mardi 13 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2002190 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL LIGAS-RAYMOND PETIT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 avril 2020, M. N I, M. F I, agissant en son nom propre et en qualité de représentant légal de ses enfants M. C I et Mme E I, M. M I, agissant en son nom propre et en qualité de représentant légal de ses enfants M. B I et Mme A I, Mme G I, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de ses enfants Mme O P et M. K P ainsi que Mme H J, représentés par Me Chevassus, demandent au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier Métropole de Savoie à verser en réparation des préjudices résultant de la faute commise lors de la prise en charge ayant conduit au décès de Mme L I les sommes de :
- 23 500 euros aux requérants en leur qualité d'ayant-droits ;
- 50 434,14 euros à M. N I ;
- 20 000 euros à chacun des enfants et à la sœur de Mme L I ;
- 10 000 euros à chacun des petits-enfants de Mme L I ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner l'ONIAM à verser les sommes de :
- 23 500 euros aux requérants en leur qualité d'ayant-droits ;
- 50 434,14 euros à M. N I ;
- 20 000 euros à chacun des enfants et à la sœur de Mme L I ;
- 10 000 euros à chacun des petits-enfants de Mme L I ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Métropole de Savoie la somme de 3 600 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- à titre principal, la responsabilité du centre hospitalier Métropole de Savoie et de la SHAM est engagée en raison d'un défaut de surveillance du cathéter d'hémodialyse qui constitue la porte d'entrée de l'infection dont a été victime Mme L I ;
- à titre subsidiaire, le décès de Mme I est directement imputable à une infection nosocomiale et doit être indemnisé par l'ONIAM ;
- Ils évaluent les préjudices ainsi :
* au titre du déficit fonctionnel temporaire total : 1 500 euros ;
* au titre des souffrances endurées par Mme L I : 20 000 euros ;
* au titre du préjudice esthétique temporaire subi par Mme L I : 2 000 euros ;
* au titre des frais d'obsèques exposés par M. N I : 10 434,14 euros ;
* au titre du préjudice d'affection de M. N I : 30 000 euros ;
* au titre du préjudice d'affection des enfants et de la sœur de Mme L I : 15 000 euros chacun ;
* au titre du préjudice d'affection des petits-enfants de Mme L I : 10 000 euros chacun ;
* au titre du préjudice d'accompagnement de M. N I : 10 000 euros ;
* au titre du préjudice d'accompagnement des enfants de Mme L I : 5 000 euros chacun.
Par des mémoires en défense enregistrés les 4 février 2021 et 11 mai 2023, le centre hospitalier Métropole Savoie et la SHAM devenue Relyens, représentés par Me Ligas-Raymond, concluent au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- le centre hospitalier n'a commis aucune faute ;
- l'infection n'est pas nosocomiale ;
- l'action récursoire de l'ONIAM doit être rejetée en l'absence de manquement caractérisé aux obligations posées par la réglementation en matière de lutte contre les infections nosocomiales.
Par un mémoire enregistré le 27 février 2023, l'ONIAM, représenté par Me De La Grange, conclut à ce que son obligation indemnitaire n'excède pas 75% des préjudices, à la réduction à de plus justes proportions des sommes demandées en réparation du préjudice subi et à ce que le centre hospitalier Métropole Savoie soit condamné à le garantir de toutes condamnations à hauteur de 75% en application des dispositions de l'article L. 1142-21 du code de la santé publique.
Il fait valoir que :
- il ne conteste pas devoir prendre en charge les préjudices résultant de l'infection nosocomiale dont a été victime Mme I à hauteur de 75% ;
- il est fondé à exercer une action récursoire à l'encontre du centre hospitalier Métropole Savoie à hauteur de 75% des condamnations qui seront mises à sa charge ;
- il y a lieu d'indemniser les frais d'obsèques dans la limite d'une somme de 5 000 euros et de réduire à de plus justes proportions les autres sommes demandées par les requérants.
Par un mémoire enregistré le 8 juin 2020, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de Dôme indique n'avoir aucune créance à faire valoir.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bedelet,
- les conclusions de Mme D,
- et les observations de Me Ligas-Raymond pour le centre hospitalier de Chambéry et la société Relyens.
Considérant ce qui suit :
1. Mme L I, née en 1953 et aux antécédents d'insuffisance rénale chronique, insuffisance aortique rhumatismale, insuffisance mitrale rhumatismale, insuffisance cardiaque, thyroïdie chronique de Hashimoto, diabète et hypertension artérielle, a été admise au centre hospitalier de Chambéry le 1er octobre 2017 en raison d'une dyspnée liée à une insuffisance cardiaque congestive sur un terrain de cardiopathie et d'une insuffisance rénale chronique préterminale. L'évolution a été favorable après l'augmentation des diurétiques. Une épuration extrarénale a été débutée en novembre 2017, initialement par un cathéter central de dialyse, puis, par une fistule artérioveineuse devenue fonctionnelle après superficialisation le 16 novembre 2017 et permettant le retrait du cathéter le 23 janvier 2018. Dans les suites, Mme I a présenté une endocardite infectieuse sur valve mitrale native avec perforation valvulaire et une volumineuse végétation. Elle a été transférée à l'hôpital Louis Pradel où il a été réalisé, le 11 février 2018, un remplacement valvulaire mitral et aortique. Mme I est décédée en postopératoire immédiat en raison d'une défaillance cardiaque non contrôlable. La commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) Rhône-Alpes ayant, après avoir diligenté une expertise médicale, rendu, le 10 septembre 2019, un avis défavorable à l'indemnisation, les proches de Mme I ont saisi le tribunal d'une requête indemnitaire.
Sur la faute médicale invoquée :
2. Il résulte de l'instruction que Mme I a contracté une infection dans les suites de ses dialyses. L'expert désigné par la CCI Rhône-Alpes n'a mis en évidence aucune faute de l'hôpital à l'origine de l'introduction de la bactérie dans l'organisme du patient. En revanche, il a constaté que la surveillance du cathéter central d'hémodialyse n'était pas tracée alors qu'elle est recommandée dans la détection précoce des signes locaux d'infection et permet d'éviter la diffusion systémique de l'infection. Cependant, il précise que cette surveillance, si elle est instituée, ne permet pas de détecter les infections de mécanisme intraluminal du cathéter pour lesquelles les signes infectieux au site d'insertion peuvent être absents. Dans ces conditions et en l'absence élément permettant d'envisager l'existence de signes d'infection antérieurement à la détection de celle-ci, la responsabilité du centre hospitalier ne saurait être engagée en raison de l'absence de traçabilité de la surveillance du cathéter central d'hémodialyse.
Sur l'existence d'une infection nosocomiale :
3. Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge. La présomption de responsabilité en cas d'infection nosocomiale vaut y compris en cas d'infection due à un germe présent dans l'organisme du patient avant l'intervention sauf à ce que soit rapportée la preuve d'une cause étrangère de cette infection.
4. Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales () ".
5. Bien que la portée d'entrée du sepsis n'a pas pu être identifiée formellement, l'expert retient, avec une forte probabilité, une infection liée au cathéter central d'hémodialyse dont les premiers signes sont apparus le 24 janvier 2018, en écartant les autres causes pouvant être évoquées. En particulier, il précise qu'il n'a pas été décrit d'escarres au décours de l'hospitalisation d'octobre à novembre 2017, qu'il n'y a pas de relation entre l'infection constatée en janvier 2018 et la probable infection survenue deux mois plus tôt et que l'évolution de l'état de santé de Mme I à la suite de l'infiltration de corticoïde du genou faite en novembre 2017 et les informations cliniques et échographiques liées à la fistule artérioveineuse permettent d'exclure ces actes de soins comme étant à l'origine du sepsis. Dès lors, l'infection constatée en janvier 2018 présente un caractère nosocomial liée au cathéter central d'hémodialyse. En l'absence de cause étrangère et dès lors que cette infection a été le facteur essentiel du décès de Mme I, les requérants sont fondés à demander une indemnisation par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale, ce que, du reste, ce dernier ne conteste pas.
Sur la perte de chance :
6. Dans le cas où une infection nosocomiale a compromis les chances d'un patient d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de cette infection et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
7. L'expert désigné par la CCI Rhône-Alpes mentionne qu'en l'absence d'infection, Mme I avait des pathologies sous-jacentes graves susceptibles de se décompenser dans le contexte d'épuration extrarénale et de mettre en jeu le pronostic vital. En effet, l'insuffisance cardiaque aurait compliqué la tolérance de l'hémodialyse et une pathologie pulmonaire (hémorragie intra-alvéolaire) était susceptible de se manifester. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de la chance perdue en la fixant à 75 % des différents chefs de préjudice ayant résulté du décès de Mme I.
Sur les préjudices de la victime directe, Mme L I :
8. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme I a présenté un déficit fonctionnel temporaire total du 25 janvier 2018 au 11 février 2018. Il sera fait une juste évaluation de ce poste de préjudice en fixant l'indemnisation à 230 euros.
9. En deuxième lieu, les souffrances endurées par Mme L I en conséquence de l'infection nosocomiale qui ont été importantes pendant 18 jours, justifient le versement d'une somme de 3 750 euros, après application du taux de perte de chance.
10. En troisième lieu, les conséquences de l'infection nosocomiale, Mme I a subi un drainage et une sternotomie. Dans ces circonstances, le préjudice esthétique temporaire, qui est accepté par l'ONIAM, peut être indemnisé par l'attribution d'une somme de 750 euros.
Sur les préjudices des proches de M. I, victimes indirectes :
11. En premier lieu, M. N I produit les factures acquittées relative aux frais d'obsèques de son épouse pour un montant de 3 815,39 euros ainsi qu'à l'achat d'un caveau deux places (2 850 euros), de marbrerie (3 300 euros) et d'une concession trentenaire (468,75 euros). Cependant, il convient de retenir la moitié des dépenses engagées pour la construction d'un caveau de deux places, afin de fixer les frais funéraires induits par le seul décès de la victime. La somme totale de 6 756,85 euros sera donc accordée à M. N I au titre des frais d'obsèques.
12. En deuxième lieu, le préjudice d'accompagnement a pour objet d'indemniser les troubles et perturbations dans les conditions d'existence d'un proche qui partageait habituellement une communauté de vie affective et effective avec la victime.
13. Il y a lieu, compte tenu des bouleversements sur son mode de vie à raison de la dégradation de l'état de santé de son épouse jusqu'au décès survenu le 11 février 2018, d'allouer à M. N I la somme de 375 euros au titre du préjudice d'accompagnement après application du taux de perte de chance, comme accepté par l'ONIAM. En revanche, si les enfants et la sœur de la défunte font valoir s'être rendus au chevet de Mme I pendant ses différentes hospitalisations, cette circonstance ne suffit pas à caractériser un bouleversement de leur mode de vie de nature à établir l'existence d'un préjudice d'accompagnement.
14. En troisième lieu, il y a lieu, au titre du préjudice d'affection résultant du décès de son épouse, d'allouer à M. N I la somme de 15 000 euros, après application du taux de perte de chance.
15. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi M. F I, M. M I et Mme G I, enfants de Mme I, ainsi qu'à Mme H J, sœur de Mme I, en leur allouant à ce titre, la somme de 3 750 chacun après application du taux de perte de chance.
16. Le préjudice d'affection subi par M. C I, Mme E I, M. B I, Mme A I, Mme O P et M. K P, en raison du décès de leur grand-mère est évalué à 1 875 euros chacun, après application du taux de perte de chance.
Sur l'action récursoire de l'ONIAM à l'encontre du centre hospitalier Métropole de Savoie :
17. Aux termes de l'article L. 1142-21 du code de la santé publique : " () Lorsqu'il résulte de la décision du juge que l'office indemnise la victime ou ses ayants droit au titre de l'article L. 1142-1-1, celui-ci ne peut exercer une action récursoire contre le professionnel, l'établissement de santé, le service ou l'organisme concerné ou son assureur, sauf en cas de faute établie à l'origine du dommage, notamment le manquement caractérisé aux obligations posées par la réglementation en matière de lutte contre les infections nosocomiales () ".
18. Il ne résulte pas de l'instruction que l'absence de traçabilité de la surveillance du cathéter central d'hémodialyse constitue un manquement caractérisé, à l'origine directe et certaine de la survenue de l'infection nosocomiale et du décès de Mme I. Par suite, l'ONIAM n'est pas fondé à demander que le centre hospitalier Métropole de Savoie soit condamné à le garantir à hauteur de 75% des sommes mises à sa charge.
Sur les frais d'instance :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier Métropole de Savoie, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par les requérants non compris dans les dépens.
20. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du centre hospitalier Métropole de Savoie présentées à ce même titre.
D E C I D E :
Article 1er :L'ONIAM versera aux ayants-droit requérants une somme de 4 730 euros en leur qualité d'ayants droit de Mme L I.
Article 2 :L'ONIAM versera à M. N I une somme de 22 131,85 euros.
Article 3 :L'ONIAM versera à M. F I, M. M I, Mme G I et Mme H J une somme de 3 750 euros chacun.
Article 4 :L'ONIAM versera à M. F I, M. M I et Mme G I, en leur qualité de représentants légaux de leurs enfants, une somme de 3 750 euros chacun.
Article 5 :Le surplus de conclusions des parties est rejeté.
Article 6 :Le présent jugement sera notifié à Mme G I, au pôle national recours contre tiers des travailleurs indépendants, au centre hospitalier métropole Savoie, à l'ONIAM, à la société Relyens et à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy de Drôme.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Bedelet, première conseillère,
Mme Holzem, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.
La rapporteure,
A. Bedelet
Le président,
C. Sogno
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
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