jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2002129 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | BONNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 avril 2020, le 28 juillet 2020 et le 22 septembre 2022, la SCI Cœur Montebello, représentée par Me Bonnet, demande au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2011, et des pénalités correspondantes.
Elle soutient que :
- l'administration fiscale a abandonné les redressements notifiés à Mme B au titre de l'impôt sur le revenu ;
- la vente de l'appartement à Mme B est un acte de gestion normal engagé dans l'intérêt de l'entreprise ;
- l'appartement vendu souffre de nuisances olfactives et auditives importantes ;
- le caractère délibéré du manquement n'est pas établi compte tenu du caractère approximatif de la notion de valeur vénale, et de la vente à Mme B en désespoir de cause.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2020, la directrice de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SCI Cœur Montebello ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 3 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au même jour, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère,
- et les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Cœur Montebello est détenue par la société Financière SAGEC et la société Sofima et est gérée par la société SAGEC Haute-Savoie, devenue SAGEC Rhône-Alpes. Elle exerce à titre principal une activité de construction vente et a édifié et commercialisé un programme immobilier de 29 logements dénommé " Cœur Montebello ". Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2013, à l'issue de laquelle une proposition de rectification du 30 juillet 2014 lui a été adressée. L'administration fiscale a considéré que la société avait vendu le lot n° 5 de la résidence à un prix inférieur à sa valeur vénale à M. et Mme B, cette dernière étant responsable commerciale au sein de la société SAGEC Rhône-Alpes. Elle a qualifié la vente d'acte anormal de gestion et a procédé à un rappel de taxe sur la valeur ajoutée pour le montant de la vente correspondante. La SCI Cœur Montebello demande au tribunal la décharge des rappels de taxe qui lui ont ainsi été notifiés et des pénalités correspondantes.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
2. Aux termes de l'article 257 du code général des impôts : " I.- Les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée dans les conditions qui suivent. / () ". Aux termes de l'article 266 du même code : " () / 2. En ce qui concerne les opérations mentionnées au I de l'article 257, la taxe sur la valeur ajoutée est assise : / () / b. Pour les mutations à titre onéreux ou les apports en société sur : / Le prix de la cession, le montant de l'indemnité ou la valeur des droits sociaux rémunérant l'apport, augmenté des charges qui s'y ajoutent ; / La valeur vénale réelle des biens, établie dans les conditions prévues à l'article L. 17 du livre des procédures fiscales, si cette valeur vénale est supérieure au prix, au montant de l'indemnité ou à la valeur des droits sociaux, augmenté des charges. / () ". Aux termes de l'article L. 17 du livre des procédures fiscales : " En ce qui concerne les droits d'enregistrement et la taxe de publicité foncière ou la taxe sur la valeur ajoutée lorsqu'elle est due au lieu et place de ces droits ou taxe, l'administration des impôts peut rectifier le prix ou l'évaluation d'un bien ayant servi de base à la perception d'une imposition lorsque ce prix ou cette évaluation paraît inférieur à la valeur vénale réelle des biens transmis ou désignés dans les actes ou déclarations. / La rectification correspondante est effectuée suivant la procédure de rectification contradictoire prévue à l'article L. 55, l'administration étant tenue d'apporter la preuve de l'insuffisance des prix exprimés et des évaluations fournies dans les actes ou déclarations ".
3. Les dispositions de l'article L. 17 du livre des procédures fiscales ont pour objet et pour effet de donner à l'administration la faculté de substituer, pour la détermination de l'assiette de la taxe sur la valeur ajoutée, la valeur vénale réelle du bien, au prix stipulé lorsque cette valeur vénale est supérieure. Conformément toutefois aux dispositions de l'article 27 de la sixième directive n° 77/388 du 17 mai 1977 du Conseil des Communautés européennes, reprises à l'article 395 de la directive n°2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 et aux termes de la demande française notifiée à la Commission européenne le 23 décembre 1977, il ne peut être recouru à ce mécanisme de substitution que dans le cas de livraisons d'immeubles et dans le but de lutter contre la fraude ou l'évasion fiscale. Dès lors que l'administration relève, d'une part, que les prix des immeubles faisant l'objet de mutations ont été minorés et, d'autre part, que le vendeur et l'acheteur sont étroitement liés, elle peut substituer la valeur vénale des immeubles aux prix déclarés pour l'assiette de la taxe sur la valeur ajoutée à condition de rapporter la preuve que l'insuffisance du prix de vente des locaux résulte d'une volonté d'évasion fiscale. Celle-ci, toutefois, se présume du seul fait de l'insuffisance significative du prix, lorsque les parties sont en relation d'intérêt, sauf preuve contraire apportée par le contribuable.
4. La SCI Cœur Montebello a cédé le 24 janvier 2011 à M. et Mme B un appartement en rez-de-chaussée de type T3 d'une surface habitable de 63,53 m2 et pourvu d'une terrasse de 21,02 m2, pour un prix de 184 000 euros. Cet appartement faisait partie du programme immobilier situé dans la commune de Vetraz-Monthoux. Au cours des opérations de contrôle, l'administration fiscale a estimé que le bien avait été cédé, sans contrepartie, à un prix inférieur à sa valeur vénale. Pour estimer cette dernière, l'administration fiscale s'est fondée sur des comparables faisant partie du même programme immobilier. Elle a retenu des appartements de type T3 présentant une surface habitable proche, possédant également un balcon ou une terrasse et se situant au 1er ou au 2ème étage de l'immeuble. Elle a identifié un prix moyen de vente par tantième de 746 euros, alors que la vente réalisée au profit de M. et Mme B implique un prix moyen de vente par tantième de 561 euros, soit une valeur vénale estimée à 244 802,85 euros, impliquant une minoration du prix de vente de 60 802,85 euros. Considérant l'écart de prix ainsi que la relation d'intérêt unissant Mme B à la SCI Cœur Montebello, elle a notifié à cette dernière un rappel de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 9 964 euros. Par la suite, prenant en compte l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, l'administration fiscale a appliqué une décote de 12 % sur le prix estimé, la valeur vénale de l'immeuble s'établissant en dernier lieu à 215 426,51 euros. La minoration du prix a été ramenée à 31 426,51 euros et le rappel de taxe sur la valeur ajoutée en découlant à un montant de 5 150 euros.
5. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, l'administration a retenu, conformément à l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, une décote de 12 %. Il résulte de cet avis que cette décote est destinée à prendre en considération les caractéristiques propres de l'appartement, et notamment les nuisances impliquées par sa situation au-dessus de l'entrée du garage et à proximité du local à poubelles, ainsi que l'absence de frais de commercialisation. Si la SCI Cœur Montebello se prévaut à nouveau de ces nuisances, elle ne produit aucun élément de nature à démontrer que ces dernières seraient telles qu'il conviendrait d'appliquer une décote supérieure à 12 %. Par ailleurs, la situation de rez-de-chaussée a été prise en compte par le choix de comparatifs se situant également au bas de l'immeuble. En outre, la seule circonstance que le bien en cause n'ait pas été vendu au bout de six mois de commercialisation ne suffit pas à justifier la minoration constatée, alors, notamment, que la requérante ne se prévaut d'aucune circonstance particulière l'ayant empêché de diminuer progressivement le prix de vente ou lui ayant fait obligation de vendre dans un délai déterminé, en raison par exemple d'échéances financières particulières. Enfin, si les requérants contestent la méthode d'évaluation retenue par le service, ils ne démontrent pas qu'elle serait erronée dans son principe ni n'invoquent aucune méthode alternative plus pertinente. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme rapportant la preuve qui lui incombe d'un écart significatif entre la valeur vénale du bien et le prix convenu entre la SCI Cœur Montebello et les époux B à hauteur de 31 426,51 euros, correspondant à plus de 14 % de la valeur vénale.
6. En second lieu, dès lors que Mme B est salariée de la société SAGEC Rhône-Alpes, elle-même gérante de la SCI Cœur Montebello, la relation d'intérêt unissant les parties fait présumer la volonté d'évasion fiscale au sens des dispositions précitées, sans que la requérante ne rapporte la preuve contraire. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration fiscale a procédé au rappel de taxe sur la valeur ajoutée litigieux pour un montant de 5 150 euros.
Sur les pénalités :
7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".
8. La SCI Cœur Montebello exerce à titre principal une activité de construction vente et a réalisé une vente à un prix minoré, le bénéficiaire étant lié à la société requérante par une relation d'intérêt. Dans ces circonstances, la société requérante ne pouvait ignorer que la vente se faisait à un prix inférieur à celui du marché, de sorte que l'administration fiscale établit le caractère délibéré du manquement. A cet égard, le fait que la vente à Mme B ait eu lieu à la fin du programme est sans incidence. En outre, la relativité de la valeur vénale dont se prévaut la requérante est à écarter, compte tenu des éléments précédemment énoncés. Par suite, le caractère délibéré des manquements est établi.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SCI Cœur Montebello doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Cœur Montebello est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Cœur Montebello et au directeur de contrôle fiscal Centre-Est.
Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme d'Elbreil, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.
La rapporteure,
M. D'ELBREIL
Le président,
V. L'HÔTE La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026