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Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2604156

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2604156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBLANCHOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juin 2026, M. B... A..., représenté par Me Blanchot Giovannoni, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 20 mars 2026 par lequel le préfet du Finistère a refusé de renouveler son titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;

2°) d’enjoindre au préfet du Finistère :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai d’une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir ;

- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai d’une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761‑1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.


Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement d’un titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen ;
- elle est entachée d’un vice de procédure au regard de l’article R. 40-29 du code de procédure pénale ;
- elle méconnaît l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant refus de renouvellement d’un titre de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2026, le préfet d’Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.


M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 9 juillet 2026.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l’heure de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Le Berre ;
- et les observations de Me Maony, substituant Me Blanchot Giovannoni et représentant M. A..., présent à l’audience.




Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant comorien, est né en 2003 à Mamoudzou, à Mayotte. Après avoir effectué toute sa scolarité primaire et secondaire à Mayotte, il est entré sur le territoire de la métropole le 14 octobre 2024 sous couvert d’un visa D, puis s’est vu délivrer un titre de séjour mention « étudiant », valable jusqu’au 30 octobre 2025, afin de suivre des études à Brest. Le
7 novembre 2025, M. A... a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 20 mars 2026, le préfet du Finistère a refusé de renouveler son titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d’un an. M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui n’entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7,L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d’une durée d’un an, sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d’existence de l’étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d’origine. / L’insertion de l’étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ».

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A... est né à Mayotte soit sur le territoire français et n’a jamais vécu aux Comores, pays dont il est ressortissant. Le requérant a ainsi poursuivi l’intégralité de sa scolarité à Mayotte avant d’entamer des études supérieures à Brest. Il ressort également des pièces du dossier que plusieurs membres de sa famille résident en France et disposent de la nationalité française. Il indique d’ailleurs vivre avec l’un de ses frères et il a produit plusieurs documents faisant état de relations affectives régulières avec ses cinq frères et sœurs qui vivent à Brest. Par ailleurs, il n’est pas contesté que M. A... ne dispose pas d’attaches familiales aux Comores, où il n’a jamais vécu, à l’exception de son père, avec qui il n’est plus en contact depuis plusieurs années selon ses dires, alors que sa mère vit toujours à Mayotte. S’agissant de son insertion professionnelle, le requérant justifie avoir travaillé plusieurs mois en tant qu’agent de tri comme intérimaire. Enfin, si le préfet du Finistère fait valoir que
M. A... est connu des services de police dans la mesure où il a été mis en cause pour des faits de violence en 2019 à Mayotte, cet incident ancien, ne saurait remettre en cause l’existence certaine de la vie et familiale de M. A... en France. Dans ces circonstances, M. A... est fondé à soutenir que le préfet du Finistère a commis une erreur manifeste d’appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l’arrêté du 20 mars 2026 portant refus de renouvellement de titre de séjour doit être annulé ainsi que, par de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour d’une durée d’un an.


Sur les conclusions à fin d’injonction :

5. L’exécution du présent jugement implique la délivrance d’un titre de séjour à
M. A.... Il y a lieu d’enjoindre au préfet du Finistère d’y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Blanchot Giovannoni, avocate de M. A..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’État le versement à Me Blanchot Giovannoni de la somme de 1 200 euros.











































D É C I D E :

Article 1er : L’arrêté du préfet du Finistère du 20 mars 2026 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Finistère de délivrer à M. A... un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’État versera à Me Blanchot Giovannoni une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Blanchot Giovannoni renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à Me Blanchot Giovannoni et au préfet du Finistère.


Délibéré après l’audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

M. Lemoine, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
Mme Le Berre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.


La rapporteure,


signé


A. Le Berre

Le président,


signé


F. Lemoine

La greffière,


signé


P. Guéguen


La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.