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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1903723

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1903723

vendredi 14 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1903723
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème Chambre
Avocat requérantKAMMOUN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 juin 2019, le 31 décembre 2021, le 11 février 2022 et le 18 mars 2022, Mme B C demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2013, et des pénalités correspondantes ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer le dégrèvement partiel des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre de l'année 2013, et des pénalités correspondantes ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de condamner l'Etat aux entiers dépens en application de l'article 699 du code de procédure fiscale.

Elle soutient que :

- elle n'a jamais reçu la proposition de rectification s'agissant de la vente d'un de ses appartements, le justificatif d'envoi ne permettant pas de garantir que le pli contenait ce document ;

- la procédure d'imposition est irrégulière, dès lors que l'administration fiscale lui a adressé la proposition de rectification avant l'expiration du délai de trente jours dont elle disposait pour répondre à la demande de renseignements du 17 novembre 2016 ;

- les ventes de ses immeubles ont été réalisées à la demande de l'administration fiscale, qui a agi de façon injuste à son égard ;

- elle peut solliciter la prise en compte du montant réel des dépenses de travaux réalisées, pour un montant total de 46 674 euros s'agissant du premier immeuble revendu et de 78 112 euros s'agissant du second immeuble revendu, le paiement d'une facture ne subordonnant pas le droit à déduction de travaux, et les travaux ayant été, de façon certaine, réalisés pour transformer des fermes en appartements ;

- à défaut de prise en compte du montant réel des dépenses de travaux, elle peut solliciter l'application du forfait de 15 % prévu par le 4° du II de l'article 150 VB du code général des impôts.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 mars 2020, le 1er février 2022 et le 17 février 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au non-lieu partiel à statuer et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'y a pas lieu de statuer à hauteur de la somme de 1 329 euros, dégrevée en cours d'instance ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère,

- et les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a cédé, le 4 septembre et le 22 novembre 2013, deux biens immobiliers situés dans les communes de Publier (74) et de Maxilly-sur-Léman (74), pour un montant respectif de 150 000 euros et 197 000 euros. Suite au dépôt des déclarations de plus-values immobilières, l'administration fiscale lui a adressé une demande de renseignements portant sur le montant du prix d'acquisition déclaré, ainsi que des frais d'acquisition et des frais de travaux. En l'absence de justificatifs, l'administration fiscale a adressé à Mme C une proposition de rectification remettant en cause les montants des plus-values immobilières déclarées. La réclamation préalable présentée par Mme C ayant fait l'objet d'une décision de rejet, elle demande au tribunal la décharge des impositions supplémentaires auxquelles elle a été assujettie.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 13 janvier 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère a accordé à Mme C un dégrèvement partiel à concurrence de la somme de 2 656 euros. Par suite, les conclusions de la requête sont, à ce titre et dans la limite de ce montant, devenues sans objet.

Sur la régularité de la procédure :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () ". Pour être régulière, la notification d'une proposition de rectification prévue par ces dispositions doit être effectuée à la dernière adresse communiquée par le contribuable à l'administration fiscale.

4. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 16 décembre 2016 a été présentée à l'adresse de Mme C déclarée à l'administration fiscale le 17 décembre 2016 et distribuée le 3 janvier 2017, l'administration produisant l'accusé de réception du courrier comportant ce pli. En outre, l'avis de réception mentionne en commentaire le n° 2120, correspondant dans la nomenclature de l'administration fiscale aux propositions de rectification. Dans ces circonstances, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'avis de réception pourrait correspondre à tout autre courrier adressé par l'administration fiscale. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 16 décembre 2016 portait sur les deux ventes dont le montant de la plus-value a été modifié par l'administration fiscale, de sorte qu'elle couvrait l'ensemble des rectifications qui lui ont été notifiées au titre des ventes litigieuses. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas reçu de proposition de rectification s'agissant de la vente immobilière du 22 novembre 2013.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " L'administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et redevances. / Elle contrôle, également les documents déposés en vue d'obtenir des déductions, restitutions ou remboursements, ou d'acquitter tout ou partie d'une imposition au moyen d'une créance sur l'Etat. / A cette fin, elle peut demander aux contribuables tous renseignements, justifications ou éclaircissements relatifs aux déclarations souscrites ou aux actes déposés. / () ". Aux termes de l'article L. 11 du même livre : " A moins qu'un délai ne soit prévu par le présent livre, le délai accordé aux contribuables pour répondre aux demandes de renseignements, de justifications ou d'éclaircissements et, d'une manière générale, à toute notification émanant d'un agent de l'administration des impôts est fixé à trente jours à compter de la réception de cette notification ".

6. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a adressé à Mme C une demande de renseignements le 15 novembre 2016. Le pli recommandé contenant cette demande lui a été retourné avec les mentions " pli avisé et non réclamé " et " AVS 17/11 ". Ainsi, ce document doit être regardé comme ayant été régulièrement notifié à la contribuable le 17 novembre 2016 et ayant fait courir, à compter de cette date, le délai de trente jours prévu par les dispositions précitées de l'article L. 11 du livre des procédures fiscales. Si Mme C fait valoir que la proposition de rectification a été établie le 16 décembre 2016, soit antérieurement à l'expiration de ce délai de trente jours, elle n'a jamais réclamé le pli comprenant la demande de renseignements, se privant ainsi elle-même de la faculté d'y répondre. Dans ces conditions, l'irrégularité qu'elle soulève, ne l'ayant privée d'aucune garantie, n'a pas pu avoir d'influence sur les rehaussements opérés. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

7. Aux termes de l'article 150 V du code général des impôts : " La plus ou moins-value brute réalisée lors de la cession de biens ou droits mentionnés aux articles 150 U à 150 UC est égale à la différence entre le prix de cession et le prix d'acquisition par le cédant ". Aux termes de l'article 150 VB du même code, dans sa version applicable au présent litige : " () / II.- Le prix d'acquisition est, sur justificatifs, majoré : / () / 4° Des dépenses de construction, de reconstruction, d'agrandissement ou d'amélioration, supportées par le vendeur et réalisées par une entreprise depuis l'achèvement de l'immeuble ou son acquisition si elle est postérieure, lorsqu'elles n'ont pas été déjà prises en compte pour la détermination de l'impôt sur le revenu et qu'elles ne présentent pas le caractère de dépenses locatives. Lorsque le contribuable, qui cède un immeuble bâti plus de cinq ans après son acquisition, n'est pas en état d'apporter la justification de ces dépenses, une majoration égale à 15 % du prix d'acquisition est pratiquée. Cette majoration n'est pas applicable aux cessions d'immeubles détenus directement ou indirectement par un fonds de placement immobilier mentionné à l'article 239 nonies ; / () ".

8. Mme C a revendu, le 4 septembre 2013, un appartement situé dans la commune de Publier, au lieu-dit d'Amphion, et correspondant au lot n° 8 d'un ensemble immobilier composé de neuf lots, pour un montant de 150 000 euros. Pour cette vente, elle a déclaré avoir réalisé une plus-value nette imposable de 9 568 euros, après déduction de dépenses de travaux pour un montant de 53 677 euros. Elle a également revendu, le 22 novembre 2013, un appartement ainsi que deux places de parking situés dans la commune de Maxilly, pour un montant de 197 000 euros. A cette occasion, elle a déclaré une plus-value nette imposable de 365 euros, déduction faite de dépenses de travaux pour un montant de 124 737 euros. En l'absence de réponse à la demande de renseignements adressée à Mme C, l'administration fiscale a notamment remis en cause la prise en compte des dépenses de travaux déclarées pour ces deux ventes, la plus-value nette imposable étant ramenée à 78 165 euros s'agissant de la vente du 4 septembre 2013 et à 126 701 euros s'agissant de la vente du 22 novembre 2013.

En ce qui concerne la prise en compte du montant réel des dépenses de travaux :

9. Mme C se prévaut des dispositions du 4° du II de l'article 150 VB du code général des impôts et sollicite la prise en compte du montant réel des dépenses de travaux engagées. Elle produit en ce sens un certain nombre de factures.

S'agissant des factures produites pour la vente du 4 septembre 2013 à Publier :

10. La facture " Elec-Bat " du 1er février 2006, adressée à Maxilly, ne mentionne aucun élément permettant de dire qu'elle concernerait le bien situé à Publier. Si la facture " Plomberie de la vallée " du 19 janvier 2006 mentionne en objet " appartement d'Amphion ", elle ne précise pas l'appartement ayant bénéficié de ces travaux d'aménagement d'une salle de bain. Or, l'ensemble immobilier acquis par Mme C dans la commune de Publier, qui comprend le lieu-dit d'Amphion, a été divisé en neuf lots, seul le lot n° 8 ayant été vendu le 4 septembre 2013. Par suite, ces dépenses ne peuvent être rattachées avec certitude à la vente en cause. En outre, si les factures émises par les sociétés " Façadier du Chablais " et " Maçonnerie Unlu " mentionnent une adresse à Amphion, elles ne précisent pas à quel appartement se rattachent les travaux réalisés. Si la facture " Déco Projet Entreprise " du 20 janvier 2006 indique que le lieu du chantier se situe à Publier, et si le libellé de la facture mentionne " cloisonnage duplex ", soit un bien de la même nature que le bien ayant fait l'objet de la vente du 4 septembre 2013, il résulte de l'instruction que le lot n° 5 correspondait également à un duplex, de sorte que les pièces produites ne permettent pas non plus de rattacher les travaux réalisés à la vente litigieuse. Enfin, si la facture " JH Electricité " mentionne des travaux détaillés pour trois appartements, aucun élément ne permet d'identifier explicitement un de ces appartements comme étant celui qui a fait l'objet de la vente litigieuse, alors qu'il est constant que sur les neufs lots de l'ensemble immobilier, sept lots concernent des appartements. Dès lors, aucune des factures produites ne permet d'établir que Mme C aurait supporté des dépenses relatives spécifiquement à l'appartement constitutif du lot n° 8 ayant fait l'objet de la vente du 4 septembre 2013. Par suite, la requérante n'est pas fondée à solliciter la prise en compte des travaux réalisés pour leur montant réel, en application des dispositions précitées du 4° du II de l'article 150 VB du code général des impôts.

S'agissant des factures produites pour la vente du 22 novembre 2013 à Maxilly :

11. Les factures émises par l'entreprise " A Toit-Charpente " le 4 juillet 2006 et par la société " Thonon Menuiserie " le 22 janvier 2006 ne peuvent concerner le bien situé à Maxilly, dès lors que l'ensemble immobilier n'a été acquis que le 30 janvier 2008. En outre, si les factures émises par les sociétés " Geochablais ", " Inside Construction ", " Lool Elec ", " C Rénovation ", " Ivan Saliba " et " Altais " mentionnent une adresse pour un chantier situé à Maxilly, elles ne permettent pas d'identifier le bien ayant fait l'objet des travaux, en l'absence de toute mention de l'appartement concerné. Dès lors, aucune des factures produites ne permet d'établir que Mme C aurait supporté des dépenses relatives spécifiquement à l'appartement constitutif du lot n° 12 et des deux places de parking ayant fait l'objet de la vente du 22 novembre 2013. Par suite, la requérante n'est pas fondée à solliciter la prise en compte des travaux réalisés pour leur montant réel, en application des dispositions précitées du 4° du II de l'article 150 VB du code général des impôts.

En ce qui concerne l'application du montant forfaitaire de 15 % :

12. Si Mme C demande à titre subsidiaire la prise en compte de la majoration de 15 % du prix d'acquisition prévue par le 4° du II, l'administration fiscale a déjà donné satisfaction à la requérante sur ce point, ce qui a conduit au non-lieu partiel prononcé au point 2 du présent jugement.

Sur la suppression des écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires :

13. Aux termes des dispositions de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 reproduites à l'article L. 741-2 du code de justice administrative : " Ne donneront lieu à aucune action en diffamation, injure ou outrage, ni le compte rendu fidèle fait de bonne foi des débats judiciaires, ni les discours prononcés ou les écrits produits devant les tribunaux. / Pourront néanmoins les juges, saisis de la cause et statuant sur le fond, prononcer la suppression des discours injurieux, outrageants ou diffamatoires, et condamner qui il appartiendra à des dommages-intérêts. / () ". En application de ces dispositions, les tribunaux administratifs peuvent, dans les causes dont ils sont saisis, prononcer, même d'office, la suppression des écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires.

14. Le passage du mémoire de Mme C commençant par les mots " J'ai un peu " et se terminant par les mots " demande toujours plus " excède le droit à la libre discussion et présente un caractère injurieux et diffamatoire. Par suite, il y a lieu d'en prononcer la suppression.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C aux fins de décharge des impositions supplémentaires auxquelles elle a été assujettie doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions accessoires ne peuvent qu'être rejetées, et ce sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à concurrence de la somme de 2 656 euros dégrevée en cours d'instance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le passage du mémoire de Mme C du 6 juin 2019 mentionné au point 14 du présent jugement est supprimé.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2022.

La rapporteure,

M. D'ELBREIL

Le président,

V. L'HÔTE La greffière,

V. BARNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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