entre 19 heures et 21 heures ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 800 euros TTC au profit de son conseil en application des disposition combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- la décision attaquée est illégale en ce qu’elle est dépourvue de base légale, dès lors qu’elle ne peut faire l’objet d’un éloignement en raison de son droit au séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n’a pas été prise à l’issue d’un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dès lors que le préfet n’établit pas qu’il existe perspective d’éloignement effectif.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 décembre 2025, le préfet des Cotes-d'Armor conclut au rejet.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante, qui sont au demeurant dirigés contre la décision d’éloignement, ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Charles Ravaut, conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l’heure de l’audience.

Après avoir entendu au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Ravaut, magistrat désigné ;
- les observations de Me Dollé, représentant Mme A..., qui rappelle qu’une demande d’abrogation du refus de titre de séjour sollicité par la requérante est en cours et que des éléments nouveaux ont été versés attestant d’un droit au séjour au titre de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les observations de Mme A... ;
- et les observations de M. C..., représentant le préfet des Cotes-d'Armor qui insiste sur le fait qu’aucun moyen n’est dirigé contre la décision d’assignation à résidence qui est, en tout état de cause, légale.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.



Considérant ce qui suit :

Mme B... A..., ressortissante albanaise née le 31 mai 1977, a formé une demande d’asile qui a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile. Après avoir en vain sollicité son admission au séjour pour des raisons humanitaires, elle a alors fait l’objet d’une décision portant obligation de quitter le territoire français par un arrêté du préfet des Cotes-d'Armor du 23 février 2024. Alors qu’elle n’a pas exécuté cette mesure, elle a été assignée à résidence par un arrêté du 27 octobre 2025 du préfet des Cotes-d'Armor pour une durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 12 décembre 2025, dont l’annulation est demandée au tribunal, le préfet des Cotes-d'Armor a prolongé l’assignation à résidence de Mme A... pour une nouvelle période de quarante-cinq jours.

Sur l’admission à l’aide juridictionnelle totale à titre provisoire :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’admettre Mme A..., qui, si elle ne sollicite pas l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle justifie avoir déposé une demande d’aide juridictionnelle, au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale à titre provisoire en application de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée qu’elle vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en particulier les dispositions relatives aux assignations à résidence, ainsi que l’arrêté refusant à Mme A... un titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français. En outre, la décision fait état de l’impossibilité de mettre à exécution l’éloignement pendant la première période d’assignation à résidence mais que la mesure demeure envisageable dans des perspectives raisonnables et de la situation personnelle de la requérante, en particulier le fait qu’elle se soit soustrait à la mesure portant obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte de manière suffisamment précise l’énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisante motivation manque en fait et doit être écarté.

En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise sans qu’il n’ait été, au préalable, procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A....

En troisième lieu, et alors le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français a été rejeté par un jugement du tribunal administration de Rennes n° 2401416 du 17 avril 2024, Mme A... n’est entrée en France qu’à la fin de l’année 2021 et y a résidé uniquement pendant le temps nécessaire à l’instruction de sa demande d’asile et de son réexamen, accompagnée de sa fille mineure. En outre, en dépit d’un engagement associatif très récent qui ressort d’attestations particulièrement stéréotypées, elle ne fait état d’aucune intégration particulière sur le territoire français. Enfin, si ses deux filles majeures bénéficient d’un titre de séjour en France, Mme A... ne conteste pas avoir son époux et l’un de ses enfants mineurs en Albanie, ce qui constitue une attache familiale plus forte que la présence en France de deux enfants destinées à mener leur vie de manière indépendante. Ainsi, Mme A... n’est pas fondée à se prévaloir d’un droit au séjour en application de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, et en tout état de cause, le moyen tiré du défaut de base légale de l’assignation à résidence en raison de l’impossibilité de mettre à exécution la mesure d’éloignement prise à son encontre doit être écarté.

En quatrième et dernier lieu, aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut assigner à résidence l’étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l’éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L’étranger fait l’objet d’une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n’a pas été accordé ; (…) ».

5. Mme A..., qui n’a par ailleurs pas respecté le délai qui lui était imparti pour quitter le territoire, n’apporte aucun élément susceptible d’établir que son éloignement ne serait pas possible dans une perspective raisonnable. Le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation doit dès lors être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentée par Mme A... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.



D E C I D E :



Article 1er : Mme A... est admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au préfet des Cotes-d'Armor.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2026.


Le magistrat désigné,
signé

C. Ravaut
La greffière d’audience,
signé
A. Bruézière




La République mande et ordonne au préfet des Cotes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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