mardi 27 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2002360 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | WOOG & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoire, enregistrés le 21 avril 2020, le 13 avril 2021 et le 2 octobre 2023, Mme A B, représentée par Me Borg, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Neuilly-Plaisance à lui verser la somme de 10 567,84 euros bruts au titre des heures supplémentaires, de nuit et de dimanche et jours fériés ;
2°) de condamner la commune de Neuilly-Plaisance à lui verser la somme de 8 000 euros au titre des temps de pause et de repos non respectés ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Neuilly-Plaisance la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune de Neuilly-Plaisance a commis une faute en la faisant travailler au-delà du quota d'heures autorisé ;
- ses heures de travail effectif doivent être rémunérées ;
- la responsabilité de la commune est engagée au titre du non-respect de ses temps de pause.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2020, la commune de Neuilly-Plaisance, représentée par Me Trecat, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête ; à titre subsidiaire, au rejet de la requête et à la condamnation de Mme B au paiement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le Tribunal administratif de Grenoble est territorialement incompétent ;
- la Commune n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ; ;
- les heures pour lesquelles est demandée une rémunération correspondent à un temps de présence et non à un temps de travail effectif.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'une collectivité ne peut être condamnée à verser une somme qu'elle ne doit pas : en ce qui concerne les conclusions pécuniaires en paiement des heures supplémentaires, l'article 6 du décret 2002-60 du 14 janvier 2002 rendu applicables aux agents non titulaires de droit public limite le nombre d'heures supplémentaires pouvant être mensuellement réalisées à 25 heures.
Par un mémoire, enregistré le 2 octobre 2023, Mme B a répondu au moyen d'ordre public en précisant qu'il n'est pas demandé au Tribunal une régularisation des heures effectuées, mais bien une réparation du préjudice subi.
En réponse au courrier du Tribunal du 21 septembre dernier, la commune a précisé, le 29 septembre 2023, qu'aucun cycle particulier de travail n'a été mis en œuvre.
Par ordonnance du 4 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 octobre 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le décret n° 2000-815 du 25 août 2000 ;
- le décret n°2001-623 du 12 juillet 2001 ;
- le décret n°2002-60 du 14 janvier 2002 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Vial-Pailler,
- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,
- et les observations de Me Horeau, représentant la commune de Neuilly-Plaisance.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été engagée par la commune de Neuilly-Plaisance, en vertu de différents contrats, pour occuper le poste d'adjoint d'animation pour les périodes suivantes : du 23 mars 2018 au 24 août 2018, du 13 septembre 2018 au 21 octobre 2018 et du 5 novembre 2018 au 30 juin 2019. Ces contrats ont été intégralement exécutés au sein de l'établissement Le Choucas, situé à Sixt-Fer-à-Cheval, en Haute-Savoie. Par un courrier électronique du 31 octobre 2019 adressé à la gestionnaire des ressources humaines de la commune de Neuilly-Plaisance, la requérante a demandé le paiement de 1 215 heures supplémentaires pour les années 2018 et 2019. Par un courrier du 10 février 2020, le maire de la commune a fait droit à sa demande de rémunération pour un total de 595 heures et a rejeté le surplus.
Sur la compétence du Tribunal administratif de Grenoble :
2. Aux termes de l'article R.312-12 du code de justice administrative : " Tous les litiges d'ordre individuel, y compris notamment ceux relatifs aux questions pécuniaires, intéressant les fonctionnaires ou agents de l'Etat et des autres personnes ou collectivités publiques, ainsi que les agents ou employés de la Banque de France, relèvent du tribunal administratif dans le ressort duquel se trouve le lieu d'affectation du fonctionnaire ou agent que la décision attaquée concerne. " Le litige concerne un agent territorial affecté à l'établissement Le Choucas situé en Haute-Savoie. Par conséquent, le Tribunal administratif de Grenoble est compétent. Par suite, la fin de non-recevoir doit être écartée.
Sur les conclusions à fins d'indemnisation :
S'agissant des heures supplémentaires et des temps de repas :
3. Aux termes de l'article 1er du décret n°2001-623 du 12 juillet 2001 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique territoriale : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail applicables aux agents des collectivités territoriales et des établissements publics en relevant sont déterminées dans les conditions prévues par le décret du 25 août 2000 susvisé sous réserve des dispositions suivantes. " Selon l'article 2 du décret n°2000-815 du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique d'Etat et dans la magistrature : " La durée du travail effectif s'entend comme le temps pendant lequel les agents sont à la disposition de leur employeur et doivent se conformer à ses directives sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles. " Selon l'article 4 du décret n°2000-815 : " Pour les agents relevant d'un régime de décompte horaire des heures supplémentaires, celles-ci sont prises en compte dès qu'il y a dépassement des bornes horaires définies par le cycle de travail. Elles font l'objet d'une compensation horaire dans un délai fixé par arrêté du ministre intéressé, du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget, après avis du comité social d'administration paritaire ministériel. À défaut, elles sont indemnisées. ". Enfin, l'article 6 du décret prévoit que " La possibilité de travailler selon un horaire variable peut être organisée, sous réserve des nécessités du service, après consultation du comité technique. / Cette organisation définit une période de référence, en principe une quinzaine ou un mois, au sein de laquelle chaque agent doit accomplir un nombre d'heures de travail correspondant à la durée réglementaire afférente à la période considérée. / Un dispositif dit de crédit-débit peut permettre le report d'un nombre limité d'heures de travail d'une période sur l'autre. Il précise le maximum d'heures pouvant être inscrit au débit ou au crédit de la situation des agents. Pour une période de référence portant sur la quinzaine ou le mois, ce plafond ne peut respectivement être fixé à plus de six heures et plus de douze heures. / L'organisation des horaires variables doit être déterminée en tenant compte des missions spécifiques des services ainsi que des heures d'affluence du public et comprendre soit une vacation minimale de travail ne pouvant être inférieure à quatre heures par jour, soit des plages fixes d'une durée au minimum équivalente, au cours desquelles la présence de la totalité du personnel est obligatoire, et des plages mobiles, à l'intérieur desquelles l'agent choisit quotidiennement ses heures d'arrivée et de départ. / Un décompte exact du temps de travail accompli chaque jour par chaque agent doit être opéré. Tout agent est tenu de se soumettre à ces modalités de contrôle ".
4. En cas de litige relatif à l'existence ou au nombre d'heures de travail accomplies, il appartient, en premier lieu, à l'agent d'étayer sa demande par la production d'éléments suffisamment précis quant aux horaires qu'il estime avoir réalisés. Sur la base de ces éléments, l'employeur doit répondre en fournissant les informations dont il dispose de nature à justifier les horaires effectivement réalisés par le salarié.
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la commune de Neuilly-Plaisance n'a pas entendu mettre en place un cycle de travail déterminé pour l'établissement Le Choucas ou mettre en œuvre, contrairement à ce que soutient la requérante, un régime d'horaires variables, ce qui aurait nécessité la mise en place d'un décompte exact du temps de travail accompli chaque jour par chaque agent en application de l'article 6 du décret n°2000-815. Mme B ne justifie pas avoir accompli un nombre d'heures supplémentaires supérieur à celui retenu par la commune de Neuilly-Plaisance à hauteur de 595 heures alors que pendant une partie de la journée, les enfants étaient pris en charge par des moniteurs de ski. S'agissant, notamment du paiement des heures supplémentaires réclamées pour des heures de nuit, il résulte de l'instruction que les enfants étaient pris en charge par les enseignants après les repas. Enfin, la requérante ne saurait, au vu de simples récapitulatifs rédigés par ses soins, solliciter une indemnisation pour sa participation à certaines activités de l'établissement, telles des soirées dansantes ou des temps au bar. Par suite, la faute de la commune de Neuilly-Plaisance n'est pas démontrée s'agissant de ce chef de préjudice relatif à l'exécution supposée d'heures supplémentaires non rémunérées.
6. En ce qui concerne la rémunération des temps de repas, ainsi que rappelé au point 3, en vertu de l'article 2 du décret n°2000-815, la durée du travail effectif s'entend comme le temps pendant lequel les agents sont à la disposition de leur employeur et doivent se conformer à ses directives sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles. Il résulte de l'instruction que les temps de repas déclarés par l'agent comme un temps de travail effectif ont systématiquement fait l'objet de rectifications de la part de la commune de Neuilly-Plaisance. Cependant, le document de présentation de l'hôtel mentionne : " Sur tous les temps de repas les adultes mangent à une table dédiée, ce qui n'empêche pas que les animateurs ont à charge, à tour de rôle de réguler le groupe, mais aussi de tempérer les excès de comportements. ". Le contenu de cette plaquette n'est pas remis en cause sur ce point par la défense qui formule des griefs, inopérants dans le cadre du présent litige, sur la manière de service de l'intéressée dans la surveillance des enfants pendant les temps de repas. Or il résulte de cette mission que la requérante ne pouvait vaquer librement à des occupations personnelles pendant ses heures de repas, alors qu'elle devait être présente pour la surveillance des enfants. Il s'ensuit que la commune de Neuilly-Plaisance, doit rémunérer Mme B au titre des heures de repas qui ont été retirées, ces heures devant être considérées comme un temps de travail effectif.
7. Par conséquent, la commune de Neuilly-Plaisance a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ne rémunérant pas les heures de repas, faute à l'origine d'un préjudice matériel pour le requérant, qu'il convient d'indemniser à hauteur du nombre d'heures de repas qui n'ont pas fait l'objet d'une rémunération. Il appartiendra à la commune de Neuilly-Plaisance de procéder à la liquidation de ces sommes.
Sur le non-respect des temps de pause :
8. Aux termes de l'article 3 du décret n°2000-815 : " I.- L'organisation du travail doit respecter les garanties minimales ci-après définies. La durée hebdomadaire du travail effectif, heures supplémentaires comprises, ne peut excéder ni quarante-huit heures au cours d'une même semaine, ni quarante-quatre heures en moyenne sur une période quelconque de douze semaines consécutives et le repos hebdomadaire, comprenant en principe le dimanche, ne peut être inférieur à trente-cinq heures. La durée quotidienne du travail ne peut excéder dix heures. Les agents bénéficient d'un repos minimum quotidien de onze heures. L'amplitude maximale de la journée de travail est fixée à douze heures. Le travail de nuit comprend au moins la période comprise entre 22 heures et 5 heures ou une autre période de sept heures consécutives comprise entre 22 heures et 7 heures. Aucun temps de travail quotidien ne peut atteindre six heures sans que les agents bénéficient d'un temps de pause d'une durée minimale de vingt minutes. "
9. Mme B soutient que la commune a méconnu les dispositions précitées de l'article 3 du décret du 25 août 2000. Toutefois, les plannings et tableaux fournis par les parties ne permettent pas de mettre en évidence une absence de pauses au cours de la journée. Aucun élément ne permet d'indiquer que la requérante travaillait plus de six heures sans bénéficier de pauses d'une durée minimale de 20 minutes au cours de ses journées ou qu'elle ne bénéficiait pas d'un repos minimum quotidien de onze heures, de sorte que la faute alléguée n'est pas établie. Au surplus, la requérante ne démontre pas l'existence d'un préjudice et se borne à évoquer un impact sur ses conditions de travail et sur sa santé sans produire le moindre justificatif. Il en résulte que les conclusions présentées par Mme B tendant à la réparation du préjudice causé par la méconnaissance des temps de pause doivent être rejetées.
Sur l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Neuilly-Plaisance demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Neuilly-Plaisance une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Neuilly-Plaisance est condamnée à indemniser Mme B du préjudice financier subi par cette dernière en ce qui concerne la rémunération des temps de repas. Mme B est renvoyée devant l'administration pour le calcul de ce montant dans les conditions mentionnées aux points 6 et 7.
Article 2 : La commune de Neuilly-Plaisance est condamnée à verser la somme de 1 500 euros à Mme B au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et à la commune de Neuilly-Plaisance.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Frapolli, première conseillère,
Mme Fourcade, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2024.
Le président- rapporteur,
C. VIAL-PAILLER
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
I. FRAPOLLILe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026