jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2002390 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELAS CMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE LYON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 avril 2020, l'EURL Circuit de Rumilly, représentée par Me Devis, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017 ainsi que des pénalités correspondantes et de l'amende fiscale prévue par les dispositions du 2 du I de l'article 1737 à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2015, 2016 et 2017.
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration n'établit pas l'existence d'une renonciation anormale à recettes ;
- à titre subsidiaire, l'administration a surestimé le déficit de l'activité du " service compétition " et a basé ses calculs sur des extrapolations de données d'un exercice sur l'autre ;
- le vérificateur a omis d'intégrer des recettes d'un montant de 23 568 euros dans les produits du " service compétition " de l'exercice 2015 et d'un montant de 23 820 euros dans l'exercice 2016 ; la dépréciation réelle des semi-remorques Curioz doit être retraitée sur 20 ans et non sur 6 ans comme celle-ci a été comptabilisée ;
- la quote-part des frais de pièces détachées, de carburant, de déplacement et de mission relatifs à l'exploitation du " service compétition " a été déterminée par l'administration au titre des exercices 2015 et 2017 à partir des données fournies par la société au titre de l'exercice 2016 ; or les conditions d'exploitation n'étaient pas identiques sur l'ensemble de la période ;
- l'exploitation du " service compétition " relevait de la liberté de gestion de l'entreprise ;
- l'administration n'établit pas le manquement délibéré qu'elle lui impute ;
- l'application de l'amende prévue au 2° du I de l'article 1737 est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions du 2° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2020, la direction de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Coutarel, première conseillère,
- les conclusions de M. Journé, rapporteur public,
- et les observations de Me Devis, avocat de l'EURL Circuit de Rumilly.
Considérant ce qui suit :
1. L'EURL Circuit de Rumilly exploite un complexe sportif dédié à la pratique du karting. Elle assure également l'encadrement de pilotes qui participent à des compétitions nationales ou internationales. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017. Par une proposition de rectification du 20 décembre 2018, l'administration lui a notifié des rectifications en matière notamment d'impôt sur les sociétés pour renonciation à recettes ainsi que des amendes pour factures fictives ou de complaisance prévue par le 2° du I de l'article 1737 du code général des impôts. Sa réclamation ayant été rejetée par une décision du 29 août 2019, l'EURL Circuit de Rumilly demande la décharge de ces impositions supplémentaires et des pénalités correspondantes.
Sur l'impôt sur les sociétés :
2. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion, l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt.
3. Il résulte de l'instruction que lors des opérations de vérification de l'EURL Circuit de Rumillly, le service vérificateur a jugé irrégulière et non probante la comptabilité sur l'ensemble des exercices contrôlés compte tenu de la qualité comptable dégradée, de l'absence de conservation des données et de la confusion entretenue par la société entre son activité professionnelle et l'activité associative de M. A, son gérant, qui se traduit par une globalisation des charges ne permettant pas de déterminer la part privée des dépenses. Une reconstitution des résultats de la société n'ayant pu être effectuée, l'administration a déterminé le résultat du " service compétition " en retenant les produits enregistrés dans un compte spécifique à cette activité " autres produits activités annexes " et en reconstituant la part de chaque poste de dépenses affectée aux compétitions par rapport aux dépenses globales de la société au titre de l'exercice 2016. Les pourcentages déterminés ont ensuite été appliqués afin de reconstituer les dépenses des exercices 2015 et 2017. Ayant constaté des résultats déficitaires au titre du " service compétition " et estimant que cette activité devrait normalement dégager des résultats positifs, le service a réintégré dans le résultat imposable de l'EURL Circuit de Rumilly ces marges estimées à hauteur de 87 176 euros au titre de l'exercice clos en 2015, de 75 195 euros au titre de l'exercice clos en 2016 et de 69 655 euros au titre de l'exercice clos en 2017.
4. Toutefois, le fait, comme en l'espèce, pour une société de présenter un résultat déficitaire sur une partie de son activité ne constitue pas en soi, un acte ne relevant pas d'une gestion commerciale normale. Dès lors, en se fondant exclusivement sur la circonstance que le " service compétition " devrait dégager des résultats positifs, l'administration n'apporte pas la preuve que l'exploitation de ce service ne répond pas à l'intérêt économique de l'entreprise et ne relève pas de la gestion normale de cette dernière, alors qu'il est constant que le " service compétition " servait à la notoriété de toute l'entreprise, en particulier auprès des jeunes pilotes clients de l'école de pilotage qu'elle exploite. En conséquence, le service n'était pas fondé à caractériser pour ce seul motif l'existence d'une renonciation à recette constitutive d'un acte anormal de gestion.
5. Il résulte de ce qui précède que L'EURL Circuit de Rumilly est fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés résultant de la renonciation à recette relative aux charges engagées lors de compétitions de karting non refacturées ainsi que des pénalités correspondantes ainsi que cela a été jugé par ce tribunal par un jugement n° 2006279 du 13 avril 2013.
Sur l'amende fiscale :
6. D'une part, aux termes de l'article 1737 du code général des impôts : " I. - Entraîne l'application d'une amende égale à 50 % du montant : () 2. De la facture, le fait de délivrer une facture ne correspondant pas à une livraison ou à une prestation de service réelle ; () ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 2° Infligent une sanction ; (). ".
8. La proposition de rectification du 20 décembre 2018 comporte l'exposé des motifs de fait et de droit à l'origine de l'amende appliquée. Elle précise ainsi le fondement légal de l'amende qui repose sur les dispositions précitées du code général des impôts, elle indique que les factures ont été rédigées aux noms de sociétés qui ne sont pas les réelles bénéficiaires des prestations réalisées par la société et que le descriptif de ces prestations est volontairement erroné afin de permettre aux sociétés de comptabiliser des charges déductibles de leur résultat, elle dresse un détail des factures par client et pilote concerné et présente un détail du calcul des amendes par exercice. Dès lors, l'administration doit être regardée comme ayant suffisamment motivé l'application de cette amende. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
Sur les frais d'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement d'une somme de 1 000 euros à l'EURL Circuit de Rumilly au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :La base d'imposition de l'EURL Circuit de Rumilly est réduite de la somme de 87 176 euros au titre de l'année 2015, de 75 195 euros au titre de l'année 2016 et de 69 655 euros au titre de l'année 2018.
Article 2 :L'EURL Circuit de Rumilly est déchargée, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016, 2017 et 2018 correspondant à la réduction de base d'imposition définie à l'article 1er.
Article 3 :
L'Etat versera à l'EURL Circuit de Rumilly une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 :Le présent jugement sera notifié à l'EURL Circuit de Rumilly et à l'administratrice générale des finances publiques en charge de la direction de contrôle fiscal Centre-Est.
Délibéré après l'audience du 7 septembre, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme B et Mme Coutarel, assesseurs.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023
La rapporteure,
A. Coutarel
Le président,
T. Pfauwadel
Le greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026