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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002027

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002027

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002027
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBONNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 mars 2020, 10 juillet 2020 et 1er septembre 2020, la SCCV le Karat, représentée par la SELARL Aristote, demande au tribunal de prononcer la décharge ou à défaut la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2012 et des pénalités correspondantes.

Elle soutient que :

- la procédure de vérification de sa comptabilité est entachée d'irrégularités ;

- le service n'a pas démontré l'insuffisance du prix de vente d'un appartement à M. A.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juin 2020, la directrice du contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la SCCV le Karat ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 août 2020, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 septembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Heintz, premier conseiller,

- les conclusions de Mme d'Elbreil, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SCCV le Karat, dont l'activité principale est la construction-vente immobilière et qui a notamment entrepris la réalisation d'un immeuble à usage d'habitation à Annecy, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2013. Par une proposition de rectification en date du 17 novembre 2014, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises lui ont été notifiés au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2012. La commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, saisie dans le cadre de ce litige, a émis le 12 février 2016 un avis favorable au maintien des rectifications envisagées. Les rappels de taxe et de contribution ont été mis en recouvrement le 31 août 2016. La SCCV le Karat a formé une réclamation qui a été rejetée par une décision du 21 février 2020. Par sa requête, la SCCV le Karat demande au tribunal de prononcer la décharge ou à défaut la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et de contribution sur la valeur ajoutée en résultant au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2012 et des pénalités correspondantes.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

2. Aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables. " Si ces dispositions ont pour conséquence que toute vérification de comptabilité doit, en principe, se dérouler dans les locaux de l'entreprise vérifiée, la vérification n'est toutefois pas nécessairement entachée d'irrégularité du seul fait qu'elle ne s'est pas déroulée dans ces locaux. Il en est ainsi, lorsque, notamment, dans le cas où le siège de l'entreprise est au domicile du contribuable, les opérations de vérification se déroulent, à la demande du contribuable, dans les locaux de l'administration dès lors que cette circonstance ne fait, par elle-même, pas obstacle à ce que la possibilité d'engager avec le vérificateur un débat oral et contradictoire soit offerte au représentant de l'entreprise vérifiée.

3. Dans le cas où la vérification de la comptabilité d'une société a été effectuée, comme il est de règle, dans ses propres locaux, il appartient au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur, de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat. En outre, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au vérificateur de donner au contribuable, avant l'envoi de la notification de redressements, une information sur les redressements qu'il pourrait envisager

4. En premier lieu, la SCCV le Karat fait valoir que l'administration aurait opéré une confusion entre les opérations de vérification de sa comptabilité et celles conduites simultanément auprès de la SCI Cœur de Montebello, conduisant les vérificateurs à partager des informations sur les deux sociétés contrôlées. Toutefois, il résulte de l'instruction que les deux sociétés avaient leur siège à la même adresse, à Douvaine en Haute-Savoie, dans les mêmes locaux et avaient le même gérant. Aussi, et contrairement à ce que soutient la société requérante, la vérification de sa comptabilité a bien eu lieu à son siège et, par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que les vérificateurs des deux sociétés aient échangé des informations sur leurs contrôles respectifs.

5. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit, dès lors que le vérificateur n'était pas tenu de donner au représentant de la société, avant l'envoi de la notification des redressements, une information sur les rappels d'imposition qu'il envisageait de mettre à sa charge, la circonstance que la proposition de rectification datée du 1er août 2014 ne fasse pas mention des rappels de taxe sur la valeur ajoutée envisagés, contrairement à la seconde proposition de rectification datée du 17 novembre 2014 qui annule et remplace celle du 1er août 2014, n'entache pas d'irrégularité la procédure d'imposition litigieuse. Si la requérante soutient également que l'administration n'aurait pas répondu aux observations qu'elle avait formulées dans un courrier du 13 janvier 2015, il n'est pas contesté que par un courrier du 27 février 2015 elle a répondu aux observations du contribuable, en reprenant les termes de sa précédente réponse intervenue à la suite de la première proposition de rectification du 1er août 2014.

6. En dernier lieu, la circonstance que la première proposition de rectification datée du 1er août 2014 ait été annulée et remplacée par une autre proposition de rectification du 17 novembre 2014 est sans incidence sur la régularité de la procédure dès lors que la seconde proposition est régulière.

En ce qui concerne le bien-fondé des rappels :

7. Aux termes de l'article 257 du code général des impôts : " I.- Les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée dans les conditions qui suivent. / () ". Aux termes de l'article 266 du même code : " () / 2. En ce qui concerne les opérations mentionnées au I de l'article 257, la taxe sur la valeur ajoutée est assise : / () / b. Pour les mutations à titre onéreux ou les apports en société sur : / Le prix de la cession, le montant de l'indemnité ou la valeur des droits sociaux rémunérant l'apport, augmenté des charges qui s'y ajoutent ; / La valeur vénale réelle des biens, établie dans les conditions prévues à l'article L. 17 du livre des procédures fiscales, si cette valeur vénale est supérieure au prix, au montant de l'indemnité ou à la valeur des droits sociaux, augmenté des charges. / () ". Aux termes de l'article L. 17 du livre des procédures fiscales : " En ce qui concerne les droits d'enregistrement et la taxe de publicité foncière ou la taxe sur la valeur ajoutée lorsqu'elle est due au lieu et place de ces droits ou taxe, l'administration des impôts peut rectifier le prix ou l'évaluation d'un bien ayant servi de base à la perception d'une imposition lorsque ce prix ou cette évaluation paraît inférieur à la valeur vénale réelle des biens transmis ou désignés dans les actes ou déclarations. / La rectification correspondante est effectuée suivant la procédure de rectification contradictoire prévue à l'article L. 55, l'administration étant tenue d'apporter la preuve de l'insuffisance des prix exprimés et des évaluations fournies dans les actes ou déclarations ".

8. Les dispositions de l'article L. 17 du livre des procédures fiscales ont pour objet et pour effet de donner à l'administration la faculté de substituer, pour la détermination de l'assiette de la taxe sur la valeur ajoutée, la valeur vénale réelle du bien, au prix stipulé lorsque cette valeur vénale est supérieure. Conformément toutefois aux dispositions de l'article 27 de la sixième directive n° 77/388 du 17 mai 1977 du Conseil des Communautés européennes, reprises à l'article 395 de la directive n° 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 et aux termes de la demande française notifiée à la Commission européenne le 23 décembre 1977, il ne peut être recouru à ce mécanisme de substitution que dans le cas de livraisons d'immeubles et dans le but de lutter contre la fraude ou l'évasion fiscale. Dès lors que l'administration relève, d'une part, que les prix des immeubles faisant l'objet de mutations ont été minorés et, d'autre part, que le vendeur et l'acheteur sont étroitement liés, elle peut substituer la valeur vénale des immeubles aux prix déclarés pour l'assiette de la taxe sur la valeur ajoutée à condition de rapporter la preuve que l'insuffisance du prix de vente des locaux résulte d'une volonté d'évasion fiscale. Celle-ci, toutefois, se présume du seul fait de l'insuffisance significative du prix, lorsque les parties sont en relation d'intérêt, sauf preuve contraire apportée par le contribuable.

9. Il résulte de l'instruction que les rappels litigieux résultent de ce qu'au terme de la vérification de comptabilité de la SCCV le Karat, le service a démontré que trois des ventes que la société avait réalisées au sein de la résidence " Le Karat " à Annecy, au profit de messieurs A, Mathiez et Cheysson, l'ont été moyennant un prix inférieur à leur valeur vénale. Il résulte également de l'instruction que l'administration, pour évaluer la valeur des biens en cause, a réalisé des comparaisons des prix relevés sur la base d'un prix au tantième qui intègre la quote-part des parties communes conformément au règlement de copropriété, et permet d'établir une comparaison entre lots tenant compte de leur valeur relative au sein du même immeuble en intégrant des caractéristiques des espaces communs et privatifs. L'administration s'est fondée sur un prix moyen au tantième à partir des ventes réalisées dans le même immeuble pour des appartements comparables tant en superficie qu'en ce qui concerne leur situation se fondant sur neuf termes de comparaison. Elle a identifié, par ce biais, une insuffisance de valeur vénale entre 15 % et 28 %, en comparaison avec des biens se trouvant dans le même programme immobilier et présentant des caractéristiques semblables, apportant ainsi la preuve qui lui incombe d'écarts de prix significatifs entre les valeurs vénales et les prix convenus entre la SCCV le Karat et les trois acquéreurs.

10. Si la société requérante, pour contester la méthode d'évaluation retenue par l'administration, soutient que le prix de vente d'un appartement peut fluctuer au gré de la réalisation du programme en raison de différentes circonstances, elle ne produit toutefois aucun élément de nature à établir qu'elle aurait rencontré des difficultés pour la vente des trois appartements en cause. Si elle soutient ensuite que l'administration se serait fondée sur la seule existence de ses liens avec les trois acquéreurs pour fonder les redressements litigieux, et en prenant pour exemple la vente litigeuse dont a bénéficié M. A qui est le gérant d'une société de travaux en relation d'affaires avec la SCCV, elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer que la minoration dont ils ont bénéficié ne procèderait pas d'une intention libérale. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a procédé aux rappels litigieux de taxe sur la valeur ajoutée.

11. Il résulte de ce qui précède que la SCCV le Karat n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge, ni de la contribution sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes à l'encontre desquelles elle n'a soulevé aucun moyen.

Sur les frais de l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la société requérante une somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCCV le Karat est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCCV le Karat et à la directrice du contrôle fiscal Centre-Est.

Délibéré après l'audience du 2 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.

Le rapporteur,

M. HEINTZ

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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