jeudi 13 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2001282 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BENICHOU PARA TRIQUET- DUMOULIN AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 février 2020, 7 octobre 2021 et 9 mars 2023, le dernier n'ayant pas été communiqué, Mme B, représentée par la SCP Benichou-Para Triquet-Dumoulin-Lorin et Lardon avocats associés, demande au tribunal :
1°) de condamner la chambre de commerce et de l'industrie Auvergne-Rhône-Alpes à lui verser les sommes de 115 000 euros au titre du préjudice matériel et 10 000 euros au titre du préjudice moral en réparation de discriminations dont elle a fait l'objet ;
2°) d'enjoindre à la chambre de commerce et de l'industrie Auvergne-Rhône-Alpes de la reclasser au niveau VI du répertoire national des emplois consulaires avec l'indice de qualification correspondant et le même indice de résultat que M. C ;
3°) d'enjoindre à la chambre de commerce et de l'industrie Auvergne-Rhône-Alpes sous astreinte de 1000 euros par jour de retard de verser aux débats les contrats de travail, avenants et bulletins de paie de M. C depuis 2010, les tableaux d'avancement et de promotion, ses plans de charges, ses entretiens annuels de progrès depuis 2015, les plans de charges annuels de M. C ;
4°) de mettre à la charge de la chambre de commerce et de l'industrie Auvergne-Rhône-Alpes une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- elle est victime de discrimination en ce qui concerne sa rémunération et le déroulement de sa carrière ;
- cette discrimination a pour origine d'une part son sexe et d'autre part l'exercice de ses mandats syndicaux et de représentante du personnel ;
- son classement au niveau V résulte d'une différence de traitement avec un collègue, intervenant devant les mêmes classes et exerçant les mêmes fonctions, lui aussi représentant syndical, qui est classé au niveau VI et bénéficie en 2019 d'un salaire deux fois supérieur au sien ;
- elle a fait l'objet d'agissements discriminatoires à l'occasion des entretiens annuels de progrès.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 septembre 2020 et le 10 février 2022, la chambre de commerce et de l'industrie Auvergne-Rhône-Alpes, représentée par Me Bousquet, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme B à lui verser une somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que Mme B n'apporte aucun commencement de preuve et conteste, au surplus, point par point chacun des arguments soulevés concernant la discrimination alléguée.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n°2008-496 du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Anne-Sibylle D, rapporteur public,
- et les observations de Me Benichou, représentant Mme B, et de Me Bousquet, représentant la chambre de commerce et de l'industrie.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été recrutée le 9 août 2007 comme professeur d'anglais vacataire de niveau IV par la chambre de commerce et d'industrie de Grenoble devenue en 2013 la chambre de commerce et de l'industrie (CCI) Auvergne-Rhône-Alpes. Elle a été titularisée dans l'emploi d'enseignante confirmée de niveau V le 23 août 2008. S'estimant victime de discriminations en raison de son engagement syndical et de son sexe, Mme B a adressé le 25 octobre 2019 au président de la chambre de commerce et de l'industrie Auvergne-Rhône-Alpes un courrier lui demandant d'y mettre fin en lui attribuant un traitement égal à celui d'un collègue représentant le syndicat adverse. Cette demande étant restée sans réponse, Mme B demande au tribunal de condamner la chambre de commerce et de l'industrie Auvergne-Rhône-Alpes à lui verser les sommes de 115 000 euros au titre de son préjudice matériel et 10 000 euros au titre de son préjudice moral.
2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 27 mai 2008 susvisée: " Constitue une discrimination directe la situation dans laquelle, sur le fondement de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à son sexe, ses activités syndicales, une personne est traitée de manière moins favorable qu'une autre ne l'est, ne l'a été ou ne l'aura été dans une situation comparable. / Constitue une discrimination indirecte une disposition, un critère ou une pratique neutre en apparence, mais susceptible d'entraîner, pour l'un des motifs mentionnés au premier alinéa, un désavantage particulier pour des personnes par rapport à d'autres personnes, à moins que cette disposition, ce critère ou cette pratique ne soit objectivement justifié par un but légitime et que les moyens pour réaliser ce but ne soient nécessaires et appropriés () ". Aux termes de l'article 4 de la même loi : " Toute personne qui s'estime victime d'une discrimination directe ou indirecte présente devant la juridiction compétente les faits qui permettent d'en présumer l'existence. Au vu de ces éléments, il appartient à la partie défenderesse de prouver que la mesure en cause est justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination () ".
3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime de discriminations de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe alors à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les discriminations alléguées sont ou non établies, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
4. Aux termes de l'article 19 du statut des personnels administratifs des chambres de commerce et d'industrie consolidé au 19 juin 2018 " () Chaque agent titulaire acquiert dans la compagnie consulaire concernée indépendamment des promotions ou augmentation au choix qui peuvent lui être attribuées au titre des changements de qualification ou des résultats obtenus des points d'expérience. L'indice d'expérience est automatiquement augmenté de cinq points chaque année au titre de la garantie de carrière à compter de la cinquième année suivant le recrutement () Lorsqu'un agent contractuel est titularisé, les dispositions du présent article lui sont appliquées. () L'attribution des points d'expérience débute à la titularisation ou au plus tard à compter de la cinquième année suivant son recrutement comme contractuel dans la Compagnie Consulaire ". Il résulte de ces dispositions que chaque agent titulaire peut bénéficier de promotions ou d'augmentations au titre des changements de qualification ou des résultats obtenus.
5. En l'espèce, Mme B soutient qu'elle n'a pas bénéficié d'augmentations salariales au choix alors qu'elle donnait entière satisfaction dans son poste, que son indice de résultat n'a pas évolué contrairement à celui d'autres collègues et que sa rémunération n'aurait ainsi connu aucune augmentation depuis 2011 date à compter de laquelle elle commencé à occuper les fonctions de représentante du personnel. Toutefois il ressort des pièces du dossier que son indice de résultat a été augmenté en 2011, 2013, 2019 puis 2020. Par ailleurs les tableaux produits en défense montrant la rémunération en octobre 2021 de l'ensemble des enseignants confirmés de niveau V ne révèle aucune discrimination à l'encontre de la requérante dont l'indice de résultat de 104 figure dans le premier tiers du tableau et dont la rémunération se situe dans le groupe des 25% les plus élevées.
6. Mme B soutient qu'elle est classée depuis 13 ans au niveau V " enseignante formatrice I " du répertoire des emplois nationaux du réseau consulaire alors qu'elle pourrait prétendre à un classement au niveau VI " enseignante formatrice II ". Toutefois, elle n'apporte aucun élément permettant de retenir que ses missions relèveraient du niveau VI se caractérisant " par la gestion et le développement d'activités à fort degré de technicité, de spécialisation ou d'innovation et/ou la responsabilité d'une équipe, la conduite d'un projet " et non du niveau V " impliquant la réalisation directe de tâches techniquement complexes et/ou spécialisées, ou la coordination d'opérations nécessitant l'animation ou l'encadrement d'une équipe ". Elle n'établit pas d'avantage qu'un autre enseignant en anglais aurait été promu au niveau VI. Il résulte, au contraire, de l'instruction qu'une seule enseignante en anglais est de niveau VI, qu'elle a été nommée avant la titularisation de Mme B et qu'elle exerce les fonctions de référente des enseignants d'anglais, ce qui n'est pas le cas de Mme B.
7. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme B serait la seule à n'avoir pas bénéficié de primes de fin d'année en 2017 et 2018 ni qu'elle aurait eu des appréciations moins favorables lors de ses évaluations en raison d'objectifs non définis.
8. Mme B soutient enfin qu'elle a été victime de changements de classes tardifs rendant difficile la préparation des cours, que son plan de charges lui était transmis trop tardivement de sorte qu'il lui était difficile d'anticiper ses heures de délégation syndicale et qu'elle est tenue à l'écart du travail d'équipe. Toutefois, ces faits ne sont pas de nature à établir la discrimination salariale et de carrière dont elle se prévaut. Au demeurant, les pièces du dossier ne permettent pas d'étayer ces allégations.
9. Il résulte de ce qui précède que les éléments dont se prévaut Mme B, pris séparément ou ensemble, ne peuvent être regardés comme étant constitutifs d'agissements de discrimination à son encontre, ainsi que l'a d'ailleurs estimé le défenseur de droits et sans qu'il soit besoin de faire droit à sa demande de communication des éléments du dossier de M. C, enseignant de niveau VI. Ses conclusions indemnitaires et en injonction doivent par voie de conséquence être rejetées.
10. Partie perdante, Mme B ne peut prétendre à l'allocation d'une quelconque somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu de la condamner à verser à la CCI la somme qu'elle demande au même titre.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la CCI au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et à la Chambre de commerce et d'industrie de la région Auvergne-Rhône Alpes.
Délibéré après l'audience du 16 mars 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Morel, premier conseiller,
M. Doulat, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.
Le rapporteur,
S. A
La présidente,
A. TRIOLET
La greffière,
J. BONINO
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026