mardi 12 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2001083 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELAS FIDAL - BUREAU DE LYON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 février 2020 et le 12 janvier 2021, la société Blampey, représentée par la SELAS Fidal, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commune de Chavanod a refusé de faire droit aux réclamations de la société Blampey présentées dans le cadre de l'établissement du décompte de son marché ;
2°) de condamner la commune de Chavanod à lui verser, outre " intérêts de retard de paiement ", " la somme de 20 900 euros HT " ;
3°) de condamner la commune de Chavanod à lui verser, outre " intérêts de retard de paiement ", une indemnité de 4 650 euros HT représentant des surcoûts générés par des travaux supplémentaires ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Chavanod la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Blampey soutient que :
- elle a présenté un mémoire en réclamation dans les délais et sa requête n'est pas tardive ;
- le délai contractuel d'exécution s'achevait au 30 octobre 2018, soit postérieurement à l'achèvement des travaux dont elle avait initialement la charge ; la commune ne saurait lui imputer un retard d'exécution pour des travaux supplémentaires ordonnés postérieurement à la date contractuelle de livraison ; les autres retards invoqués concernent de simples mises au point et ne sauraient faire regarder les travaux comme inachevés ; dès lors, les pénalités de retard ont été injustement portées au débit du solde de son marché, à hauteur de 16 250 euros ;
- l'encadrement des travaux supplémentaires ordonnés par la Commune a nécessité l'emploi d'un chargé d'affaires sur une période de 67 heures, dont elle demande à être indemnisée à hauteur de 4 650 euros ;
- " les intérêts résultant des retards de paiement sur les situations 4 et 5 courent ".
Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 septembre 2020 et le 4 mars 2021, la commune de Chavanod conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société Blampey au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Chavanod fait valoir que :
- la créance de la société Blampey est prescrite, puisque faute d'avoir émis des réserves dans le délai fixé à l'article 13.4.3 du CCAG travaux de 2009, le décompte général est devenu définitif ;
- à titre subsidiaire, les pénalités de retard sont fondées, à hauteur de 16 250 euros ;
- les travaux supplémentaires ont été intégralement payés sur le fondement de l'avenant n°1 au marché. La société Blampey ne justifie au surplus pas de la réalité des 67 heures de travail d'un chargé d'affaires qui auraient été générées par lesdits travaux supplémentaires.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle la Commune aurait refusé les réserves émises par la société Blampey sur le décompte général, puisqu'il ne revient pas au juge du contrat de prononcer l'annulation d'une mesure non détachable de l'exécution de ce contrat.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- l'ordonnance n°2015-899 du 23 juillet 2015 relative aux marchés publics ;
- le décret n°2013-269 du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique ;
- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 novembre 2023 :
- le rapport de Mme Frapolli,
- les conclusions de M. A,
- et les observations de Me Lamouille, pour la société Blampey.
Une note en délibéré présentée par la société Blampey a été enregistrée le 30 novembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Chavanod a notifié le 7 juin 2018 à la société Blampey le lot n°2 " chauffage, eau chaude sanitaire et ventilation " du marché public pour les travaux de passage au gaz de ville du chauffage de la salle polyvalente. La société Blampey a assorti le décompte général de ce marché de réserves, annexées à un mémoire en réclamation établi le 2 août 2019. Dans la présente instance, la société Blampey demande au Tribunal d'annuler la décision, contenue dans des courriers du 27 août et 11 septembre 2019, par laquelle la commune de Chavanod aurait rejeté le mémoire en réclamation précité. La société Blampey demande ensuite au Tribunal de condamner la commune de Chavanod à lui verser le montant du solde du marché après avoir porté à son crédit une somme totale estimée, en conclusion du dernier état de ses écritures, à 25 550 euros HT qu'elle décompose comme suit : un montant de 16 250 euros représentant des pénalités de retard qui aurait été injustement inscrit au débit du solde de son marché et une indemnité de 4 650 euros destinée à réparer des surcoûts engendrés par la réalisation de travaux supplémentaires.
Sur les conclusions de la requête aux fins d'annulation :
2. Il n'appartient en principe pas au juge du contrat de prononcer l'annulation d'une mesure non détachable de l'exécution de ce contrat. Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle la commune de Chavanod aurait refusé les réserves émises par la société Blampey sur le décompte général sont dès lors irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions de la requête aux fins de condamnation de la commune de Chavanod :
En ce qui concerne la prescription de la créance opposée en défense :
3. Aux termes de l'article 13.4.2. du cahier des clauses administratives générales (CCAG) approuvé par l'arrêté susvisé : " Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. () ". Aux termes de l'article 13.4.3 de ce CCAG : " Dans un délai de trente jours compté à partir de la date à laquelle ce décompte général lui a été notifié, le titulaire envoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, ce décompte revêtu de sa signature, avec ou sans réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer./ Si la signature du décompte général est donnée sans réserve par le titulaire, il devient le décompte général et définitif du marché. ()/ () En cas de contestation sur le montant des sommes dues, le représentant du pouvoir adjudicateur règle, dans un délai de trente jours à compter de la date de réception de la notification du décompte général assorti des réserves émises par le titulaire ou de la date de réception des motifs pour lesquels le titulaire refuse de signer, les sommes admises dans le décompte final. (.)/ Ce désaccord est réglé dans les conditions mentionnées à l'article 50 du présent CCAG. () ".
4. Si le délai de contestation du décompte général prévu à l'article 13.4.3 du CCAG précité, rendu applicable à l'espèce par le marché lui-même, est de trente jours après la notification de ce décompte général, il résulte de l'instruction que la lettre en date du 24 juin 2019 par laquelle le maire de Chavanod a notifié le décompte général à la société Blampey précisait que celle-ci disposait d'un délai de 45 jours pour présenter une réclamation contre ce décompte. Ainsi la commune de Chavanod doit être regardée, par l'apposition de cette mention, avoir renoncé à la clause contractuelle enserrant dans un délai de trente jours la contestation du décompte général par le titulaire du marché et lui avoir substitué un délai de 45 jours. La société Blampey a fait usage de ce report de délai en retournant le décompte général assorti de réserves par un courrier établi le 2 août 2019 et notifié le jour même, soit dans un délai inférieur à 45 jours qui ne pouvait commencer à courir avant le 24 juin 2019, date d'établissement du décompte général. Dès lors la commune de Chavanod n'est pas fondée à soutenir qu'à la date du 2 août 2019, le décompte général était devenu définitif au sens des stipulations précitées de l'article 13.4.3 du CCAG et la prescription de la créance opposée en défense doit donc être écartée.
En ce qui concerne les travaux supplémentaires :
5. Aux termes de l'article 6.1 " Nature du Prix " du cahier des clauses administratives particulières du marché (CCAP): " Les ouvrages et prestations faisant l'objet du marché seront réglés par un prix forfaitaire global, où l'entrepreneur ne peut demander aucune augmentation de prix, sous prétexte de l'augmentation de la main-d'œuvre ou des matériaux./ Chacun des prix unitaires devra comprendre les fournitures de matériaux et accessoires entrant dans la fabrication des ouvrages concernés, les frais d'études techniques propres à l'entrepreneur, la fourniture d'échantillon demandés par le Maître d'Ouvrage, la main d'œuvre de fabrication, le transport et la mise en œuvre, toutes les manutentions manuelles et mécaniques avec les engins nécessaires à la dépense d'énergie. () ". Aux termes de l'article 6.3 " Variation des Prix " de ce CCAP : " ()./ Les travaux supplémentaires éventuels seront établis en priorité sur la base des prix inscrits dans le DPGF./ Il ne seront acceptés sans accord préalable du maître d'ouvrage sur la base d'un devis soumis par l'entrepreneur ". Aux termes de l'article 4.2 " Modifications aux Travaux " de ce CCAP : " Si les travaux modificatifs sont assimilables à des ouvrages prévus au marché ils seront réglés un utilisant les prix unitaires figurant dans la D.P.G.F./ Si les travaux modificatifs ne sont pas assimilables à des ouvrages prévus au marché ils seront réglés en utilisant les prix unitaires figurant dans la D.P.G.F./ Si les travaux modificatifs ne sont pas assimilables à des ouvrages du marché ils seront réglés sur la base de prix nouveaux à déterminer avant l'exécution des travaux à partir des mêmes bases que celles de la D.P.G.F. Les travaux modificatifs ne changent pas le caractère forfaitaire du marché. Ils doivent faire l'objet d'un accord préalable écrit du maître d'ouvrage. ".
6. Il résulte de l'instruction qu'un avenant signé par le maire de Chavanod le 17 avril 2019 a porté à 129 097,25 euros HT le montant du marché, initialement fixé, avec l'option n°1, à 126 127,54 euros HT. Or la société Blampey soutient que l'augmentation du marché ainsi réalisée (+ 2 969,71 euros HT) serait insuffisante à couvrir les coûts des travaux supplémentaires décidés à cette occasion et relatifs à " la pose d'un ballon ECS 50 L cuisine, " une trappe coupe-feu et un " additif désenfumage local CTA ". Mais à l'appui de sa demande tendant à condamner la commune de Chavanod à lui verser une indemnité de 4 650 euros représentant la mobilisation " d'un chargé d'affaires pour une durée totale de 67 heures ", elle se borne à produire un détail du décompte d'heures travaillées établi pour les besoins de la cause, assorti d'aucun justificatif et ne précisant pas en quoi le chiffrage des travaux supplémentaires précités ne pouvait pas être établi par référence à la D.P.G.F., en application des stipulations précitées, ou en quoi les montants figurant dans l'avenant étaient l'aboutissement de calculs ne respectant pas la procédure fixée par ces mêmes stipulations. Ainsi et alors au surplus que, si elle soulève dans le cadre de la présente instance l'incompétence du représentant de la société à signer le projet d'avenant le 20 décembre 2018, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle ait contesté le montant de ce projet avant sa signature par le maire, près de quatre mois plus tard, ni qu'elle ait émis des réserves sur l'ordre de service du 11 janvier 2019 qui récapitulait en réalité les données techniques et financières énoncées dans le projet d'avenant. Dès lors, la société Blampey n'est pas fondée à demander l'indemnisation de surcoûts qu'elle aurait subis à l'occasion de travaux supplémentaires, dont il est constant qu'ils ont été rémunérés à hauteur de 2 969,71 euros HT.
En ce qui concerne ce qui concerne la contestation des pénalités de retard inscrites au débit de la société Blampey :
7. Aux termes de l'article 3.2.1 " Pénalités pour Retard " du CCAP : " Par dérogation à l'article 20 du C.C.A.G., en cas de non-démarrage des travaux dans le calendrier fixé, ou bien en cas de dépassement du délai de ces mêmes travaux, il sera appliqué une pénalité journalière de retard fixé à:/ 250 euros/ Elle est appliquée sans qu'il soit besoin d'une mise en demeure préalable ". Aux termes de l'article 3.1 " Délai d'exécution des Travaux du CCAP " : " Le délai pour l'exécution des travaux est fixé à:/ Préparation de chantier : 0,5 mois ;/ Exécution des travaux : 2,5 mois. () ".
8. Les stipulations précitées du marché prévoient un délai global d'exécution des prestations et il est constant qu'en l'espèce, ce délai s'achevait le 30 octobre 2018. Par ailleurs, le décompte général du marché en litige fait apparaître au débit de la société Blampey des pénalités de retard " applicables " d'un montant de 16 250 euros correspondant à 65 jours de retard calculés entre le 31 octobre 2018, lendemain du terme du délai contractuel d'exécution et le 4 janvier 2019, date à laquelle le marché a été réceptionné avec réserves. Or il résulte de l'instruction que les réserves portaient notamment sur des travaux supplémentaires cités au point 6, tels la pose de la trappe coupe-feu, qui n'ont fait l'objet d'un avenant signé du maire de Chavanod que le 17 avril 2019. De même l'ordre de service du 11 janvier 2019 cité au point 6 et qui récapitule les travaux supplémentaires prévus par avenant est postérieur au délai contractuel d'achèvement des prestations, fixé au 30 octobre 2018. Dès lors, cette date ne pouvait constituer le point de départ du décompte des pénalités de retard, les travaux supplémentaires, au demeurant pris en compte dans le calcul du retard, n'étant à cette date pas encore contractuellement définis. La société Blampey est donc fondée à demander la réintégration à son crédit des pénalités de retard, à hauteur 16 250 euros.
En ce qui concerne le solde du marché :
9. Il résulte de l'instruction que le décompte général du marché dégage un solde créditeur en faveur de la société Blampey de 5 555,90 euros TTC, qui a été calculé sans tenir compte des pénalités de retard citées au point 8, qualifiées simplement d'" applicables ", dans le décompte et chiffrées après la détermination du solde. Ainsi, la réintégration au crédit de la société Blampay de la somme de 16 250 euros, comptablement, ainsi qu'il a été dit au point 8, est sans incidence sur la détermination du solde du marché, qui reste fixé à 5 555,90 euros TTC, dont il n'est pas soutenu qu'il n'aurait pas été intégralement payé par le mandat n°2019/89-694 cité en défense sans toutefois être produit, en dépit d'une mesure d'instruction en ce sens. Enfin, si la société Blampey soutient dans une note en délibéré que les pénalités de retard ont été effectivement appliquées et payées, elle ne produit à l'appui de cette note ni le titre de perception fondant la créance de la commune, ni d'extrait de compte bancaire établissant le paiement effectif de ces pénalités.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin de condamnation de la commune de Chavanod au règlement du solde du marché doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Les conclusions présentées par société Blampey, la partie perdante, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Chavanod.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de société Blampey est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Chavanod sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Blampey et à la commune de Chavanod.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Frapolli, premier conseiller,
Mme Fourcade, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.
Le rapporteur,
I. FRAPOLLI
Le président,
C. VIAL-PAILLER
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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