vendredi 17 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2001022 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS GOFFIN VAN AKEN CLINT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 février 2020 et le 6 décembre 2022, M. et Mme D et A C, représentés par Me Goffin van Aken, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la restitution des prélèvements sociaux mis à leur charge au titre de l'année 2018 augmentés des intérêts moratoires ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils relevaient au moment de la cession du bien immobilier de la législation sociale anglaise, de sorte qu'ils ne pouvaient être assujettis aux prélèvements sociaux ;
- la loi dont il a été fait application est contraire au principe d'unicité de la législation sociale prévu par les dispositions de l'article 13 du règlement (CEE) n° 1408/71 du Conseil du 14 juin 1971 reprises à l'article 11 du règlement (CE) n° 883/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;
- ils sont fondés à solliciter l'application de l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 26 février 2015, Ministre de l'économie et des finances contre Gérard de Ruyter, n° C-623/13 et de l'article 24 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2016 ;
- en ce qui concerne les contributions et prélèvements sociaux affectés au fonds de solidarité vieillesse et à la caisse d'amortissement de la dette sociale, ils sont fondés à se prévaloir du même principe d'unicité de la législation sociale et de l'arrêt de la Cour de justice des communautés européennes du 15 février 2000 Commission contre France, n° C-169/98 ;
- en ce qui concerne la fraction du prélèvement social et la contribution additionnelle au prélèvement social affectés à la caisse nationale de solidarité pour l'autonomie, ils sont fondés à se prévaloir de l'arrêt de la cour de justice des communautés européennes du 21 février 2006 Hosse, n° C-286/03 et de la décision du Conseil d'Etat du 16 avril 2019, n° 423586.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2020, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au non-lieu à statuer à hauteur des sommes dégrevées en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir que :
- les sommes en litige ont été dégrevées à hauteur de la somme de 7 964 euros ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- la demande tendant au paiement des intérêts moratoires est irrecevable.
Par une ordonnance du 3 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (CEE) n° 1408/71 du Conseil du 14 juin 1971 ;
- le règlement (CE) n° 883/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 26 février 2015, Ministre de l'économie et des finances contre de Ruyter (C-623/13) ;
- la décision du Conseil d'Etat du 16 avril 2019, n° 423586 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère,
- et les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a cédé le 10 octobre 2018 un bien immobilier situé dans la commune d'Araches-La-Frasse (Haute-Savoie) pour un montant de 205 000 euros. Des prélèvements sociaux d'un montant de 9 012 euros ont été appliqués à la plus-value immobilière réalisée. Ces prélèvements ont été contestés par une réclamation préalable du 4 juin 2019, les requérants se prévalant de l'application à leur profit de la législation sociale anglaise. L'administration fiscale n'ayant pas répondu explicitement à cette contestation, M. et Mme C doivent être regardés comme demandant au tribunal de prononcer la décharge des prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 9 juillet 2020, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère a prononcé le dégrèvement de la somme de 7 964 euros au titre de l'année 2018, correspondant aux prélèvements sociaux autres que le prélèvement de solidarité de 2 %. Par suite, les conclusions de la requête sont, à concurrence de ce montant, devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur le surplus des conclusions relatif au prélèvement de solidarité de 2 % au titre de l'année 2018 :
3. Aux termes de l'article 11 du règlement (CE) du Parlement européen et du Conseil n°883/2004 du 29 avril 2004 portant sur la coordination des systèmes de sécurité sociale, reprenant le principe antérieurement posé par l'article 13 du règlement (CEE) n° 1408/71 du Conseil du 14 juin 1971 : "'1. Les personnes auxquelles le présent règlement est applicable ne sont soumises qu'à la législation d'un seul Etat membre. Cette législation est déterminée conformément aux dispositions du présent titre. / ()'".
4. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, et notamment de son arrêt du 26 février 2015, Ministre de l'économie et des finances contre Gérard de Ruyter (C-623/13), d'une part, que " la circonstance qu'un prélèvement soit qualifié d'impôt par une législation nationale n'exclut pas que, au regard du règlement n° 1408/71, ce même prélèvement puisse être regardé comme relevant du champ d'application de ce règlement ", y compris lorsque ce prélèvement est assis sur les revenus du patrimoine et produits de placement des personnes assujetties, indépendamment de l'exercice par ces dernières de toute activité professionnelle, d'autre part, que " l'élément déterminant aux fins de l'application du règlement n° 1408/71 réside dans le lien, direct et suffisamment pertinent, que doit présenter la disposition en cause avec les lois qui régissent les branches de sécurité sociale énumérées à l'article 4 du règlement n° 1408/71 ", " le critère déterminant étant celui de l'affectation spécifique d'une contribution au financement d'un régime de sécurité sociale ".
5. Aux termes de l'article 1600-0 S du code général des impôts, dans sa rédaction issue du V de l'article 28 de la loi n° 2017-1836 du 30 décembre 2017 de financement de la sécurité sociale pour 2018, en vigueur entre le 1er janvier et le 31 décembre 2018 : " I. - Il est institué : / () / 2° Un prélèvement de solidarité sur les produits de placement visés à l'article L. 136-7 du code de la sécurité sociale ; / () / III. - Le taux des prélèvements de solidarité mentionnés au I est fixé à 2 %. / IV. - Le produit des prélèvements de solidarité mentionnés au I est affecté à l'Etat ". Il résulte de ces dispositions, applicables aux faits générateurs intervenant à compter du 1er janvier 2018 en vertu du X de l'article 28 de cette loi du 30 décembre 2017, que, ainsi que l'a jugé le Conseil d'Etat au point 6 de sa décision n° 423586 du 16 avril 2019, le prélèvement qu'elles prévoient est spécifiquement affecté au budget général de l'Etat. Par ailleurs, si le législateur a prévu que le produit de ce prélèvement serait utilisé, en partie, pour financer l'indemnité compensatrice instituée par l'article 113 de la loi du 30 décembre 2017 de finances pour 2018 en vue de compenser, au bénéfice des agents publics civils et des militaires, à compter du 1er janvier 2018, les effets de la hausse du taux de la contribution sociale généralisée prévue à l'article 8 de cette même loi, cette circonstance ne permet pas, par elle-même, de regarder ce prélèvement comme contribuant au financement d'un régime de sécurité sociale, l'annexe 6 à la loi de financement de la sécurité sociale pour 2018 indiquant que le produit de ce prélèvement est, au titre de l'année 2018, affecté au budget général de l'Etat, de sorte que le prélèvement litigieux ne constitue plus " une imposition affectée à la sécurité sociale ".
6. Il résulte de ce qui précède que le prélèvement restant en litige n'entre pas dans le champ d'application du règlement du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 portant sur la coordination des systèmes de sécurité sociale. Par suite, M. et Mme C ne sont pas fondés à demander la décharge de ce prélèvement de solidarité au titre de l'année 2018.
Sur les intérêts moratoires :
7. En l'absence de litige né et actuel relatif à un refus de paiement des intérêts moratoires dus aux contribuables au titre de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, les conclusions de M. et Mme C tendant au paiement de ces intérêts sont sans objet et, par suite, irrecevables.
Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des requérants tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. et Mme C aux fins de décharge à concurrence du dégrèvement prononcé en cours d'instance pour un montant de 7 964 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D et A C et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
Mme Bardad, première conseillère,
Mme d'Elbreil, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.
La rapporteure,
M. D'ELBREIL
Le président,
V. L'HÔTE La greffière,
V. BARNIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026