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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1903966

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1903966

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1903966
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantIBARRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 juin 2019, le 14 mai 2020 et le 30 juillet 2020, l'EURL Groupe PPU, représentée par Me Buschiazzo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge du supplément de cotisation foncière des entreprises mis à sa charge au titre de l'année 2017, soit la somme de 3 123 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'imposition a été mise en recouvrement sans que l'administration fiscale ne réponde à ses observations, ce qui constitue une irrégularité de procédure de nature à entraîner la décharge des impositions ;

- aucune modification du bail commercial n'est intervenue depuis sa signature le 2 avril 2003, de sorte que le taux d'occupation n'a pas été modifié de 37 % à 100 %, seule une erreur de déclaration lors de la vente des locaux par l'ancien bailleur pouvant justifier ce différentiel ;

- la production d'une déclaration établie par un tiers ne saurait constituer le fondement de l'imposition supplémentaire.

Par des mémoires en défense, enregistré le 26 novembre 2019, le 9 juin 2020 et le 13 novembre 2020, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par l'EURL Groupe PPU ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 4 décembre 2020, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère,

- et les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL Groupe PPU, qui exerce une activité de commerce de gros, a été assujettie à un supplément de cotisation foncière des entreprises pour un montant de 3 123 euros au titre de l'année 2017. Sa réclamation préalable ayant été rejetée, elle demande au tribunal la décharge de l'imposition supplémentaire mise à sa charge.

Sur la régularité de la procédure :

2. Aux termes de l'article L. 56 du livre des procédures fiscales : " La procédure de rectification contradictoire n'est pas applicable : / 1° En matière d'impositions directes perçues au profit des collectivités locales ou d'organismes divers, à l'exclusion de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises prévue à l'article 1586 ter du code général des impôts ; / () ". Lorsqu'une imposition est assise sur la base d'éléments qui doivent être déclarés par le redevable, l'administration ne peut établir, à la charge de celui-ci, des droits excédant le montant de ceux qui résulteraient des éléments qu'il a déclarés qu'après l'avoir, conformément au principe général des droits de la défense, mis à même de présenter ses observations. Il en va ainsi, en particulier, lorsque l'administration procède, en application de l'article 1508 du code général des impôts, au redressement des bases de la taxe foncière sur les propriétés bâties d'un contribuable pour insuffisance d'évaluation résultant du défaut ou de l'inexactitude des déclarations des propriétés bâties définies aux articles 1406 et 1502 du même code. Les dispositions de l'article L. 56 du livre des procédures fiscales, en vertu desquelles la procédure de redressement contradictoire prévue par les articles L. 55 à L. 61 de ce livre n'est pas applicable en matière d'impositions directes perçues au profit des collectivités locales, ont pour seul effet d'écarter cette procédure de redressement contradictoire mais ne dispensent pas du respect, en ce qui concerne le redressement des bases de la taxe foncière sur les propriétés bâties prévu par l'article 1508, des obligations qui découlent du principe général des droits de la défense. L'administration n'est, en revanche, pas tenue de s'acquitter de cette obligation lorsque, sans remettre en cause les éléments que le contribuable a déclarés, elle en effectue une nouvelle évaluation.

3. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a, par un courrier du 6 août 2018, informé l'EURL Groupe PPU de son intention d'émettre un rôle supplémentaire de cotisation foncière des entreprises, à la suite d'une modification des critères d'évaluation de cette taxe. L'administration fiscale a précisé dans ce courrier que la contribuable disposait d'un délai de trente jours pour faire valoir ses observations. Dans ces circonstances, la requérante ne peut se prévaloir d'une méconnaissance des droits de la défense, qui n'impliquent pas, contrairement à ce qui est soutenu, que l'administration fiscale apporte une réponse explicite aux observations présentées. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur le bien-fondé de l'impôt :

4. Aux termes de l'article 1467 du code général des impôts : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France, (), dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie aux articles 1467 A et 1478 () ". Aux termes de l'article 1406 du même code : " () / I bis. - Pour procéder à la mise à jour de la valeur locative des propriétés bâties, les propriétaires sont tenus de souscrire une déclaration sur demande de l'administration fiscale selon des modalités fixées par décret. / () ". Aux termes de l'article 1467 A du même code : " Sous réserve des II, III IV et VI de l'article 1478, la période de référence retenue pour déterminer les bases de cotisation foncière des entreprises est l'avant-dernière année précédant celle de l'imposition ou le dernier exercice de douze mois clos au cours de cette même année lorsque cet exercice ne coïncide pas avec l'année civile ". Aux termes de l'article 1477 de ce code : " I. - Les contribuables doivent déclarer les éléments servant à l'établissement de la cotisation foncière des entreprises l'année précédant celle de l'imposition au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai ou, en cas de création d'établissement ou de changement d'exploitant ou d'activité en cours d'année, l'année suivant celle de la création ou du changement au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai. / () ".

5. Il résulte de l'instruction que l'EURL Groupe PPU exerce son activité de vente en gros dans un local qu'elle a pris à bail auprès de la SCI Euro Sanit, composé d'un rez-de-chaussée comprenant une surface de vente et de dépôt, ainsi que d'un premier étage comprenant des bureaux et une mezzanine. Le 25 juin 2015, la SCI Euro Sanit a déclaré auprès de l'administration fiscale le local à usage professionnel ou commercial, en mentionnant l'EURL Groupe PPU comme occupant unique du local de 438 mètres carrés de surface principale et de 168 mètres carrés d'espaces de stationnement non couverts, pour l'exercice d'une activité de vente de peintures. Ce document ne précise pas, dans le cadre prévu à cet effet, que les surfaces louées représenteraient une partie seulement de la surface totale du local. L'administration fiscale a, au titre de l'année 2017, déduit de ce document que l'ensemble du local était exploité par l'EURL Groupe PPU, contrairement au ratio de 37 % d'utilisation dont elle avait alors connaissance.

6. Si la requérante soutient que le bail commercial n'a jamais été modifié, elle ne produit pas ce contrat, ni aucun élément de nature à remettre en cause l'exploitation par elle de l'ensemble du local. Ainsi, elle n'avance aucun élément qui permettrait de conclure à une erreur déclarative de la part de la société bailleresse. En outre, il résulte du I bis de l'article 1406 du code général des impôts précité que les propriétaires souscrivent des déclarations dans le cadre de la mise à jour de la valeur locative des propriétés bâties. L'administration fiscale pouvait, dans ce cadre, opposer au preneur du bail les éléments déclarés par le propriétaire.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de l'EURL Groupe PPU doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'EURL Groupe PPU est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Groupe PPU et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

M. D'ELBREIL

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

V. BARNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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