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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1903145

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1903145

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1903145
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique 4
Avocat requérantSELARL CABINET KAIS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 9 mai 2019 sous le N° 1903145, la SCI La Fontaine, représentée par Me Kais, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2012 à 2018 dans les rôles de la commune de Fontaine ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer la réduction de ces cotisations au montant correspondant à celui des cotisations de taxe sur les propriétés non bâties ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les locaux sont impropres à toute utilisation dans leur ensemble dès lors qu'en vertu d'un permis de construire en vue de l'aménagement de cinq logements dans un entrepôt du 1er septembre 2011, les travaux de restructuration complète des locaux qui ont commencé le 6 février 2012 ne sont pas achevés ;

- c'est à tort que l'administration fiscale lui oppose que le local n'a pas fait l'objet d'une déclaration de changement d'affectation conformément à l'article 1406 du code général des impôts dès lors qu'il résulte de ce texte que cette déclaration doit être effectuée dans les quatre-vingt-dix jours de la réalisation définitive du changement d'affectation, ce qui n'est pas le cas en l'absence d'achèvement des travaux.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 octobre 2019, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions tendant à la décharge des cotisations de taxe foncière des années 2012 à 2016 sont irrecevables dès lors que la réclamation était tardive en ce qui les concerne ;

- le moyen soulevé par la SCI La Fontaine n'est pas fondé.

II. Par une requête enregistrée le 16 septembre 2020 sous le n° 2005425, la SCI La Fontaine, représentée par Me Kais, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019 dans les rôles de la commune de Fontaine ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer la réduction de cette cotisation au montant correspondant à celui de la cotisation de taxe sur les propriétés non bâties ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle invoque le même moyen que celui présenté au soutien de la requête n° 1903145.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 janvier 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par la SCI La Fontaine n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 7 novembre 2022, présenté son rapport et entendu les conclusions de M. Journé, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes numéros 1903145 et 2005425 sont présentées par la même requérante et présentent la même question à juger. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

2. La SCI La Fontaine a acquis un entrepôt à Fontaine (Isère) et obtenu le 1er septembre 2011 un permis de construire autorisant son changement de destination pour l'aménagement dans ces locaux de cinq logements. Par des réclamations présentées le 3 décembre 2018 et le 6 décembre 2019, elle a demandé le dégrèvement des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties mises à sa charge au titre des années 2012 à 2019. Ces réclamations ayant été rejetées, elle demande au tribunal la décharge ou subsidiairement la réduction de ces impositions.

Sur la recevabilité des conclusions :

3. Aux termes de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts directs locaux et aux taxes annexes doivent être présentées à l'administration des impôts au plus tard le 31 décembre de l'année suivant celle, selon le cas : a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement ; () ".

4. Aucune réclamation n'ayant été formée avant le 31 décembre 2017, les conclusions tendant à la décharge ou à la réduction des cotisations de taxe d'habitation des années 2012 à 2016, qui ont été mises en recouvrement avant le 31 décembre 2016, sont irrecevables.

Sur le bien-fondé de la taxe foncière au titre des années 2017, 2018 et 2019 :

5. Aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France, à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Aux termes de l'article 1415 du même code, la taxe foncière sur les propriétés bâties est due " pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année d'imposition ". Aux termes de l'article 1393 du même code : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés non bâties de toute nature sises en France () ".

6. Un immeuble passible de la taxe foncière sur les propriétés bâties qui fait l'objet de travaux entraînant sa destruction intégrale avant sa reconstruction ne constitue plus, jusqu'à l'achèvement des travaux, une propriété bâtie assujettie à la taxe foncière en application de l'article 1380 du code général des impôts. Il en va de même lorsqu'un immeuble fait l'objet de travaux nécessitant une démolition qui, sans être totale, affecte son gros œuvre d'une manière telle qu'elle le rend dans son ensemble impropre à toute utilisation. En revanche, la seule circonstance qu'un immeuble fasse, ultérieurement à son achèvement et alors qu'il est soumis à ce titre à la taxe foncière sur les propriétés bâties, l'objet de travaux qui, sans emporter ni démolition complète ni porter une telle atteinte à son gros œuvre, le rendent inutilisable au 1er janvier de l'année d'imposition, ne fait pas perdre à cet immeuble son caractère de propriété bâtie pour l'application de l'article 1380 du code général des impôts.

7. La SCI La Fontaine soutient que les locaux sont impropres à toute utilisation dans leur ensemble dès lors que les travaux de restructuration complète des locaux qui ont commencé le 6 février 2012 ne sont pas achevés. Toutefois, la requérante ne justifie ni même n'allègue qu'alors même que le permis de construire n'autorise pas de démolition, les travaux auraient consisté en une telle atteinte au gros œuvre. Dès lors, c'est à juste titre que l'administration fiscale a estimé que cet immeuble était une propriété bâtie au sens des dispositions précitées de l'article 1380 du code général des impôts et non une propriété non bâtie imposable en vertu des dispositions de l'article 1393 du même code. Par suite, la SCI La Fontaine n'est pas fondée à demander la décharge ou la réduction des cotisations de taxe foncière auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017, 2018 et 2019.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, les sommes que la SCI La Fontaine demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la SCI La Fontaine sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI La Fontaine et à la direction départementale des finances publiques de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

T. ALa greffière,

C. BILLON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°1903145-2005425

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