Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 9 mars 2018 sous le numéro 1801417, M. A... C..., représenté par Me Delafontaine, demande au tribunal :
1°) de prononcer, à titre principal la décharge des cotisations supplémentaires d’impôts sur le revenu qui lui ont été réclamées au titre de la période couvrant l’exercice clos en 2013, ainsi que des intérêts de retard dont ces rappels ont été assortis pour un montant de 51 695 euros et, à titre subsidiaire, la décharge des contributions sociales mises à sa charge au titre de la même période ainsi que des intérêts de retard y afférents pour un montant de 3 098 euros ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative dont le montant sera précisé à l’issue de l’instance.
Il soutient que :
- les dépenses exposées par la société Compagnie financière des deux Savoie dont l'administration a refusé la déduction sont justifiées et ne constituent donc pas des revenus de capitaux mobiliers ;
- le conseil Constitutionnel a invalidé la pratique de l’administration fiscale consistant à soumettre au coefficient multiplicateur de 1,25 l’assiette des contributions sociales sur les rappels liés à des distributions occultes.
Par un mémoire en défense, enregistré 1er août 2018, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement concernant les prélèvements sociaux intervenus au titre de l’année 2013, pour un montant de 3 075 euros, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient qu’aucun des moyens soulevés au surplus par le requérant n’est fondé.
II. Par une requête enregistrée 9 mars 2018 sous le numéro 1801422 M. A... C..., représenté par Me Delafontaine, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer, à titre principal la décharge des cotisations supplémentaires d’impôts sur le revenu qui lui ont été réclamées au titre de la période couvrant l’exercice clos en 2014, ainsi que des pénalités et intérêts de retard dont ces rappels ont été assortis, pour un montant de 45 529 euros et, à titre subsidiaire, la décharge des contributions sociales mises à sa charge au titre de la même période ainsi que des intérêts de retard y afférents pour un montant de 2 498 euros ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative dont le montant sera précisé à l’issue de l’instance.
Il soutient que :
- les dépenses exposées par la société Compagnie financière des deux Savoie dont l'administration a refusé la déduction sont justifiées et ne constituent donc pas des revenus de capitaux mobiliers ;
- le conseil Constitutionnel a invalidé la pratique de l’administration fiscale consistant à soumettre au coefficient multiplicateur de 1,25 l’assiette des contributions sociales sur les rappels liés à des distributions occultes.
Par un mémoire en défense, enregistré 1er août 2018, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement concernant les prélèvements sociaux intervenus au titre de l’année 2014, pour un montant de 2 498 euros, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient qu’aucun des moyens soulevés au surplus par le requérant n’est fondé.
III. Par une requête enregistrée le 9 mars 2018 sous le numéro 1801418, M. A... C..., représenté par Me Delafontaine, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer, à titre principal la décharge des cotisations supplémentaires d’impôts sur le revenu qui lui ont été réclamées au titre de la période couvrant l’exercice clos en 2015, ainsi que des pénalités dont ces rappels ont été assortis pour un montant de 31 230 euros et, à titre subsidiaire, la décharge des contributions sociales mises à sa charge au titre de la même période ainsi que des intérêts de retard y afférents pour un montant de 1 715 euros ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative dont le montant sera précisé à l’issue de l’instance.
Il soutient que :
- les dépenses exposées par la société Compagnie financière des deux Savoie dont l'administration a refusé la déduction sont justifiées et ne constituent donc pas des revenus de capitaux mobiliers ;
- le conseil Constitutionnel a invalidé la pratique de l’administration fiscale consistant à soumettre au coefficient multiplicateur de 1,25 l’assiette des contributions sociales sur les rappels liés à des distributions occultes.
Par un mémoire en défense, enregistré 1er août 2018, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement concernant les prélèvements sociaux intervenus au titre de l’année 2015, pour un montant de 1 715 euros, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient qu’aucun des moyens soulevés au surplus par le requérant n’est fondé.
Par un jugement du 19 juin 2020, le tribunal a joint les requêtes n° 1801417, n° 1801418 et n° 1801422, jugé par un article 1er qu’il n’y avait plus lieu à statuer sur les conclusions en décharge des contributions sociales à concurrence de la somme de 7 288 euros et, par un article 2, a rejeté le surplus des conclusions de M. C....
Par arrêt du 5 janvier 2023 numéro 20LY01930, la cour administrative d’appel de Lyon, saisie d’un appel présenté par M. C..., a annulé l’article 2 du jugement du tribunal administratif n°1801417-1801418-1801422 en date du 19 juin 2020 et a renvoyé l’affaire au tribunal pour qu’il soit statué sur les conclusions de ses requêtes.
Vu
- les autres pièces du dossier ;
- l’arrêt de la cour administrative d’appel de Lyon n° 20LY00986 du 5 janvier 2023.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Pfauwadel,
- les conclusions de M. Journé, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L’EURL Compagnie financière des deux Savoie (CFSS), dont M. C... est le gérant et associé unique, exerce une activité de conseil en financement pour des opérations de crédit et de courtage en opérations de banque dans le secteur automobile. Elle a fait l’objet en 2016 d’une vérification de comptabilité portant, en matière d’impôt sur les sociétés, sur l’exercice clos le 30 juin 2013 et sur les trois exercices suivants. A l’issue de celle-ci l’administration a réintégré aux résultats des charges non justifiées ou non exposées dans l’intérêt de l’entreprise d’un montant de 52 212 euros pour l’exercice clos en 2013, 41 288 euros pour l’exercice clos en 2014, 28 445 euros pour l’exercice clos en 2015 et 30 485 euros pour l’exercice clos en 2016. L'administration a également réintégré 2 387 euros d’avantages en nature non comptabilisés pour l’exercice clos en 2014, 2 520 euros pour celui clos en 2015 et 1 510 euros pour celui clos en 2016. L'administration a considéré que les mêmes sommes constituaient des revenus distribués au profit de M. C..., en application des dispositions des articles 109-1-1° et 111-c du code général des impôts. Ces revenus distribués ont été imposés dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers après application de la majoration de 25% prévue à l’article 158-7 2° du code général des impôts. Les cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à la charge de ce dernier ont été assorties de pénalités pour manquement délibéré et d’intérêts de retard. Après rejet de sa réclamation préalable, M. C... en a demandé la décharge par les requêtes numéros 1801417, 1801422 et 1801418 portant respectivement sur les années 2013, 2014 et 2015. En application de la décision du Conseil Constitutionnel n° 2016-610 QPC du 10 février 2017, l’administration fiscale a prononcé le 25 juillet 2018 des dégrèvements de droits et pénalités de contributions sociales correspondant à la majoration de 25% de la base d’imposition, pour un montant total de 7 288 euros. Par un jugement du 19 juin 2020, le tribunal a joint les requêtes de C..., prononcé par un article 1er un non-lieu à hauteur des dégrèvements de contributions sociales prononcés en cours d’instance et, par un article 2, rejeté le surplus des conclusions au motif que les moyens de la requête n’étaient pas assortis des précisions permettant au juge d’en apprécier le fondement juridique. Ce jugement a été annulé par un arrêt de la cour administrative d’appel de Lyon du 5 janvier 2023 qui a renvoyé l’affaire devant le tribunal.
2. M. C... conteste l’existence de revenus distribués imposés entre ses mains à l’impôt sur le revenu en soutenant que les dépenses réintégrées par l’administration fiscale aux résultats de l’EURL Compagnie financière des deux Savoie en étaient déductibles en application de l’article 39 du code général des impôts.
Sur les charges non engagées dans l’intérêt de l’entreprise :
3. Aux termes de l’article 39 du code général des impôts : « 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : 1° Les frais généraux de toute nature (…) 5. Sont également déductibles les dépenses suivantes : (…) e. Les cadeaux de toute nature, à l’exception des objets de faible valeur conçus spécialement pour la publicité ; f. Les frais de réception, y compris les frais de restaurant et de spectacles ; (…) Les dépenses ci-dessus énumérées peuvent également être réintégrées dans les bénéfices imposables dans la mesure où elles sont excessives et où la preuve n’a pas été apportée qu’elles ont été engagées dans l’intérêt direct de l’entreprise (…) ».
4. Il résulte des dispositions citées ci-dessus du 5 de l’article 39 du code général des impôts que les dépenses de cadeaux sont en principe déductibles. Il en va autrement si l’entreprise ne justifie pas de l’intérêt direct que présente, pour son activité présente ou future, l’entretien de bonnes relations avec les bénéficiaires des cadeaux ou si l’administration établit que le montant d’une dépense est excessif au regard de l’intérêt que le bénéficiaire du cadeau présente pour l’entreprise.
5. En premier lieu, le service a réintégré dans les bénéfices imposables de la société Compagnie financière des deux Savoie des dépenses dites de « sponsoring commercial » que la société avait déduites de ses résultats. Dans le cadre de l’instance n° 20LY00986 introduite par l’EURL Compagnie financière des deux Savoie devant la cour administrative d’appel de Lyon, l’administration fiscale a admis que les dépenses correspondant aux factures F1 VIP de 10 764 euros en 2013, 8 400 euros en 2014 et 9 480 euros en 2015 et à la facture Delta Savoie de 15 000 euros en 2013 devaient être regardées comme exposées dans l'intérêt de l'exploitation de cette société et a prononcé le 5 août 2021 les dégrèvements d’impôt sur les sociétés correspondants. Dès lors, ces dépenses doivent également être regardées comme déductibles dans la présente instance.
6. En deuxième lieu, l’administration a réintégré dans les bénéfices de la société Compagnie financière des deux Savoie, au motif qu’elles ne présentaient pas un caractère professionnel ou qu’elles n’étaient pas justifiées par des factures, les sommes de 9 552 euros et de 11 846 euros correspondant à des dépenses de restauration que la société avait déduites de ses charges au titre des exercices clos respectivement en 2013 et 2014. Dans le cadre de l’instance devant la cour administrative d’appel de Lyon n° 20LY00986, l’administration fiscale a admis que ces dépenses étaient déductibles pour l’année 2013 à hauteur de 7 553 euros, le surplus des dépenses de la même année n’étant pas justifié par des factures ou les bénéficiaires n’étant pas identifiés. Si le requérant soutient qu’a été produit à l’instance, au titre de l’exercice clos en 2013, un tableau détaillé indiquant, pour les dépenses que l’EURL était en mesure de justifier, le nom du convive invité, sa qualité, la date et le montant des frais de réception, et qui a conduit au dégrèvement rappelé ci-dessus, il s’est toutefois borné, au titre de l’exercice suivant, à soutenir que toutes ces dépenses ont été engagées à des fins professionnelles, et à produire, pour le démontrer, des factures établies par divers restaurants ainsi qu’un tableau comportant une liste de personnes qu’il indique avoir invitées. Ces documents, qui ne comportent que des énonciations succinctes, ne permettent pas d’assurer un recoupement avec les factures délivrées par les restaurants et, dès lors, ne suffisent pas à justifier l’objet des dépenses concernées. Dès lors, les dépenses de restauration réintégrées par l’administration fiscale au titre de l’année 2013 ne peuvent être regardées comme déductibles qu’à hauteur de 7 553 euros.
7. En troisième lieu, le service a remis en cause le caractère déductible de divers cadeaux, notamment de bouteilles de vins, de vêtements, d’articles provenant de magasins de sport, comptabilisés en compte de charges « cadeaux clients », à hauteur de 16 582 euros au titre de l’exercice clos en 2013 et de 5 734 euros au titre de l’exercice clos en 2014. Le requérant, qui se borne à faire état des usages de la profession et à indiquer de manière générale que ces cadeaux d’entreprise sont destinés à inciter les concessionnaires de véhicules automobiles avec lesquelles elle est en relation d’affaires à ce qu’ils proposent à leurs clients de financer l’achat de leur véhicule par l’intermédiaire d’un prêt souscrit auprès de l’établissement bancaire avec lequel l’EURL a conclu des conventions d’apport d’affaires, ne précise pas l’identité des bénéficiaires de ces cadeaux ni n’établit qu’ils ont contribué effectivement au développement de ses affaires. S’il soutient, s’agissant d’une facture correspondant à des abonnements auprès d’un club de rugby, que le service a à tort qualifié cette dépense de cadeau au titre de l’exercice clos en 2013 et indique que son objet était d’inviter les clients de concessionnaires automobiles, il n’apporte, en se bornant à produire un tableau au demeurant imprécis et concernant le seul exercice clos en 2016, aucun élément probant de nature à établir que les bénéficiaires de ces abonnements étaient en relation d’affaires avec elle. La circonstance que l’administration n’aurait pas estimé que le montant de ces dépenses était excessif est, à cet égard, sans incidence.
Sur les charges non justifiées par des factures :
8. Aux termes de l’article 39 du code général des impôts, dont les dispositions sont applicables à l’impôt sur les sociétés en vertu du I de l’article 209 du même code : « Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant (…) notamment : 1° Les frais généraux de toute nature (…) ».
9. Au titre de l’exercice clos en 2013, l’administration a remis en cause la déduction de dépenses de l’assiette de l’impôt sur les sociétés par l’EURL Compagnie financière des deux Savoie, au motif que ces charges n’étaient pas appuyées de justifications suffisantes, à hauteur d’une somme de 1 063,10 euros au titre de cadeaux, d’une somme de 295,63 euros au titre de dépenses de carburant et d’une somme de 845,50 euros au titre de frais de réception, soit une somme total d’un montant de 2 204 euros. En se bornant à soutenir que l’EURL a produit toutes les factures en sa possession, le requérant ne produit aucune pièce de nature à justifier de la déductibilité de ces charges.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les dépenses réintégrées aux résultats de l’EURL Compagnie des deux Savoie étaient déductibles en application de l’article 39 du code général des impôts à hauteur de 33 317 euros pour l’année 2013, de 8 400 euros pour l’année 2014 et de 9 480 euros pour l’année 2015 et qu’elles ne pouvaient ainsi être imposées au nom de M. C... dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Par suite, le requérant est seulement fondé à demander la réduction de la base d’imposition de l’impôt sur le revenu et des contributions sociales à hauteur de 33 317 euros pour l’année 2013, de 8 400 euros pour l’année 2014 et de 9 480 euros pour l’année 2015.
11. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. C... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, au demeurant non chiffrées.
D E C I D E :
Article 1er : Les bases de l’impôt sur le revenu et des contributions sociales de M. C... au titre des années 2013, 2014 et 2015 sont réduites respectivement des sommes de 33 317 euros, 8 400 euros et 9 480 euros.
Article 2 : M. C... est déchargé des droits et pénalités correspondant à la réduction des bases d’imposition définies à l’article 1er.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 3 juillet 2025, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Permingeat, premier conseiller.
Mme Coutarel, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2025
Le président rapporteur,
T. Pfauwadel
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,
F. Permingeat
Le greffier,
M. B...
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.