jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-1907959 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP FESSLER JORQUERA & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 décembre 2019 et 23 décembre 2020, le syndicat CGT des mineurs de A B, représenté par la SCP Fessler, Jorquera et Associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a refusé d'inscrire l'unité d'exploitation du Dauphiné Le Villaret sur la liste des établissements ouvrant droit à l'allocation de cessation anticipée d'activité des travailleurs de l'amiante prévue à l'article 41 de la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998 pour la période allant de 1946 à 1997 ;
2°) d'enjoindre à la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion d'inscrire l'unité d'exploitation du Dauphiné Le Villaret sur la liste des établissements ouvrant droit à l'allocation de cessation anticipée d'activité des travailleurs de l'amiante prévue l'article 41 de la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998 pour la période de 1946 à 1997, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est recevable dans la mesure où il a été informé de la naissance d'une décision implicite de rejet lors de la réception de l'ordonnance rendue par le tribunal administratif de Paris, le 19 juillet 2019 ;
- l'unité d'exploitation du Dauphiné Le Villaret remplit les conditions fixées par la jurisprudence et par la loi pour être inscrite sur la liste des établissements ouvrant droit à l'allocation de cessation anticipée d'activité des travailleurs de l'amiante en vertu de l'article 41 de la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998, dès lors qu'elle a procédé à des opérations de calorifugeage afin d'utiliser l'amiante à des fins d'isolation thermique et que ces activités ont présenté un caractère significatif au regard de leur fréquence et du nombre de salariés impliqués ;
- la ministre ne saurait solliciter une substitution de motifs dans le cadre d'une décision implicite de rejet ;
- ni le décret n° 46-2769 du 27 novembre 1946 ni aucun autre texte ne fait obstacle à ce que les mineurs bénéficient du dispositif prévu par l'article 41 de la loi du 23 décembre 1998.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2020, la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les mineurs n'entrent pas dans le champ d'application de l'article 41 de la loi du 23 décembre 1998 et, à titre subsidiaire et par substitution de motifs, que les conditions de cet article 41 ne sont pas remplies.
Par une ordonnance du 8 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998 ;
- le décret n° 46-2769 du 27 novembre 1946 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bardad, première conseillère,
- les conclusions de Mme Brenner-Adanlété, rapporteur publique,
- les observations de Me Fessler, avocate du syndicat CGT des mineurs de A B.
Considérant ce qui suit :
1. Le syndicat CGT des mineurs de A B a sollicité, le 2 décembre 2016, l'inscription de l'unité d'exploitation du Dauphiné Le Villaret, située à Susville (Isère), sur la liste des établissements de fabrication, flocage et calorifugeage à l'amiante susceptibles d'ouvrir droit au bénéficie de l'allocation de cessation anticipée d'activité des travailleurs de l'amiante (ACAATA) sur le fondement de l'article 41 de la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998, pour la période allant de 1946 à 1997. Par la présente requête, il demande l'annulation de la décision par laquelle la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion lui a implicitement opposé un refus.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le champ d'application de l'article 41 de la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998 :
2. D'une part, aux termes de l'article 41 de la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998 de financement de la sécurité sociale pour 1999 : " I. - Une allocation de cessation anticipée d'activité est versée aux salariés et anciens salariés des établissements de fabrication de matériaux contenant de l'amiante, des établissements de flocage et de calorifugeage à l'amiante ou de construction et de réparation navales, sous réserve qu'ils cessent toute activité professionnelle, lorsqu'ils remplissent les conditions suivantes : / 1° Travailler ou avoir travaillé dans un des établissements mentionnés ci-dessus et figurant sur une liste établie par arrêté des ministres chargés du travail, de la sécurité sociale et du budget, pendant la période où y étaient fabriqués ou traités l'amiante ou des matériaux contenant de l'amiante. L'exercice des activités de fabrication de matériaux contenant de l'amiante, de flocage et de calorifugeage à l'amiante de l'établissement doit présenter un caractère significatif () ". Ces dispositions instaurent un régime particulier de cessation anticipée d'activité permettant aux salariés ou anciens salariés des établissements de fabrication ou de traitement de l'amiante ou de matériaux contenant de l'amiante figurant sur une liste établie par arrêté ministériel, dits " travailleurs de l'amiante ", de percevoir, sous certaines conditions, une allocation de cessation anticipée d'activité (ACAATA) sous réserve qu'ils cessent toute activité professionnelle.
3. D'autre part, aux termes de l'article 1er du décret n° 46-2769 du 27 novembre 1946 portant organisation de la sécurité sociale dans les mines : " Il est institué une organisation de la sécurité sociale dans les mines destinée à garantir les travailleurs visés au titre II et leurs familles contre les risques de toute nature susceptibles de réduire ou de supprimer leur capacité de gain, et à couvrir les charges de maternité et de paternité qu'ils supportent. ". Aux termes de l'article 125 du même décret : " L'assurance vieillesse garantit une pension aux affiliés âgés de cinquante-cinq ans au moins, sous réserve des dispositions prévues aux articles suivants de la présente section. ". Aux termes de l'article 127 de ce décret : " L'âge prévu à l'article 125 est abaissé, à raison d'un an par tranche de quatre années de service au fond et sans pouvoir être inférieur à cinquante ans, pour les travailleurs comptant au moins trente années d'affiliation. ". Aux termes de l'article 146 du même décret : " Tout affilié au régime minier, âgé de moins de cinquante ans et reconnu atteint dans les conditions prévues au livre IV du code de la sécurité sociale d'une incapacité permanente au moins égale à 30 p. 100 résultant de la pneumoconiose professionnelle, peut bénéficier, à sa demande, d'une allocation d'attente à condition de cesser toute activité professionnelle entraînant l'affiliation obligatoire au régime minier en vertu du présent décret. () ".
4. La ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion fait valoir qu'elle a refusé de procéder à l'inscription de l'unité d'exploitation du Dauphiné Le Villaret sur la liste des établissements ouvrant droit au dispositif de cessation anticipée d'activité des travailleurs de l'amiante au motif que les salariés des mines sont soumis à une organisation spéciale de sécurité sociale et n'entrent pas, de ce fait, dans le champ d'application du dispositif prévu par l'article 41 de la loi du 23 décembre 1998 précité.
5. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'article 41 de la loi du 23 décembre 1998, ni des travaux préparatoires à l'adoption de cette disposition législative et de ses modifications successives, que les travailleurs relevant régime de sécurité sociale prévu par le décret n° 46-2769 du 27 novembre 1946 portant organisation de la sécurité sociale dans les mines seraient exclus du champ d'application des dispositions de l'article 41 de la loi du 23 décembre 1998 et ne pourraient ainsi prétendre au bénéfice de l'allocation de cessation anticipée d'activité prévue par ces dispositions.
6. En deuxième lieu, le décret du 27 novembre 1946 précité ne comporte aucun dispositif de préretraite ouvert aux salariés ayant travaillé dans un établissement de fabrication, flocage et calorifugeage à l'amiante analogue à celui prévu par les dispositions de l'article 41 de la loi du 23 décembre 1998. Les articles 125 et suivants du décret du 27 novembre 1946 concernent l'ouverture du droit à pension de vieillesse et l'allocation d'attente prévue par l'article 146 du décret est versée en cas d'incapacité permanente au moins égale à 30 p. 100 résultant de la pneumoconiose professionnelle, laquelle comprend un ensemble de maladies pulmonaires sans lien avec l'exposition à l'amiante, sans couvrir inversement l'ensemble des infections susceptibles d'être provoquées par l'amiante. A l'opposé, l'allocation de cessation anticipée d'activité est attribuée à raison de la seule exposition à l'amiante indépendamment du développement de toute maladie professionnelle et à l'exclusion d'une exposition à tout autre type de produits ou matériaux. Les pensions et l'allocation prévues par les dispositions précitées du décret du 27 novembre 1946 ne sauraient ainsi être regardées comme instituant au profit des personnels ayant travaillé dans les mines un dispositif équivalent à l'allocation prévue par l'article 41 de la loi du 23 décembre 1998 relatif au bénéfice de l'allocation de cessation anticipée d'activité des travailleurs de l'amiante. Il suit de là que les dispositions du décret du 27 novembre 1946, de valeur réglementaire qui plus est, n'ont pas eu pour effet de soustraire les travailleurs auxquels elles s'appliquent du champ d'application de l'article 41 de la loi du 23 décembre 1998.
7. En troisième lieu, la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion n'invoque aucun autre texte faisant obstacle à ce que les salariés et anciens salariés des mines bénéficient des dispositions de l'article 41 de la loi du 23 décembre 1998.
8. Il résulte de ce qui précède que le syndicat CGT des mineurs de A B est fondé à soutenir qu'en refusant de procéder à l'inscription de l'unité d'exploitation du Dauphiné Le Villaret sur la liste des établissements ouvrant droit au dispositif de cessation anticipée d'activité des travailleurs de l'amiante prévu par l'article 41 de la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998 au motif que les salariés et anciens salariés des mines ne peuvent bénéficier de ce régime, la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a fait une inexacte appréciation du champ d'application de ces dispositions.
En ce qui concerne les conditions d'inscription sur la liste des établissements ouvrant droit à la cessation anticipée d'activité des travailleurs de l'amiante :
9. Il résulte des dispositions de l'article 41 de la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998 de financement de la sécurité sociale pour 1999 que peuvent seuls être légalement inscrits sur la liste qu'elles prévoient les établissements dans lesquels les opérations de fabrication de matériaux contenant de l'amiante, de calorifugeage ou de flocage à l'amiante ont, compte tenu notamment de leur fréquence et de la proportion de salariés qui y ont été affectés, représenté sur la période en cause une part significative de l'activité de ces établissements et il en va ainsi alors même que ces opérations ne constitueraient pas l'activité principale des établissements en question. Les opérations de calorifugeage à l'amiante doivent, pour l'application de ces dispositions, s'entendre des interventions qui ont pour but d'utiliser l'amiante à des fins d'isolation thermique et ne sauraient, par suite, ouvrir droit à l'allocation prévue par ce texte les utilisations de l'amiante à des fins autres que l'isolation thermique, alors même que, par l'effet de ses propriétés intrinsèques, l'amiante ainsi utilisée assurerait également une isolation thermique.
10. En premier lieu, l'unité d'exploitation du Dauphiné Le Villaret exerçait entre 1946 et 1998 une activité d'exploitation de charbon. Les postes de travail au sein de la mine regroupaient des postes de jour et des postes de fond.
11. Il ressort du mémoire en défense produit par la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion que les activités de calorifugeage à l'amiante de l'ensemble des conduits d'air et d'eau au fond de la mine afin d'éviter la propagation du feu dans les galeries (calorifugeage des coffrets électriques, des compresseurs et des transformateurs des pompes à l'eau et à l'air), des diésélistes pour la protection des échappements des engins diésel destiné à éviter les départs de feu et celui des fours sécheurs et des chaudières, entrent dans le champ d'application de l'article 41 de la loi du 23 décembre 1998.
12. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, et en particulier du rapport établi le 21 mars 2016 par le médecin de la caisse centrale d'activités sociales du personnel des industries électrique et gazière relatifs à la description de certains postes de jour, des fiches de postes ainsi que des attestations circonstanciées des anciens salariés, que les opérateurs de l'atelier électrique jour assuraient la préparation des coffrets électriques par calorifugeage, câblage, pose de tresse d'amiante sur les joints de porte, pose de presses étoupes avec joint en amiante pour le fond de la mine ou les installations du jour. Les câbles électriques étaient souvent fixés aux mêmes emplacements que les tuyaux d'eau chaude calorifugés par l'amiante, de sorte que les opérateurs chargés de l'installation électrique devaient, pour chaque intervention, retirer le calorifugeage et le remettre en place. Les opérateurs de l'atelier mécanique jour, chargés de la maintenance des ateliers du jour et de la confection ou, le cas échéant, de la réparation de matériel pour le fond, manipulaient, découpaient ou tronçonnaient des plaques d'amiante destinées à isoler, calorifuger ou protéger du matériel pendant la découpe au chalumeau ou la soudure, sous forme de tresse, de joints de tuyauterie, de calorifuge, de flocage de conduit. Les opérateurs chaudières réalisaient la surveillance, l'alimentation et l'entretien des chaudières dont les portes étaient calorifugées à l'amiante avec des cordons d'amiante en tant que joints de portes. Les fours des chaudières étaient constitués de briques réfractaires avec des joints ciments amiantés souvent doublés avec des tôles en amiante. Les tuyaux d'alimentation en chauffage étaient calorifugés avec des joints en amiante qui faisaient l'objet de soudures ou coupures au chalumeau. Les opérateurs Four sécheur " farine " manipulaient de l'amiante sous différentes formes (tresse, cordons, plaques, calorifugeage de tuyauteries, ciments spéciaux utilisés pour le montage des briques des fours) et utilisaient l'amiante en pâte pour protéger certaines soudures. Parmi les opérateurs garage jour, seuls les chauffeurs de camions utilisaient les cordons d'amiante pour joints de portières et calorifugeaient l'intérieur des portes avec de l'amiante pour se protéger du froid. Les opérateurs lavoir-versage-préparation travaillaient dans un bâtiment dont les conduites d'air et d'eau étaient calorifugées à l'amiante ainsi que les portes dont les joints étaient constitués de cordons d'amiante. Ils découpaient et utilisaient des plaques d'amiante lors des opérations de soudure.
13. Il ressort également des pièces du dossier, et en particulier du rapport établi le 1er mars 2016 par le médecin de la caisse centrale d'activités sociales du personnel des industries électrique et gazière relatifs à la description de certains postes de fond, des fiches de postes ainsi que des attestations circonstanciées des anciens salariés, que les foudroyeurs/soutireurs, outre l'extraction et l'acheminement du charbon, assuraient la mise en place et l'entretien des conduites d'eau et d'air. Ils changeaient les joints en amiante de ces conduites et s'occupaient de leur calorifugeage. Les blindistes ou poseur de desserte utilisaient des plaques d'amiante pour protéger du feu le charbon ou le bois qui servaient au fond de la mine. Ils changeaient les joints en amiante des conduites d'alimentation en air comprimé et en eau du chantier et procédaient à leur calorifugeage. Les électromécaniciens installaient les câbles d'alimentation et effectuaient les branchements dans des coffrets en faisant passer les câbles dans des presses étoupes en amiante situées à l'entrée des coffrets. Ils adaptaient les joints en les meulant ou en les coupant. Les câbles étaient renforcés avec du PVC contenant de l'amiante et la pâte d'amiante était utilisée pour certaines soudures. Les foreurs/sondeurs s'occupaient de la mise en place et de l'entretien des conduites d'eau et d'air. Ils changeaient les joints en amiante de ces conduites et s'occupaient de leur calorifugeage. Ils alimentaient leur chantier en air avec des ventilateurs dont les gaines étaient composées d'amiante pour limiter les risques de feu. Les manutentionnaires et conducteurs d'engins effectuaient, dans les galeries principales, l'entretien et la pose de conduites d'air et d'eau ainsi que du calorifugeage de celles-ci. Ils bouchaient les chantiers, après leur achèvement, avec de la toile de jute sur laquelle était projetée de la celtamine avec de l'amiante afin d'éviter notamment le passage de l'air. Les diésélistes effectuaient le calorifugeage des pots d'échappement des engins diésels circulant au fond de la mine. Ils utilisaient des plaques en amiante pour éviter la propagation du feu lors des soudures à l'arc. Le personnel occupant les postes de piqueurs ou creusement des galeries au charbon ou au rocher procédaient à la mise en place et à l'entretien des conduite d'eau et d'air. Il effectuait le calorifugeage de ces conduites et changeait les joints en amiante. Les mineurs alimentaient également leur chantier en air avec des ventilateurs dont les gaines étaient composées d'amiante pour limiter les risques de feu.
14. Il ressort encore du rapport établi par le médecin de la caisse centrale d'activités sociales du personnel des industries électrique et gazière le 1er mars 2016, que l'amiante était présente dans de nombreux équipements : câbles électriques, joints, bourres, tresses, cordonnets, calorifugeage et flocage. Il ressort aussi des pièces du dossier que sur les quinze fiches de postes de l'unité d'exploitation du Dauphiné Le Villaret, seuls les postes du personnel affecté au service sous-traitance jour et ceux de vulcanisateur de bandes transporteuses n'impliquaient pas une activité liée aux activités de fabrication de matériaux contenant de l'amiante, de calorifugeage et de flocage à l'amiante. Ainsi, la quasi-totalité des postes de travail donnait lieu à une exposition à l'amiante lors de l'exécution de différentes tâches. Il ressort également des pièces du dossier que les opérations de calorifugeage réalisées dans la mine ainsi que sur les engins et équipements utilisés devaient être réalisées quotidiennement compte tenu du classement de la mine La B dans la catégorie des mines " à feux ", de l'avancement permanent des chantiers, des conditions de travail difficiles dans la mine (petite section de galerie, humidité, poussières, chaleur), du passage des engins diésel et du transport du matériel, qui endommageaient régulièrement le calorifugeage.
15. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le port de gants en amiante, s'il avait pour effet de préserver ponctuellement les salariés de la chaleur à l'occasion des découpes au chalumeau et des opérations de soudage, ne relevaient pas d'un processus continu d'isolation et ne peut être regardé comme une activité de calorifugeage. Par ailleurs, les opérations de manipulation de produits amiantés de type " Ferrodos " pour l'entretien de systèmes de freins sur treuils, des monorails ou pour différents engins, le ponçage de bandes transporteuses composées d'amiante ou l'utilisation d'air comprimé afin de dépoussiérer et nettoyer des matériaux contenant de l'amiante ne peuvent davantage être regardées comme des opérations de calorifugeage au sens des dispositions de l'article 41 de la loi du 23 décembre 1998. De même, s'il est fait mention de la présence de plaques de la toiture en fibrociment contenant de l'amiante pour certains locaux, ce type d'exposition, de nature environnementale, n'entre pas dans le champ d'application du dispositif législatif, qui ne vise que les expositions " actives " liées aux activités de fabrication de matériaux contenant de l'amiante, de calorifugeage et de flocage à l'amiante. En revanche, les opérations exposées aux points 12 et 13 doivent être regardées comme constituant des opérations de calorifugeage à l'amiante au sens des dispositions précitées de la loi du 31 décembre 1998.
16. En second lieu, la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion soutient que les opérations de calorifugeage à l'amiante ne pouvaient être regardées comme ayant représenté une part significative de l'activité de l'établissement.
17. Si les éléments produits par le syndicat CGT des mineurs de A B, dans le cadre de la présente instance, ne permettent pas d'apprécier dans quelle mesure l'activité de l'unité d'exploitation du Dauphiné Le Villaret peut être considérée, compte tenu de la fréquence des opérations de calorifugeage à l'amiante et de la proportion de salariés qui y ont été affectés, comme revêtant un caractère significatif sur l'ensemble de la période allant de 1946 à 1997, il ressort de ce qui a été dit au point 14 que durant une partie au moins de cette période, l'amiante était présente dans de nombreux équipements, la quasi-totalité des postes de travail impliquait une manipulation de l'amiante lors de l'exécution de différentes tâches et des opérations de calorifugeage étaient réalisées quotidiennement. Ainsi, c'est à tort que la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a estimé, pour la totalité de la période concernée, que les opérations de calorifugeage à l'amiante ne représentaient pas une part significative de l'activité de l'établissement.
18. Il résulte de tout ce qui précède que le syndicat CGT des mineurs de A B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a refusé d'inscrire l'unité d'exploitation du Dauphiné Le Villaret sur la liste des établissements ouvrant droit au bénéfice de l'allocation de la cessation d'activité des travailleurs de l'amiante en vertu de l'article 41 de la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
19. Compte tenu de ce qui a été dit au point 17, le présent jugement implique nécessairement que le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion procède au réexamen de la demande du syndicat CGT des mineurs de A B et prenne une nouvelle décision dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par le syndicat CGT des mineurs de A B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a refusé d'inscrire l'unité d'exploitation du Dauphiné Le Villaret sur la liste des établissements ouvrant droit au bénéfice de l'allocation de la cessation d'activité des travailleurs de l'amiante prévue à l'article 41 de la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998 pour la période allant de 1946 à 1997, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion de procéder au réexamen de la demande du syndicat CGT des mineurs de A B et de prendre une nouvelle décision dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros au syndicat CGT des mineurs de A B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié au syndicat CGT des mineurs de A B et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
La rapporteure,Le président,
N. BARDADV. L'HÔTE
La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
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Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026