jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2001947 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BRAVARD AVOCATS |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 20 mars 2020 sous le numéro 2001947 et un mémoire enregistré le 24 février 2021, M. et Mme C B, représentés par Me Bravard, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) la réduction des cotisations primitives d'impôt sur le revenu qu'ils ont acquittées au titre de l'année 2016 ;
2°) la mise à la charge de l'Etat de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les travaux qu'ils ont fait réaliser sont qualifiables de travaux d'entretien, de réparation ou d'amélioration déductibles de leurs revenus fonciers ;
- la circonstance que l'immeuble dans lequel les travaux en cause ont été réalisés ait été déclaré insalubre par arrêté préfectoral n'exclut pas la qualification des travaux de reprise de travaux d'entretien, réparation ou amélioration ;
- les travaux entrepris n'ayant entraîné aucune modification importante du gros œuvre dans le lot qu'ils ont acquis ni aucun accroissement de la surface habitable, ils ne peuvent être regardés comme des travaux de construction, reconstruction ou agrandissement non déductibles ;
- l'administration fiscale ne peut, sans méconnaître les paragraphes 130 et 140 de l'instruction référencée sous le numéro BOFIP BOI-RFPI-BASE-20-30-10, se prévaloir du fait que les travaux en cause " excèdent la notion de dépenses d'entretien et de réparation " ;
- l'importance du coût de travaux ne constitue pas un critère légal de leur déductibilité de revenus fonciers ;
- la prise de position de l'administration fiscale lors de la vérification de comptabilité d'une société civile immobilière ayant également participé au financement des travaux lui est opposable.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 octobre 2020, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.
II. Par une réclamation du 10 décembre 2020 transmise par le directeur départemental des finances publiques de l'Isère par application de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, enregistrée sous le n°2104010 le 21 juin 2021, et trois mémoires enregistrés le 17 novembre 2021, le 11 avril 2022 et le 6 mai 2022, M. et Mme C B, représentés par Me Bravard, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de les décharger des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu majorées et augmentées d'intérêts de retard auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le véritable auteur de la proposition de rectification qui leur a été adressée n'est pas l'agent qui l'a signée mais son supérieur hiérarchique, M. A ; par suite, ayant été reçus par l'intéressé dans le cadre du recours hiérarchique qu'ils ont formé contre cette proposition, ils ont été privés de la garantie offerte par un tel recours ;
- la mention figurant dans la proposition de rectification s'agissant du grade de l'agent qui l'a signée est erronée ;
- ils n'ont été informés ni de la teneur ni de l'origine des documents en possession de l'administration sur lesquels elle s'est fondée pour apprécier la nature des travaux qu'ils ont fait réaliser, et ce, en méconnaissance de l'article 76 B du livre des procédures fiscales ;
- les observations qu'ils ont adressées au service en réponse à la proposition de rectification qui leur a été notifiée n'étaient pas tardives ;
- ils sont bien fondés à se prévaloir de la prise de position de l'administration fiscale lors de la vérification de comptabilité d'une société civile immobilière ayant également participé au financement des travaux ;
- les travaux qu'ils ont fait réaliser sont qualifiables de travaux d'entretien, de réparation ou d'amélioration déductibles de leurs revenus fonciers ;
- l'importance du coût de travaux ne constitue pas un critère légal de leur déductibilité de revenus fonciers ;
- les travaux entrepris n'ayant entraîné aucune modification importante du gros œuvre dans le lot qu'ils ont acquis ni aucun accroissement de la surface habitable, ils ne peuvent être regardés comme des travaux de construction, reconstruction ou agrandissement non déductibles ;
- l'administration fiscale ne peut, sans méconnaître les paragraphes 130 et 140 de l'instruction référencée sous le numéro BOFIP BOI-RFPI-BASE-20-30-10, se prévaloir du fait que les travaux en cause " excèdent la notion de dépenses d'entretien et de réparation ".
Par la soumission d'office enregistrée le 21 juin 2021 et deux mémoires en défense enregistrés le 12 janvier 2022 et le 20 avril 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;
- et les conclusions de M. Journé, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n°2001947 et 2104010 de M. et Mme B présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
2. M. et Mme B ont contribué financièrement à la réhabilitation d'un ensemble immobilier situé à Vienne, déclaré insalubre sauf à réaliser des travaux de remise en état par arrêté préfectoral du 3 décembre 1996, au sein duquel ils ont acquis un appartement. N'ayant déduit des revenus fonciers qu'ils ont déclarés en 2016 qu'une partie du coût de ces travaux, ils en ont, par la suite, demandé à l'administration fiscale déduction de l'intégralité. En conséquence du refus que leur a opposé le service, ils ont, par requête n°2001947, porté le litige devant le tribunal de céans. Ultérieurement et après remise en cause des déductions opérées par M. et Mme B de leurs revenus fonciers de 2016, l'administration fiscale les a assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu. Par une soumission d'office enregistrée sous le n°2104010, le directeur départemental a saisi le tribunal de la réclamation formée par les intéressés tendant à la décharge de ces suppléments d'imposition.
Sur les conclusions à fin de réduction présentées dans l'instance n°2001947 :
En ce qui concerne la loi fiscale :
3. Aux termes de l'article 28 du code général des impôts : " Le revenu net foncier est égal à la différence entre le montant du revenu brut et le total des charges de la propriété ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 31 du même code dans sa version applicable : " Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : a) Les dépenses de réparation et d'entretien effectivement supportées par le propriétaire ; b) Les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux d'habitation, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement () ".
4. Il résulte de l'instruction que les dépenses dont M. et Mme B demandent la déduction de leurs revenus fonciers correspondent non aux travaux spécifiquement réalisés dans l'appartement dont les intéressés se sont portés acquéreurs, mais à une quote-part, calculée au prorata de la surface de leur bien, du coût des travaux de réhabilitation de l'ensemble immobilier dans lequel ce bien est situé, la résidence Villa Quieta. Par suite, ce sont les travaux de réhabilitation de cette résidence qu'il y a lieu de prendre en considération pour l'application des dispositions précitées. Indépendamment de leur coût, ces travaux, qui ont notamment consisté en la démolition des cloisons intérieures sur une surface de 2 155 m², des réseaux d'eau potable, d'électricité et d'assainissement et de murs d'une épaisseur parfois supérieure à 60 cm, en la reconstruction de l'angle du mur est sur cour, en la création de 23 ouvertures extérieures ou encore en des travaux de charpente sur une surface de 194 m², ont affecté le gros œuvre du bâtiment. Par suite, compte tenu de leur nature et de leur ampleur, ils ne sauraient être regardés comme de simples travaux d'entretien ou d'amélioration au sens des dispositions précitées, déductibles des revenus fonciers des requérants.
En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale :
5. Aux termes de l'article 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration ". Aux termes de l'article L. 80 B du même code dans sa version applicable : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : () 10° Lorsque, dans le cadre d'un examen ou d'une vérification de comptabilité et sur demande écrite du contribuable présentée conformément au 1° du présent article, avant envoi de toute proposition de rectification, l'administration a formellement pris position sur un point qu'elle a examiné au cours du contrôle () ".
6. Le refus, par l'administration fiscale, d'admettre en déduction de revenus fonciers le coût de travaux ne constitue pas un rehaussement au sens des dispositions précitées. Les requérants ne peuvent, dès lors, utilement s'en prévaloir.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de réduction de l'impôt sur le revenu acquitté par M. et Mme B en 2016 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin de décharge présentées dans l'instance n°2104010 :
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
8. Il résulte de la combinaison des articles L. 10 et L. 47 du livre des procédures fiscales que la charte des droits et obligations du contribuable vérifié n'est pas applicable en cas de contrôle fiscal prenant la forme d'un examen sur pièces. Par suite, M. et Mme B ne peuvent utilement soutenir avoir été privés de la possibilité d'exercer le recours institué par ce document auprès du supérieur hiérarchique du vérificateur ayant mené à bien le contrôle de leur situation fiscale.
9. Il résulte de l'instruction que le moyen invoqué par les requérants, tiré de l'erreur entachant la mention du grade du signataire de la proposition de rectification du 16 octobre 2019 manque en fait.
10. Aux termes de l'article 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable () de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 () ". La méconnaissance de ces dispositions par l'administration demeure sans conséquence sur le bien-fondé de l'imposition s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu du contribuable, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
11. En l'espèce, M. et Mme B avaient adhéré à l'association syndicale, maître de l'ouvrage des travaux de réhabilitation de la Villa Quieta. Par suite, ils avaient nécessairement connaissance de la teneur des travaux dont cet ensemble immobilier a fait l'objet, tels que décrits dans le document transmis à l'administration fiscale par le maître d'œuvre du projet, et repris par cette dernière dans la proposition de rectification du 16 octobre 2019. Ils ne sont, dès lors, pas fondés à soutenir qu'en l'absence de précision, dans la proposition de rectification, quant à l'origine des informations obtenues par l'administration sur la nature des travaux en cause, ils auraient été privés d'une garantie.
12. Il résulte de l'instruction que, quoique l'administration fiscale ait jugé tardives les observations formulées par les requérants en réponse à la proposition de rectification qui leur avait été notifiée, elle y a répondu. Les intéressés ne sont par suite pas fondés à invoquer une irrégularité de procédure du fait de l'absence de prise en compte, par le service, de leurs observations.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :
S'agissant de la loi fiscale :
13. Pour les motifs exposés au point 4, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que les travaux qu'ils ont financés remplissaient les conditions de déductibilité prévues par les dispositions citées au point 3.
S'agissant de l'interprétation de la loi fiscale :
14. Il ne résulte pas de l'instruction que l'administration fiscale aurait, sur demande de la société civile immobilière également membre de l'association syndicale à laquelle les requérants avaient adhéré, formellement pris position sur la déductibilité des dépenses de réhabilitation de la Villa Quieta. M. et Mme B ne sont, dès lors, pas fondés à se prévaloir des dispositions du 10° de l'article 80 B du livre des procédures fiscales.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par les requérants dans l'instance n°2104010 doivent être rejetées.
Sur les frais des instances :
16. Les conclusions présentées par M. et Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées eu égard à leur qualité de partie perdante dans les instances.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C B et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Bailleul, premier conseiller,
Mme Permingeat, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
Le rapporteur,
F. PERMINGEAT
Le président,
T. PFAUWADEL
La greffière,
C. BILLON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2001947, 2104010
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026