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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1908475

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1908475

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1908475
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantPOUSSARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2019 au greffe du tribunal administratif de Lyon et transmise par ordonnance du 13 janvier 2020 au tribunal administratif de Grenoble, Mme B C, représentée par Me Poussard, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 et 2014, et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la SARL La Sainte Russie a fait l'objet d'un contrôle inopiné au cours duquel elle a été interrogée, a été amenée à produire des pièces et au cours duquel l'administration fiscale a transféré des fichiers comptables, alors que le contrôle inopiné ne permet que des constatations matérielles ;

- le rejet de la comptabilité de la SARL La Sainte Russie est injustifié, dès lors que l'établissement d'un ticket Z n'est pas obligatoire ;

- elle a été privée de son droit à bénéficier d'un recours hiérarchique, en méconnaissance du principe général du droit d'accès à ce recours ;

- l'administration fiscale n'apporte pas la preuve de l'appréhension des sommes qualifiées de distributions occultes, alors qu'elle a réellement réalisé des trajets professionnels qui doivent être déduits des charges, qu'elle n'a jamais reçu le paiement de remboursement de frais de transport et qu'elle n'a déclaré aucune indemnité kilométrique, les sommes déduites constituant des frais de fonctionnement de la SARL La Sainte Russie ;

- elle est gérante non associée de la SARL La Sainte Russie et est rémunérée par le versement d'un salaire de sorte qu'elle ne peut être bénéficiaire d'un revenu distribué du fait d'une inscription en compte courant, l'administration fiscale ne démontrant pas que la société aurait déboursé des sommes à son profit ni que les sommes ne constitueraient pas des charges ;

- les pénalités doivent être déchargées dès lors qu'aucun manquement à ses obligations déclaratives n'a été commise par ses soins.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2019, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le tribunal administratif de Lyon est territorialement incompétent pour statuer sur la requête de Mme C, dont les impôts ont été établis dans le département de l'Isère.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2020, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il sollicite une substitution de base légale s'agissant de l'imposition de la somme de 4 828 euros pour l'année 2013 et de celle de 5 962 euros pour l'année 2014, Mme C pouvant être imposée sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts en lieu et place du c de l'article 111 du même code ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par lettre du 7 mai 2021, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, l'instruction est susceptible d'être close le 5 juillet 2021, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 19 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère,

- et les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C est gérante non associée de la SARL La Sainte Russie, dont l'objet est l'exploitation d'un restaurant traditionnel russe, et qui a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014. Elle a été destinataire d'une proposition de rectification tirant les conséquences des rehaussements notifiés à la SARL La Sainte Russie sur son imposition personnelle. Sa dernière réclamation préalable ayant fait l'objet d'une décision de rejet, elle demande au tribunal la décharge des impositions supplémentaires auxquelles elle a été assujettie.

Sur la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, en raison du principe d'indépendance des procédures, les irrégularités de la procédure de contrôle inopiné menée à l'égard de la SARL La Sainte Russie en application de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales, à les supposer établies, sont sans incidence sur l'imposition personnelle de Mme C.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales, dans sa version applicable au présent litige : " L'administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et redevances. / () / Les dispositions contenues dans la charte des droits et obligations du contribuable vérifié mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 47 sont opposables à l'administration ". La garantie de procédure tenant à la faculté pour le contribuable de former un recours hiérarchique, instituée par la charte des droits et obligations du contribuable vérifié mentionnée à l'article L. 10 du livre des procédures fiscales, ne peut être invoquée que dans le cadre d'un litige consécutif aux procédures de vérification de comptabilité et d'examen d'ensemble de la situation fiscale personnelle prévues aux articles L. 12 et L. 13 de ce livre.

4. D'une part, les impositions contestées par Mme C ont été mises à sa charge dans le cadre d'un contrôle sur pièces, et pour tirer les conséquences des constatations opérées à la suite du contrôle inopiné dont a fait l'objet la SARL La Sainte Russie. Ainsi, Mme C ne peut se prévaloir des dispositions précitées en ce qui concerne son imposition personnelle. D'autre part, il résulte de l'instruction que Mme C a sollicité un recours hiérarchique devant l'administration fiscale, sans toutefois déposer de recours administratif écrit exposant les motifs de sa contestation. Dès lors qu'elle n'a pas déposé un tel recours comme il lui appartenait de le faire, elle ne peut utilement soutenir qu'elle aurait été privée du principe général du droit d'accès à un recours administratif préalable. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

5. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / () ".

6. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification adressée à Mme C a été retournée à l'administration fiscale avec la mention " pli avisé et non réclamé ", la requérante ne contestant pas qu'elle doit être regardée comme ayant disposé de ce document. Aucune observation n'ayant été présentée par la requérante suite à la présentation de cette proposition de rectification, Mme C supporte la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions supplémentaires mises à sa charge.

En ce qui concerne le rejet de la comptabilité :

7. Il résulte de l'instruction que les rectifications notifiées à Mme C, qui constituent des revenus distribués, ne trouvent pas leur fondement dans le montant rectifié des recettes de la SARL La Sainte Russie, mais dans l'identification de montants appréhendés par la requérante. Ces chefs de redressement étant indépendants du rejet de la comptabilité de la société, Mme C ne peut utilement se prévaloir du caractère erroné de ce rejet au soutien de ses prétentions.

En ce qui concerne les revenus distribués :

8. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () / c. Les rémunérations et avantages occultes ; / () ". Aux termes de l'article 109 du même code : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / () ". Il résulte de l'article 111 du code général des impôts que l'administration est réputée apporter la preuve que des distributions occultes ont été appréhendées par la personne qui est, dans la société dont des revenus ont été regardés comme distribués, le maître de l'affaire. En outre, la qualité de seul maître de l'affaire suffit à regarder le contribuable comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.

S'agissant des indemnités kilométriques :

9. Il résulte de l'instruction que la SARL La Sainte Russie a enregistré en charges des indemnités kilométriques pour un montant de 7 125 euros au titre de l'exercice clos en 2013 et de 8 270 euros au titre de l'exercice clos en 2014. Aucun justificatif n'a été produit malgré les demandes en ce sens formulées par l'administration fiscale. Cette dernière a toutefois identifié des déplacements professionnels concernant des achats de marchandises auprès des fournisseurs de la société. Après avoir relevé les distances kilométriques séparant le restaurant de ces fournisseurs, l'administration fiscale a admis la prise en compte des sommes de 2 297 euros au titre de l'exercice clos en 2013 et de 2 308 euros au titre de l'exercice clos en 2014, soit un rehaussement en base de 4 828 euros au titre de l'année 2013 et de 5 962 euros au titre de l'année 2014. Ces sommes ont été créditées sur le compte courant de Mme C ouvert dans les comptes de la société au titre de l'utilisation professionnelle de véhicules personnels. L'administration fiscale les a qualifiées d'avantages occultes sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts et les a imposées à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

10. Dans son mémoire en défense, l'administration, qui est en droit à tout moment de la procédure, de donner à des impositions contestées une nouvelle base légale qui les justifie dès lors que cette substitution peut être faite sans priver le contribuable des garanties qui lui sont reconnues en matière de procédure d'imposition, demande à ce que ces revenus de capitaux mobiliers soient imposés sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Elle soutient que Mme C, gérante de la société, dispose seule de sa direction effective, de sorte qu'elle doit être considérée comme le maître de l'affaire. En réplique, Mme C ne conteste pas qu'eu égard au pouvoir de direction et de contrôle qu'elle avait sur la société en sa qualité de gérante, elle a été regardée à bon droit comme seule maître de l'affaire. Par suite, il y a lieu de faire droit à la substitution de base légale sollicitée.

11. Mme C soutient que les sommes qualifiées de revenus distribués constituent de simples charges de fonctionnement de la société, dont elle n'a jamais sollicité ni obtenu le remboursement. Elle fait valoir que n'étant pas associée de la société, elle ne peut disposer d'un compte courant d'associé dans les comptes de la SARL La Sainte Russie. Toutefois, elle ne produit aucun élément de nature à remettre en cause l'affirmation de l'administration fiscale selon laquelle elle a effectivement bénéficié d'un compte libellé à son nom et ouvert dans les comptes de la SARL La Sainte Russie, de sorte que les sommes portées au crédit de ce compte doivent être regardées comme ayant été mises à sa disposition et, par suite, appréhendées par elle. Ainsi, elle n'est pas fondée à soutenir qu'aucun remboursement des frais kilométriques ne serait intervenu.

S'agissant des sommes portées au crédit du compte " débiteurs et créditeurs divers " ouvert au nom de Mme C :

12. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a relevé que la société La Sainte Russie avait enregistré diverses opérations dans le compte " débiteurs et créditeurs divers " ouvert au nom de Mme C, le solde créditeur de ce compte s'élevant à 20 519 euros au titre de l'exercice clos en 2013 et à 22 441 euros au titre de l'exercice clos en 2014. Le libellé des écritures enregistrées correspondait à diverses charges sociales et fiscales. Lors des opérations de contrôle de la société, Mme C a affirmé que toutes les charges dues par l'entreprise étaient réglées uniquement par le compte bancaire de celle-ci, les écritures portées au crédit du compte " débiteurs et créditeurs divers " ouvert en son nom n'étant pas fondées. Cette affirmation a été, selon l'administration fiscale, confortée par les éléments issus du contrôle de la SARL La Sainte Russie, à savoir les écritures bancaires, le tableau des paiements des taxes sur la valeur ajoutée et de l'impôt sur les sociétés ainsi que des paiements de l'URSSAF. Par suite, l'administration fiscale a considéré que le solde créditeur de ce compte devait être regardé comme ayant été distribué à Mme C, qualifiée de maître de l'affaire, au titre des deux années en litige, sur le fondement des dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts.

13. En premier lieu, si Mme C fait valoir qu'elle n'est pas associée de la SARL La Sainte Russie, de sorte qu'elle ne peut disposer d'un compte courant d'associé dans les comptes de cette société, il résulte de ce qui a été dit au point 11 que le compte crédité est un compte " débiteurs et créditeurs divers " ouvert au nom de la requérante. Par suite, le moyen doit être écarté.

14. En second lieu, si la requérante se prévaut de la circonstance que les libellés des écritures permettent d'identifier qu'il s'agit de sommes dont la SARL La Sainte Russie serait réellement redevable, il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'il a été constaté que la société payait elle-même ces charges, de sorte que rien ne justifie de l'inscription de ces sommes au crédit du compte " débiteurs et créditeurs divers " ouvert au nom de Mme C. En outre, Mme C ne conteste pas bénéficier au sein de la SARL La Sainte Russie de la maîtrise de l'affaire. Dans ces circonstances, Mme C n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause la présomption de distribution des sommes portées au crédit du compte susvisé entre ses mains.

Sur les pénalités :

15. Aux termes de l'article 1758 A du code général des impôts : " I. - Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits supplémentaires ou de la créance indue. / () ".

16. Mme C se borne à contester les pénalités au motif qu'elle n'aurait commis aucun manquement à ses obligations déclaratives. Toutefois, il est constant que les rectifications litigieuses résultent d'une omission de déclaration de revenus taxables à l'impôt sur le revenu et ayant eu pour effet de minorer l'impôt dû. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration fiscale a fait application de la majoration de 10 % prévue par le I de l'article 1758 A du code général des impôts.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.

La rapporteure,

M. D'ELBREIL

Le président,

V. L'HÔTE La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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