Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2604011
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2604011 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | LE BIHAN |
Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 26 mai 2026 sous le n°2604011, Mme B... G..., représentée par Me Le Bihan, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 19 novembre 2025 par lequel le préfet des Côtes-d’Armor l’a obligée à quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d’enjoindre au préfet des Côtes-d’Armor de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761‑1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
Elle soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’un défaut d’examen ;
- il méconnaît le 4° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l’article L. 613-1 du même code ;
- il méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
- il méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet des Côtes-d’Armor, qui n’a pas produit de mémoire.
II. Par une requête, enregistrée le 27 mai 2026 sous le n°2604017, M. D... A... C... F..., représentée par Me Le Bihan, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 19 novembre 2025 par lequel le préfet des Côtes-d’Armor l’a obligé à quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d’enjoindre au préfet des Côtes-d’Armor de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761‑1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’un défaut d’examen ;
- il méconnaît le 4° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l’article L. 613-1 du même code ;
- il méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
- il méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet des Côtes-d’Armor, qui n’a pas produit de mémoire.
Mme G... et M. C... F... ont été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 9 avril 2026.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Le Berre ;
- les observations de Me Le Bihan, représentant Mme G... et M. C... F....
Considérant ce qui suit :
1. Mme G... et M. C... F..., ressortissants angolais, sont entrés en France le 7 février 2024 selon leurs déclarations. Le 24 juillet 2024, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté leur demande d’asile. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d’asile le 4 novembre 2025. Par suite, le préfet des Côtes-d’Armor a pris, à leur encontre, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et leur a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par deux requêtes distinctes, ils demandent au tribunal d’annuler ces arrêtés.
2. Les requêtes n°2604011 et n°2604017 concernent la situation d’un couple et présentent à juger des questions de droit et de fait identiques. Il y a lieu de les joindre pour qu’il y soit statué par un seul jugement.
3. En premier lieu, l’arrêté attaqué a été signé par M. Georges Salaün, secrétaire général de la préfecture des Côtes-d’Armor. Il ressort des pièces du dossier que celui-ci disposait d’une délégation de signature, accordée par un arrêté du préfet des Côtes-d’Armor du 25 septembre 2025 publié le même jour au recueil des actes administratifs de l’État dans ce département, à l’effet de signer notamment les arrêtés attaqués. Le moyen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, les arrêtés du 19 novembre 2025 visent les dispositions juridiques dont ils font application et, notamment, la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que des articles applicables du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Ces arrêtés apportent des précisions sur la situation administrative et personnelle des intéressés et notamment le fait qu’ils sont arrivés en France en 2024 et que leur demande d’asile a été définitivement rejetée en 2025. Ces mêmes arrêtés indiquent que les requérants ont deux enfants mineurs sur le territoire français. Ainsi, les deux arrêtés litigieux comportent bien les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, il résulte de cette motivation que le préfet des Côtes-d’Armor a procédé à un examen approfondi de la situation de Mme G... et de M. C... F....
6. En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (…). 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (…) ».
7. En l’espèce, la demande d’asile de Mme G... et de M. C... F... a été rejetée le 4 novembre 2025. Ainsi, les requérants ne disposaient d’aucun droit de se maintenir sur le territoire français et l’autorité administrative pouvait, dès lors, édicter une obligation de quitter le territoire français à leur égard sur le fondement des dispositions du 4° de l’article
L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En cinquième lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est (…) édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (…) ».
9. Comme il a été dit au point 4 du présent jugement, il ressort des termes des arrêtés attaqués que le préfet des Côtes-d’Armor a procédé à un examen circonstancié de la situation de Mme G... et de M. C... F... en vérifiant leur droit au séjour. Il a ainsi tenu compte de la durée de leur présence en France ainsi que de leurs liens personnels et affectifs sur le territoire. Il s’ensuit que le préfet des Côtes-d’Armor a examiné le droit au séjour des requérants avant d’édicter les obligations de quitter le territoire français contestées. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
10. En sixième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. (…) ».
11. Il ressort des pièces du dossier que Mme G... et M. C... F... sont arrivés très récemment sur le territoire français. Le couple se prévaut de l’intégration scolaire de leur fils qui joue, également, au football et de leur maîtrise de la langue française. Ces seuls éléments ne sauraient toutefois suffire à établir l’existence d’une vie privée et familiale en France d’une intensité et d’une stabilité particulière alors qu’il est constant que Mme G... et M. C... F... ont vécu la majeure partie de leur vie en E..., pays dans lequel ils ne sont pas dépourvus d’attaches familiales. Au regard de ces éléments, le préfet des Côtes-d’Armor n’a pas méconnu les dispositions de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en édictant une obligation de quitter le territoire français à l’encontre des requérants.
12. En septième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait d’institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. ». Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l’appui d’un recours pour excès de pouvoir, que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
13. En l’espèce, il ne résulte pas des pièces du dossier que le préfet des Côtes-d’Armor n’aurait pas accordé une considération primordiale aux enfants mineurs des requérants. A cet égard, les arrêtés litigieux n’ont pas pour effet de séparer les enfants de leurs parents. Enfin, si l’un des enfants est scolarisé en France, il n’est pas établi qu’il ne lui sera pas possible de poursuivre sa scolarité dans le pays d’origine de ses parents, E.... Par conséquent, le moyen doit être écarté.
14. En huitième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ».
15. En l’espèce, M. C... F... affirme qu’il sera exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d’origine, E..., en raison de ses opinions politiques. Toutefois, alors même que les instances de l’asile n’ont pas tenues ses craintes pour établies, il n’apporte aucune information supplémentaire de nature à étayer ces allégations. Par conséquent, le moyen doit être écarté.
16. En neuvième et dernier lieu, aux termes de l’article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. (…) ». L’article L. 612-10 du même code dispose que : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ».
17. En l’espèce, comme il a déjà été dit dans le présent jugement, Mme G... et M. C... F... sont arrivés récemment en France et n’établissent pas avoir construit une vie privée et familiale sur le territoire français. Ainsi, malgré l’absence de menace pour l’ordre public et de précédente mesure d’éloignement, le préfet pouvait édicter à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans. Par conséquent, le préfet des Côtes-d’Armor n’a pas méconnu les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen doit être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d’injonction et celles relatives aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°2604011 de Mme G... et n°2604017 de M. A... F... sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... G..., à M. D... A... F... et au préfet des Côtes d’Armor.
Délibéré après l’audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
M. Lemoine, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
Mme Le Berre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
signé
A. Le Berre
Le président,
signé
F. Lemoine
La greffière,
signé
P. Guéguen
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d’Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
I. Par une requête, enregistrée le 26 mai 2026 sous le n°2604011, Mme B... G..., représentée par Me Le Bihan, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 19 novembre 2025 par lequel le préfet des Côtes-d’Armor l’a obligée à quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d’enjoindre au préfet des Côtes-d’Armor de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761‑1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
Elle soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’un défaut d’examen ;
- il méconnaît le 4° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l’article L. 613-1 du même code ;
- il méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
- il méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet des Côtes-d’Armor, qui n’a pas produit de mémoire.
II. Par une requête, enregistrée le 27 mai 2026 sous le n°2604017, M. D... A... C... F..., représentée par Me Le Bihan, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 19 novembre 2025 par lequel le préfet des Côtes-d’Armor l’a obligé à quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d’enjoindre au préfet des Côtes-d’Armor de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761‑1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’un défaut d’examen ;
- il méconnaît le 4° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l’article L. 613-1 du même code ;
- il méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
- il méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet des Côtes-d’Armor, qui n’a pas produit de mémoire.
Mme G... et M. C... F... ont été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 9 avril 2026.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Le Berre ;
- les observations de Me Le Bihan, représentant Mme G... et M. C... F....
Considérant ce qui suit :
1. Mme G... et M. C... F..., ressortissants angolais, sont entrés en France le 7 février 2024 selon leurs déclarations. Le 24 juillet 2024, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté leur demande d’asile. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d’asile le 4 novembre 2025. Par suite, le préfet des Côtes-d’Armor a pris, à leur encontre, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et leur a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par deux requêtes distinctes, ils demandent au tribunal d’annuler ces arrêtés.
2. Les requêtes n°2604011 et n°2604017 concernent la situation d’un couple et présentent à juger des questions de droit et de fait identiques. Il y a lieu de les joindre pour qu’il y soit statué par un seul jugement.
3. En premier lieu, l’arrêté attaqué a été signé par M. Georges Salaün, secrétaire général de la préfecture des Côtes-d’Armor. Il ressort des pièces du dossier que celui-ci disposait d’une délégation de signature, accordée par un arrêté du préfet des Côtes-d’Armor du 25 septembre 2025 publié le même jour au recueil des actes administratifs de l’État dans ce département, à l’effet de signer notamment les arrêtés attaqués. Le moyen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, les arrêtés du 19 novembre 2025 visent les dispositions juridiques dont ils font application et, notamment, la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que des articles applicables du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Ces arrêtés apportent des précisions sur la situation administrative et personnelle des intéressés et notamment le fait qu’ils sont arrivés en France en 2024 et que leur demande d’asile a été définitivement rejetée en 2025. Ces mêmes arrêtés indiquent que les requérants ont deux enfants mineurs sur le territoire français. Ainsi, les deux arrêtés litigieux comportent bien les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, il résulte de cette motivation que le préfet des Côtes-d’Armor a procédé à un examen approfondi de la situation de Mme G... et de M. C... F....
6. En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (…). 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (…) ».
7. En l’espèce, la demande d’asile de Mme G... et de M. C... F... a été rejetée le 4 novembre 2025. Ainsi, les requérants ne disposaient d’aucun droit de se maintenir sur le territoire français et l’autorité administrative pouvait, dès lors, édicter une obligation de quitter le territoire français à leur égard sur le fondement des dispositions du 4° de l’article
L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En cinquième lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est (…) édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (…) ».
9. Comme il a été dit au point 4 du présent jugement, il ressort des termes des arrêtés attaqués que le préfet des Côtes-d’Armor a procédé à un examen circonstancié de la situation de Mme G... et de M. C... F... en vérifiant leur droit au séjour. Il a ainsi tenu compte de la durée de leur présence en France ainsi que de leurs liens personnels et affectifs sur le territoire. Il s’ensuit que le préfet des Côtes-d’Armor a examiné le droit au séjour des requérants avant d’édicter les obligations de quitter le territoire français contestées. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
10. En sixième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. (…) ».
11. Il ressort des pièces du dossier que Mme G... et M. C... F... sont arrivés très récemment sur le territoire français. Le couple se prévaut de l’intégration scolaire de leur fils qui joue, également, au football et de leur maîtrise de la langue française. Ces seuls éléments ne sauraient toutefois suffire à établir l’existence d’une vie privée et familiale en France d’une intensité et d’une stabilité particulière alors qu’il est constant que Mme G... et M. C... F... ont vécu la majeure partie de leur vie en E..., pays dans lequel ils ne sont pas dépourvus d’attaches familiales. Au regard de ces éléments, le préfet des Côtes-d’Armor n’a pas méconnu les dispositions de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en édictant une obligation de quitter le territoire français à l’encontre des requérants.
12. En septième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait d’institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. ». Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l’appui d’un recours pour excès de pouvoir, que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
13. En l’espèce, il ne résulte pas des pièces du dossier que le préfet des Côtes-d’Armor n’aurait pas accordé une considération primordiale aux enfants mineurs des requérants. A cet égard, les arrêtés litigieux n’ont pas pour effet de séparer les enfants de leurs parents. Enfin, si l’un des enfants est scolarisé en France, il n’est pas établi qu’il ne lui sera pas possible de poursuivre sa scolarité dans le pays d’origine de ses parents, E.... Par conséquent, le moyen doit être écarté.
14. En huitième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ».
15. En l’espèce, M. C... F... affirme qu’il sera exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d’origine, E..., en raison de ses opinions politiques. Toutefois, alors même que les instances de l’asile n’ont pas tenues ses craintes pour établies, il n’apporte aucune information supplémentaire de nature à étayer ces allégations. Par conséquent, le moyen doit être écarté.
16. En neuvième et dernier lieu, aux termes de l’article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. (…) ». L’article L. 612-10 du même code dispose que : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ».
17. En l’espèce, comme il a déjà été dit dans le présent jugement, Mme G... et M. C... F... sont arrivés récemment en France et n’établissent pas avoir construit une vie privée et familiale sur le territoire français. Ainsi, malgré l’absence de menace pour l’ordre public et de précédente mesure d’éloignement, le préfet pouvait édicter à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans. Par conséquent, le préfet des Côtes-d’Armor n’a pas méconnu les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen doit être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d’injonction et celles relatives aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°2604011 de Mme G... et n°2604017 de M. A... F... sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... G..., à M. D... A... F... et au préfet des Côtes d’Armor.
Délibéré après l’audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
M. Lemoine, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
Mme Le Berre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
signé
A. Le Berre
Le président,
signé
F. Lemoine
La greffière,
signé
P. Guéguen
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d’Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
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