vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-1908061 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CABINET LONJON & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 novembre 2019 et le 17 juillet 2020, la SARL STGA, représentée par Me Colomb, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos au 31 mars 2013 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le service n'a pas tenu compte de ce que la cession a été réalisée sans garantie de passif au profit de l'acquéreur ;
- eu égard à la clientèle de la société STGL, il n'y a pas lieu d'appliquer à la valeur du fonds un coefficient de valorisation de 3 % ;
- l'administration n'a pas tenu compte de l'impact du départ de l'associé minoritaire de la société STGL sur la valeur de la société ;
- la valeur de productivité ne tient pas compte du particularisme de l'activité de l'entreprise STGL et des primes de risque ;
- l'administration aurait dû retenir une méthode de valorisation par un multiple du résultat après impôt.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2020, la directrice de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la SARL STGA ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Heintz, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique,
- et les observations de Me Colomb, représentant la SARL STGA.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL STGA, qui exerce une activité d'entreprise générale dans le domaine du bâtiment et des travaux publics, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er avril 2012 au 31 mars 2015. Le service a alors constaté que par acte du 9 novembre 2012, la société STGA avait acquis 4 999 parts de la société STGL auprès de M. A pour 500 000 euros. L'administration fiscale a estimé que le prix des titres de la société STGL avait été délibérément minoré et a réintégré le montant de la libéralité dans le résultat imposable de la société STGA. Aussi, le 20 juillet 2016, l'administration a émis une proposition de rectification à l'intention de la société STGA en matière d'impôt sur les sociétés. Le 23 septembre 2016, la société a formulé des observations et, par un courrier du 19 octobre 2016, l'administration l'a informée du maintien des rectifications. La SARL STGA a alors saisi la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires qui, à l'issue de sa séance du 1er octobre 2018, a émis un avis favorable au maintien des rectifications. Le rappel d'impôt sur les sociétés a été mis en recouvrement le 28 février 2019. Le 25 juillet 2019, la société STGA a formé une réclamation contre ce rappel, qui a été rejetée par une décision du 26 septembre 2019. Par sa requête, la société STGA demande au tribunal de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos au 31 mars 2013.
2. D'une part, la valeur vénale des titres d'une société non admise à la négociation sur un marché réglementé doit être appréciée compte tenu de tous les éléments dont l'ensemble permet d'obtenir un chiffre aussi voisin que possible de celui qu'aurait entraîné le jeu normal de l'offre et de la demande à la date où la cession est intervenue. L'évaluation des titres d'une telle société doit être effectuée, par priorité, par référence au prix d'autres transactions intervenues dans des conditions équivalentes et portant sur les titres de la même société ou, à défaut, de sociétés similaires. En l'absence de telles transactions, celle-ci peut légalement se fonder sur la combinaison de plusieurs méthodes alternatives.
3. D'autre part, aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt, diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés () ". Aux termes de l'article 38 quinquies de l'annexe III au même code : " Les immobilisations sont inscrites au bilan pour leur valeur d'origine. / Cette valeur d'origine s'entend : / a. Pour les immobilisations acquises à titre onéreux par l'entreprise, du coût d'acquisition (). / b. Pour les immobilisations acquises à titre gratuit, de la valeur vénale () ". Il résulte de ces dernières dispositions que, dans le cas où le prix de l'acquisition d'une immobilisation a été volontairement minoré par les parties pour dissimuler une libéralité faite par le vendeur à l'acquéreur, l'administration est fondée à corriger la valeur d'origine de l'immobilisation, comptabilisée par l'entreprise acquéreuse pour son prix d'acquisition, pour y substituer sa valeur vénale, augmentant ainsi son actif net dans la mesure de l'acquisition faite à titre gratuit. Lorsqu'une société bénéficie d'un apport ou d'une acquisition pour une valeur que les parties ont délibérément minorée par rapport à la valeur vénale de l'objet de la transaction, sans que cet écart de prix ne comporte de contrepartie, l'avantage ainsi octroyé doit être regardé comme une libéralité consentie à cette société. La preuve d'une telle libéralité doit être regardée comme apportée par l'administration lorsqu'est établie l'existence, d'une part, d'un écart significatif entre le prix convenu et la valeur vénale du bien apporté ou acquis et, d'autre part, d'une intention, pour l'apporteur ou le vendeur d'octroyer, et, pour la société bénéficiaire, de recevoir une libéralité du fait des conditions de l'apport. Cette intention est présumée lorsque les parties sont en relation d'intérêts. Le juge apprécie le caractère significatif de l'écart entre le prix de cession et la valeur vénale des titres de société compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
4. Il résulte de l'instruction qu'au cours de la vérification de la comptabilité de la société STGA, le service a relevé que cette dernière avait acquis auprès de M. A 4 999 titres non côtés de la société STGL, pour un prix de 500 000 euros fondé sur un prix unitaire des titres de 100 euros. Estimant que le prix des titres de la société STGL avait été délibérément minoré, l'administration a procédé à une évaluation de ces titres en retenant une valeur vénale unitaire de 154 euros et un montant total du coût d'acquisition de 769 846 euros. L'administration, pour estimer la valeur des titres de la société STGL, s'est fondée d'une part, sur leur valeur mathématique, qui a été calculée après revalorisation du fonds de commerce, d'autre part, sur la valeur de productivité, la valeur vénale unitaire des titres ayant ensuite été déterminée en pondérant les différentes valeurs et en appliquant une décote de 10 % pour non-liquidité des titres.
5. En premier lieu, si la SARL STGA soutient que, pour la détermination de la valeur patrimoniale de la société STGL, l'administration aurait dû prendre en compte le fait que la cession a été conclue sans garantie de passif, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que les parties auraient entendu minorer le prix de vente des parts de la société STGL en contrepartie de l'absence de clause de garantie de passif au profit de l'acquéreur, d'autant qu'étant déjà associée majoritaire de cette société, la SARL STGA n'en ignorait pas la situation financière. L'administration n'était donc pas tenue de tenir compte d'une telle circonstance pour fixer la valeur vénale des titres. Par suite, ce moyen doit être écarté.
6. En deuxième lieu, la société STGA soutient que compte tenu de la clientèle de la société STGL, l'administration a appliqué à tort une valeur du fonds de commerce de 3 % sur le chiffre d'affaires toutes taxes comprises de la société STGL. Cependant, la requérante ne fait valoir aucun élément précis, notamment quant à la nature et à la consistance de la clientèle de la société STGL, justifiant que la valeur nette comptable de l'entreprise ne soit pas corrigée de la valeur des éléments incorporels tels que le fonds de commerce. En outre, il résulte de l'instruction que le taux de 3 % correspond à la valeur basse proposée par le guide d'évaluation des entreprises et des titres de sociétés, élaboré par la direction générale des finances publiques, qui précise que pour les fonds d'industrie la valeur du fond est obtenue en appliquant au chiffre d'affaires toutes taxes comprises un coefficient compris entre 3 et 18 %. Ce moyen est dès lors écarté.
7. En troisième lieu, la requérante fait valoir que l'administration aurait dû prendre en compte, lors de la détermination de la valeur de productivité, la circonstance que le départ d'un associé minoritaire, M. A, aurait un impact sur la valeur de la société, compte tenu de la part d'intuitu personae existant entre chacun des associés et la clientèle. Toutefois, il résulte de l'instruction, en particulier de la proposition de rectification du 20 juillet 2016, que la cession des parts de M. A dans la société STGL a été décidée en raison de son manque de disponibilité dans la société. En outre, la société requérante ne produit aucun élément de nature à démontrer l'impact allégué du départ de M. A sur la valeur des titres cédés, que ce soit dans son principe ou dans son quantum. Dans ces circonstances, la SARL STGA n'est pas fondée à soutenir que la valeur de productivité de la société STGL aurait dû être minorée pour ce motif. Ce moyen ne peut donc qu'être écarté.
8. En quatrième lieu, la société STGA soutient aussi que le taux de productivité retenu par l'administration ne tient pas compte du particularisme de l'activité de l'entreprise cédée et des primes de risque. Il résulte de l'instruction que l'administration a retenu un taux de productivité de 5,28 % déterminé à partir, d'une part, d'un taux de base qui correspond au taux de rendement des obligations garanties par l'Etat diminué du taux d'inflation, d'autre part, de la prime de risque observée sur le marché français de 5 %, enfin d'un coefficient de risque propre à l'entreprise de 0,8. Or, la requérante, qui n'a produit aucun élément quant à la réalité de l'activité de la société STGL, ne conteste pas utilement le fait que le taux de productivité retenu par l'administration est conforme à ceux habituellement appliqués dans des cas similaires, ni comme elle le soutient qu'il serait dénué de tout fondement. Ce moyen doit donc être écarté.
9. En cinquième lieu, si la société STGA fait valoir que l'administration aurait dû appliquer la méthode de valorisation par un multiple du résultat après impôt, elle ne conteste pas que cette méthode a nécessairement pour effet de minorer l'évaluation de la valeur patrimoniale de la société. Par suite, ce moyen doit être écarté.
10. En dernier lieu, l'écart entre la valeur de cession des titres et leur valeur vénale mentionnées ci-dessus étant significatif, et en l'absence de tout élément de nature à renverser la présomption mentionné au point 3, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de l'intention libérale des parties eu égard au fait que les modalités de fixation du prix retenues par les associés n'ont tenu compte que des bénéfices passés de l'entreprise STGL sans prendre en compte la capacité de la société cédée à dégager des bénéfices après la cession.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la société STGA aux fins de décharge des rappels d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL STGA est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié la SARL STGA et à la directrice de contrôle fiscal Centre-Est.
Délibéré après l'audience du 9 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
Le rapporteur,
M. HEINTZ
Le président,
V. L'HÔTE La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026