mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-1704379 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ABEILLE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement avant dire droit du 15 octobre 2019, le tribunal a ordonné une expertise avant de statuer sur la requête de la société MMA Iard tendant à la condamnation du centre hospitalier Drôme Vivarais en réparation des indemnités qu'elle a versées aux ayants droit de M. D.
Par un mémoire enregistré le 17 mars 2022, la société MMA Iard, représentée par Me Médina, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier Drôme Vivarais et son assureur le Bureau européen d'assurance hospitalière à lui verser la somme de 560 672,04 euros ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Drôme Vivarais et son assureur le Bureau européen d'assurance hospitalière la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier Drôme Vivarais est engagée en raison d'un défaut de surveillance de M. B D ;
- elle est fondée à solliciter la somme de 560 672,04 euros en réparation des indemnités qu'elle a versées aux ayants droit de M. D en application de la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 au titre des frais d'obsèques, de leur préjudice d'affection et de leur perte de revenus.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 mai 2022, le centre hospitalier Drôme Vivarais, représenté par Me Zandotti, conclut :
1°) au rejet de la requête ou, subsidiairement, à l'application d'un taux de perte de chance qui ne saurait excéder 10 % ;
2°) de mettre à la charge de la société MMA Iard la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- il n'est pas démontré que la victime a tenté de se suicider ;
- il n'est pas démontré qu'elle présentait un risque de fugue ;
- dès que l'absence de la victime a été constaté, des recherches ont été mises en œuvre ;
- les demandes présentées au titre des pertes de revenus et des frais d'obsèques, dont le quantum n'est pas justifié, doivent être rejetées ;
- en tout état de cause, la perte de chance doit être limitée à 10 %.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme C,
- et les observations de Me Bandosz pour la société MMA Iard ainsi que celles de Me Saint-Oyant pour le centre hospitalier Drôme Vivarais et le Bureau européen d'assurance hospitalière.
Considérant ce qui suit :
1. Le 8 février 2015, M. B D a été hospitalisé d'office à la demande d'un tiers au centre hospitalier Le Valmont, désormais centre hospitalier Drôme Vivarais. Il a quitté l'établissement sans autorisation, après avoir cassé une vitre avec un extincteur, le 10 février suivant vers 5 heures 20 minutes. Il a été percuté par le rétroviseur d'un camion sur une route départementale avant de décéder vers 5 heures 45 minutes. La société MMA Iard a indemnisé les ayants droit de M. B D sur le fondement de la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985. Elle demande désormais la condamnation du centre hospitalier Drôme Vivarais à lui verser une somme de 560 672,04 euros en raison d'un défaut de surveillance de la victime.
Sur la responsabilité du centre hospitalier Drôme Vivarais :
2. Le conducteur d'un véhicule terrestre à moteur, impliqué dans un accident de la circulation dont il a indemnisé la victime en application des articles 2 et suivants de la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985, ou son assureur subrogé, peut exercer un recours contre un co-auteur n'ayant pas la qualité de conducteur ou de gardien d'un tel véhicule, selon les conditions du droit commun, dans la limite de la part de responsabilité encourue par ce dernier à l'égard de la victime. A ce titre, lorsque la victime était hospitalisée sans son consentement, le conducteur ou son assureur ne peut rechercher la responsabilité de l'établissement de santé que si celui-ci a commis une faute permettant à son patient de quitter l'établissement et si, de ce fait, le comportement de celui-ci a concouru à l'accident.
3. En l'espèce, la société MMA Iard a indemnisé, sur le fondement de la loi du 5 juillet 1985, les ayants droit de M. B D qui a été percuté par le rétroviseur droit d'une camionnette frigorifique le 10 février 2015 vers 5 heures 45 minutes. Il résulte de l'expertise que M. D, qui présentait des antécédents de dépression et suivait un traitement associant deux antidépresseurs depuis son séjour en clinique psychiatrique du 15 avril au 17 mai 2014, avait été hospitalisé, le 8 février 2015, à la demande d'un tiers, au sein du centre hospitalier Drôme Vivarais, en raison d'un épisode dépressif majeur associé à un projet de suicide altruiste. Outre ces idéations suicidaires, le psychiatre et l'infirmière qui l'ont examiné le jour de son admission ont également relevé que le patient déniait ses troubles et avait une réticence à faire confiance aux psychiatres. Le lendemain, il s'est d'ailleurs plaint de son traitement par Tercian en craignant d'être trop sédaté et a refusé de le prendre avant de se coucher. Toutefois, alors que cet anxiolytique avait été préconisé le 8 février compte tenu de l'augmentation, en début de traitement, du risque d'anxiété et de suicide associée à l'antidépresseur prescrit le même jour, il n'a pas été contraint de le prendre et ce défaut de traitement n'a pas été validé par un médecin. Par ailleurs, alors que le psychiatre avait prescrit qu'il soit couché en dortoir, il s'y est retrouvé seul à compter de 1 heure 30 minutes, dans la nuit du 9 au 10 février, suite au déplacement de son voisin et sans que son état ne fasse alors l'objet d'une évaluation. Enfin, M. D n'a fait l'objet d'aucune surveillance entre 3 heures et sa fugue à 5 heures et 20 minutes. Eu égard au risque de suicide et, compte tenu de sa réticence à une prise en charge en psychiatrie, au risque de fugue que présentait M. D, à l'inobservation de son traitement la veille au soir et de sa solitude dans sa chambre, le défaut de surveillance du patient durant plus de deux heures constitue une faute du centre hospitalier Drôme Vivarais. Cette faute a permis à M. D de quitter l'établissement et de s'engager le long d'une route départementale, de nuit et sans éclairage, concourant ainsi par son comportement au dommage. Il ne résulte pas de l'instruction que le conducteur du camion, qui a déclaré rouler à la vitesse autorisée les phares éclairés, et qui n'était pas sous l'empire d'alcool ou de produits stupéfiants, ait commis une faute de nature à exonérer l'établissement hospitalier de tout ou partie de sa responsabilité. Par suite, et alors qu'il ne résulte pas davantage de l'instruction que M. D se soit suicidé, la faute relevée est de nature à engager la responsabilité pleine et entière du centre hospitalier Drôme Vivarais.
Sur les préjudices :
4. La nature et l'étendue des réparations incombant à une personne publique du fait d'un accident dont la responsabilité lui est imputée ne sauraient dépendre de l'évaluation du dommage faite par un tiers qui l'a indemnisé à quelque titre que ce soit, mais doivent être déterminées par le juge administratif compte tenu des seules règles applicables à la responsabilité des personnes morales de droit public.
5. Il résulte de l'instruction que la société MMA Iard a versé à chacun des trois enfants et à l'épouse de M. D une somme de 25 000 euros au titre de leur préjudice d'affection. L'appréciation du préjudice d'affection des ayants droit ainsi opérée par la société requérante n'apparaît pas surévaluée. Par suite, la société MMA Iard est en droit d'obtenir le versement d'une indemnité de 100 000 euros à ce titre.
6. En revanche, malgré une demande en ce sens, la société MMA Iard ne justifie du quantum ni des frais d'obsèques engagés par l'épouse de la victime ni de la perte de revenus subis par les quatre ayants droit. Dans ces conditions, les demandes présentées à ce titre par la société requérante doivent être rejetées.
7. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier Drôme Vivarais et son assureur le Bureau européen d'assurance hospitalière doivent être condamnés à verser à la société MMA Iard la somme de 100 000 euros.
Sur les frais d'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par le centre hospitalier Drôme Vivarais et non compris dans les dépens.
9. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier Drôme Vivarais et du Bureau européen d'assurance hospitalière une somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par la société MMA Iard et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :Le centre hospitalier Drôme Vivarais et le Bureau européenne d'assurance hospitalière sont condamnés à verser à la société MMA Iard la somme de 100 000 euros.
Article 2 :Le centre hospitalier Drôme Vivarais et le Bureau européenne d'assurance hospitalière verseront à la société MMA Iard la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à la société MMA Iard, au centre hospitalier Drôme Vivarais, au Bureau européen d'assurance hospitalière et à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Barriol, première conseillère,
Mme André, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
La rapporteure,
V. A
Le président,
C. Sogno
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026