jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2000696 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | JURISOPHIA SAVOIE - AIX LES BAINS ET ANNECY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 31 janvier 2020 et le 9 mars 2023, la SARL E.P.S. (Expertise Poteaux Sécurité), représentée par Me Crosnier-Martel, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des suppléments de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur les sociétés mis à sa charge au titre de la période du 1er décembre 2013 au 31 décembre 2016 ainsi que la décharge des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
3°) de prononcer la jonction de la présente affaire avec celle enregistrée sous le numéro 2005729.
Elle soutient que :
- la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires encaissé employée par l'administration est nécessairement viciée et engendre des incohérences faute d'avoir procédé opération par opération ; l'absence de chemin de révision n'est pas un obstacle à la vérification du chiffre d'affaires encaissé et la charge de la preuve incombe à l'administration ;
- les rappels de taxe sur la valeur ajoutée étant mal fondés, les rappels d'impôt sur les sociétés correspondant à ces rappels le sont également ;
- selon le BOI-RSA-BASE-20-20 n° 220 à 240 opposable sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, l'avantage en nature est égal à 40 % du coût global annuel pour un véhicule loué ;
- la motivation de la proposition de rectification est insuffisante en ce qui concerne la réintégration des avantages en nature au résultat de la société puisque l'administration qui supporte la charge de la preuve n'établit pas que l'avantage en nature ne correspondrait pas à un travail effectif ou qu'il constituerait un avantage excessif par rapport au service rendu ;
- l'application des majorations de 40 % n'est pas fondée car la société EPS est une personne distincte de la société Rea Immo et qu'il est faux de dire que les insuffisances de taxe sur la valeur ajoutée auraient un caractère répété, la précédente vérification de la société s'étant conclue sans rectification.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 juillet 2020, la direction de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Journé, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL E.P.S (expertise poteaux sécurité) qui exerce une activité d'entretien des poteaux appartenant à la société Orange, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er décembre 2013 au 31 décembre 2016 à l'issue de laquelle elle a été assujettie à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur les sociétés assortis de majorations pour manquement délibéré. Par une décision du 16 décembre 2019, l'administration a admis partiellement la réclamation de la société présentée le 25 juin 2019. La SARL E.P.S demande, dans la présente instance, la décharge des suppléments de droits et des pénalités restant en litige.
Sur la taxe sur la valeur ajoutée :
2. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. II. 1° Est considéré comme livraison d'un bien, le transfert du pouvoir de disposer d'un bien corporel comme un propriétaire () ". Aux termes du 2. de l'article 269 du même code: " La taxe est exigible : () c) Pour les prestations de services () lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits. () "
3. Il résulte de l'instruction que la comptabilité de la société E.P.S faisait apparaître au 31 décembre 2016, date de clôture de la période vérifiée, une dette de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 63 566,18 euros inscrite dans un compte de " TVA à régulariser ". Pour vérifier les montants de taxe sur la valeur ajoutée déclarés par la société, l'administration a déterminé à partir des données comptables de l'entreprise, le chiffre d'affaires encaissé par taux d'imposition et par année, puis comparé pour chaque année contrôlée la taxe exigible et la taxe déclarée. Après déduction des montants régularisés spontanément par la société au cours de la période contrôlée, l'insuffisance de taxe sur la valeur ajoutée collectée s'élève à la somme de 63 567 euros au 31 décembre 2016, somme identique à la dette de taxe sur la valeur ajoutée à régulariser inscrite en comptabilité à la même date. La société qui se borne à faire valoir que la méthode de reconstitution de l'administration est insuffisamment précise, ne conteste pas que la taxe sur la valeur ajoutée à régulariser qu'elle a elle-même inscrite en comptabilité correspond à une insuffisance de taxe déclarée. Elle ne conteste pas non plus les lacunes des fichiers des écritures comptables pointées par l'administration lors du contrôle et ne peut, dans ces conditions, utilement reprocher à l'administration de ne pas avoir reconstitué le chiffre d'affaires opération par opération. Par suite, c'est à bon droit qu'elle a été assujettie à un rappel de 63 567 euros au titre de la période vérifiée.
Sur l'impôt sur les sociétés :
4. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () " Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées.
5. La proposition de rectification du 17 novembre 2017 mentionne les textes dont l'administration a fait application ainsi que la catégorie d'imposition. Elle détaille les motifs de fait fondant les rectifications et précise le montant des rehaussements pour chacune des années concernées. Par suite, elle est suffisamment motivée. Si la société requérante reproche à l'administration de ne pas établir dans ce document que l'avantage en nature ne correspondrait pas à un travail effectif ou qu'il constituerait un avantage excessif par rapport au service rendu, une telle critique visant le bien-fondé de l'imposition est insusceptible d'entacher d'irrégularité la procédure d'imposition.
6. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que le moyen tiré de ce que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée étant mal fondés, les rappels en matière d'impôt sur les sociétés le sont également, ne peut qu'être écarté.
7. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. / Toutefois les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Cette disposition s'applique à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris les indemnités, allocations, avantages en nature et remboursements de frais () ". Aux termes de l'article 54 bis du même code : " Les contribuables visés à l'article 53 A () doivent obligatoirement inscrire en comptabilité, sous une forme explicite, la nature et la valeur des avantages en nature accordés à leur personnel. "
8. Il résulte de l'instruction, et notamment des faits décrits dans la proposition de rectification du 17 novembre 2017, que la société E.P.S a déduit de ses résultats l'intégralité des frais de location de véhicules mis à la disposition de son gérant, y compris les frais d'entretien, de carburant et d'assurance, sans faire apparaître en comptabilité, la part de ces charges correspondant à l'usage personnel de ces véhicules par M. A. Ainsi, en l'absence de comptabilisation explicite des avantages alloués à son gérant, les charges correspondant à l'usage personnel des véhicules mis à la disposition du gérant ne peuvent être regardées comme des rémunérations régulièrement allouées à ce dernier et ont pu valablement être réintégrées dans les résultats de la société.
9. M. A ayant admis lors du contrôle avoir utilisé les véhicules de la société pour son usage personnel à hauteur de 50 %, l'administration a réintégré la moitié des charges afférentes à ces véhicules, déduites au cours de la période vérifiée.
10. La société qui conteste le pourcentage retenu par l'administration est seule en mesure d'établir qu'il serait erroné. En outre, elle ne peut se prévaloir sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des paragraphes 220 et 240 du BOI-RSA-BASE-20-20, autorisant une évaluation forfaitaire de l'avantage en nature " sur option de l'employeur " alors qu'elle n'a déclaré aucun avantage en nature.
Sur les pénalités :
11. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
12. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la société a insuffisamment collecté la taxe exigible au cours de la période vérifiée et a isolé le montant de taxe sur la valeur ajoutée à régulariser dans un compte dédié. Ces éléments et l'importance du montant éludé suffisent à établir l'intention de la société de ne pas déclarer la taxe sur la valeur ajoutée à hauteur de 63567 euros au titre de la période vérifiée. Par suite, la circonstance que l'administration a, à tort, visé dans la proposition de rectification l'existence d'un précédent contrôle d'une société tierce est sans incidence sur la majoration appliquée à ce rappel.
13. Eu égard à l'importance des sommes déduites à tort et au caractère répété de cette opération qui concerne les trois exercices vérifiés, l'administration a pu valablement assortir les suppléments d'impôt sur les sociétés d'une majoration de 40%.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par la SARL E.P.S doivent être rejetées ainsi que les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de la société E.P.S est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à la SARL E.P.S. (Expertise Poteaux Sécurité) et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction de contrôle fiscal Centre-Est.
Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme B et Mme C, assesseurs.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
Le rapporteur,
C. B
Le président,
T. Pfauwadel
La greffière,
L. Rouyer
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026