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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2000886

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2000886

mercredi 5 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2000886
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELARL JURISOPHIA HERY SUR ALBY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 février 2020 et 12 mai 2023, l'association Andilly Loisirs, représentée par la SELARL Jurisophia, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013 et 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la gestion de l'association Andilly Loisirs est désintéressée ;

- le caractère désintéressé de l'Association n'est pas remis en cause ;

- les activités des " Grandes Médiévales d'Andilly " ne concurrencent aucune entreprise du secteur lucratif et elle n'est pas prépondérante au sein de l'association ;

- les dirigeants de l'association ne sont pas rémunérés et aucune distribution d'excédents n'est effectuée en faveur des tiers ;

- l'administration procède à une interprétation erronée de la doctrine administrative ;

- les " Grandes Médiévales d'Andilly " sont exonérées sur le fondement du 5° du 1. de l'article 207 du code général des impôts ;

- c'est uniquement lorsque l'activité d'un organisme concurrence une entreprise du secteur lucratif qu'il convient d'examiner l'affectation des excédents ;

- le fait que la gestion de l'association soit désintéressée suffit à l'exonérer de tout impôt commercial ;

- quand bien même sa gestion serait intéressée, l'activité " Grandes Médiévales d'Andilly " ne concurrence aucune entreprise ;

- la gestion de l'association n'apparaît pas intéressée au sens de la doctrine administrative BOI-IS-CHAMP-10-50-10-20 § 630 ;

- la notion de distribution implique qu'elle soit réalisée hors de l'association et au profit de personnes physiques, ce qui n'est pas le cas de l'association ;

- le paragraphe 630 de la doctrine prévoit que les excédents ne doivent pas bénéficier aux dirigeants ou salariés, ce qui n'est pas le cas de l'association ;

- la gestion est désintéressée lorsque les excédents sont affectés aux opérations liées à l'objet social ;

- les " Grandes Médiévales d'Andilly " se déroulant 5 jours par an avec la présence de plus de mille bénévoles, cette activité n'est pas prépondérante par rapport aux autres activités de l'association ;

- en vertu de la doctrine administrative BOI-IS-CHAMP-30-70, § 90 à 150, les " Grandes Médiévales d'Andilly " sont exonérées à raison de leur activité sur le fondement du 5° du 1 de l'article 207 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juin 2020, la directrice de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère,

- les conclusions de Mme d'Elbreil, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. L'association Andilly Loisirs, régie par la loi du 1er juillet 1901, située à Andilly (Haute-Savoie), a pour objet statutaire l'organisation des loisirs des habitants, l'entretien des liens d'amitié et l'animation des fêtes publiques. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, selon la procédure contradictoire, portant sur la période du 1er février 2011 au 31 janvier 2014. A l'issue des opérations de contrôle, elle a été assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des exercices clos au 31 janvier 2013 et au 31 janvier 2014. L'association Andilly Loisirs demande la décharge de ces impositions.

Sur le principe de l'assujettissement aux impôts commerciaux :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. En premier lieu, aux termes du 1 bis de l'article 206 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " () ne sont pas passibles de l'impôt sur les sociétés prévu au 1 les associations régies par la loi du 1er juillet 1901 () dont la gestion est désintéressée, lorsque leurs activités non lucratives restent significativement prépondérantes et le montant de leurs recettes d'exploitation encaissées au cours de l'année civile au titre de leurs activités lucratives n'excède pas 60 000 €. () ". Aux termes de l'article 207 du même code : " 1. Sont exonérés de l'impôt sur les sociétés : / () / 5° Les bénéfices réalisés par des associations sans but lucratif régies par la loi du 1er juillet 1901 organisant, avec le concours des communes ou des départements, des foires, expositions, réunions sportives et autres manifestations publiques, correspondant à l'objet défini par leurs statuts et présentant, du point de vue économique, un intérêt certain pour la commune ou la région ; () ".

3. Aux termes de l'article 261 du code général des impôts : " Sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée : / () / 7. (Organismes d'utilité générale) : / () / b. Les opérations faites au bénéfice de toutes personnes par des œuvres sans but lucratif qui présentent un caractère social ou philanthropique et dont la gestion est désintéressée, lorsque les prix pratiqués ont été homologués par l'autorité publique ou que des opérations analogues ne sont pas couramment réalisées à des prix comparables par des entreprises commerciales, en raison notamment du concours désintéressé des membres de ces organismes ou des contributions publiques ou privées dont ils bénéficient ; / () / d. le caractère désintéressé de la gestion résulte de la réunion des conditions ci-après : / L'organisme doit, en principe, être géré et administré à titre bénévole par des personnes n'ayant elles-mêmes, ou par personne interposée, aucun intérêt direct ou indirect dans les résultats de l'exploitation. () / Toutefois, lorsqu'une association régie par la loi du 1er juillet 1901 () décide que l'exercice des fonctions dévolues à ses dirigeants justifie le versement d'une rémunération, le caractère désintéressé de sa gestion n'est pas remis en cause si ses statuts et ses modalités de fonctionnement assurent sa transparence financière, l'élection régulière et périodique de ses dirigeants, le contrôle effectif de sa gestion par ses membres et l'adéquation de la rémunération aux sujétions effectivement imposées aux dirigeants concernés ; cette disposition s'applique dans les conditions suivantes : / () / l'organisme ne doit procéder à aucune distribution directe ou indirecte de bénéfice, sous quelque forme que ce soit ; () ".

4. En application de ces dispositions, les associations ne sont exonérées de l'impôt sur les sociétés et de la taxe sur la valeur ajoutée que si, d'une part, leur gestion présente un caractère désintéressé, et, d'autre part, les services qu'elles rendent ne sont pas offerts en concurrence dans la même zone géographique d'attraction avec ceux proposés au même public par des entreprises commerciales exerçant une activité identique. Toutefois, même dans le cas où l'association intervient dans un domaine d'activité et dans un secteur géographique où existent des entreprises commerciales, elle reste exclue du champ de l'impôt sur les sociétés et continue de bénéficier de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée si elle exerce son activité dans des conditions différentes de celles des entreprises commerciales, soit en répondant à certains besoins insuffisamment satisfaits par le marché, soit en s'adressant à un public qui ne peut normalement accéder aux services offerts par les entreprises commerciales, notamment en pratiquant des prix inférieurs à ceux du secteur concurrentiel et à tout le moins, des tarifs modulés en fonction de la situation des bénéficiaires, sous réserve de ne pas recourir à des méthodes commerciales excédant les besoins de l'information du public sur les services qu'elle offre.

5. Pour refuser à la gestion de l'association requérante un caractère désintéressé et la qualifier d'association à caractère lucratif, l'administration a relevé, dans la proposition de rectification du 8 juin 2016, que les excédents de trésorerie générés par la manifestation " Les Grandes Médiévales d'Andilly ", relevant du secteur non lucratif de l'association, ont essentiellement financé des activités lucratives.

6. Selon l'article 2 de ses statuts, l'association Andilly Loisirs " a pour but la promotion du patrimoine naturel et architectural local, le développement touristique et social économique local et régional, la création d'un lieu de sociabilité, d'atelier pédagogique et d'un espace familial de détente, plaisir et découverte. L'association participe également à la création et à la diffusion de la culture, des arts plastiques et spectacle vivant. L'association pourra être amenée, ultérieurement, à créer une activité commerciale et artisanale dans son cadre de développement ".

7. Il résulte de l'instruction que l'association avait d'une part, soumis aux impôts commerciaux un secteur lucratif composé de parcs à thème " Le Hameau du père A ", le " Tout petit pays ", " le parc des Epouvantails " et l'activité de location de costumes et d'autre part, exclut des impôts commerciaux, un secteur non lucratif comportant des activités sociales, des activités associatives et la manifestation " Les Grandes Médiévales d'Andilly ". Le service a constaté que la capacité d'autofinancement des activités lucratives de l'association pour les exercices vérifiés, calculée à l'aide des soldes intermédiaires de gestion de chaque activité, les disponibilités bancaires au 1er février 2011, les emprunts souscrits et les subventions reçues au cours de chaque exercice pour l'ensemble des activités lucratives, montrait que l'association effectuait des investissements pour le secteur lucratif qui n'étaient pas entièrement financés par ce secteur. Il a relevé que l'association Andilly Loisirs ne disposait pas de comptes bancaires dédiés aux activités non lucratives et de comptes bancaires dédiés aux activités lucratives. L'administration a considéré que les fonds provenant des activités non lucratives, comme les " Grandes Médiévales d'Andilly ", pouvaient être indifféremment utilisés pour les activités lucratives et les activités non lucratives. Elle a ainsi considéré que les capacités financières du secteur lucratif n'avaient pas été suffisantes pour financer les investissements réalisés dans ce même secteur et que les excédents financiers du secteur non lucratif avaient été transférés pour partie au secteur lucratif. Le service a estimé que la gestion de l'association n'était pas désintéressée dans la mesure où les excédents réalisés sur les activités non lucratives n'étaient pas uniquement utilisés pour répondre aux besoins ou aux projets entrant dans l'activité non lucrative de l'association.

8. Par ailleurs, le service vérificateur a considéré que les activités lucratives et non lucratives de l'association étaient indissociables dans la mesure où les bénévoles de l'association intervenaient également sur les secteurs lucratifs tels que les parcs à thème " Le Hameau du père A " et " Le parc des Epouvantails ". L'administration a également relevé, en ce qui concerne les exercices vérifiés des années 2012, 2013 et 2014, que les recettes de chaque secteur d'activité permettaient de constater que le secteur non lucratif représentait une moyenne de 47,52 % des recettes totales et n'avait donc pas un caractère prépondérant au titre de la période vérifiée. Le service s'est livré à la même analyse pour les exercices 2008 et 2011 en notant que le secteur non lucratif représentait une moyenne de recettes de 46,78 % des recettes totales.

9. Il résulte de l'instruction, et en particulier de la proposition de rectification du 8 juin 2016, d'une part, que l'objet social de l'association requérante a été modifié en 2006, afin qu'elle puisse créer une activité commerciale et artisanale dans son cadre de développement et d'autre part, qu'elle a elle-même soumis aux impôts commerciaux les parcs à thème " Le Hameau du père A ", le " Tout petit pays ", " le parc des Epouvantails " et l'activité de location de costumes. Les excédents financiers en cause, s'ils ont été utilisés à des fins correspondant à l'objet de l'association, ont toutefois été affectés au secteur lucratif de l'association requérante. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a estimé que la gestion de l'association Andilly Loisirs ne pouvait être qualifiée de désintéressée au titre de la période vérifiée, le service ayant bien remis en cause la gestion désintéressée de l'association contrairement à ce que soutient la requérante.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une activité susceptible de concurrencer les entreprises du secteur lucratif, que l'association Andilly Loisirs n'est pas fondée à soutenir que sa gestion présente un caractère désintéressé.

11. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que la notion de distribution implique qu'elle soit réalisée hors de l'association et au profit de personnes physiques n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

12. En dernier lieu, l'association requérante n'apporte aucun élément établissant qu'elle puisse se prévaloir de l'exonération de l'impôt sur les sociétés prévue par le 5° du 1 de l'article 207 du code général des impôts ainsi qu'elle le prétend.

En ce qui concerne l'application de la doctrine administrative :

13. L'association Andilly Loisirs n'est pas fondée à se prévaloir des énonciations de la doctrine du 12 septembre 2012 BOI-IS-CHAMP-10-50-10-20 et BOI-IS-CHAMP-30-70 qui ne comportent aucune interprétation différente de celle qui résulte de la loi fiscale dont il a été fait application ni davantage à soutenir que l'administration aurait procédé à une interprétation erronée de la doctrine administrative.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de l'association Andilly Loisirs doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Andilly Loisirs est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association Andilly Loisirs et au directeur de contrôle fiscal Centre-Est.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2023.

La rapporteure,

N. BARDAD

Le président,

V. L'HÔTE La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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