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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002112

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002112

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002112
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 avril 2020 et le 26 mai 2020, M. B A, représenté par Me Borges de Deus Correia, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à lui verser la somme de 1 353 euros au titre de l'allocation pour demandeur d'asile pour la période courant des mois d'octobre 2017 à janvier 2018, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

2°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à lui verser la somme de 1 500 euros en réparation de son préjudice moral et des troubles subis dans ses conditions d'existence ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration les intérêts au taux légal à compter de la demande préalable et d'ordonner la capitalisation des intérêts par année entière ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 200 euros à payer à son conseil au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il est demandeur d'asile ;

- alors qu'il a été admis au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, en particulier au bénéfice de l'allocation de demandeur d'asile depuis le mois de septembre 2016, il n'a pas bénéficié de cette allocation entre les mois d'octobre 2017 à janvier 2018 ;

- sa demande préalable de versement de cette allocation est restée sans réponse ;

- il a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence du fait de la suspension du versement de cette allocation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête aux fins de versement de l'allocation de demandeur d'asile dès lors que M. A a obtenu en août 2020 le versement des sommes en litige ;

- les conclusions aux fins d'indemnisation du préjudice moral sont irrecevables en l'absence de demande indemnitaire préalable.

Par ordonnance du 9 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 9 juin 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 septembre 2020.

Vu :

- l'ordonnance n° 2001625 du 22 juillet 2020 du juge des référés provision ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Heintz, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant somalien, a présenté une demande d'asile le 7 septembre 2016 et a été admis au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 1er octobre 2017, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu les conditions matérielles d'accueil au motif que M. A n'avait pas répondu aux demandes d'information qui lui avaient été adressées, notamment au motif qu'il n'avait pas présenté l'attestation de demande d'asile. Les conditions matérielles d'accueil ont été rétablies à compter du mois de février 2018. Par un courrier du 20 décembre 2019, notifié à l'OFII le 26 décembre 2019, M. A a demandé le versement de l'allocation pour demandeur d'asile dont il a été privé pour les mois d'octobre 2017 à janvier 2018. Par sa requête, il demande la condamnation de l'OFII à lui verser la somme de 1 353 euros correspondant au montant de l'allocation pour la période litigieuse ainsi qu'une somme de 1500 euros en réparation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Aux termes, par ailleurs, de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".

3. L'OFII fait valoir que les conclusions indemnitaires du requérant seraient privées d'objet en raison de la provision d'un montant de 1 809 euros qu'il lui a versée en exécution de l'ordonnance n° 2001625 rendu le 22 juillet 2020 par le juge du référé du tribunal administratif de Grenoble, statuant sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 541-1 du code de justice administrative. Toutefois, ladite ordonnance de référé, aux termes de laquelle l'OFII a été condamné à verser à M. A une provision d'un montant de 1 353 euros, ne présente qu'un caractère provisoire. Ainsi, en dépit de son caractère immédiatement exécutoire, le versement au requérant d'une indemnité prévisionnelle ne prive pas d'objet le recours au fond qu'il a exercé afin qu'il soit procédé à la fixation définitive du montant de sa créance. Il s'ensuit que l'exception de non-lieu opposée par l'OFII doit être écartée.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne l'allocation pour demandeur d'asile :

4. Aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 744-8 de ce code : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Aux termes de l'article L. 744-9 du même code : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources () ". Selon l'article D. 744-17 de ce code : " Sont admis au bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile : / 1° Les demandeurs d'asile qui ont accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 744-1 et qui sont titulaires de l'attestation de demande d'asile délivrée en application de l'article L. 741-1 () ".

5. Il résulte de l'instruction que la décision du 1er octobre 2017 suspendant les conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. A lui a été adressée au 73 rue Ernest Renan à Nanterre et non à sa nouvelle domiciliation à Villefontaine, dans le département de l'Isère, dont l'administration avait connaissance depuis au moins le mois d'août 2017, date à laquelle elle lui a adressé des convocations. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que l'OFII aurait adressé à M. A des courriers, par publipostage, lui rappelant son obligation de produire l'attestation de demande d'asile. Par suite, M. A est fondé à soutenir que les conditions matérielles d'accueil ont été irrégulièrement suspendues et qu'il avait droit au paiement de l'allocation pour demandeur d'asile pour les mois d'octobre 2017 à janvier 2018.

6. Il n'est pas contesté par l'OFII que M. A a droit au versement de la somme de 1 500,60 euros correspondant aux arriérés d'allocation pour demandeur d'asile au titre de la période courant entre les mois d'octobre 2017 et de janvier 2018. Toutefois, dans sa requête le requérant a limité ses prétentions à la somme de 1 353 euros. Dans ces conditions, il y a lieu de condamner l'OFII à verser à M. A la somme de 1 353 euros, sous déduction de la même somme versée à titre provisionnel en application de l'ordonnance n° 2001625 du 22 juillet 2020.

7. M. A a droit aux intérêts au taux légal correspondant à la somme de 1 353 euros à compter du 26 décembre 2019, date de réception de sa demande par l'OFII, et jusqu'au 22 juillet 2020, date du prononcé de l'ordonnance n° 2001625 du juge de référés.

8. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 2 avril 2020. A la date du 22 juillet 2020, les intérêts n'avaient pas couru pour une année entière. Dès lors, il ne peut être fait droit à la demande de capitalisation des intérêts.

9. Aux termes du premier alinéa de l'article 1231-7 du code civil : " En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement. " et aux termes de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier : " En cas de condamnation pécuniaire par décision de justice, le taux de l'intérêt légal est majoré de cinq points à l'expiration d'un délai de deux mois à compter du jour où la décision de justice est devenue exécutoire, fût-ce par provision. ". Il résulte de ces dispositions que l'ordonnance du juge de référé du 22 juillet 2020 a fait courir les intérêts du jour de son prononcé jusqu'à son exécution. Le présent jugement ne met pas à la charge de l'OFII une somme supplémentaire et, en tout état de cause, ferait lui-même courir les intérêts. Dans ces conditions, la demande tendant à ce que la condamnation prononcée à l'encontre de l'OFII soit assortie d'une astreinte doit être écartée.

En ce qui concerne le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence :

10. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

11. Les conclusions de la requête de M. A tendent également à ce que l'OFII soit condamné à lui verser la somme de 1 500 euros au titre de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence. Toutefois, le requérant s'est borné, dans sa lettre du 20 décembre 2019, à demander à l'OFII le versement, à titre de régularisation de sa situation, du montant de l'allocation pour demandeur d'asile qu'il estimait lui être due, sans assortir sa demande d'une réclamation tendant à la réparation de son préjudice résultant du défaut de paiement de cette allocation de nature à lier le contentieux sur ce point. Dans ces circonstances, à défaut d'une décision prise sur une demande préalable, la fin de non-recevoir opposée par l'OFII tirée de l'irrecevabilité de ces conclusions doit être accueillie. Par suite, ces conclusions ne peuvent être que rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII la somme réclamée par le requérant sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'Office français de l'immigration et de l'intégration est condamné à verser à M. A la somme de 1 353 euros, sous déduction de la somme de 1 353 euros versée à titre provisionnel en application de l'ordonnance n° 2001625 du 22 juillet 2020, avec intérêts au taux légal à compter du 26 décembre 2019 et jusqu'au 22 juillet 2020.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Borges de Deus Correia et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 3 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

Le rapporteur,

M. HEINTZ

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

E. PROST

La République mande et ordonne au ministère de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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