jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2002040 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL FORTEM AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 mars 2020 et 2 avril 2021, l'office public de l'habitat Alpes Isère Habitat, ci-après l'OPHA, représenté par Me Le Jariel, du cabinet Fortem Avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner in solidum les sociétés Prédifor et Aktys Architecture à lui verser la somme de 3 784 863,30 euros TTC, augmentée des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de sa requête et de leur capitalisation, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi en raison des fautes commises par ces sociétés dans l'exécution du marché de déconstruction qu'il leur avait confié ; à titre subsidiaire, de fixer la somme qui lui est due par elles à ce titre à un montant de 3 154 622,30 euros TTC, augmentée des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de sa requête et de leur capitalisation ;
2°) de condamner la société Premys, in solidum avec les sociétés Prédifor et Aktys Architecture à lui payer la somme de de 1 628 313,30 euros, comprise dans les sommes mentionnées au 1°), augmentée des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de sa requête et de leur capitalisation, au titre du préjudice spécifique liés aux travaux de tri des matériaux amiantés et à l'évacuation des gravats ;
3°) de mettre à la charge solidaire des sociétés Prédifor, Aktys Architecture et Premys une somme de 34 157,04 euros au titre des dépens ;
4°) de mettre à la charge de chacune des sociétés Prédifor, Aktys Architecture et Premys la somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- ses demandes sont recevables ;
-ses créances ne sont pas prescrites ;
-la société Prédifor engage sa responsabilité contractuelle pour les fautes commises dans la réalisation de sa mission de repérage des matériaux et produits amiantés avant démolition;
- la société Amplitude engage sa responsabilité contractuelle pour les fautes commises dans sa mission de direction et d'exécution des travaux (DET) et dans ses missions de suivi de chantier et d'assistance aux opérations de réception des travaux (AOR) ;
- la société Perrier Déconstruction engage sa responsabilité contractuelle pour n'avoir pas respecté les prescriptions de l'article 4.6.22 du CCTP du marché en cause ;
- elle a subi des préjudices correspondant aux sommes que lui réclame la société Perrier du fait des retards de chantier, aux dépenses qu'elle a dû exposer du fait des diagnostics et des travaux de désamiantage supplémentaires qui ont dû être réalisés, ainsi qu'aux frais de gardiennage, de publicité et d'honoraires qui en ont résulté.
Par des mémoires enregistrés le 22 septembre 2020 et le 28 juin 2021, la société Premys, représenté par Me David, du cabinet Fiducial Legal by Lamy, conclut au rejet des conclusions de l'OPHA dirigées à son encontre, et à ce qu'il soit mis à sa charge et à la charge de la société Aktis architecture une somme de 3 000 euros chacun à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions de l'OPHA sont irrecevables ;
- elles se heurtent à l'autorité de la chose jugée par un jugement du 30 mars 2020 du tribunal de céans ;
- elle n'a commis aucune faute.
Par des mémoires enregistrés les 12 et 17 mars 2021, la société Aktys Architecture, représenté par Me Robert, du cabinet Deniau-Robert-Locatelli, conclut :
1°) au rejet des demandes de l'OPHA à son encontre ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que les sociétés Prédifor et Premys la garantissent de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) à ce qu'il soit mis à la charge de l'OPHA une somme de 3 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les créances invoquées par l'OPHA sont prescrites ;
- sa responsabilité ne peut être engagée dès lors que les travaux qu'elle a réalisés ont fait l'objet d'une réception sans réserve ;
- les conclusions de l'OPHA se heurtent à l'autorité de la chose jugée par un jugement du 30 mars 2020 du tribunal de céans ;
- elle n'a commis aucune faute ;
- les préjudices invoqués par l'OPHA ne sont pas justifiés ou exagérés, ou sans lien de causalité avec les fautes qui lui sont reprochées ; ils devront être limités à des montants hors taxe ;
- la société Prédifor a commis des fautes dans la réalisation de sa mission de repérages des matériaux et produits amiantés avant démolition ;
- la société Premys a commis des fautes en ne respectant pas les prescriptions de son CCTP.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 mars et 15 avril 2021, la société Prédifor conclut au rejet des conclusions de l'OPHA dirigées à son encontre, à ce qu'il soit mis à sa charge une somme de 3 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au rejet de l'appel en garantie formé par la société Aktis architecture
Elle soutient n'avoir commis aucune faute.
Un mémoire enregistré le 14 juin 2022 a été produit pour la société Aktys Architecture mais n'a pas été communiqué.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 9 janvier 2020, par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. D.
Vu :
- le code des marchés publics ;
- le décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993 relatif aux missions de maîtrise d'œuvre confiées par des maîtres d'ouvrage publics à des prestataires de droit privé ;
- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. A,
- et les observations de Me Crozier, représentant l'office public de l'habitat Alpes Isère Habitat, de Me Robert, représentant la société Aktys Architecture, et de Me Voisin, représentant la société Premys.
Une note en délibéré présentée par la société Aktys Architecture a été enregistrée le 22 juin 2022.
Une note en délibéré présentée par la société Premys a été enregistrée le 24 juin 2022.
Une note en délibéré présentée par l'OPHA a été enregistrée le 28 juin 2022.
Considérant ce qui suit :
1.L'office public d'aménagement et de construction de l'Isère, (OPAC 38, devenu l'office public de l'habitat " Alpes Isère Habitat ", ci-après l'OPHA) a entrepris, au cours de l'année 2009, de démolir un ensemble immobilier dénommé " Le Chopin " situé à Bourgoin-Jallieu. Le 19 mai 2009, l'OPAC 38 a confié une mission de repérage des matériaux et produits contenant de l'amiante à la société Prédifor qui a remis plusieurs rapports le 24 janvier 2011. Par un acte d'engagement du 14 février 2011, la maîtrise d'œuvre de l'opération de démolition a été confiée à un groupement conjoint composé notamment de la sociétés Amplitude, mandataire solidaire, et de laquelle la société Aktis Architecture vient aux droits. Les travaux de déconstruction ont été confiés, le 14 juin 2011, à la société Perrier, devenue par la suite Perrier Déconstruction et de laquelle la société Premys vient aux droits.
2.Pendant les travaux de déconstruction, démarrés le 1er août 2011, des produits contenant de l'amiante qui n'avaient pas été repérés par la société Prédifor ont été découverts, notamment dans les enduits des murs des bâtiments en cause, occasionnant de multiples arrêts de chantier et contraignant l'OPAC 38 à faire réaliser des analyses complémentaires et à conclure de nouveaux marchés avec les sociétés Valgo et AG Développement pour la réalisation de travaux supplémentaires de désamiantage. Malgré la réalisation de ces travaux supplémentaires, la présence de matériaux contenant de l'amiante a été découverte dans les gravats de démolition du bâtiment en juin 2013, contraignant encore l'OPHA à conclure un nouveau marché avec la société AG Développement afin de faire procéder aux travaux de tri et de désamiantage de ces gravats, ainsi qu'à leur évacuation. La réception des travaux a ensuite été prononcée sans réserve le 15 décembre 2014.
3.Le décompte général du marché a été notifié le 30 juillet 2015 à la société Perrier Déconstruction, qui a vainement formé une réclamation à son encontre. Les rapports définitifs des expertises ordonnées par le président du tribunal de céans les 10 avril 2014 et 3 avril 2017 ont été déposés les 14 août et 18 septembre 2019. Par un jugement du 30 mars 2020, l'OPAC 38 a été condamné à verser à la société Premys une somme de 174 049,54 euros HT en réparation des préjudices qui lui ont été causés par l'absence d'exhaustivité du diagnostic amiante réalisé par la société Prédifor, et a condamné cette société à garantir l'OPAC 38 de l'intégralité de cette condamnation.
4.Par la requête susvisée, l'OPHA demande au tribunal de condamner les sociétés Prédifor, Aktys Architecture, et Premys à l'indemniser des préjudices qu'il a lui-même subis du fait de l'absence d'exhaustivité du diagnostic amiante réalisé par la société Prédifor avant le commencement des travaux, ainsi que de la découverte de matériaux amiantés dans les gravats de démolition.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la société Premys :
5.D'une part, l'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché de travaux publics est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde arrêté lors de l'établissement du décompte général et définitif détermine les droits et obligations définitifs des parties. L'ensemble des conséquences financières de l'exécution du marché sont retracées dans ce décompte même lorsqu'elles ne correspondent pas aux prévisions initiales. Il revient notamment aux parties d'y mentionner les conséquences financières de retards dans l'exécution du marché ou le coût de réparations imputables à des malfaçons dont est responsable le titulaire. Après la transmission au titulaire du marché du décompte général qu'il a établi et signé, le maître d'ouvrage ne peut réclamer à celui-ci, au titre de leurs relations contractuelles, des sommes dont il n'a pas fait état dans le décompte, nonobstant l'engagement antérieur d'une procédure juridictionnelle ou l'existence d'une contestation par le titulaire d'une partie des sommes inscrites au décompte général. Il ne peut en aller autrement, dans ce dernier cas, que s'il existe un lien entre les sommes réclamées par le maître d'ouvrage et celles à l'égard desquelles le titulaire a émis des réserves. À cet égard, il appartient au maître de l'ouvrage, lorsqu'il lui apparaît que la responsabilité de l'un des participants à l'opération de construction est susceptible d'être engagée à raison de fautes commises dans l'exécution du contrat conclu avec celui-ci, soit de surseoir à l'établissement du décompte jusqu'à ce que sa créance puisse y être intégrée, soit d'assortir le décompte de réserves. À défaut, si le maître d'ouvrage notifie le décompte général du marché, le caractère définitif de ce décompte fait obstacle à ce qu'il puisse obtenir l'indemnisation de son préjudice éventuel sur le fondement de la responsabilité contractuelle du constructeur, y compris lorsque ce préjudice résulte de désordres apparus postérieurement à l'établissement du décompte. Il lui est alors loisible, si les conditions en sont réunies, de rechercher la responsabilité du constructeur au titre de la garantie décennale et de la garantie de parfait achèvement lorsque celle-ci est prévue au contrat.
6.D'autre part, l'article 13.4.4 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés de travaux (CCAG) prévoit que : " Dans un délai de quarante-cinq jours compté à partir de la notification du décompte général, le titulaire renvoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, le décompte général revêtu de sa signature, sans ou avec réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. Si la signature du décompte général est donnée sans réserve par le titulaire, il devient le décompte général et définitif du marché. Ce décompte lie définitivement les parties, sauf en ce qui concerne le montant des intérêts moratoires afférents au solde.() En cas de contestation sur le montant des sommes dues, le représentant du pouvoir adjudicateur règle, dans un délai de trente jours à compter de la date de réception de la notification du décompte général assorti des réserves émises par le titulaire ou de la date de réception des motifs pour lesquels le titulaire refuse de signer, les sommes admises dans le décompte final. Après résolution du désaccord, il procède, le cas échéant, au paiement d'un complément, majoré, s'il y a lieu, des intérêts moratoires, courant à compter de la date de la demande présentée par le titulaire. Ce désaccord est réglé dans les conditions mentionnées à l'article 50 du présent CCAG. "
7.L'OPHA demande au tribunal l'engagement de la responsabilité contractuelle de la société Premys pour l'indemnisation des préjudices qu'il a subis en raison du non-respect par la société Perrier Déconstruction des prescriptions du CCTP applicables au marché, et correspondant au coût des travaux de tri et de désamiantage des gravats de démolition, ainsi que de leur évacuation.
8.Il résulte cependant de l'instruction que le décompte de liquidation du marché notifié à la société Perrier Déconstruction par un courrier du 24 juillet 2015 ne faisait pas état de sommes correspondant aux préjudices dont l'OPHA se prévaut dans la présente instance. Si la société Perrier Déconstruction a formé une réclamation à l'encontre de ce décompte général, en sollicitant le versement d'une somme supplémentaire de 350 080,13 euros HT, cette somme ne correspondait qu'aux préjudices qu'elle estimait avoir subi du fait de l'absence d'exhaustivité du diagnostic amiante réalisée par la société Prédifor et des retards de chantier occasionnés de ce fait. En application des dispositions précitées de l'article 13.4.4 du CCAG et ainsi qu'il a été dit au point 3, dès lors qu'il n'existe pas de lien entre les sommes réclamées par l'OPHA dans la présente instance et celles qui ont fait l'objet du mémoire en réclamation présenté par la société Perrier Déconstruction, la notification du décompte général fait obstacle à ce que l'OPHA puisse réclamer à la société Premys, venant aux droits de la société Perrier Déconstruction, des sommes correspondants à des désordres dont il n'a pas fait état dans ce décompte au titre de leurs relations contractuelles. A cet égard, la circonstance que l'OPHA n'aurait eu connaissance des manquements commis par la société Perrier Déconstruction qu'à l'occasion de la mission d'expertise ordonnée par le tribunal, soit postérieurement à l'établissement du décompte général le 24 juillet 2015, est sans incidence. Au demeurant, il est constant que l'OPHA avait connaissance dès le mois de juin 2013 de la présence de matériaux amiantés dans les gravats de démolition, ce qui aurait dû le conduire soit à surseoir à l'établissement du décompte jusqu'à ce que sa créance puisse y être intégrée, soit à assortir le décompte de réserves, ainsi qu'il a été dit au point 3.
9.Il résulte de ce qui précède que la société Premys est fondée à soutenir que les conclusions de l'OPHA dirigées à son encontre sont irrecevables.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la société Aktis Architecture :
10.Aux termes de l'article 13 du CCAG : " 13.3.1. Après l'achèvement des travaux, le titulaire établit le projet de décompte final, concurremment avec le projet de décompte mensuel afférent au dernier mois d'exécution des prestations ou à la place de ce dernier. / Ce projet de décompte final est la demande de paiement finale du titulaire, établissant le montant total des sommes auquel le titulaire prétend du fait de l'exécution du marché dans son ensemble, son évaluation étant faite en tenant compte des prestations réellement exécutées. / Le projet de décompte final est établi à partir des prix initiaux du marché, comme les projets de décomptes mensuels, et comporte les mêmes parties que ceux-ci, à l'exception des approvisionnements et des avances. Ce projet est accompagné des éléments et pièces mentionnés à l'article 13.1.7 s'ils n'ont pas été précédemment fournis. () 13.3.2. Le titulaire transmet son projet de décompte final, simultanément au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur, par tout moyen permettant de donner une date certaine, dans un délai de trente jours à compter de la date de notification de la décision de réception des travaux telle qu'elle est prévue à l'article 41.3 ou, en l'absence d'une telle notification, à la fin de l'un des délais de trente jours fixés aux articles 41.1.3 et 41.3. () / 13.3.3. Le maître d'œuvre accepte ou rectifie le projet de décompte final établi par le titulaire. Le projet accepté ou rectifié devient alors le décompte final. / En cas de rectification du projet de décompte final, le paiement est effectué sur la base provisoire des sommes admises par le maître d'œuvre. () / 13.4.1. Le maître d'œuvre établit le projet de décompte général () / 13.4.2. Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. () / En cas de contestation sur le montant des sommes dues, le représentant du pouvoir adjudicateur règle, dans un délai de trente jours à compter de la date de réception de la notification du décompte général assorti des réserves émises par le titulaire ou de la date de réception des motifs pour lesquels le titulaire refuse de signer, les sommes admises dans le décompte final. Après résolution du désaccord, il procède, le cas échéant, au paiement d'un complément, majoré, s'il y a lieu, des intérêts moratoires, courant à compter de la date de la demande présentée par le titulaire. () ".
11.La société Aktis Architecture fait valoir que l'OPAC 38 aurait procédé au règlement du solde du marché après que la société Amplitude lui ait adressé une facture en date du 15 septembre 2015 se rapportant à la situation d'avancement n°15. Elle soutient qu'il doit ainsi être regardé comme ayant arrêté le montant du décompte général, qui aurait acquis un caractère définitif à compter de la date du paiement du solde figurant sur cette facture. Cependant, contrairement à ce que soutient la société Aktis Architecture, ce document, qui se présente comme une facturation périodique et ne comporte aucune mention indiquant qu'il porterait sur le solde du marché, ne peut être regardé comme un projet de décompte général au sens de l'article 13 du CCAG précité. Dès lors, le paiement par l'OPAC 38 du montant de cette facture ne permet pas de le regarder comme ayant implicitement arrêté un décompte général qui aurait acquis un caractère définitif. La fin de non-recevoir opposée par la société Aktis Architecture ne peut donc qu'être écartée.
Sur la responsabilité contractuelle de la société Prédifor :
En ce qui concerne l'absence d'exhaustivité du diagnostic amiante :
12.Il résulte de l'instruction que les rapports de repérage remis par la société Prédifor le 24 janvier 2011 se bornaient à mentionner l'existence de matériaux contenant de l'amiante au niveau des dalles du sol, des colles de ces dalles et des gaines en fibrociment. Toutefois, la réalisation d'analyses complémentaires en cours de chantier, notamment à la suite d'un courrier de l'inspection du travail du 30 août 2011 informant l'OPAC 38 de la nécessité de compléter le rapport de repérage, a révélé la présence d'amiante dans des zones non détectées et notamment dans les enduits muraux de certains appartements, ainsi qu'il a été constaté dans la mise à jour des rapports de repérage du 14 octobre 2011, ainsi que dans les rapports des 27 juillet et 5 septembre 2012, entrainant l'interruption à plusieurs reprises du chantier pour permettre la réalisation de nouvelles investigations et de nouveaux travaux de désamiantage.
13.Il résulte du CCTP de la mission de repérage des matériaux et produits contenant de l'amiante confiée à la société Prédifor que celle-ci devait notamment porter sur les revêtements des murs. En se bornant à faire valoir qu'elle a dû réaliser 14 visites sur site alors qu'une seule était prévue dans la décomposition du prix global de son marché, que l'OPAC 38 lui aurait demandé, suite au courrier de l'inspection du travail, de ne réaliser des repérages que dans 30% des appartements avant de se raviser quelques jours plus tard et d'étendre sa demande à leur ensemble, ainsi que du fait que les enduits muraux ne contenaient pas tous de l'amiante, la société Prédifor ne conteste pas utilement avoir commis des manquements dans l'exécution de sa mission de repérage en ne signalant pas la présence d'amiante dans les enduits muraux. Ces manquements dans la mission de repérage des produits amiantés étant à l'origine des préjudices subis par l'OPHA du fait des interruptions de chantiers induits par la nécessité de réaliser de nouvelles investigations et de nouveaux travaux de désamiantage, ils sont de nature à engager la responsabilité contractuelle de la société Prédifor à ce titre.
En ce qui concerne la présence d'amiante dans les gravats de démolition :
14.L'article 4.6.23 du CCTP applicable au marché de déconstruction prévoit que " Toutes les gaines doivent être considérées comme amiantées, même celles qui n'ont pas été diagnostiquées (comme dans les VS par exemple) ".
15.Il résulte de l'instruction que les matériaux contenant de l'amiante retrouvés dans les gravats de démolition consistaient en des débris de revêtements et de plaques en fibrociment assurant l'isolation de gaines dans lesquelles circulaient les tuyauteries de chauffage, l'expert ayant lui-même indiqué, en se fondant sur les photographies qui lui ont été produites, que " à [son] avis, il ne s'agissait pas de gaines apparentes telles que décrites par le diagnostiqueur, mais de plaques et revêtements amiantés mis en place pour principalement assurer l'isolation thermique des réseaux de chauffage ". Dès lors que ces gaines, apparentes ou non, étaient présumées contenir de l'amiante en vertu des dispositions précitées du CCTP, indépendamment des diagnostics réalisés, leur présence dans les gravats de démolition ne peut être regardée comme trouvant son origine dans les manquements commis par la société Prédifor dans sa mission de repérage de ces produits amiantés. Dans ces conditions, l'OPHA n'est pas fondé à solliciter l'engagement de la responsabilité contractuelle de la société Prédifor à ce titre.
Sur la responsabilité contractuelle de la société Aktis Architecture :
En ce qui concerne l'autorité de la chose jugée du jugement du 30 mars 2020 :
16.L'article 1355 du code civil dispose que : " L'autorité de la chose jugée n'a lieu qu'à l'égard de ce qui a fait l'objet du jugement. Il faut que la chose demandée soit la même ; que la demande soit fondée sur la même cause ; que la demande soit entre les mêmes parties, et formée par elles et contre elles en la même qualité ". L'autorité relative de chose jugée s'attachant à une décision juridictionnelle intervenue dans un litige de plein contentieux est subordonnée à la triple identité de parties, d'objet et de cause.
17.Par un jugement du 30 mars 2020, le tribunal de céans a condamné l'OPAC 38 à verser à la société Premys une somme de 174 049,54 euros HT en réparation des préjudices qui lui ont été causés par l'absence d'exhaustivité du diagnostic amiante réalisé par la société Prédifor avant le commencement des travaux, et a condamné cette dernière société à garantir l'OPAC 38 de l'intégralité de cette condamnation. Il a en revanche rejeté l'appel en garantie formé par l'OPAC 38 à l'encontre de la société Amplitude.
18.Il résulte des motifs fondant le dispositif du jugement du 30 mars 2020 que la demande de l'OPAC 38 tendant à être garantie de sa condamnation par la société Amplitude a été rejetée au motif qu'il n'avait pas précisé le fondement juridique de sa demande. Cette première demande ne peut donc être regardée comme présentant une identité de cause avec celle faisant l'objet de la présente instance, et fondée sur la responsabilité contractuelle de la société Amplitude, aux droits de laquelle vient la société Aktis Architecture.
En ce qui concerne la prescription des créances invoquées par l'OPHA :
19.D'une part, aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ". Le recours d'un constructeur contre un autre constructeur ou son sous-traitant relève de ces dispositions et se prescrit, en conséquence, par cinq ans à compter du jour où le premier a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer.
20.D'autre part, l'article 1792-4-3 du code civil dispose que : " En dehors des actions régies par les articles 1792-3, 1792-4-1 et 1792-4-2, les actions en responsabilité dirigées contre les constructeurs désignés aux articles 1792 et 1792-1 et leurs sous-traitants se prescrivent par dix ans à compter de la réception des travaux ". Ces dispositions, créées par la loi du 17 juin 2008 portant réforme de la prescription en matière civile, figurant dans une section du code civil relative aux devis et marchés et insérées dans un chapitre consacré aux contrats de louage d'ouvrage et d'industrie, ont vocation à s'appliquer aux actions en responsabilité dirigées par le maître de l'ouvrage contre les constructeurs ou leurs sous-traitants.
21.La société Amplitude ayant la qualité de constructeurs au sens des dispositions précitées de l'article 1792-4-3 du code civil, le délai de prescription décennale qu'elles prévoient est applicable à l'action en responsabilité contractuelle que l'OPHA a introduite par sa requête enregistrée le 23 mars 2020. Dès lors, la société Aktis Architecture n'est pas fondée à soutenir que les créances invoquées par l'OPHA, dont elle indique que le délai de prescription de la plus ancienne aurait commencé à courir le 24 novembre 2011, seraient frappées par la prescription quinquennale instituée par l'article 2224 du code civil.
En ce qui concerne les fautes commises par la société Aktis Architecture :
22.L'OPHA soutient que la société Amplitude aurait commis des fautes dans l'exécution de sa mission de direction de l'exécution des contrats de travaux (DET), d'une part, en ne l'alertant pas sur la multiplication des analyses et des sondages réalisés par la société Prédifor et en ne faisant pas application du principe de généralisation des repérages prévu par le CCTP, et d'autre part, en établissant un permis de mise à disposition du bâtiment, qui a permis sa démolition, alors que les travaux de désamiantage n'avaient pas été menés à leur terme. Elle soutient également que la société Amplitude a commis une faute dans l'exécution de sa mission d'assistance aux opérations de réception (AOR) en lui proposant de réceptionner sans réserve les travaux de la société Perrier Déconstruction, alors qu'elle connaissait les manquements de l'entreprise dans l'exécution des travaux de désamiantage.
23.Aux termes de l'article 9 du décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993 relatif aux missions de maîtrise d'œuvre confiées par des maîtres d'ouvrage publics à des prestataires de droit privé : " La direction de l'exécution du ou des contrats de travaux [DET] a pour objet : / De s'assurer que les documents d'exécution ainsi que les ouvrages en cours de réalisation respectent les dispositions des études effectuées ; / De s'assurer que les documents qui doivent être produits par l'entrepreneur, en application du contrat de travaux ainsi que l'exécution des travaux sont conformes audit contrat ; / De délivrer tous ordres de service, établir tous procès-verbaux nécessaires à l'exécution du contrat de travaux, procéder aux constats contradictoires et organiser et diriger les réunions de chantier ; / De vérifier les projets de décomptes mensuels ou les demandes d'avances présentés par l'entrepreneur, d'établir les états d'acomptes, de vérifier le projet de décompte final établi par l'entrepreneur, d'établir le décompte général ; / D'assister le maître de l'ouvrage en cas de différend sur le règlement ou l'exécution des travaux. ". Aux termes de l'article 11 du même décret : " L'assistance apportée au maître de l'ouvrage lors des opérations de réception [AOR] et pendant la période de garantie de parfait achèvement a pour objet : / D'organiser les opérations préalables à la réception des travaux ; / D'assurer le suivi des réserves formulées lors de la réception des travaux jusqu'à leur levée ; () ".
S'agissant des analyses complémentaires :
24.Il résulte de l'instruction qu'à la suite du courrier de l'inspection du travail du 30 août 2011 informant l'OPAC 38 de la nécessité de compléter le rapport de repérage, la société Prédifor a réalisé de nouvelles analyses ayant notamment permis de constater la présence de matériaux amiantés dans les enduits muraux de certains appartements, ainsi qu'il a été constaté dans la mise à jour du 14 octobre 2011 des premiers rapports de repérage. La société Perrier Déconstruction a ensuite fait constater par la société AG Environnement la présence d'amiante dans d'autres revêtements et enduits muraux non déjà repérés, ce qui a été corroboré par de nouvelles analyses réalisées par la société Prédifor à la demande de l'OPHA, ainsi qu'il ressort d'un rapport du 27 juillet 2012. Enfin, à la suite d'un dernier repérage effectué à la demande de l'OPAC 38, la société Prédifor a conclu dans un dernier rapport du 5 septembre 2012 que l'ensemble des revêtements et enduits muraux devaient être considérés comme contenant des matériaux amiantés.
25.Si l'OPHA soutient que " le maître d'œuvre aurait dû être alerté par la multiplication des analyses et des sondages, et aurait dû alors faire application du principe de généralisation des repérages et de la procédure " par analogie ", règles incluses dans le CCTP rédigé par lui-même ", il ne résulte pas des dispositions précitées de l'article 9 du décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993 que la société Amplitude aurait dû, s'agissant d'actions effectuées par un intervenant extérieur à son marché de maîtrise d'œuvre, formuler de telles préconisations dans le cadre de l'exécution de sa mission DET. Dès lors, l'OPHA n'est pas fondée à demander l'engagement de la responsabilité contractuelle de la société Aktys Architecture à ce titre.
S'agissant de la présence de matériaux amiantés dans les gravats de destruction :
26.Il résulte de l'instruction, ainsi que l'indique elle-même la société Aktys Architecture, que la société Perrier Déconstruction, en charge des travaux de désamiantage, n'a jamais produit les bordereaux de retrait des déchets permettant de justifier que l'intégralité des gaines amiantées avaient bien été retirées, comme l'imposaient pourtant les stipulations de l'article 4.6.23 du CCTP applicables au marché en cause. Ainsi qu'il a été dit au point 15, une partie au moins de ces gaines s'est ensuite retrouvée dans les gravats de démolition. Dans ces conditions, en ne s'assurant pas que les travaux de désamiantage afférents aux gaines avaient été complétement réalisés par la société Perrier Déconstruction, avant d'établir le 16 avril 2013 un procès-verbal de mise à disposition du bâtiment, dont il n'est pas contesté qu'il a précédé et permis sa démolition, la société Amplitude a commis une faute dans l'exécution de la mission DET qui lui avait été confiée. Une telle faute est de nature à engager la responsabilité contractuelle de la société Aktys Architecture, qui vient à ses droits, sans qu'il soit besoin de statuer sur la faute reprochée à la société Amplitude dans le cadre de l'exécution de la mission AOR qui lui avait été confiée, et qui aurait causé à l'OPHA les mêmes préjudices si elle avait été commise.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices causés à l'OPHA par les manquements de la société Prédifor dans l'établissement du diagnostic avant démolition :
27.En premier lieu, l'OPHA demande l'indemnisation des sommes réclamées par la société Perrier Déconstruction à la suite de la notification du décompte général du marché, à hauteur d'un montant de 355 461,38 euros TTC, au titre des préjudices que cette société avait elle-même subi du fait des difficultés rencontrées dans l'exécution de son contrat, et causés par l'insuffisance des diagnostics réalisés par la société Prédifor. Cependant, le jugement du 30 mars 2020 par lequel le présent tribunal a statué sur le bien-fondé de cette réclamation n'a, d'une part, condamné l'OPAC 38 à ne verser qu'une somme de 174 049 euros HT, assortie des intérêts de retard et de leur capitalisation, et d'autre part, a condamné la société Prédifor à garantir intégralement l'OPAC 38 de cette condamnation. Ainsi, l'OPHA ne justifie d'aucun préjudice à ce titre.
28.En deuxième lieu, l'OPHA demande l'indemnisation des préjudices correspondant au coût des analyses complémentaires qu'il a dû commander en cours de chantier à la société Prédifor, du fait de la découverte de matériaux contenant de l'amiante non diagnostiqués. Cependant, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction qu'il n'aurait pas dû exposer ces dépenses dans le cadre du marché à bons de commande conclu avec la société Prédifor, si celle-ci avait correctement exécuté sa mission de repérage. Ainsi, il ne justifie d'aucun préjudice indemnisable à ce titre.
29.En troisième lieu, l'OPHA demande à être indemnisé de l'intégralité du prix des marchés supplémentaires de travaux de désamiantage qu'il a dû conclure avec les sociétés Valgo en février 2012 et AG développement en octobre 2012. Cependant, il ne conteste pas sérieusement que ces travaux de désamiantage auraient dû être réalisés même en l'absence de manquement commis par la société Prédifor dans l'exécution de sa mission de repérage. En revanche, il n'est pas contesté par les parties que la réalisation des travaux de désamiantage en cours de chantier a entraîné des surcoûts, qui présentent eux un lien direct avec les manquements de la société Prédifor.
30.S'agissant du marché conclu avec la société Valgo en février 2012, les surcoûts exposés par l'OPHA ne sont pas contestés par les parties à hauteur de 77 500 euros HT, soit 92 690 euros TTC. Si l'OPHA se prévaut également des surcoûts afférents au poste " Mesures libératoires " et " Procès-verbal de désamiantage ", pour un montant total de 10 500 euros HT, il ne conteste pas qu'il aurait dû exposer ses dépenses même si la société Prédifor n'avait pas commis de manquements dans l'exécution de sa mission de repérage. Dans ces conditions, l'OPHA est seulement fondé à demander que lui soit versé une somme de 92 690 euros TTC à ce titre.
31.S'agissant du marché conclu avec la société AG Développement en octobre 2012, si l'OPHA soutient que les surcoûts s'élèveraient à une somme d'un montant de 738 806,99 euros HT, il résulte du certificat de paiement qu'il produit lui-même qu'ils ne s'élèvent en réalité qu'à la somme de 116 017 euros HT au titre des installations de chantier, et de 157 000 euros HT au titre des travaux préparatoires. L'OPHA est donc seulement fondé à demander que lui soit versé une somme de 273 017 euros HT à ce titre, soit 326 528 euros TTC.
32.En quatrième lieu, l'OPHA demande à être indemnisé du prix du marché qu'il a conclu avec la société Valgo en janvier 2014 pour la réalisation des travaux de tri et de désamiantage des gravats de démolition. Cependant, ces préjudices sont sans lien de causalité avec les manquements commis par la société Prédifor dans l'exécution de sa mission de repérage des produits amiantés, pour les motifs énoncés au point 15. Il en est de même s'agissant des préjudices afférents au coût d'évacuation de ces déchets et à leur mise en décharge.
33.En cinquième lieu, l'OPHA demande à être indemnisé de ses préjudices correspondant aux honoraires supplémentaires de maitrise d'œuvre qu'il a dû exposer du fait des manquements de la société Prédifor, pour un montant de 87 658,18 euros. Cependant, les pièces qu'il produit ne justifie des surcoûts exposés qu'à hauteur d'une somme de 30 555 euros HT correspondant au poste de dépense " honoraire supp. découverte amiante ", aucun élément versé à l'instruction ne permettant de considérer que le surplus des honoraires supplémentaires exposés trouverait son origine dans les fautes commises par la société Prédifor. L'OPHA est donc seulement fondé à demander que lui soit versé la somme de 30 555 euros HT à ce titre, soit 36 543,78 euros TTC.
34.Enfin, en sixième lieu, l'OPHA demande à être indemnisé des préjudices correspondant aux frais de gardiennage du chantier et aux frais de publicité pour les consultations afférentes aux travaux supplémentaires de désamiantage, pour des montants respectifs de 5 977,61 euros TTC et de 1 670,86 euros TTC. Ces sommes n'étant pas contestées par les parties, il y a lieu de retenir ces montants au titre de l'indemnisation due à l'OPHA pour chacun de ces chefs de préjudice.
35.Il résulte de ce qui précède que la société Prédifor doit être condamnée à verser à l'OPHA une somme de 463 410,25 euros TTC.
En ce qui concerne les préjudices causés par les manquements de la société Amplitude dans l'exécution de sa mission DET :
36.En premier lieu, le montant du préjudice, dont le maître de l'ouvrage est fondé à demander réparation aux constructeurs en raison des désordres affectant l'immeuble qu'ils ont réalisé, correspond aux frais qu'il doit engager pour y remédier. Ces frais comprennent, en règle générale, la taxe sur la valeur ajoutée, élément indissociable du coût des travaux, à moins que le maître de l'ouvrage ne relève d'un régime fiscal qui lui permet normalement de déduire tout ou partie de cette taxe de celle dont il est redevable à raison de ses propres opérations. En application du premier alinéa de l'article 256 B du code général des impôts, les personnes morales de droit public ne sont pas assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée pour l'activité de leurs services administratifs, sociaux, éducatifs, culturels et sportifs lorsque leur non-assujettissement n'entraîne pas de distorsions dans les conditions de la concurrence. La société Aktys Architecture n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause la présomption de non-assujetissement de l'OPHA à la taxe sur la valeur ajoutée et à établir que le montant de celle-ci ne devait pas être inclus dans le montant du préjudice indemnisable.
37.En deuxième lieu, il est constant que les sommes versées par l'OPHA à la société Valgo pour la réalisation des travaux de tri et de désamiantage des gravats de démolition s'élèvent à un montant de 1 282 266 euros HT, soit 1 533 590,13 euros TTC. Ce préjudice présentant un lien direct avec les manquements commis par la société Amplitude, l'OPHA est fondé à demander à ce que la société Aktys Architecture soit condamnée à lui verser cette somme.
38.En troisième lieu, il résulte de l'instruction que du fait du caractère aléatoire de la méthode de tri employée, la présence de matériaux amiantés dans les gravats de démolition a empêché leur recyclage et imposé leur enfouissement dans une installation de stockage de déchets inertes. Les travaux d'évacuation et de mise en décharge de ces déchets ont été confiés à la société Perrier Déconstruction par un avenant à son contrat, notifié le 11 décembre 2014. Il n'est pas contesté que le préjudice subi par l'OPHA de ce fait correspond au montant du prix qu'il a versé à la société Perrier Déconstruction pour la réalisation de ces travaux, qui s'est élevé à la somme de 79 200 euros HT, soit 94 723,20 euros TTC. Dans ces conditions, l'OPHA est également fondé à demander à ce que la société Amplitude soit condamnée à lui verser cette somme.
39.Il résulte de ce qui précède que la société Aktys Architecture doit être condamnée à verser à l'OPHA une somme de 1 628 313,30 euros TTC.
En ce qui concerne les intérêts :
40.L'OPHA a droit, comme il le demande, à ce que les sommes mentionnées aux points 35 et 39 portent intérêts au taux légal à compter du 23 mars 2020, date de l'enregistrement de sa requête. Ces intérêts seront capitalisés à compter du 23 mars 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais d'expertise :
41.Aux termes des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de la partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
42.L'OPHA a droit au remboursement des frais de l'expertise dont le rapport a été déposé le 22 août 2019, liquidés à la somme de 34 157,04 euros par ordonnance du président du tribunal du 4 novembre 2020 et mis à la charge de l'OPAC 38. Ces dépens sont mis à la charge solidaire des sociétés Prédifor, Aktys Architecture et Premys, parties perdantes.
Sur la condamnation in solidum :
43.Les fautes commises respectivement par les sociétés Prédifor et Aktis Architecture n'ayant pas concouru à la réalisation des mêmes dommages, les conclusions de l'OPHA tendant à leur condamnation in solidum ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les appels en garantie de la société Aktys Architecture :
En ce qui concerne la société Prédifor:
44.Pour le même motif que celui retenu au point 43, la société Aktys Architecture n'est pas fondée à demander à ce que la société Prédifor la garantisse des condamnations prononcées à son encontre.
En ce qui concerne la société Premys :
45.Ainsi qu'il a été dit au point 26, la société Perrier Déconstruction, à qui les travaux de désamiantage avaient été confiés, n'a pas procédé au retrait de l'ensemble des gaines contenant de l'amiante du bâtiment, alors que les stipulations de l'article 4.6.23 du CCTP applicable au marché en cause prévoyaient que " Toutes les gaines doivent être considérées comme amiantées, même celles qui n'ont pas été diagnostiquées (comme dans les VS par exemple) ", ce que la société Premys ne conteste d'ailleurs pas. De plus, contrairement à ce qu'elle soutient, si les dispositions de l'article R. 4412-97 du code du travail impose au maître d'ouvrage qui décide d'une opération comportant des risques d'exposition des travailleurs à l'amiante de faire réaliser une recherche des produits en contenant, elles n'ont ni pour objet ni pour effet d'interdire que des documents contractuels prévoient que la présence de produits amiantés puisse être présumée. Ainsi, le manquement de la société Perrier Déconstruction à ses obligations contractuelles est constitutif d'une faute qui a concouru à la réalisation des mêmes préjudices que ceux que la société Aktys Architecture est condamnée à indemniser. Eu égard à la gravité des manquements commis par la société Perrier Déconstruction et à la réalité de l'implication respective de l'entreprise et du maître d'œuvre dans la survenance des désordres, la responsabilité de la société Premys est engagée au cas d'espèce à hauteur de 75 %. Par suite, la société Premys doit être condamnée à garantir la société Aktys Architecture à hauteur de 75 % du montant de la condamnation prononcée à son encontre au point 39.
Sur les frais d'instance :
46.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre à l'encontre de l'OPHA par les sociétés Prédifor, Aktys Architecture et Premys. En revanche, il convient, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge respective des mêmes sociétés la somme de 1 000 euros chacune au titre des frais exposés par l'OPAH.
D E C I D E :
Article 1er : La société Prédifor est condamnée à verser à l'Office public de l'habitat Alpes Isère Habitat la somme de 463 410,25 euros TTC.
Article 2 : La société Aktys Architecture est condamnée à verser à l'Office public de l'habitat Alpes Isère Habitat la somme de 1 628 313,30 euros TTC.
Article 3 : Les sommes mentionnées aux articles 1 et 2 du présent jugement porteront intérêts au taux légal à compter du 23 mars 2020. Les intérêts échus à la date du 23 mars 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 4 : Les dépens, s'élevant à la somme globale de 34 157,04 euros, sont mis à la charge solidaire des sociétés Prédifor, Aktys Architecture et Premys.
Article 5 : La société Premys est condamnée à garantir la société Aktys Architecture à hauteur de 75 % des condamnations prononcées à son encontre par les articles 2 et 4 du présent jugement.
Article 6 : Les sociétés Prédifor, Aktys Architecture et Premys verseront chacune à l'Office public de l'habitat Alpes Isère Habitat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à l'Office public de l'habitat Alpes Isère Habitat, et aux sociétés Prédifor, Aktys Architecture et Premys.
Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Paquet, présidente,
M. B et Mme C, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
Le rapporteur,
N. B
La présidente,
D. PAQUET
La greffière,
J. BONINO
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026